dimanche 30 août 2020

Cézanne et moi (2016)


Fille de Gérard Oury, Danièle Thompson a très tôt collaboré avec lui sur les scénarios de ses grands succès (de "La grande vadrouille" aux plus oubliables "Vanille fraise" ou "La vengeance du serpent à plumes"). Quand elle se tourna vers la réalisation, elle se fit une spécialité des films choraux, très parisiens, notamment avec "La bûche" ou "Fauteuils d'orchestre". En se frottant à l'histoire de deux grands hommes, Paul Cézanne et Emile Zola, avec "Cézanne et moi", Danièle Thompson n'a pas convaincu. Pourtant sur le papier, l'idée semblait porteuse...

En France, à la Belle Epoque, entre deux guerres, Emile Zola et Paul Cézanne, amis depuis l'enfance, se retrouvent pour évoquer leur amitié, leurs arts, leurs familles, leurs femmes. Dans le parcours souvent parallèle de ces deux hommes, se dessinent les destins des artistes qu'ils furent, de leurs différences, de leurs points communs, de leurs liens, de leurs brouilles. L'un est naturaliste et connaît le succès, l'autre innove et attend la gloire.

Le peu de succès, tant critique que public, que reçut "Cézanne et moi", malgré la présence de deux acteurs bankables, peut sembler inattendu. Pour reconstituer la Belle Epoque (qui ne l'était pas tant que ça, puisqu'elle se dirigeait droit vers une épouvantable boucherie), Danièle Thompson a disposé de moyens imposants et qu'elle nous offre de belles images. Cependant, il est bien connu que l'emballage ne suffit pas : derrière le papier cadeau, on est en droit d'espérer quelque satisfaction. Et là, il faut bien avouer que le compte n'y est pas.

En choisissant de découper son film en tranches fines et en procédant à de multiples allers-retours entre les époques, Danièle Thompson l'empêche de se poser et de mieux installer son contexte. S'efforçant d'enrichir les scènes (souvent répétitives) où s'affrontent les peintres de l'époque, elle multiplie les apparitions de guests, comme si le but du film était de produire un catalogue des talents de la Belle Epoque. De plus, les approximations et erreurs factuelles feront tiquer ceux venus là pour admirer la reconstitution. Les arrangements avec la chronologie et l'histoire ne plaident pas en faveur de "Cézanne et moi" : quitte à violer l'histoire, autant lui faire de beaux enfants (pour reprendre le mot célèbre). Dans le cas présent, le résultat n'est sans doute pas digne des hommes et de l'époque dont il est question.

J'avoue être resté perplexe devant l'interprétation de Guillaume-Gallienne-de-la-Comédie-Françai-se, souvent célébré, et qui n'est pas crédible (à mes yeux en tout cas) dans le rôle de Paul Cézanne. En plus d'en faire un homme peu sympathique, il le dote d'un accent méridional qui semble ne l'affecter que par moments.  face à lui, dans le rôle du grand Zola, Guillaume Canet semble paralysé et souvent passif : un comble pour Zola, qui fut l'auteur de "J'accuse... !" et ne tut jamais ses colères. Ajoutons à cela que les personnages pratiquent un dialogue souvent peu en phase avec la Belle Epoque et la suspension d'incrédulité est souvent mise à mal. Pour une reconstitution, c'est fâcheux, vous en conviendrez.

Il y avait un fort potentiel dans l'histoire des deux grands hommes que furent Zola et Cézanne. Le choix fait par Danièle Thompson de traiter leurs destins comme elle l'a fait dans "Cézanne et moi" ne leur rend pas hommage, non plus qu'à l'époque qui fut la leur.




mardi 25 août 2020

Primal (2019)

 

Qu'est-il arrivé à Nicolas Cage ? Celui qui fut l'un des acteurs marquants de sa génération semble désormais se cantonner aux direct-to-video, comme s'il avait choisi la quantité aux dépens de la qualité. On ne compte plus les films dans lesquels il tient le premier rôle et qui échappent (souvent volontairement) aux circuits traditionnels. "Primal" fait partie de ceux-ci et, lors d'une de ses récentes diffusions, j'ai visionné ce film, pour en avoir le cœur net.

Trafiquant d'animaux sauvages, Frank Walsh embarque sur un cargo à destination des Etats-Unis, où il compte vendre sa précieuse cargaison, dont un rarissime léopard blanc. A l'embarquement, il découvre que le FBI sera du voyage, et escortera Richard Loffler, un tueur professionnel. Ce qui devrait arriver arriva : le méchant échappe à la surveillance de ses geôliers et, en pleine mer, commence à tuer tout le monde. En plus, il a ouvert les cages et il y a des animaux dangereux partout sur le bateau. Bonjour la galère.

L'improbable pitch de "Primal" a quelque chose d'un die-hard un peu tordu, dont le héros n'aurait ni la sympathie, ni la malice de John McLane. Coincés sur un bateau où la réalisation trop nerveuse pour être honnête perd souvent son spectateur, les protagonistes de ce huis-clos tournent vite en rond, comme ce navire qui approche de son but sans progresser. 

On pourrait s'amuser devant ce film, totalement dénué de logique (Pourquoi transférer un détenu dangereux par bateau plutôt que par avion ? Quel intérêt Loffler a-t-il à libérer les animaux ? Comment un producteur a-t-il réussi à monter ce film ?), mais tôt ou tard, on finit par se dire que la plaisanterie a assez duré. Nick Powell, pour son deuxième film après "Croisades", livre un film dont on a tout du long envie de se moquer, plutôt que de prendre plaisir à son visionnage. Ayant auparavant officié en tant que réalisateur de deuxième équipe auprès de Paul W.S. Anderson, il partait avec un sérieux handicap, si vous voulez mon avis. Si pareil modèle n'est pas de très bon augure, mieux choisir son scénario est souhaitable, à l'avenir. 

Les acteurs embarqués dans cette galère valent à peine mieux que les animaux qui pointent le bout de leur museau en images de synthèse de médiocre qualité, au point qu'on ne croie pas en leur existence. Famke Janssen, qui aurait mieux fait de ne pas toucher au botox, Michael Imperioli, échappé des "Soprano", tous sont victimes du même naufrage.

Un scénario bourré d'incohérences et de facilités, une réalisation digne d'un téléfilm de fin de soirée, des acteurs venus là pour le chèque, "Primal", avec son postulat incongru, partait mal et ne réussit jamais à convaincre, même les spectateurs venus pour s'amuser et plein d'indulgence.






jeudi 20 août 2020

Les rois du monde (2014)


Metteur en scène reconnu au théâtre, Laurent Laffargue s'est lancé dans l'aventure du grand écran, il y a quelques années, en nous proposant "Les rois du monde". Avec un casting prometteur, plaçant son intrigue dans un sud-ouest imaginaire et non daté, ce film ne reçut cependant qu'un accueil public frileux. Sommes-nous passés à côté d'un joli film, fût-il à petit budget ? Et s'il était temps de rattraper un oubli ?

Casteljaloux, quelque part dans le sud-ouest de la France. Autour de Chantal, deux hommes gravitent. Il y a Jean, tout juste sorti de prison, et qui n'a pas vaincu ses vieux démons qui parfois l'entraînent dans la pire des violences. Il y aussi Jacky, le boucher du village, avec qui vit Chantal, et qui compte bien la garder pour lui car il n'est rien sans elle. 
Tout ce petit monde va et vient, se croise, s'explique, s'affronte, souffre parfois. 

Si on se fie à ce qui est annoncé sur la jaquette, "Les rois du monde" use des recettes de la tragédie grecque autant que de celles du western. Les tourments de ses protagonistes sont universels : l'amour, la violence et la mort (et une bonne dose d'alcool aussi) se frottent en faisant parfois de terribles étincelles. Quand on voit le résultat, on se demande s'il y avait vraiment matière à faire un film de tout cela. Certains longs métrages à hauteur d'homme et de femme peuvent toucher, d'autres laissent froid. Malgré la chaleur qui doit régner à Casteljaloux, c'est la deuxième option qui l'emporte en visionnant "Les rois du monde", qui gouvernent tant bien que mal leur petit univers.

Les interprètes de ces tranches de vie, souvent dramatiques, sont sans doute le meilleur atout des "Rois du monde" et j'ai bien peur que ce soit le seul. Si on peut apprécier les prestations des interprètes, ce qui leur arrive à Casteljaloux peut très vite ne nous faire ni chaud ni froid. Malgré le talent de Sergi Lopez, Céline Sallette et Eric Cantona, pour ne citer que ces trois-là, on ne s'intéresse que peu à ceux qu'ils incarnent. Finalement, ceux qu'on espérait proches sont trop lointains pour qu'on se penche sur leur sort. Et, très vite, on n'a plus qu'une envie : quitter ce village, aussi charmant soit-il.

Certains "petits" films, tournés à hauteur d'homme et de femme, et qui donnent la part belle aux personnages, sont de jolies surprises. D'autres laissent froid, n'ayant pas su ou pu capter l'attention et l'empathie du spectateur. "Les rois du monde", malgré son joli casting, fait (hélas pour lui) partie de la deuxième catégorie.



samedi 15 août 2020

Quatre étoiles (2006)



Ce n'est pas la première fois qu'un film de Christian Vincent fait l'objet d'un billet dans ces colonnes. Après "Les enfants" et "L'hermine", c'est au tour de "Quatre étoiles", dont le casting donnait pourtant envie de se retourner. Cette fois, ce n'est plus sur le territoire du drame que l'on retrouve ce réalisateur, mais dans une comédie. "Quatre étoiles" augurait d'une belle dose de glamour, puisque prenant comme décor la Croisette. Malheureusement, ils furent peu nombreux à se rendre dans le salles pour y compter les étoiles. 

Franssou vient d'hériter d'une jolie somme et, au lieu de l'épargner ou d'investir, elle choisit de se payer un peu de bon temps sur la Côte d'Azur. Laissant pour un temps son petit ami et son travail, elle s'offre donc un séjour dans un palace cannois. Elle y fait la rencontre de Stéphane, petit escroc volubile et charmeur qui l'entraîne dans son sillage. Pour ce dernier, qui ne jure que par l'argent, la belle est une proie tentante et semble consentante, pourvu que cela sorte de l'ordinaire.

Le pitch de "Quatre étoiles" ne laisse que peu de doute sur le contenu du film : nous sommes dans une comédie qui devrait pencher du côté de la romance. Et, rapidement, la chose est entendue : Franssou et Stéphane, aussi différents soient-ils en apparence, sont faits pour se retrouver, à la fin. Le chemin sera tortueux mais cela fait partie du cahier des charges inhérent au genre. a la fois comédie romantique, donc, et hommage aux comédies américaines des années 1950, "Quatre étoiles" est de ces divertissements qui revendiquent un certain pétillement, tant dans leur décor que dans les péripéties promises à leurs personnages.

Ce cahier des charges est tenu : les deux personnages principaux ne cessent d'aller et venir d'une chambre de palace à une autre, avec un rythme qui n'est pas sans rappeler certains canons de l'âge d'or. Et, s'il donne de temps à autre l'impression de tourner en rond, il réussit presque toujours à rebondir, en grande partie grâce au charme de ses interprètes.

Ce sont surtout les acteurs qui donnent sa saveur à "Quatre étoiles". En fausse naïve, la pétillante Isabelle Carré irradie de son charme chaque scène où elle apparaît, face à un José Garcia dont le rôle (taillé sur mesure pour lui) repose essentiellement sur un bagou que le comédien maîtrise naturellement. Face à eux, dans un rôle plus secondaire, François Cluzet livre un joli numéro d'ahuri plutôt réjouissant. Pour peu qu'on apprécie ces acteurs, "Quatre étoiles" est l'occasion de passer un bon moment en leur jolie compagnie.

Avec un peu plus de cynisme, le film aurait sans doute été plus savoureux. Mais il aurait alors perdu en fraîcheur et n'aurait plus été ce bonbon acidulé qu'il est. Sans être un film mémorable, il s'agit d'un joli moment de cinéma, animé par des acteurs au meilleur de leur forme. 



lundi 10 août 2020

Valhala (2019)


Pour beaucoup, Marvel étant passé par là, la mythologie nordique se résume aux affrontement entre Thor et Loki, sous l’œil unique d'Odin. Pourtant, les mythes venus du froid sont, comme souvent, bien plus riches, sans avoir été exploités dignement par le septième Art. En tombant récemment sur "Valhala", sans aucun a priori, j'ai voulu voir comment ce film venu du Nord (puisqu'il s'agissait d'une coproduction islandaise, danoise, suédoise et norvégienne) allait évoquer ce riche patrimoine.

Deux enfants, Røskva et Tjalfe, sont contraints d'accompagner Thor et Loki de Midgard (le monde des humains) à Asgard (celui des dieux), où se tient le Valhala, dirigé par Odin. L'heure est grave : le loup Fenrir, créature gigantesque, menace le Valhala et tout l'équilibre des mondes. Dans l'affrontement à venir, les deux enfants auront leur rôle à jouer.

Oubliez un instant la vision marvellienne des dieux nordiques. En adaptant la bande dessinée éponyme (quasiment introuvable en France, où elle n'a été que partiellement traduite), le réalisateur choisit de la transposer avec un ton sombre et sale, loin de la ligne claire originale. En contrepoint à cette approche esthétique, la présence de deux enfants comme héros de l'histoire peut décontenancer : quel est le public visé par cette adaptation ? Omniprésente au cours du visionnage, cette question est aussi le plus gros défaut d'un film pourtant sympathique. A vouloir toucher le jeune public comme celui rompu à des ouvres moins confortables, cette coproduction venue du Nord (le vrai, pas celui de Dany Boon) souffre de ne savoir sur quel pied danser. 

Fenar Ahmad, en charge de la réalisation, endosse pour son troisième long métrage (après "Ækte vare" et "Darkland", tous deux restés au Danemark, son pays d'adoption) une lourde responsabilité : adapter une oeuvre littéraire avec toutes les contraintes que l'exercice comporte et évoquer une mythologie riche et souvent mal comprise. Si l'on ajoute à cela un budget sans doute ridicule, comparé à celui du premier blockbuster venu, la barre était placée haut. Au vu du résultat, Ahmad n'a pas à rougir de ce "Valhala", aussi maladroit soit-il par moments. 

Forcément, on entrevoit, à plusieurs reprises, les modèles cinématographiques convoqués par Fenar Ahmad. Sans atteindre le lyrisme du "Seigneur des Anneaux" (et la comparaison ne serait pas justifiée), certaines scènes témoignent d'une vraie ambition, et on peut imaginer ce qu'un budget plus conséquent aurait pu donner. 
On pardonnera donc au film ses quelques maladresses, notamment celle qui consiste à parachuter des personnages sans expliquer qui ils sont et d'où ils viennent.

Malgré un évident manque de moyens, une vraie sincérité émane de "Valhala". Pour imparfait qu'il soit, ce film est cependant une réussite, qui aura également le mérite d'évoque le panthéon nordique mieux que certains films avec des héros-en-collant dedans.




mercredi 5 août 2020

Narco (2004)


La narcolepsie, maladie des plus handicapantes, est mal connue et est souvent l'objet d'idées préconçues. Je ne suis pas sûr qu'en en faisant le sujet principal de "Narco", Gilles Lellouche et Tristan Arouet, pour leur premier film, ait fait un choix judicieux. Avec son affiche promettant des personnages typés, il était cependant difficile de préjuger du contenu et de la qualité de ce film. Le meilleur moyen d'en avoir le cœur net reste de le visionner.

Gustave Klopp est narcoleptique : il s'endort brusquement, n'importe où et n'importe quand. Inutile de dire que cette affection l'handicape, surtout lorsqu'il s'agit de garder un métier. Mais, dans ses rêves, Gus vit dans un monde fantastique, où il est un héros. Au réveil, il met ses rêves en images et espère devenir dessinateur de BD. Son épouse Pamela et son meilleur ami, Lenny, qui ne jure que par le karaté et Jean-Claude Van Damme, finissent par le convaincre : Gus entame une thérapie. Mais son talent attire les convoitises. 

A lire le résumé de "Narco", on peut se demander s'il ne s'agit pas, encore une fois, d'un film qui, partant d'une idée a priori exploitable, ne sait comment l'exploiter et part dans tous les sens. Au visionnage, la réponse à cette interrogation est claire : c'est effectivement le cas. "Narco", avec sa réalisation souvent tapageuse, son esthétique très marquée, ses punchlines qui se veulent claquantes et ses personnages caricaturaux, oublie d'avoir un scénario digne de ce nom. Il ne suffit pas d'une idée de base et de quelques dialogues piquants pour faire un film, de la même façon qu'une sauce ne suffit pas à faire un plat. Rapidement, les répliques sonnent trop creux, calibrées qu'elles sont pour faire mouche. Plus vite encore, on se lasse des personnages excessifs qui y défilent, sans qu'on n'ait jamais d'empathie pour eux. Et ce n'est pas la mise en scène, revendiquant souvent un rythme et un découpage rappelant la bande dessinée, qui peut sauver l'édifice. 

Dans un premier temps, pourtant, on se surprend à espérer un peu de fraîcheur et d'originalité. Le héros, ses rêves et son sérieux handicap y sont présentés avec suffisamment de culot pour qu'une bonne surprise soit envisageable. Hélas, de cette promesse initiale, rien ne sort d'original. Dans sa deuxième partie, "Narco" accuse un sévère creux, et s'essouffle sans jamais pouvoir relancer l'histoire que le film était censé nous conter. La machine patine, et ne redémarre jamais, hélas. 

Côté casting, le bilan est là aussi plus que mitigé. Allergiques à Guillaume Canet (il y en a),  passez votre chemin. De même, on regrettera que le rôle de Pamela ait été attribué à Zabou Breitman, qui n'y est jamais crédible. Benoît Poelvoorde est, par contre, plus convaincant et on a plaisir à revoir, le temps de quelques scènes, Jean-Pierre Cassel, hélas pas gâté par le rôle qui lui est attribué.

Avoir du culot et de l'ambition, c'est forcément louable, en matière de cinéma (comme en d'autres, d'ailleurs). Mais, pour que le résultat fonctionne, il faut en faire quelque chose : en l'occurrence, "Narco" aurait sans doute été une réussite s'il avait été doté d'un scénario solide, au lieu de n'être qu'une succession de scènes souvent bâties sur l’esbroufe.