vendredi 2 mai 2014

Seize ans ou presque (2013)



La comédie française est malade. Bon nombre d'observateurs du cinéma français en conviennent : ce registre où existait, il n'y a pas si longtemps, un savoir-faire inimitable est aujourd'hui dans un piètre état. Alors que, de l'autre côté de l'Atlantique, ce genre a opéré un virage (éminemment discutable) vers le trash et que le cinéma britannique continue d'explorer avec succès les travers de la société, les productions hexagonales continuent d'exploiter ad nauseam des grosses ficelles, espérant toucher le jackpot décroché par Dany Boon et ses productions. Bien souvent, cela fonctionne, aussi étonnant que cela paraisse (je ne cite pas de titres, la place manque). Parfois, le public ne se laisse pas avoir : "Seize ans ou presque" avec, en tête d'affiche Laurent Lafitte (qui sortait pourtant d'un succès avec "De l'autre côté du périph") s'est sévèrement ramassé, l'an dernier. 

Avocat brillant, philosophe admiré, Arnaud Mustier fait de l'ombre à Jules, son jeune frère, de quinze ans son cadet, en pleine adolescence 'amis qui vit fort bien cette étape).  Alors que tous deux doivent partager l'appartement familial en l'absence de leurs parents, Arnaud est soudain victime d'un étrange syndrome : victime de ses hormones, il va alors vivre l'adolescence qu'il n'a jamais connu, sous le regard ébahi de Jules, bientôt dépassé par ce grand frère prêt à tout pour rattraper le temps perdu.


Clairement, "Seize ans ou presque" se veut un teen-movie, genre souvent peu glorieux (on pense évidemment à de "grands" moments de cinéma comme la série des "American Pie"). Le trait est épais, les gags pas toujours très fins, mais le but est d'amuser et, au final, de fédérer. Enfin, tout cela, c'est la théorie, parce que "Seize ans ou presque" n'est que peu drôle et est souvent agaçant. Caricaturant à outrance les adolescents, étrange peuplade boutonneuse n'aspirant visiblement qu'à pratiquer le jeu vidéo, le binge-drinking et la masturbation. Tristan Séguéla, dont c'est ici le premier film de fiction, accumule les lourdeurs et les répétitions, ne déclenchant chez ses spectateurs qu'un rare sourire de temps à autre, mais jamais l'éclat de rire légitimement espéré. 

Le maigre espoir suscité par le pitch de base (à savoir la métamorphose du personnage principal et sa confrontation à un univers dont il ne connaît rien) est rapidement torpillé par les temps morts et les clichés accumulés par le scénario. Alors que la caricature aurait pu être fine et efficace, elle devient vite grasse et pénible à suivre.

Du côté des interprètes, on pardonnera bien volontiers aux plus jeunes membres du casting, eu égard à leur peu d'expérience (pour la plupart, il s'agit de leur premier film...et sans doute de leur dernier). On sera moins indulgent avec Laurent Lafitte ("Membre de la comédie Française", comme le martèle le générique), qui cabotine ici comme jamais, au point d'être vite agaçant. Face à lui, seuls Christophe Malavoy et François Rollin (dans un petit rôle, mais c'est toujours ça de pris) s'en sortent sans trop de dommages. 

La comédie française est malade. Faudra-t-il qu'elle meure pour ressusciter sous une nouvelle incarnation ? Si c'est le cas, il ne sera guère besoin d'attendre longtemps, tant les films pseudo-comiques se chargent de l'envoyer ad patres.



7 commentaires:

  1. Si je dois le voir c'est uniquement pour Laurent Laffite parce que sinon ça n'a aucun intérêt.

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    1. En ce qui me concerne, Laurent Laffite ne m'a pas paru très bon, dans ce film. Je lirai ton billet avec attention, promis ;-)

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    2. Pas la flemme non plus de le voir mais j'aime bien Laffite en général.

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  2. Comme tu l'écris, ça va mal pour la comédie française pas drôle. Faut dire que le scénario est assez mal foutu. Les séquences s'enchaînent sans liens. On ne comprend pas pourquoi il change. Les gamins jouent mal et sont têtes à claque. Laurent Laffite est un bon acteur, mais là il est venu pour le chèque (pas possible qu'il ait lu le script).

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    1. J'aimerais croire que Laurent Laffite a pris du plaisir à jouer dans ce film, mais franchement, c'est au-dessus de mes forces. Ce n'est pas ce film qui me réconciliera avec la comédie hexagonale..

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  3. J'en ai même pas entendu parler de celui-là. Tant mieux, je me serais sentie obligée de le regarder. Avec ton avis, au moins, je sais que je peux zapper.
    Laurent Laffite est un mec étonnant : il est à la Comédie Française, c'est donc un acteur reconnu, et qui aime les beaux textes et les belles histoires, et il se vautre dans ce genre de nanars... J'arrive pas à comprendre...

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    1. La mention "de la Comédie Française" fait clairement tâche sur le générique de ce film : comme une caution morale pour une grosse bêtise.

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