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mercredi 5 septembre 2018

Quelque part dans le temps (1980)




Le voyage temporel, voilà un registre des plus casse-gueule. On l'a vu traité de bien des façons, tant en littérature qu'au cinéma. Richard Matheson, inspirateur de bien des films (de "Je suis une légende" à "Duel", en passant par "L'homme qui rétrécit", traita de ce sujet dans "Le jeune homme, la mort et le temps", dont il tira le scénario de "Quelque part dans le temps", réalisé par Jeannot Szwarc. Peu connu en France, ce film de 1980 mérite-t-il de sortir de l'oubli ? 

Lors de la représentation de sa première pièce de théâtre, Richard Collier vient venir vers lui une vieille dame inconnue. Après avoir prononcé "Reviens-moi", la mystérieuse vieillarde disparaît, laissant une montre dans la main de Richard. Huit ans plus tard, devenu célèbre, il n'a pas oublié cette étrange rencontre. Alors qu'il séjourne au Grand Hôtel, il est captivé par le portrait affiché d'une belle jeune femme, une actrice ayant séjourné là en 1912....et découvre qu'elle est Elise McKenna, la vieille dame venue à sa rencontre. Richard va tenter de remonter dans le temps pour rencontrer Elise, en 1912.

Avec les années, "Quelque part dans le temps" a conquis des fans, un peu partout dans le monde. On peut les comprendre : le mélange de romantisme et de fantastique (penchant fortement du côté de la romance, cela dit) peut séduire. Mais cette patine peut aussi agacer : esthétiquement, le film est daté et souffre de la comparaison avec d'autres œuvres plus récentes, tant pour sa photographie que son montage, pour ne citer que deux aspects techniques.

Hélas, pour les amateurs de ce registre du fantastique, il faut faire avec la forte dose de romance, à la limite d'un traitement à l'eau de rose. La réalisation de Jeannot Szwarc, surtout connu pour la suite médiocre des "Dents de la mer" et quelques navets plus récents comme "Hercule et Sherlock" ou "La vengeance d'une blonde", alterne les défauts évidents avec quelques belles trouvailles. 

On se réjouira de retrouver le regretté Christopher Reeve, à l'époque prisonnier du collant de Superman, démontrant un évident talent trop peu exploité durant sa carrière. Face à lui, Jane Seymour, évadée (pour un temps) du petit écran, et Christophe Plummer livrent une belle prestation, hélas gâchée par un doublage français médiocre. La bande originale de John Barry, particulièrement mélancolique, est également à mettre au crédit de ce film.

Il peut sembler étonnant que des admirateurs de "Quelque part dans le temps" se réunissent chaque année dans l'hôtel qui tient lieu de décor à ce film. Culte pour une poignée de spectateurs, cette histoire romantique franchissant les décennies, accuse pourtant (un comble !) le poids du temps qui passe. 




mardi 23 janvier 2018

La colle (2017)



En se fiant uniquement à son affiche, on aurait pu croire que "La colle" était uniquement un film potache, destiné à placer une intrigue comique au sein de l'environnement scolaire. Bref, si on en croit l'étiquette, on peut avoir envie d'éviter le contenu. Mais comme on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise et que j'avais lu ça et là du bien à son sujet, j'ai eu envie de donner sa deuxième chance à ce film d'Alexandre Castagnetti (qui ne m'avait pas vraiment convaincu avec "Amour et turbulences", pourtant). Était-ce une bonne idée ?

Pas de chance pour Benjamin, élève tranquille et timide, n'osant pas avouer son amour à Leïla : il a pris deux heures de colle, pour un tag qu'il n'a pas fait. Quand il débarque parmi les punis du samedi, il a la bonne surprise de découvrir que la belle fait partie de ceux collés ce jour là.
Soudain, cette colle prend un tour inattendu, quand Benjamin découvre qu'il vient de remonter le temps et de recommencer cette épreuve. Entouré des pires cancres de son lycée, Benjamin comprend vite qu'il est condamné à revivre éternellement cette colle...sauf si Leïla et lui sont ensemble, ce qu'il souhaite ardemment, d'ailleurs. 

Ceux pour qui le Jour de la Marmotte signifie quelque chose reconnaîtront sans mal une nouvelle déclinaison de l'intrigue du délicieux "Un jour sans fin". Mais n'allons pas hurler au plagiat, parce que "La colle" fait plus que simplement transposer son modèle à un autre cadre. Si le héros du film est coincé dans une boucle temporelle dont il ne sortira que s'il séduit l'élue de son cœur (et doit pour cela changer profondément), c'est une vraie bonne idée que d'avoir pris pour décor un lycée décrépi (mais sans doute bigrement réaliste) et pour héros de jeunes gens cachant leurs failles derrière le bouclier des apparences. 

En évitant (presque) les situations trash, devenues l'outil standard de l'humour cinématographique et esquivant les clichés (réservés aux tenants "officiels" du cinéma comique hexagonal), "La colle" se révèle plutôt malin. Il est servi par de jeunes comédiens remarquables, qui évitent l'écueil de la caricature et donnent à leurs personnages une véritable épaisseur. Du coup, presque malgré lui, le spectateur finit par éprouver une sorte de tendresse envers eux.

Toute cette petite bande, menée par Arthur Mazet et chapeautée par le surprenant (dans le bon sens du terme) Thomas VDB, dans le rôle d'un surveillant blasé. Dans un décor déliquescent (et qui est sûrement la partie la plus réaliste du film), et quasiment en huis-clos, les péripéties temporelles et affectives de Benjamin donnent un rythme soutenu, mais non trépidant, à cette étonnante comédie plutôt rafraîchissante.

Sans être un film inoubliable, "La colle", malgré une affiche qui pouvait laisser penser à une comédie potache, est une comédie assez maline. Rien que pour la tentative qu'il représente, ce film aurait mérité plus que l'accueil frileux qui lui fut réservé.



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film se déroulant dans un lycée / collège / université"

mercredi 3 mai 2017

Hors du temps (2009)


Le voyage temporel est un exercice de style risqué au cinéma : si l'on n'y prend garde, on a tôt fait de sombrer dans l'incohérence et le grand n'importe quoi. On peut néanmoins trouver des films remarquables dans ce créneau très pointu (que j'affectionne particulièrement). De "C'était demain" à "Il était temps" en passant par "Terminator", on a pu voir toutes sortes de films différents, dont les héros franchissaient les abîmes du temps. Adaptation du roman éponyme d'Audrey Niffenegger, "The time traveler's wife" est devenu en France "Hors du temps" : les salles hexagonales furent loin d'être remplies pour ce film, où le voyage dans le temps côtoyait la romance. 

Henry souffre d'une anomalie génétique peu banale : il peut voyager dans le temps. Subissant plus qu'il ne les contrôle ses allers et retours entre passé, présent et futur, le jeune homme rencontre la belle Claire, qui dit déjà le connaître, et tous deux tombent amoureux. Malgré ses absences imprévues et souvent troublantes, Henry va tenter de vivre cet amour et croisera l'élue de son cœur à plusieurs époques de sa vie. 
Une telle histoire est-elle possible ?


La bonne nouvelle avec ce "Hors du temps" (pourquoi cette traduction, proche du contresens ?), c'est qu'on a affaire ici à une approche du voyage temporel tout sauf omnipotente. Le héros, propulsé dans le passé ou le futur sans maîtriser quoi que ce soit, semble porter là une étrange malédiction avec laquelle il doit apprendre à vivre. La mauvaise nouvelle, c'est qu'on sombre souvent dans la guimauve et le gnan-gnan, alors qu'il y avait matière à plus de gravité et d'enjeux. Aux manettes, après un "Flight plan" qui ressemblait fort à du sous-Ficher ou du calamiteux "R.I.P.D. Brigade Fantôme", Robert Shwentke semble hésiter sur le ton à donner à son film. Dès qu'il peut injecter un peu de fièvre dans son sujet (notamment lorsque son héros est propulsé dans une autre époque), il se réfugie dans le confort et insiste sur la romance, quitte à faire perdre le fil à ceux qui s'intéressaient aux sauts dans le temps de Henry.

Fort heureusement, on appréciera la très belle interprétation de la très belle Rachel McAdams, qui occulte parfois son partenaire Eric Bana, plus en retrait, quitte à paraître parfois passif et résigné, donnant l'impression que son personnage subit son sort sans chercher à reprendre le contrôle sur sa drôle de vie. Hélas, les acteurs qui donnent vie aux personnages de "Hors du temps" ne suffisent pas à relever le niveau, essentiellement plombé par la mise en scène.

Le titre original, "The time traveller's wife", était plus joli et surtout plus juste. Mais le plus grand défaut du film reste son manque de nervosité, sans doute dû à un excès de sucre. Sans doute le manque de moyens est-il en partie responsable de cet état de faits, mais c'est surtout le manque d'ambitions qui pêche. 

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, dans la catégorie "Un film avec un mariage".



dimanche 21 août 2016

Synchronicity (2015)


Le voyage dans le temps, utopie ultime de bien des rêveurs, a nourri maintes fois le cinéma, avec plus ou moins de bonheur (et aussi, reconnaissons-le, plus ou moins de rigueur). Thème extrêmement attirant, mais tout aussi glissant (puisque forcément sujet aux paradoxes et donc aux fautes scénaristiques majeures), le voyage temporel est au centre de "Synchronicity", film de Jacob Gentry, qui eut droit aux affres de la sortie en vidéo, sans passer par la case "salle de cinéma". Méritait-il pareil outrage ?

Entouré de deux amis, Jim Beale, scientifique passionné, travaille à la création d'une machine à voyager dans le temps. Alors que Klaus Meisner, qui le finance, s'inquiète des essais apparemment manqués de Jim, ce dernier est confronté à d'étranges phénomènes au cours desquels il souffre de malaises soudains. Et puis, il y a cette étrange femme, Abby, tout aussi intrigante que charmante. Quand on explore le temps, on entreprend un voyage au-delà de toute imagination...

Dès les premières scènes, deux évidences s'imposent au visionnage de "Synchronicity". La première est cruelle : le budget est pauvre et force le film au dépouillement. La seconde est plus flagrante encore : Gentry révère sans doute Ridley Scott et, plus particulièrement, son chef d'oeuvre, "Blade Runner". L'utilisation des plans urbains futuristes, de la lumière, des fumées et la bande originale sont visiblement très inspirés de l'oeuvre du maître. Il est cependant un ingrédient qui fait cruellement défaut à Jacob Gentry et qu'il n'a pu emprunter à son illustre modèle : le talent de conteur.

Raconter une histoire est à la portée de tous, mais la rendre compréhensible, voire captivante est une toute autre paire de manches. Si, en plus, cette histoire a l'ambition de jouer avec le temps, la barre est placée encore plus haut et il faut être un virtuose pour réussir à ne pas perdre son auditoire. Dans le cas de "  Synchronicity", il faut reconnaître que, très vite, la lisibilité n'est pas au rendez-vous. C'est regrettable car l'approche proposée par Jacob Gentry avait plus d'un intérêt. Hélas torpillé par un scénario opaque et un manque de moyens évidents, "Synchronicity" se prend rapidement les pieds dans le tapis, entraînant dans sa chute son spectateur, qui a souvent l'impression cruelle de se trouver devant un objet bien prétentieux et boursouflé, se voulant hermétique.

On notera la belle interprétation de Brianne Davis, surpassant de loin celle, dans le rôle principal, de Chad McKnight,  ainsi que la présence de Michael Ironside (visiblement contraint de cachetonner). La version française est à éviter comme la peste bubonique, tant elle a été bâclée. Si vous tenez absolument à donner une deuxième chance à ce film, je vous conseille fortement sa version originale, soit dit en passant.


jeudi 17 mars 2016

A la poursuite de demain (2015)


Qui pourrait croire qu'en parcourant (ou plutôt en subissant, les parents lisant ces lignes me comprendront) l'attraction "It's a small world" du parc d'attractions le plus célèbre du monde, on puisse voyager dans le temps ? Blague à part, le récent "A la poursuite de demain", sorti l'an dernier, a engendré des pertes catastrophiques pour Disney. Pourtant, sur le papier, il avait bon nombre d'atouts.

Chaque individu a sa vision du futur, qu'il soit empli de rêves ou territoire de cauchemar. Quand Casey Newton, une adolescente géniale et rebelle, trouve par hasard un étrange badge, sa vie change du tout au tout. L'objet la propulse dans la vision d'un autre monde, semblant n'exister que dans un futur hypothétique. Avec l'aide de l'étrange Athena et d'un inventeur reclus, Frank Walker, elle va découvrir que le futur n'est pas ce qu'elle rêve, mais pourrait bien le devenir.

Alternant vision spectaculaire d'un futur dystopique et scènes d'action, "A la poursuite de demain", réalisé par le remarquable Brad Bird (issu de Pixar, et qui l'on doit des bijoux tels que "Les indestructibles" ou "Ratatouille") a connu une genèse difficile et douloureuse. Entre multiples interventions sur le scénario (à la base écrit par Damon Lindelof, l'un des showrunners les plus en vue du moment), changements de casting (Dwayne Johnson fut finalement remplacé par George Clooney, par exemple). Après l'expérience catastrophique de "John Carter", on était donc en droit de se demander si Disney avait bien fait de se lancer dans des productions ambitieuses, au vu des piètres résultats obtenus (en terme de retour sur investissement, comme on dit dans les hautes sphères).

Pourtant, lorsqu'on visionne "A la poursuite de demain", on est agréablement surpris, voire emporté par le tourbillon que représente ce film. Certes, son intrigue n'a rien de surprenant (on est chez Disney et le happy-end fait partie du cahier des charges), mais le traitement de l'histoire et l'approche esthétique montrent une vraie démarche artistique, bien loin des sentiers habituellement balisés des productions de chez Mickey. A mille années-lumière de "  La reine des neiges" (et avec une audience aux antipodes), "A la poursuite de demain", commencée comme une attraction de Disneyland, vire rapidement au thriller futuriste, doté d'un véritable discours de fond (avec un propos presque politique, ce qui est plus qu'inattendu). A plusieurs reprises, on peut songer au célèbre "No fate, but what we make for ourselves", le credo de Sarah Connor. La noirceur et le pessimisme pointent leur nez plus d'une fois, brisant sans peine la couche de sucre glace qui est pourtant la norme chez les héritiers de Walt.

Alors, oui, "A la poursuite de demain" (malgré son titre français) avait moult qualités, dont une réalisation remarquable, une esthétique inédite, un scénario moins primaire que celui du premier blockbuster venu et une interprétation sans faille. Mais, visiblement, cela ne suffit pas à attirer les spectateurs dans les foules. A en croire certaines critiques, l'intrigue de "A la poursuite de demain" était de nature à perdre les spectateurs. Il aurait déjà fallu que Disney réussisse à les faire entrer dans les salles obscures. On peut s'interroger (surtout après l'autre monumental bide que fut "John Carter") sur la capacité du studio aux grandes oreilles à vendre autre chose que son produit standard : le dessin animé ponctué de chansons pleines de mélasse.

Tout porte à croire que l'immense succès (mérité) du dernier opus de la franchise "Star Wars", tombée dans le giron de Disney, n'ait finalement rien à devoir à sa maison de production, mais qu'au contraire, cette dernière lui doive beaucoup.




mercredi 31 décembre 2014

Predestination (2014)


Cela faisait longtemps qu'un film échoué au rayon direct-to-video n'avait été l'objet d'une chronique dans ces colonnes. Mais, grâce (ou à cause) à une campagne publicitaire habile, "Predestination" a attiré mon attention. Pensez donc : du voyage dans le temps et ce qui s'annonçait comme un film à vous retourner le cerveau, n'ayant pas eu droit aux salles obscures, autant dire du pain béni pour ce blog. 

L'homme qui tient le bar n'est pas ce qu'"il semble être, comme va le découvrir John, avec qui il entame la discussion. Il fait partie d'une organisation qui maîtrise le voyage temporel. Après avoir écouté l'étrange et poignante histoire de John, qui fut auparavant Jane, cet étrange voyageur, à la poursuite d'un dangereux terroriste qui menace l'équilibre mondial, va confier son secret à son nouvel ami. 
De toute façon, il doit finir sa mission, puis renoncer à son statut si particulier, quelles que soient les conséquences...

Tiré d'une nouvelle de Robert A. Heinlein, à qui l'on doit quelques textes majeurs de la science-fiction (comme "Etoiles, garde à vous !" qui inspira "Starship Troopers"), "Predestination" a le mérite de l'audace. S'attaquer au voyage dans le temps et aux inévitables paradoxes qui en sont le corollaire exige un certain talent pour que l'oeuvre soit réussie. On en a vu plus d'un se casser les dents sur pareil exercice. Non content de s'y frotter, les frères Spierig se sont attaqués à un texte qui évoque aussi l'identité et ce qui fait qu'un individu est ce qu'il est. A ce titre, le parcours de Jane/John, dont le compte-rendu phagocyte une bonne partie du film, est déjà une histoire dans l'histoire, et pourrait presque se suffire à lui-même.

Les deux réalisateurs allemands de cette production australienne, déjà repérés avec "Daybreakers" (avec Ethan Hawke, déjà), ont une patte, il faut leur reconnaître cette qualité. Le film possède indéniablement une identité visuelle et narrative, qu'il s'agisse du design général ou du rythme imposé au récit. Ils ont également une véritable audace, puisqu'à ce qui aurait pu n'être qu'un bon petit thriller de science-fiction, ils ajoutent une couche de complexité en s'attaquant à des questions quasi-existentielles.
C'est sans doute là leur erreur, puisque la dernière partie du film en pâtit lourdement, faute d'une vraie clarification. Partant de la grande question "l’œuf ou la poule ?", "Predestination" perd son spectateur en ne bouclant pas totalement la boucle (ou les boucles, d'ailleurs, j'ai un doute) du début du film. Bien évidemment, cette approche peut être vue comme une invitation au spectateur : prenez les commandes et décidez de ce qu'est la fin (ou le début, là aussi, j'ai un doute) du film.

Porté par un Ethan Hawke dans un de ses meilleurs rôles, et par une Sarah Snook remarquable dans celui d'un personnage inattendu et subissant des transformations physiques non négligeables, le film manque néanmoins d'une véritable colonne vertébrale, à mes yeux. Les motivations des personnages auraient gagné à être mieux définies, les enjeux à être franchement tracés.

On portera au crédit de "Predestination" une atmosphère, un design indéniable, ainsi qu'une ambition à saluer. N'eût été un brin de confusion dans sa résolution, nous aurions pu célébrer une grande réussite. A défaut, c'est déjà un très bon moment.


vendredi 6 juin 2014

The Door : la porte du passé (2009)



Un film peut avoir reçu des louanges, avoir été salué par la critique et couronné lors d'un festival (en l'occurrence, celui, pourtant majeur, de Gérardmer), cela ne lui ouvre pas les portes d'une diffusion honorable. Pire encore, le dit film peut fort bien échouer dans le rayon "direct-to-video" et, de ce fait, ne devenir accessible qu'à une poignée de spectateurs, le client lambda des multiplexes n'ayant même pas eu vent de son existence. Le thriller fantastique "The Door : la porte du passé" a eu le malheur de subir ce sort peu enviable. Depuis, seuls quelques initiés connaissent son existence, parce qu'il est évoqué ça et là. N'eut été un billet plutôt enthousiaste sur un des blogs dont je suis friand, je serais passé à côté. 

David, artiste peintre, a tout pour être heureux : une femme magnifique, une petite fille adorable, une grande maison et du succès. Mais, un jour, alors qu'il est censé veiller sur son enfant et trouve plus intéressant d'aller culbuter sa voisine, l'irréparable se produit : sa fille se noie dans la piscine familiale.
Les années s'écoulent : David a tout perdu. Sa femme l'a quitté et refuse de le voir, tandis qu'il ne peut se remettre de la disparition de son enfant. En franchissant un étrange tunnel, il va se retrouver propulsé cinq ans plus tôt, quelques instants avant que n'arrive le tragique accident. Il va alors pouvoir changer le cours des événements et saisir au vol la chance qui lui est offerte. Mais tout n'est pas aussi simple que cela. 


Le thème du voyage dans le temps et des conséquences qu'ont les actes de ceux qui pratiquent cette activité a été maintes fois utilisé au cinéma (on songera notamment aux remarquables "L'effet papillon" ou "The jacket" qui pouvaient donner le vertige, dans ce domaine). Dans le cas de "The door : la porte du passé", le passage d'une époque à une autre est plus un prétexte à des interrogations. David se retrouve face à lui-même, puis forcé de prendre la place de celui qu'il fut autrefois, est un homme en proie au doute, qui bondit sur l'opportunité unique qui lui est offerte. Installant très (trop ?) vite son héros dans la situation critique qui sera la sienne durant tout le film, "The door : la porte du passé" capte rapidement l'attention du spectateur, en grande partie grâce à l'interprétation magnétique de Mads Mikkelsen. Sur un scénario plutôt malin, on suit avec plaisir la progression compliquée de David dans le labyrinthe où il s'est retrouvé.

Dans la dernière partie, celle où, en règle générale, on doit passer par une étape de résolution de l'intrigue, le scénario donne souvent l'impression d'une certaine confusion, voire de se prendre les pieds dans le tapis. Du coup, l'intérêt pour le film baisse notablement, l'empêchant d'être tout à fait réussi, à l'occasion de certaines scènes sans doute dispensables.

Honnêtement réalisé par Anno Saul (dont les œuvres outre-Rhin ne sont pas parvenues jusqu'à nos contrées), "The door : la porte du passé" vaut surtout pour sa magnifique interprétation. Mené par un Mads Mikkelsen prodigieux (bien que ne parlant pas un traître mot d'allemand, langue dans laquelle fut tourné ce film), le casting tout entier convainc sans mal (de la ravissante Jessica Schwarz à l'inquiétant Thomas Thiemeen passant par  la jeune Valeria Eisenbart). Les quelques petits défauts du long métrage paraissent finalement bien mineur, au regard des nombreuses qualités qu'il aligne. Avant qu'il ne fasse l'objet d'un remake du côté d'Hollywood, jetez un œil à ce film au parcours injustifié, il en vaut la peine. 



jeudi 13 mars 2014

Un coup de tonnerre (2005)


Ray Bradbury est l'un des romanciers auxquels la science-fiction doit beaucoup. Auteur de "Fahrenheit 451" (adapté en son temps au cinéma par François Truffaut) ou des "Chroniques martiennes", il s'est également attaqué au thème riche du voyage dans le temps avec "Un coup de tonnerre". Cette nouvelle peu connue a servi de base au scénario d'un film de Peter Hyams, réalisateur du classique "Outland" ou de la suite de "2001, odyssée de l'espace", mais qui traîne aussi pas mal de casseroles (je songe notamment à "La fin des temps"). Lorsque "Un coup de tonnerre" sortit dans les salles américaines, ce fut un échec cuisant (il rapporta à peine deux millions de dollars pour un budget de cinquante millions), tant et si bien qu'il eut droit, dans nos contrées, au sort souvent peu enviable du direct-vidéo.

En 2055, une agence de voyages dirigée par le machiavélique Charles Hatton propose une expédition hors du commun : partir pour quelques minutes dans le passé lointain, à la chasse à l'allosaure. Le marché est juteux, malgré l'opposition de quelques scientifiques inquiets devant les conséquences potentielles d'une telle manœuvre. Lors d'un aller-et-retour dans le passé, un incident se produit, qui va entraîner des retombées funestes : l'un des touristes tue un papillon préhistorique. Le cours de l'évolution s'en trouve modifié. Travis Ryer, en charge du programme et qui accompagne les chasseurs de dinosaures, va devoir tenter de réparer les dégâts. 

Doté d'un budget plus que confortable, "Un coup de tonnerre", malgré son titre peu vendeur, avait tout pour être un film intéressant. Le pitch, à première vue, pouvait donner envie d'aller voir de plus près. Les malheureux qui s'y risqueront regretteront vite leur témérité. Dès les premières scènes, le ton est donné : "Un coup de tonnerre" est irrémédiablement moche et mal fichu au point qu'on hésite à poursuivre l'expérience.

En quelques séquences, en effet, le réalisateur saborde le peu d'intérêt qui restait au film (déjà bien amoché par les choix de la direction artistique et la perruque de Ben Kingsley). Alors qu'il suffit à certains cinéastes de peu de choses pour faire comprendre qu'un dinosaure approche (l'ondulation à la surface d'un verre d'eau, pour prendre un exemple qui parlera à tout le monde), Peter Hyams fait approcher son allosaure avec la finesse d'une enclume, réutilisant sans vergogne les mêmes images de synthèse (d'une laideur à peine croyable) et les mêmes effets (agitons violemment la caméra, ça fera sûrement son petit effet, s'est sans doute dit le réalisateur).

Les conditions de tournage catastrophiques peuvent, en partie, expliquer le désastre. Les pluies diluviennes qui détruisirent les décors et causèrent la faillite de la société de post-production sont au nombre des excuses que pourraient brandir les producteurs de ce film. Elles sont irrecevables. Devant pareille médiocrité, une seule option est envisageable : envoyer ce film aux oubliettes et ne pas le sortir. 

Si vous tenez absolument à gaspiller une heure et demie de votre vie, devant des effets spéciaux médiocres, à côté desquelles n'importe quelle cinématique de jeu vidéo est un chef d'oeuvre, à subir une histoire bourrée d'incohérences (le genre ne supportant guère la médiocrité) réalisée comme un film de vacances, ce film est fait pour vous. Mais je vous plains.

Du côté de l'interprétation, le bilan n'est pas meilleur. On peut sans mal accabler Edward Burns, dans l'un de ses pires choix de films depuis longtemps. Ben Kingsley, capable du meilleur ("Gandhi", "La liste de Schindler") comme du pire ("La dernière légion"), touche ici le fond, au point qu'on est parfois gêné pour lui. Enfin, notons la prouesse de Peter Hyams qui réussit à rendre la très belle Catherine McCormack totalement fade (oui, c'est de la mauvaise foi, et j'assume totalement).

On pourrait se demander où sont partis les cinquante millions de dollars de budget. J'espère que les acteurs ont pu, grâce à leurs cachets, se payer du bon temps ou régler quelques factures qui traînaient. la présence de "Un coup de tonnerre" dans leur filmographie est désormais une affaire entre eux et leur conscience.


vendredi 4 octobre 2013

Space Time (2011)



Certains réalisateurs peuvent, avec deux fois rien, entraîner les spectateurs dans leur univers onirique et les  séduire. Cependant, n'est pas Kubrick qui veut et il ne suffit pas d'aligner les plans, fussent-ils de toute beauté, pour réussir un film. Avec "Space Time" (sous-titré "L'ultime odyssée", pour ceux qui n'auraient pas capté l'évident parallèle avec "2001 : l'odyssée de l'espace"), William Eubank, également scénariste, livre un premier film ambitieux, revendiquant presque la filiation avec le père du Docteur Folamour et de Barry Lyndon. Malheureusement pour lui, dans nos contrées, c'est en DVD que sortit ce film (dont le titre original est "Love", mais je ne m'étendrai pas une nouvelle fois sur les méfaits de la traduction).

Astronaute solitaire à bord de la Station Spatiale Internationale, Lee Miller perd tout contact avec la Terre, où il s'est visiblement passé quelque chose de grave. Resté seul dans l'ISS, l'astronaute, en plus de devoir gérer ses ressources, va tenter de ne pas perdre la raison. Il finit par découvrir le journal d'un soldat ayant combattu pendant la Guerre de Sécession et s'y plonge. Voyage-t-il dans le temps ou en lui-même ? Alors que tout lien avec le monde extérieur est impossible, Miller découvre que son expérience et celle du soldat sont liées, que tout est connecté.

Raconté comme je viens de le faire, le pitch fait immanquablement penser à "Cloud Atlas", mais le traitement est radicalement différent. Plaçant la majeure partie du temps son spectateur face à la solitude de son héros, le réalisateur, William Eubank (membre du groupe Angles and Airwaves, qui assure d'ailleurs la bande originale) pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Si l'on peut voir dans "Space Time" un éloge
de la solitude, ou un questionnement métaphysique sur la place de l'homme ou le sens de la vie, il faut cependant avouer que ce fond n'est accessible qu'à ceux qui auront le courage de creuser pour l'atteindre. J'avoue pour ma part n'avoir pas eu la force d'aborder ce film comme l'exposé philosophique qu'il est sûrement et m'être contenté d'admirer ses images somptueuses et sa bande originale à l'avenant.

Alors, oui, "Space Time" est un film d'une remarquable beauté, mais totalement vide de sens. La succession d'images et de plans esthétiquement impeccables et souvent époustouflants ne suffit cependant pas à faire un film : il faut, pour cela, un fond qui ne donne pas l'impression d'être hermétique à tous, hormis le réalisateur. Faute d'une histoire à raconter, "Space Time" laisse finalement de marbre.






mardi 10 septembre 2013

The Jacket (2005)




Certains films connaissent un parcours difficile, qui finit parfois par déboucher sur un heureux épilogue. Pour d'autres, le long chemin de la production ne mène finalement qu'à l'échec et à l'oubli. Dans le cas de "The jacket", on est dans la seconde catégorie. Ce film indépendant, porté à sa génèse par les producteurs George Clooney et Steven Soderbergh, avait été confié à Antoine Fuqua (le réalisateur du récent "La chute de la maison blanche") avant d'échoir au peu connu John Maybury, metteur en scène de "Love is the devil", qui narrait l'histoire du peintre Francis Bacon. Du côté du casting, la tâche ne fut pas aisée non plus. Après avoir envisagé dans le rôle principal, Colin Farrell, puis Mark Walnergh, c'est enfin Adrien Brody qui prit le relais. Lorsque, finalement, "The jacket" finit par sortir en salles, il reçut un accueil des plus frileux et, hormis pour les cinéphiles les plus curieux, sombra dans l'oubli. Cruel destin pour un film : il n'est jamais trop tard réparer un tel oubli, grâce au généreux marché de la vidéo.

Gravement blessé (au point qu'on l'ait cru mort) pendant la guerre du Golfe, et amnésique depuis, Jack Starks est accusé d'un meurtre dont il n'a aucun souvenir. Enfermé en raison de son état mental dans un hôpital psychiatrique de haute sécurité, il va être le sujet d'une terrifiante expérience. Le Docteur Becker, qui dirige l'établissement, va utiliser Jack comme cobaye dans le cadre d'une méthode qu'il a mis au point : corseté dans une camisole de force et enfermé dans un tiroir de morgue, le pauvre aliéné va être la proie de visions venues du passé mais aussi de l'avenir.

Difficile de raconter l'histoire proposée par "The jacket", tant elle mêle les époques avec brio et aussi parce que je me refuse à tout spoiler. Toujours est-il que sur la partition déjà maintes fois jouée du voyage temporel, John Maybury réussit à imposer sa propre tonalité, au point qu'il est difficile de comparer son film à une autre oeuvre déjà connue (à la rigueur, on pourrait évoquer le remarquable "Effet papillon"). Sur ce créneau extrêmement pointu, il est aisé de rater son coup et de sombrer dans le bancal. L'adhésion du spectateur n'est jamais acquise, tant le style ne pardonne guère. Pour que l'exercice soit réussi, il faut un scénario solide, qui rende presque crédible l'histoire contée. Dans le cas de "The jacket", inutile de tourner autour du pot : le script est en béton armé et l'on adhère sans réserve aux événements qui prennent place sur l'écran. Saluons donc bien bas l'équipe en charge de l'histoire et du scénario, mais également le réalisateur, qui réussit à insuffler une ambiance poisseuse, presque vénéneuse à son long métrage. Filmé à hauteur d'homme, s'efforçant de faire de ses personnages des héros ou des salauds, "The jacket" est un film fantastique profondément humain, ce qui joue en faveur de sa crédibilité (un comble pour un film fantastique).

La distribution est, elle aussi, pour beaucoup dans la réussite du film. Tous les acteurs sont remarquables, à commencer par Adrien Brody, qui prouve l'étendue de son registre, après sa prestation du "Pianiste". Derrière lui, qu'il s'agisse de Keira Knightley (qui trouve ici l'un de ses meilleurs rôles), du trop rare Kris Kristofferson, de Jennifer Jason Leigh ou, dans des rôles minces mais marquants, Brad Renfro et du surprenant Daniel Craig (oui, vous avez bien lu, 007 en personne !), tous participent à la réussite de l'entreprise.

Film de genre doté d'une ambiance remarquable, aux personnages incarnés par des acteurs inspirés et doté d'un scénario qui mérite le détour, "The jacket" aurait mérité mieux que le peu de fièvre qu'il déclencha lors de sa sortie. Pour qui aime les histoires plus complexes que la moyenne et les films fantastiques qui ont une véritable identité, "The jacket" fait figure d'incontournable, malgré le peu d'audience qu'il reçut. N'hésitez pas, si l'occasion vous en est donnée, à lui donner une deuxième chance !


mercredi 21 août 2013

Kate & Leopold (2001)


Bien avant de collaborer (avec succès) pour "Wolverine : le combat de l'immortel", Hugh Jackman et James Mangold se sont déjà rencontrés sur le tournage de "Kate & Leopold", comédie romantique mâtinée de fantastique. A l'époque, cependant, le film n'avait guère connu de succès et n'a pas marqué les mémoires. Pourtant, en tête d'affiche, se trouvait LA grande spécialiste de ce thème : Meg Ryan, l'inoubliable interprète de "Quand Harry rencontre Sally", pour ne citer que cet énorme classique. Sortant à l'époque de la belle réussite de "Copland", James Mangold ne confirma pas alors les espoirs mis en lui. Il fallut ensuite "Identity" puis, surtout, "Walk the line" pour qu'il revienne (à juste titre) dans la cour des grands.

Jeune noble américain du XIXème siècle, Leopold est fasciné par les progrès de la science et de la technologie. Lors d'un bal auquel il s'ennuie ferme, il croise un étrange visiteur, Stuart, qui s'enfuit devant lui. Le prenant en chasse, Leopold va se retrouver entraîné jusqu'à une faille dans le temps et atterrir au début du XXIème siècle... en plus d'une époque riche en surprises pour lui, Leopold va rencontrer Kate, l'ex de Stuart et également sa voisine (quelle idée !)...

A lire le pitch, on sent qu'il est rapidement possible que le film donne quelque chose de bancal, tant l'exercice peut être périlleux. Et, effectivement, il suffit de quelques minutes de visionnage pour se rendre compte que "Kate & Leopold" ne fonctionne pas. Sur une idée de base qui, en d'autres temps, aurait pu donner un film du cachet de "La vie est belle" (celui de Capra) ou "L'aventure de Madame Muir" (un petit bijou que je vous recommande), James Mangold, visiblement dépassé par la tâche, ne livre ici qu'un long métrage inabouti. La faute en incombe essentiellement au scénario (pourtant la colonne vertébrale de ce genre de film), visiblement rafistolé à coups de personnages secondaires ajoutés en dernière minute et de scènes pseudo-comiques ne fonctionnant pas. Lorsque Leopold s'éveille dans un siècle qui n'est pas le sien, on n'échappe pas aux traditionnels gags jouant sur sa découverte des objets qu'il ne connaît pas (le téléphone, la télévision, etc.) : pour la nouveauté, vous pouvez donc repasser !

Du côté de la réalisation, James Mangold accomplit son devoir avec talent, sans cependant atteindre la qualité des films qui feront plus tard sa gloire. Du côté du casting, c'est évidemment Hugh Jackman qui tire le mieux son épingle du jeu, malgré des scènes parfois outrancières (notamment celle où le personnage réussit à chevaucher au grand galop dans Central Park, alors que sa monture était, quelques secondes auparavant, harnachée à une calèche pour touristes). Face à lui, Meg Ryan assure elle aussi le minimum syndical, comme si elle n'était que peu convaincue de la pertinence de l'entreprise. Notons la présence, dans un rôle secondaire mais néanmoins déterminant, de Liev Schreiber, qui croisera de nouveau Hugh Jackman dans les spin-offs consacrés à Wolverine.

Alors, certes, les interprètes sont très beaux, ils vivent dans de somptueux appartements (ah, le New York des comédies romantiques !), mais leur histoire ne tient pas la route : c'est dommage car on avait envie d'y croire. Torpillé par un scénario bourré de trous, "Kate & Leopold" tombe vite dans la catégorie des films oubliables de leurs interprètes et cinéaste.





lundi 3 juin 2013

Safety not guaranteed (2012)



Il existe, au sein du cinéma américain, une fraction indépendante qui tente de survivre, bon gré mal gré, à l'ombre des productions des grands studios. Souvent célébrés au célèbre festival de Sundance, les films produits par ce cinéma indépendant n'arrive pas tous jusqu'à nous. "Safety not guaranteed" pourrait tenir lieu d'exemple. Maintes fois récompensé (au festival susdit et ailleurs), ce film n'a toujours pas eu l'honneur d'une distribution dans les salles hexagonales, malgré une critique des plus élogieuses. 


Trois employés d'un magazine sont chargés d'écrire un article à partir d'une étrange petite annonce. L'individu qui a fait paraître celle-ci est en effet à la recherche d'un compagnon pour un voyage dans le temps (dont la sécurité n'est pas assurée, d'où le titre du film). Nos trois compères (un rédacteur hâbleur, une stagiaire désabusée et un jeune geek à la limite de l'autisme) vont se trouver embarqués dans une série de rencontres dont ils ne sortiront pas indemnes.

A l'origine de "Safety not guaranteed'", on retrouve les producteurs du très joli "Little miss Sunshine", autre perle du cinéma indépendant. Pour être clair, si vous avez aimé leur précédente production, vous tomberez probablement sous le charme de cette aventure du côté d'Ocean View (état de Washington). Là aussi, le voyage voient trois protagonistes apprendre à se découvrir et à découvrir les autres. Adoptant souvent un ton léger, voire drôle, "Safety not guaranteed" aborde cependant des thèmes riches, voire graves. Mais il ne s'agit pas uniquement d'une déclinaison de "Little Miss Sunshine", loin de là. Riche de sa propre identité, "Safety not guaranteed" parle de sa propre voix et sait trouver les mots.

Du côté de la réalisation, le film est conçu à la manière, typique, des films indépendants. Pas de fioritures, ni de décors exubérants, c'est ici dans le réalisme qu'on s'inscrit et la caméra est au plus près des acteurs. Ces derniers, pour la plupart issus de l'univers des séries télévisées américaines, et a priori peu connus du public français, tirent fort bien leur épingle du jeu. Enfin, soulignons le point fort du film : son scénario, à la fois humain et malin, qui évolue en douceur entre humour, tendresse et gravité.

Le fait que pareil film ne soit pas distribué en France reste un mystère insondable, tant il vaut mieux que bien des films envahissant les salles obscures à leur sortie, et dotés de bien moins de qualités. Si cette lacune est sans doute due à un pitch surprenant et à un casting inconnu dans nos contrées, elle devrait être réparée au plus tôt, tant ce film vaut le détour.


vendredi 12 octobre 2012

Fréquence interdite (2000)


Quand on joue avec le temps, ça peut donner des effets désastreux. Ce n'est pas Marty McFly qui me contredira. Blague à part, nombreux sont les films qui ont utilisé le thème du voyage temporel, avec plus ou moins de bonheur, comme je le disais dans mon billet consacré au décevant "Prisonniers du temps".

Sorti en 2000, "Fréquence interdite" met en scène deux hommes. Le premier, Frank, est un pompier héroïque, père et mari modèle, vivant dans le Queens en 1969. Le second, John, vit en 1999 et est un policier de la brigade criminelle, qui ne s'est jamais remis de la mort de son père, pompier, dans un incendie, trente ans auparavant. Un soir d'aurore boréale, John met la main sur le vieil émetteur radio de son père et entre en communication avec un certain Frank. Ils ne tarderont pas à découvrir qu'ils dialoguent à trente ans de distance et peuvent modifier le cours des événements, ce qui n'est pas sans conséquence...

Le thème du voyage dans le temps, fût-il virtuel comme c'est le cas ici, est éminemment casse-gueule. "Fréquence interdite" se sort plutôt bien de l'exercice de style, si on le regarde avec indulgence (comme ce devrait toujours être le cas pour ce genre de film, où l'on trouve forcément moult paradoxes).

Certes, sa réalisation est d'un absolu classicisme : ne vous attendez pas à des plans audacieux, ou des partis-pris révolutionnaires. Gregory Hoblit, le réalisateur (dont on a vu récemment "La faille" et "Intraçable" sur les écrans) est issu de la télévision et sa façon de conter une histoire s'en ressent. Certaines scènes sont un peu brouillonnes, notamment celles où Frank Sullivan doit affronter un impressionnant incendie.

Cette mise en scène tiède n'honore pas autant qu'il le faudrait le scénario de Toby Emmerich, désormais connu en tant que producteur, et frère de Noah Emmerich, qui joue ici le meilleur ami de John (après avoir joué celui de Truman Burbank, dans "The Truman show"). Le script de "Fréquence interdite" est la bonne surprise de ce film, pourtant mal accueilli lors de sa sortie en salles. En effet, à mi-course, alors qu'on aurait pu craindre un essoufflement de l'intrigue, vient se greffer sur l'étrange échange entre le fils et son père une enquête policière qui, elle aussi, traverse les décennies.

Alors qu'elle aurait pu caler, la machine est relancée et le spectateur est happé jusqu'à la fin. Si on ajoute à cela des interprètes remarquables (Dennis Quaid et Jim Caviezel ont rarement été aussi bons), on obtient finalement un divertissement honnête et plutôt futé.

En dehors de la réserve que j'émettais plus haut quant à la mise en scène de Gregory Hoblit, une des raisons de l'échec de ce film dans l'Hexagone tient aussi à son profond ancrage dans la culture américaine. Il y est fait maintes fois référence au base-ball, par exemple, et l'on sait le peu de résonance que ce sport a dans nos contrées.

Cela dit, son peu de succès public outre-Atlantique montre bien la difficulté à faire avaler un scénario plus complexe que la normale aux spectateurs lambda. En l'occurrence, et même s'il fut couronné par quelques récompenses (dont un Saturn Award du meilleur film fantastique), "Fréquence interdite" aurait mérité de rencontrer un plus large public. Sans être un chef d'oeuvre inoubliable, c'est un honorable divertissement. Ca n'est déjà pas si mal...





mardi 3 juillet 2012

Prisonniers du temps (2004)



Le cinéma n’est pas une science exacte (ce n’est pas une science, déjà, rétorqueront les plus vifs d’entre vous, et ils auront raison, mais cela ruinerait mon introduction). On a beau disposer d’une histoire solide (puisque tirée d’un roman de Michael Crichton, dont on ne compte plus les best-sellers et les adaptations réussies…ou pas), d’un réalisateur ayant déjà maintes fois fait ses preuves (Richard Donner, à qui l’on doit, entre autres, « Superman » ou la série des « Arme Fatale ») et d’un casting motivé (Paul « Fast and Furious » Walker et Gerard « 300 » Butler en tête), on peut échouer. 


Quand ça veut pas, ça veut pas, comme on dit… 


Je vous fais le pitch, rapido :  


 Edward Johnston, archéologue enthousiaste, mène avec ses étudiants des fouilles en Dordogne, sur l’ancien site médiéval de Castelgard. Alors que le professeur Johnston doit se rendre aux Etats-Unis pour rencontrer son mécène (le grand manitou de l’International Technology Corporation), son équipe fait une trouvaille étonnante : une lettre, datée du XIVème siècle, signée de la main de Johnston lui-même. Bien vite, ils comprennent que leur vénéré mentor a testé la dernière invention de l’ITC et s’est retrouvé, en pleine Guerre de Cent Ans, sur le territoire français. N’écoutant que leur courage et leur dévotion pour cet enseignant si exemplaire, les étudiants de Johnston décident alors d’aller, eux aussi, retrouver leur professeur dans le passé. 

Le thème du voyage dans le temps a déjà été maintes fois exploité au cinéma (les incontournables « Retour vers le futur », « Terminator », « L’armée des douze singes », « La machine à explorer le temps », mais aussi les moins connus et très recommandables « Fréquence interdite » ou « C’était demain », par exemple) et en littérature (je vous recommande au passage la lecture de « La patrouille du temps » de Poul Anderson). Pour peu qu’on sacrifie toute crédibilité scientifique au « suspension of disbelief », ce peut être un bon sujet de fiction, bien qu’un peu casse-gueule. 

L’un des intérêts du roman de Crichton était d’apporter une explication quasi-scientifique à ce grand fantasme de la science-fiction. Hélas, dans l’adaptation cinématographique, tout le mécanisme du voyage dans le temps est passé à la trappe (ou presque), évacué en quelques minutes au profit de la fluidité du récit. Il ne faudrait surtout pas que ce soit trop difficile à comprendre pour le spectateur moyen. 

 Du coup, l’histoire perd la plus grande partie de son intérêt. « Prisonniers du temps » devient vite une série B banale au script souvent confus et bâclé, où émergent (de façon fugitive, hélas) quelques bonnes idées, chaque fois torpillées par un scénario brouillon. Alors, peu à peu, le spectateur est condamné à assister au naufrage de ce qui aurait pu être, si ce n'est un grand film, au moins un honnête divertissement. 


Malgré tout leur talent, réalisateur et acteurs (au rang desquels on notera tout de même la présence, dans les seconds rôles, de Daniel Thewlis, et de Lambert Wilson, habitués à de meilleurs choix...ou pas) n'arrivent pas à sauver le film du naufrage. Oubliez également les scènes de batailles médiévales qui louchent du côté de « Braveheart » (ce que revendique l’affiche, soit dit en passant), sans cependant en atteindre l’efficacité brutale. 


Au final, donc, « Prisonniers du temps » ne mérite guère de séance de rattrapage. Inutile de remonter dans le temps, laissons ce film se faire oublier...