vendredi 21 septembre 2012

La jeune fille de l'eau (2006)



Quand on contemple la filmographie de M. Night Shyamalan, force est de reconnaître que le succès de ses films a suivi une pente dangereuse. Propulsé au panthéon du septième art dès son troisième long métrage, le remarquable "Sixième sens" (suivi par l'excellent "Incassable"), ce jeune prodige spécialiste du twist final a connu, à partir de "Signes", le désamour du public et de la critique. Comme s'il avait perdu (définitivement ?) la grâce, M. Night Shyamalan, qui ambitionnait à l'époque de réaliser l'un des volets de la franchise Harry Potter, essuya son premier vrai échec avec "La jeune fille de l'eau" (qui coûta plus qu'il ne rapporta). Ce bide était-il inévitable ?

Un jour, le gardien d'un immeuble découvre dans la piscine de la résidence une jeune nymphe, qui se dit poursuivie par des créatures maléfiques venues du monde qui est le sien. Il lui faudra l'aide de chacun des habitants de l'immeuble pour réussir à retourner là d'où elle vient.

Dans ce conte de fées urbain, M. Night Shyamalan fait encore une fois preuve de son talent de réalisateur, sachant admirablement bien organiser ses plans et séquences, et maîtrisant la direction d'acteurs avec le talent qu'on doit lui reconnaître. Mais, ce qui pêche, c'est le scénario, diablement maigre.

Après la découverte des différents protagonistes et du décor de l'intrigue, le film se réduit à une succession d'épreuves que doit franchir la petite communauté réunie autour de la nymphe afin de l'aider à retourner chez elle. Le spectateur qui s'attend à être surpris ne le sera que peu, voire pas du tout. Tout ce qui se déroule dans cette histoire est attendu et l'on sort de la projection avec une étrange impression d'avoir perdu son temps.

Certes, ce film est réalisé avec la plus grande sincérité, et remarquablement filmé, mais la forme ne suffit pas à faire un grand film, si le fond est absent. On pourrait m'opposer le fait que des thèmes forts sont abordés, dans "La jeune fille de l'eau". Les personnages (celui interprété par Paul Giamatti en premier lieu) ont des failles et des richesses que la nymphe vient révéler, la communauté qui s'unit autour d'elle est riche de symboles, le décor très urbain de cette fable fantastique n'est pas anodin.
Tout cela est vrai et, en se penchant de près sur cet étrange objet filmique, on pourrait y trouver un nouveau sens. Mais, pour que cela fonctionne, il aurait fallu donner à "La jeune fille de l'eau" un autre statut que celui qui fut le sien à la sortie, et mieux guider son public, quitte à limiter celui-ci.

Au rayon des points positifs de ce film, hormis la réalisation et l'esthétique sans faille, le travail des acteurs est en tous points remarquables. Mené par un Paul Giamatti fabuleux dans son rôle d'homme abîmé, l'ensemble du casting (dont Bryce Dallas Howard, qui apporte à la nymphe une fragilité quasiment tangible) est au diapason. Il apparaît d'autant plus regrettable que tout cela ne fonctionne finalement pas.

Doté d'un pitch particulièrement léger, "La jeune fille de l'eau" ne pouvait que décevoir le grand public, visé par le cinéaste (et les studios produisant ce film). Pour apprécier ce conte à sa juste valeur, il convient de le destiner à des spectateurs désireux de se l'approprier et d'y lire les angoisses du réalisateur, quant au monde qui l'entoure.

On a souvent dit que M. Night Shyamalan retrouverait le succès s'il se contentait d'être réalisateur et engageait un scénariste. Avec ce film, on ne peut que reconnaître que c'est vrai, et espérer qu'il entende un jour cette critique constructive.

A vouloir faire un blockbuster d'un film qui aurait du rester dans le créneau très étroit des films dits "indépendants" (voire d'auteur), M. Night Shyamalan ne pouvait donc qu'échouer. La première victime de cette ambition déplacée, de ce malentendu, est la jeune fille du titre.
Dommage pour elle...



8 commentaires:

  1. Je ne savais pas du tout que Shyamalan était le réalisateur de ce film! Wouah la claque, La Jeune Fille de l'eau a l'étoffe du téléfilm de l'après midi sur m6.
    L'histoire est peu crédible et je préfère Paul Giamatti en psychopathe. C'est mignon mais sans plus. Dans le même genre j'ai préféré Ondine de Neil Jordan. Il est plus poétique et le cadre est somptueux

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    1. Quelle déception, n'est-ce pas ?
      Je tâcherai de voir "Ondine", Neil Jordan étant un réalisateur plutôt efficace.
      Merci d'être passée !

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    2. Ahlala oui je m'en remets pas! Comment on peut passer de Sixième Sens à... ça? Rien que le décor, cet espèce d'immeuble avec piscine à la Melrose Place décrédibilise le film. Alors que Neil Jordan a tourné son film en Irlande et à la limite, si on n'aime pas le film, on peut toujours regarder le paysage!

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    3. La carrière de Shyamalan est exemplaire, dans le mauvais sens, hélas. A chaque nouveau film, on espère retrouver le génie dont il a fait preuve dans "Sixième sens" (et "Incassable", aussi, à mon goût) et c'est la déception...

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    4. peut être que c'était plus un coup de chance que du génie alors. J'avais bien aimé The Village, même s'il n'est pas terrible mais je lui en veux beaucoup pour avoir massacré Le Dernier maître de l'air. En tout cas, j'aurais appris quelque chose aujourd'hui. Merci!

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    5. Je pense que Shyamalan a fait preuve d'une grande maestria avec les deux films que je citais plus haut, mais qu'il s'est perdu à vouloir à tout prix faire des films à "twist final". Même si j'ai bien aimé "Le village", il lui faudrait des scénarios solides...
      Merci d'être passée, à bientôt !

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  2. Ce film est un joli conte mais...il est vrai qu'en sortant de la salle j'ai eu une impression de déception. Peut-être m'étais-je fait avoir pas la bande-annonce ? Je ne m'attendais peut-être pas à voir ce que j'ai eu devant les yeux, mais à autre chose.
    J'ai trouvé ce film lent, avec un manque d'intensité (le film était trop léger selon moi) pour que j'accroche entièrement.

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    1. Le propos trop dilué de ce film est son grand défaut, c'est vrai. Merci de ton passage et de ta fidélité à ce blog.

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