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mercredi 2 juin 2021

Edmond (2019)

 


Maintes fois adapté au cinéma, "Cyrano de Bergerac" fait indéniablement partie du patrimoine culturel français. Son auteur, Edmond Rostand, n'avait guère connu le succès jusqu'à cette pièce et resta à jamais le créateur de Cyrano. En adaptant sa propre pièce de théâtre, qui rendait hommage à Rostand, Alexis Michalik passait pour la première fois derrière la caméra pour "Edmond". Salué par nombre de critiques, ce film ne déchaîna pas pour autant les foules. Alors, Edmond Rostand méritait-il mieux ? 

1897 : Edmond Rostand n'a rien écrit depuis sa dernière pièce et la ruine le guette. Pour éviter la ruine, il propose au célèbre acteur Coquelin de jouer dans sa prochaine pièce. Le comédien accepte, mais très vite, un problème se pose : Rostand n'a pas écrit la première ligne de la dite pièce et, alors que la date de la première approche, l'inspiration lui fait défaut. On ne jure à l'époque que par Feydeau et les écrits de Rostand n'ont guère de succès.
Il va devoir, en quelques jours, créer une nouvelle pièce, celle de la dernière chance. Ce sera "Cyrano de Bergerac".

Pour peu qu'on apprécie l'époque décrite (la Belle Epoque), on se régalera au visionnage de "Edmond" : l'immersion, à laquelle concourent décors et costumes, est totale. En s'affranchissant des limites de la scène théâtrale, où il rencontra un immense succès avec le matériau d'origine, Alexis Michalik gagne en amplitude et tire le meilleur de l'esthétique de l'époque. Mais la réussite globale de "Edmond" ne réside pas seulement dans sa forme. Le passage des planches au grand écran s'avère également bénéfique, en amplifiant les effets de rythme propres au théâtre. Presque rocambolesque (dans le bon sens du terme), "Edmond" ne présente aucun temps mort et ses rebondissements donnent une énergie notable à l'histoire qui nous est contée là. 

On pense énormément à "Shakespeare in love" en visionnant "Edmond", mais le fait est que ce film dispose tout de même de son identité propre, de sa patte qui en fait une œuvre qu'on a plaisir à visionner. La génèse (fictionnelle) de "Cyrano de Bergerac" et la façon dont un créateur accède enfin au succès qui se refusait à lui jusque là tient du parcours tant initiatique que de la course d'endurance. Pour fantaisiste qu'elle soit, l'histoire pousse le spectateur à admirer d'autant plus ceux qui aidèrent à la création du monument qui éclot pendant le film. 

L'interprétation magistrale d'Olivier Gourmet (une fois de plus) dans le rôle de Coquelin est sans doute l'un des plus beaux atouts du film, au point qu'il vole souvent la vedette à Thomas Solivérès, dans le rôle titre (pourtant fort convaincant). En vieux cabot qui touche enfin le rôle de sa vie (et contribue parfois à le créer), Olivier Gourmet prouve ici, s'il en était besoin, qu'il est un acteur sur lequel on peut monter un grand film. 

On ne peut que regretter que "Edmond" n'ait pas séduit plus de spectateurs. En décrivant ce qui se passe de l'autre côté du rideau et en mettant la lumière sur un créateur plutôt que sur sa créature, il optait pour une démarche dynamique et souvent amusante. Il aurait mérité plus de succès, sans l'ombre d'un doute...




 


mercredi 26 mai 2021

Comme un chef (2012)

 

Depuis quelques années, la gastronomie est revenue sur le devant de la scène, à la faveur d'émissions et de shows mettant en valeur les petits plats et le bonheur des papilles. Le cinéma a naturellement pris le train en marche et on a pu savourer (ou pas) des films se déroulant en cuisine. De "A vif" à "#Chef", pour n'en citer que deux, ils furent nombreux, les acteurs qui passèrent aux fourneaux. "Comme un chef" de Daniel Cohen vit s'affronter Jean Reno et Michael Youn, mais ne fut guère goûté à sa sortie, malgré les saveurs annoncées sur l'affiche. Depuis, il est resservi régulièrement sur le petit écran et a eu donc droit à quantité de séances de rattrapage (ou pas).

Jacky Bonnot, malgré son amour de la cuisine et son talent réel pour mitonner des petits plats, vivote de petits boulots, au grand désespoir de sa compagne, qui porte son enfant, et aimerait le voir garder un poste plus que quelques jours. Le hasard lui fait rencontrer le grand Alexandre Lagarde, chef étoilé qui doit affronter les financiers et voit ses étoiles menacées. Les deux cuisiniers sauront-ils faire cause commune pour avancer ? Leurs caractères dissemblables peuvent-ils s'accorder, dans la cuisine ?

Deux personnages que tout oppose, forcés de coopérer pour se sortir d'une situation compliquée : le postulat de base de "Comme un chef" n'a rien d'original. En le plaçant dans le monde de la gastronomie, son réalisateur ne fait pas montre d'une grande audace, mais choisit un décor de comédie avéré. De "La cuisine au beurre" à "L'aile ou la cuisse", le cinéma français s'est amusé plus d'une fois avec les casseroles (et en a traîné pas mal, au passage). 

Le problème, c'est que "Comme un chef" ne fonctionne pas très bien, pour le dire gentiment. Le scénario ne fait qu'accumuler les scènes, s'autorisant tout au prétexte d'arriver à sa résolution finale. On tiquera à plusieurs moments, selon l'indulgence que l'on aura à ce moment, mais certaines séquences, en particulier celles tentant la carte de la comédie pure, plombent le film plus qu'elles ne l'enrichissent (je songe notamment à celle de l'ambassadeur au restaurant). 

Du côté de l'interprétation, ce n'est guère mieux. On pourra, au choix, se lamenter du peu de profondeur des personnages, souvent caricaturaux, ou de leur interprétation. Les deux acteurs principaux ne sont jamais convaincants. Jean Reno, souvent monolithique, se contente de faire acte de présence dans la plupart de ses scènes, tandis que Michael Youn, tout en agitation, ne convainc jamais. Ce n'est pas non plus dans les seconds rôles qu'on pourra se consoler. A l'image de Julien Boisselier, dans un rôle plus que caricatural, ils n'ont guère l'occasion de briller. 

Ce qui aurait pu être une sympathique comédie populaire s'avère finalement un film paresseux, tentant de surfer sur la vague des émissions culinaires du moment, mais n'offrant rien de très nouveau. Ca sent le réchauffé, du côté de "Comme un chef". Si certains plats supportent ce traitement et, parfois, y gagnent en saveur, ce n'est pas le cas de ce film. 



mercredi 19 mai 2021

Parents d'élèves (2020)

 


Au nombre des (trop) nombreuses victimes collatérales de la crise sanitaire, certains films ont eu droit à une sortie rapide et à quelques jours de projection avant de voir le rideau tomber sur les salles de cinéma. Si certains d'entre eux bénéficieront d'une ressortie sous peu, la plupart finiront leur carrière sur le marché vidéo, et bien en-deçà de leurs espérances initiales. Parmi ceux sortis l'automne dernier, "Parents d'élèves", de Noémie Saglio (réalisatrice de la série "Connasse", ainsi que du film qui en fut tiré), reviendra-t-il au cinéma, quand ré-ouvriront les salles ? 

Bien installé dans sa petite vie tranquille de trentenaire, Vincent va, pour rendre service à sa voisine, prendre en charge le fils de celle-ci et l'emmener chaque jour à l'école. Passant malgré lui pour le père du garçon, Vincent se retrouve pris dans l'étrange communauté des parents d'élèves. Mais, quand il croise Nora, l'institutrice, il décide de jouer le jeu. A lui la joie des réunions, des sorties scolaires et des kermesses, et tant pis s'il ment un peu. 

Si l'affiche du film semble être claire à ce sujet, dissipons tout de suite le doute : nous avons affaire à une comédie. Certes, "Parents d'élèves" effleure de temps en temps les difficultés du corps enseignant, mais son véritable propos n'est pas là. Il ne s'agit pas d'un film militant, ni social, mais bel et bien d'une comédie avec une forte composante romantique. L'école qui tient lieu de décor n'est pas de celles laissées à elles-mêmes, mais ressemble à un petit nid douillet logé dans un quartier sans tache. Pour le réalisme, on repassera donc. 

L'itinéraire du film, très balisé, puisqu'empruntant majoritairement à la romcom, est donc un fleuve tranquille pour le spectateur, à défaut de l'être pour son héros (mais cela fait partie du genre). une fois accepté le cahier des charges inhérent au genre, il est tout à fait acceptable de s'installer devant "Parents d'élèves". Le film remplit une à une toutes les cases du registre, sans ostentation cependant, et c'est tout à son honneur. 

Au chapitre des points positifs, l'interprétation est fort honorable. Entre sensibilité et désinvolture, Vincent Dedienne se sort honorablement de ce premier rôle, tandis que l'inattendue Camelia Jordana réussit à être crédible dans son rôle d'institutrice entièrement dévouée à sa mission. Ajoutons à cela une ribambelle de seconds rôles contrastés et souvent savoureux (ingrédients indispensables, eux aussi, à la réussite d'une romcom) et il faut bien admettre que "Parents d'élèves" est plutôt réussi, dans son genre. 

On passe un moment sympathique durant ce "Parents d'élèves", même si ce film ne laisse guère de traces dans les mémoires. Sa vocation première étant probablement de faire passer un instant agréable à ses spectateurs, on peut donc considérer qu'il remplit sa mission. Ce n'est déjà pas mal. 



mercredi 12 mai 2021

Le petit locataire (2016)

S'il est un registre cinématographique auquel on peut associer une nationalité, c'est sans doute la comédie sociale, qui me semble attachée au Royaume-Uni. Nombreuses furent les tentatives d'approcher ou d'égaler le talent de Ken Loach ou de Mike Leigh, pour n'en citer que deux, dans ce délicat exercice de style consistant à parler de notre monde sans se moquer de ceux qui tentent d'y survivre. Le cinéma hexagonal s'est frotté plus d'une fois à ce registre, avec plus ou moins de bonheur : de "Normandie Nue" à Bowling", le résultat fut contrasté. Pour autant, les tentatives continuent. Avec Karin Viard en tête d'affiche, "Le petit locataire" a tenté sa chance, sans rencontrer le succès à sa sortie. 

Elle ne s'y attendait pas, Nicole. A 49 ans, alors qu'elle est déjà grand-mère, que sa fille vit toujours chez elle, qu'elle héberge sa mère invalide, et que son mari renâcle à trouver un emploi, elle pensait avoir tourné la page de la maternité. Mais quand son gynécologue lui annonce qu'elle va de nouveau être maman, Nicole prend un sacré coup sur la tête. N'est-il pas trop tard pour elle ?

Il semble évident que "Le petit locataire" ambitionne d'explorer le terrain de la comédie sociale, genre dominé par le cinéma britannique. En plaçant son histoire chez des gens "normaux", voire de la France d'en-bas, Nadège Loiseau semble, dans un premier temps, s'engager sur un terrain souvent mal exploité dans le cinéma francophone. Cette louable ambition ne tient malheureusement pas très longtemps, le film s'orientant rapidement vers la comédie pure, choisissant de concentrer son propos sur l'héroïne et sa famille et délaissant le monde autour. 

Karin Viard, centre de gravité du film, part parfois en roue libre et ajoute au joyeux chaos qu'on ressent parfois au visionnage du "Petit locataire". La famille de guingois qui orbite autour de son personnage comporte pourtant de sacrés personnages (sans doute trop d'ailleurs), du père cherchant sa voie et sa place, à la grand-mère qui s'éteint en douceur, en passant par la fille en mal de maturité. Mais, malgré leur talent, les acteurs peinent à exister face à l'interprète principale. Lors des quelques scènes où ils reprennent la balle, on appréciera d'autant plus leurs prestations. 

S'il comporte quelques jolis moments, "Le petit locataire" n'est cependant pas dépourvu de défauts. En choisissant le registre de la comédie sociale, la réalisatrice oublie néanmoins que les glorieux modèles de ce type de cinéma sont en général porteurs d'une colère, voire d'un message. La situation de départ ne sert ici qu'à générer des situations comiques, mais jamais à donner à réfléchir. La promesse initiale n'est pas tenue et il faut (ou pas) se satisfaire d'un film destinée à faire (seulement) sourire. C'est déjà ça, certes, mais ça aurait pu être tellement plus. 

 


vendredi 7 mai 2021

Cours toujours Dennis (2007)

 

Après dix années à incarner l'un des six amis de "Friends", Davis Schwimmer a eu une carrière plus discrète. On le sait peu, mais il est passé à plusieurs reprises derrière la caméra, d'abord à la télévision (ayant fait ses armes sur la série qui fit sa gloire), puis au cinéma : son premier film, "Cours toujours Dennis", est passé sous les radars de pas mal de monde, lors de sa sortie en 2007. Avec en vedette Simon Pegg, et prenant pour décor la capitale britannique, ce film méritait-il mieux ?

Il y a cinq ans, Dennis a pris peur, peu avant d'épouser Libby, qui attendait leur enfant. Le jour du mariage, il est parti en courant. Depuis, il mène une petite vie médiocre qui ne le satisfait pas. Quand Libby rencontre Whit, homme d'affaires qui a jeté son dévolu sur elle, Dennis comprend qu'elle est l'amour de sa vie et veut la reconquérir. Pour cela, il décide de battre Whit sur son terrain et s'inscrit à un marathon. Dennis n'a pas fini de courir.

Avec pareil pitch, il reste peu de place à la surprise : la comédie romantique qui se cache derrière "Run, Fatboy, Run" (le titre original du film), coscénarisé par Simon Pegg,  respecte nombre des balises qui façonnent le genre. Il faut, pour l'apprécier, accepter ce postulat et se contenter de profiter du voyage, dans divers endroits de Londres. Tourné en peu de temps, efficace à défaut d'être original, "Cours toujours Dennis" met ses décors en valeur avec efficacité et utilise sans faille le charme infaillible de ses interprètes. En tête, Simon Pegg semble s'être fait plaisir avec son personnage de faux-loser immature, face à la sublime Thandie Newton. Les seconds rôles sont eux aussi fort savoureux et apportent à leur manière le petit supplément qui manque tant à nombre de films du même registre. 

De jolis décors, des personnages savoureux, quelques situations drôles et des dialogues parfois piquants : les ingrédients nécessaires sont réunis et il ne restait plus qu'à les assembler correctement pour que la recette soit réussie. Fort heureusement, c'est le cas avec "Cours toujours Dennis", certes pas inoubliable, mais suffisamment réussi pour satisfaire son spectateur.

Même s'il s'agit d'un film léger, "Cours toujours Dennis" aurait sans doute mérité mieux qu'une sortie à la sauvette. Même si c'est un film qu'on oublie rapidement, il a le mérite de faire passer un moment plaisant.
En ces temps compliqués, c'est toujours bon à prendre, vous ne trouvez pas ?



vendredi 30 avril 2021

Mes meilleurs copains (1989)

Devenu depuis culte pour bon nombre de ceux qui l'ont découvert, "Mes meilleurs copains" est l'exemple-type du film dont on oublie qu'il fut un échec au box-office. Pour tout vous dire, ami(e)s lecteurs(trices), c'est à des films comme celui-là que ce blog doit son existence. En hommage au merveilleux Jean-Pierre Bacri, qui n'a pas fini de nous manquer, voici un billet consacré à un de mes plaisirs (même pas coupables) de cinéma. 

Jean-Michel, Richard, Antoine, Dany et Guido sont les meilleurs amis du monde. Ce soir-là, à l'Olympia, ils se retrouvent parce que Bernadette Legranbois, la célèbre chanteuse québécoise, est de retour. Mais Bernadette, c'est aussi le grand amour de leurs vingt ans. Le week-end qui va suivre va raviver de vieux souvenirs, des vieilles rancœurs, mais surtout leur rappeler qu'ils sont les meilleurs amis du monde.

Découvert par hasard, il y a des années de cela, "Mes meilleurs copains" est l'un de mes films fétiches, de ceux qu'il m'arrive de revoir régulièrement, comme si je retrouvais à chaque fois de vieux amis. Ne vous attendez donc pas, chers lecteurs, à une critique en bonne et due forme, mais plutôt à un coup de projecteur sur ce morceau de cinéma. 

Pourtant, le tournage de ce qui reste l'un des meilleurs films "de pote" du cinéma hexagonal fut compliqué. Entre des conditions météorologiques désastreuses et une ambiance délétère, "Mes meilleurs copains" aurait pu tourner au fiasco. Il n'en est rien et c'est sans doute parce que les comédiens qui incarnent cette bande d'amis qu'on aimerait avoir donnent ici le meilleur d'eux-mêmes. Reconnaissons aussi la qualité des dialogues, écrits par Christian Clavier et Jean-Marie Poiré, les mêmes qui allaient commettre peu après "Les visiteurs".

Pris en grippe par le réalisateur (au point que son pote Gérard Lanvin en vint à prendre sa défense), Jean-Pierre Bacri livre une de ses plus émouvantes compositions, dans un rôle en avance sur son temps. Impossible également de ne pas évoquer l'interprétation géniale de Jean-Pierre Darroussin, en baba nonchalant, du regretté Philippe Khorsand en metteur en scène colérique. Il m'est difficile de ne pas tous les citer, tant je les aime, dans ce film. S'agit-il d'un de ces instants de grâce que peut offrir le cinéma, qui fait que, pour cette fois, l'alchimie fonctionne à plein entre le film, ses acteurs et le spectateur ? Toujours est-il que, malgré les années, je fais partie de ceux qui continuent à aimer "Mes meilleurs copains" et à le considérer comme un antidote au cafard (et je ne vous parle pas de l'épatante bande originale, remplie de classiques du rock'n roll). 

Malgré leurs défauts, on sent, on sait que les cinq amis du titre ne cesseront jamais de s'aimer, que cette amitié est de celle qui survit à tout. En comparaison, d'autres tentatives, plus récentes, de "film de potes" paraissent bien pâles : à aucun moment ce lien ne fut tangible dans le pourtant acclamé "Les petits mouchoirs". Parce que c'était ce film, parce que c'était moi, pourrait-on dire, en copiant la célèbre formule. Certains de ces copains se retrouveront plus tard, dans quelques jolis films, prouvant au passage que l'amitié n'était pas qu'à l'écran. 

Si "Mes meilleurs copains" avait connu lors de sa sortie le succès qu'il méritait, la comédie française s'en serait sans doute mieux portée. Qui sait si on aurait eu droit aux "Visiteurs" (et à leurs pitoyables séquelles) et si la carrière de Christian Clavier aurait pris pareil tour ? Cette question restera sans réponse mais je continuerai à voir et revoir cette inséparable bande...with a little help from my friends.



lundi 5 avril 2021

Qui c'est les plus forts ? (2015)

Vous, je ne sais pas, mais j'ai terriblement besoin de me détendre les zygomatiques, en ce moment. Et, pour cela, il m'arrive parfois de m'égarer vers des comédies pour lesquelles, dans le monde d'avant, je n'aurais pas fait le déplacement. C'est ainsi que j'ai visionné récemment "Qui c'est les plus forts ?", réalisé par Charlotte de Turkheim et tiré d'une pièce de théâtre. A sa sortie dans les salles, cependant, ce film fut reçu tièdement, et c'est le moins qu'on puisse dire. Vérifions s'il ne méritait pas mieux.

A Saint-Chamond, dans la Loire, on vibre encore au souvenir de l'A.S. Saint-Etienne, les fameux Verts du ballon rond. Depuis la fermeture de l'usine de découpe de poulets, Samantha vivote comme elle le peut. De peur de perdre la garde de sa jeune sœur, souffrant de forts troubles du comportements, elle va accepter le contrat que Paul, séduisant avocat, lui propose. Et tant pis si Céline, sa meilleure amie, qui arrondit ses fins de mois grâce au téléphone rose, n'est pas d'accord et préfèrerait qu'elle se marie avec le gentil Dylan.

Avec "Qui c'est les plus forts ?", Charlotte de Turkheim louche fortement sur le modèle britannique de la comédie sociale. Hélas, n'est pas Ken Loach qui veut et il faut vite se faire une raison : la tentative n'est pas couronnée de succès, loin s'en faut. Pourtant, les premières séquences augurent d'une relative fidélité au dit modèle : une usine qui ferme, des ouvrières restées sur le carreau et la vie qui tente de continuer, les ingrédients étaient pourtant là. Malheureusement, même avec les composants les plus adaptés, réussir une recette impose un peu de rigueur. A trop ajouter d'éléments, on finit par rendre le plat indigeste. Arrêtons là la métaphore culinaire, c'est sans doute préférable. 

Toujours est-il qu'en multipliant les sous-intrigues et les fardeaux que doivent porter les personnages, mais en leur conférant une énergie souvent artificielle, Charlotte de Turkheim rend son film peu crédible : le sort des héroïnes importe finalement peu au spectateur, alors qu'il eût été souhaitable qu'elles attirent un minimum d'empathie. 

On peut donc incriminer un scénario sans colonne vertébrale, chassant plusieurs lièvres à la fois pour finalement n'en capturer aucun, mais ce n'est pas le seul défaut de "Qui c'est les plus forts ?". L'interprétation est également à mettre dans la colonne du passif de ce film : qu'il s'agisse de l'exaspérante Audrey Lamy, d'Alice Pol ou de Grégory Fitoussi, pour ne citer qu'eux, enfermés dans des rôles plus caricaturaux que crédibles, ils ne sont guère convaincants dans cet alignement de saynètes plus ou moins réussies (et plutôt moins que plus, d'ailleurs).

Le mètre-étalon de la comédie sociale est probablement stocké de l'autre côté de la Manche. Si quelques tentatives hexagonales réussissaient le tour de force de s'aventurer avec succès dans ce registre (je songe notamment au très chouette "Discount"), force est de reconnaître que, la plupart du temps, les réalisateurs français qui s'y frottent échouent. C'est hélas le cas pour ce "Qui c'est les plus forts ?" qui, à force d'en faire trop, n'accomplit rien et, surtout, ne convaincra personne. 



samedi 27 février 2021

Janis et John (2003)

Samuel Benchetrit a déjà eu droit à un billet dans ces colonnes, pour "Chez Gino". Ce réalisateur, à l'univers si particulier, n'a que rarement rencontré le succès public, mais possède une vraie "patte", qui fait que ses films sont reconnaissables entre tous. Son premier long métrage, "Janis et John", par exemple, a pu marquer ceux qui le virent lors de sa sortie, il y a de cela une vingtaine d'années (bigre !). A-t-il bien vieilli ? 

Pablo Sterni a une vie banale et travaille pour une compagnie d'assurances. Pour arrondir les fins de mois, il décide d'empocher les cotisations que paie Monsieur Cannon pour protéger sa voiture de collection. Quand celle-ci est accidentée, Pablo est pris à la gorge. C'est à ce moment qu'il apprend que son cousin Léon vient d'hériter d'une grosse somme. Léon, lui, n'est jamais revenu d'une prise d'acide et ne vit que pour Janis Joplin et John Lennon. Afin de lui soutirer l'argent qui le sortira du guêpier où il s'est fourré, Pablo décide de lui envoyer ses idoles. Les ennuis ne font que commencer. 

Comme le laissent deviner ce pitch et la bande-annonce, "Janis et John" est un premier film audacieux dans son intention. Et ses premières minutes augurent du meilleur, tant sur le fond que sur la forme. Pour son premier long métrage, Samuel Benchetrit imprime très rapidement sa marque. Sur fond d'une bande-son très rock'n roll, son film ambitionne de secouer son spectateur et de sortir des sentiers battus. Démarrant sur les chapeaux de roue, "Janis et John" n'arrive hélas pas à maintenir son allure jusqu'au bout. Il contient cependant de très jolis moments et de vraies tentatives, souvent réussies, d'aller vers quelque chose de neuf. Loin d'être aussi artificiel que certains films ayant voulu adopter ce ton très rock'n roll, "Janis et John" touche du doigt, et à plusieurs reprises, l'humanité de ses personnages, qu'on se prend à aimer, malgré leurs défauts. 

La distribution qui donne vie aux personnages de ce conte rock'n roll est pour beaucoup dans le plaisir qu'on prend à le visionner. Qu'il s'agisse de la regrettée Marie Trintignant (dont c'est le dernier film et qui décéda avant sa sortie, dans les tragiques circonstances que l'on sait), de François Cluzet, de Sergi Lopez (remarquable) ou de Christophe Lambert (qui hérite d'un rôle tout en autodérision), tous sont remarquables et forment sans doute le plus bel atout de "Janis et John". Pour son premier long métrage, Samuel Benchetrit s'offre également la participation de Jean-Louis Trintignant, dans un rôle discret mais décisif. On pouvait imaginer pire. 

Même s'il ne tient pas toujours la distance, "Janis et John" porte en lui une vraie audace et dispense un charme fort agréable (dû en grande partie à ses interprètes). Comédie à la fois barrée et douce-amère, ce premier film est probablement l'un des plus réussis de son auteur.






lundi 22 février 2021

Tout schuss (2016)

Pour tout vous dire, en regardant l'affiche de "Tout schuss", je me suis demandé si l'équipe derrière "A fond" ne remettait pas le couvert : des titres proches, le même acteur principal et la volonté affichée d'un rire franc. En réalité, derrière "Tout schuss", on retrouve deux réalisateurs : François Prévôt-Leygonie et Stephan Archinard, déjà repérés pour le peu convaincant "Amitiés sincères". En ces temps moroses où tout éclat de rire, voire le moindre sourire, est bon à prendre, pourquoi ne pas donner sa chance à ce duo ?

Romancier à succès et père défaillant, Max Salinger fait peu de cas de sa fille et, lorsque celle-ci doit suivre sa mère loin de Paris (à Vierzon, autant dire le bout du monde), refuse de l'héberger. Quand il découvre que sa fille est partie en vacances de neige en emportant la clé USB sur laquelle est stocké son dernier roman. Max s'improvise donc accompagnateur lors de ce séjour au ski, mais il est loin d'avoir les compétences requises. 

Au pitch énoncé ci-dessus, on devine sans mal le chemin que va prendre "Tout schuss" : la relation père-fille, totalement délabrée, doit être rétablie, fût-ce au prix de situations improbables et souvent comiques. Le problème avec "Tout schuss", c'est que les gags en question sont rarement efficaces et qu'ils volent souvent bas, très bas et se permettent des outrances qui ne font plus rire grand-monde (je suis prêt à parier que certains spectateurs auraient pu crier à la grossophobie, par exemple). En toute honnêteté, je crois que les moments les plus drôles du film sont tous dans la bande-annonce. Ce n'est hélas pas la première fois (ni sans doute la dernière) que ce symptôme frappe un film (souvent comique). 

Un acteur en roue libre, aussi créatif soit-il, ça ne remplacera jamais un scénario consistant, même pour une comédie. Dans le cas présent, le verdict est sans appel : les gesticulations de José Garcia ne suffisent pas à faire rire. Et, en voulant aller tout schuss, le film oublie en chemin d'avoir un scénario digne de ce nom, qui pourrait faire office d'ossature à l'ouvrage. Le registre de la comédie n'autorise pas de produire simplement des séquences vaguement reliées entre elles. Il demande aussi une histoire avec un minimum de solidité et des personnages auxquels on peut s'attacher, ne serait-ce qu'un peu. Dans le cas de "Tout schuss", aucun de ces composants vitaux n'est présent. 

Une fois visionné, "Tout schuss", malgré la présence de José Garcia, laisse un goût désagréable à son spectateur : pas drôle, souvent gênant, cette comédie qui semble en vouloir à ses personnages et joue à les maltraiter sans raison, dans le seul but de produire des gags qui tombent à plat, est à oublier, si possible. 





vendredi 12 février 2021

Le bonheur de Pierre (2009)



Pierre Richard fait partie de ces acteurs qui composent mon paysage cinématographique et j'ai pour lui une véritable tendresse (parfois teintée d'indulgence quant aux films où il joue). Aussi, quand le grand blond du cinéma français est à l'affiche d'un long métrage passé incognito lors de sa sortie, je ne peux m'empêcher d'y jeter un œil. Cette fois, c'est un film québécois, réalisé par Robert Ménard, qui le mettait en vedette : "Le bonheur de Pierre", où l'acteur débarquait dans les paysages enneigés les plus francophones d'Amérique du nord. A défaut de véritable voyage, en ces temps troublés, embarquons avec lui !

Le bonheur de Pierre n'est pas dans le pré, il se situe quelque part au Québec, il en est persuadé. Quand feue sa tante lui lègue une auberge de l'autre côté de l'Atlantique, Pierre, physicien quantique n'hésite pas et, entraînant avec lui sa fille, Parisienne pure et dure, s'installe à Sainte-Simone du Nord. Mais, en débarquant sur la terre québécoise, Pierre va déchanter : pour réaliser son rêve, il va devoir affronter plus d'un obstacle, à commencer par les habitants de Sainte-Simone, qui voient d'un mauvais œil son arrivée. 

Passé quelques scènes d'introduction, puis passé le temps d'adaptation nécessaire pour comprendre sans mal les dialogues (à moins d'être déjà familier avec l'accent de nos adorables cousins québécois), "Le bonheur de Pierre" déroule son fil, souvent de couleur blanche. Reçu fraîchement à Sainte-Simone, Pierre et sa fille vont devoir se faire accepter, apprécier, voire aimer, dans ce petit village où l'on ne veut pas d'eux. Les raisons du rejet étant bien artificielles, on devine sans mal qu'elles cèderont sous les coups des sentiments. 

Le coup de l'étranger qui a du mal à se faire accepter dans un nouveau cadre, le cinéma nous l'a déjà fait, avec plus ou moins de bonheur. De "Tarzan à New-York" à "Bienvenue chez les chtis" (oui, je sais, j'invoque des extrêmes). En filigrane, plus ou moins visible, de ce type de film, se lisent de beaux et grand principes, de ceux qui incitent l'humanité à se réconcilier (elle fait la sourde oreille, la bougresse). "Le bonheur de Pierre" ne fait pas exception à la règle et l'on pourrait se satisfaire de son visionnage, pour peu qu'on se montre particulièrement peu exigeant. Mais le film de Robert Ménard se contente de son idée de départ et la déroule paresseusement, en usant et abusant de clichés et de poncifs, et n'étant que rarement amusant et finalement jamais drôle. Alors que le principe de ce type de comédie est de faire s'entrechoquer les personnalités pour mieux les rapprocher, en provoquant le rire, il ne parvient que rarement à provoquer ces étincelles salutaires. 

Malgré l'immense tendresse que j'éprouve pour Pierre Richard, il faut bien reconnaître que le grand blond du cinéma français a été mal inspiré de s'engager dans cette entreprise. Se démenant dans quasiment toutes les scènes où il apparaît, il fait de son mieux mais ne réussit hélas pas à sauver le film. Quant à Sylvie Testud, dans le rôle de la fille de Pierre, elle est vite agaçante en Parisienne hystérique. Il faut reconnaître qu'elle aura rarement été aussi agaçante. Derrière eux, la population de Sainte-Simone est incarnée par des comédiens qui font de leur mieux, mais n'arrivent pas non plus à éviter les écueils.

Même s'il s'aventurait sur un terrain déjà maintes fois parcouru par le cinéma, "Le bonheur de Pierre" aurait pu s'avérer plus fin, et sans doute plus efficace. Se revendiquant du feel good movie, il ne réussit pas à accomplir sa profession de foi. C'est bien dommage, car on aurait aimé aimer cette ballade québécoise aux côtés de Pierre Richard. 




dimanche 7 février 2021

Le doudou (2018)

Autrefois, la comédie française était souvent synonyme de qualité, à moins qu'à l'instar de beaucoup de morceaux du passé, elle ait été enjolivée par le temps qui passe. Toujours est-il que j'ai eu maintes fois l'occasion de me lamenter dans ces colonnes de la pauvreté, voire de la vacuité des films récents revendiquant ce registre. Comme pour en avoir le coeur net, je persiste cependant à visionner des comédies récentes (à petite dose, cela dit) : l'autre soir, une certaine chaîne diffusait (en le tronçonnant à coup de spots publicitaires) un film qu'elle avait co-produit : "Le doudou", avec en tête d'affiche le très bankable Kad Merad et le jeune Malik Bentalha, allait-il faire honneur à la comédie française ?

Parce que sa fille a perdu son doudou à l'aéroport de Roissy, Michel a affiché là-bas des pancartes promettant récompense contre l'ours en peluche égaré. Responsable des chariots dans cette immense structure, Soufiane flaire la bonne affaire et contacte Michel, pour lui soutirer la prime. Tous deux vont bientôt se retrouver à remonter la piste du doudou perdu. Ils ne sont pas au bout de leurs peines.

Il n'y a rien de surprenant, dans le pitch de "Le doudou", ni dans son traitement : deux personnages que tout oppose se trouvent obligés d'accomplir une tâche, malgré les obstacles qui se dressent sur leur chemin. On pourrait logiquement s'attendre à ce que le pseudo-buddy-movie qui nous est servi s'alimente des différences entre les deux protagonistes pour nous faire rire. Ce n'est pas l'option que choisissent Philippe Mechelen et Julien Hervé, les deux co-réalisateurs (et co-scénaristes aussi), qui préfèrent miser sur les situations auxquelles leurs héros sont confrontés pour générer des gags. Il apparaît vite que ce choix n'était pas judicieux : on a vite l'impression d'assister à une succession de sketches, pas toujours heureux et souvent pas drôles du tout, chacun étant destiné à amener le suivant, souvent laborieusement.

L'un des ressorts de la comédie réside dans ses personnages : "Le doudou" oublie ce pré-requis et,
d'emblée, se condamne à l'échec. Si Malik Bentalha s'en sort à peu près avec les honneurs, il est difficile d'en dire autant de Kad Merad, dont le personnage a autant d'épaisseur qu'un billet d'avion et aucune personnalité. Endossant un rôle de clown blanc, tout en en oubliant la pétillance attendue, il ne convainc que rarement. C'est d'autant plus dommage que cet acteur a fait ses preuves dans d'autres registres (je songe à la superbe série "Baron Noir", où il était magistral).

Pour ce qui est d'une comédie efficace (c'est-à-dire qu'elle permet d'oublier un instant la morosité et de dérouiller un peu les zygomatiques), on repassera : "Le doudou" est un énième modèle de film du dimanche soir, coproduit par TF1 et destiné à remplir la juteuse tranche horaire dominicale. Cette mission-là est accomplie, mais celle d'apporter un peu de rire dans les foyers ne l'est pas. 



samedi 23 janvier 2021

Mary (2015)

 


Réalisateur remarqué du joli "500 jours ensemble" et récupéré depuis par la grosse machine Marvel, Marc Webb s'est offert un intermède, entraînant avec lui Chris Evans (alias Captain America) pour nous narrer "Mary". Loin des héros en collants et des films parfois dégoulinants d'effets spéciaux, ce petit film ("Gifted", dans sa version originale) n'a pas eu l'audience des autres films de Marc Webb, n'en ayant pas non plus l'ambition. 

Mary a sept ans et est surdouée, pour tout ce qui concerne les mathématiques. Sans doute cela lui vient il de sa mère, qui s'est donnée la mort alors qu'elle n'avait que six mois. Mary vit avec son oncle, Franck, qui l'aime plus que tout, et va dans une école "normale", où elle donne parfois du fil à retordre à son institutrice. Mais Mary est-elle à sa place ? Ne lui faudrait-il pas intégrer une école spécialisée ? Ne mérite-t-elle pas de vivre dans un cadre plus confortable que la modeste maison de Franck?

Loin des exploits de Spider-Man et de ses confrères, "Mary" est un film à hauteur d'homme, voire d'enfant, puisque c'est autour de la petite Mary et de son oncle que tourne l'intrigue. Et elle est maigrelette, l'intrigue en question, mais ce n'est pas là que se trouve la richesse de "Mary". Si ce film vaut le détour (et, à mes yeux, il le mérite largement), c'est parce qu'il a le mérite d'aborder des sujets que le cinéma grand public évite avec soin. Le sort de cette petite fille, trop intelligente, mais déjà fort secouée par la vie, est au centre de "Mary" et vaut qu'on s'y attarde. 

Malgré un enjeu plutôt mince, on se prend d'intérêt pour "Mary", pour peu qu'on aie envie (ou besoin) d'une histoire à échelle humaine, sans pathos, mais avec une véritable tendresse pour ses personnages. Aucun d'entre eux n'est parfait (y compris la petite héroïne) : ils sont simplement humains, parfois dépassés, se trompent souvent, mais continuent d'avancer, tant bien que mal, sur le chemin qu'ils tracent ou qu'on trace pour eux. 

La prestation de ses interprètes, et particulièrement de la petite McKenna Grace, d'une fraîcheur et d'une spontanéité remarquables, est pour beaucoup dans le charme qui se dégage de "Mary". L'épatante Octavia Spencer (vue aussi dans le très bon "Les figures de l'ombre") donne une énergie folle aux quelques scènes où elle apparaît, tandis que Chris Evans, débarrassé de sa combinaison de Captain America, montre une belle sobriété dans le rôle de l'oncle parfois dépassé, toujours aimant. Jenny Slate, dans celui de l'institutrice apprenant de sa petite élève autant qu'elle lui enseigne, est également pour beaucoup dans le charme qui se dégage du film

On pourra regretter que "Mary" s'englue par moments dans des séquences judiciaires qui l'alourdissent inutilement et que ce joli petit film frôle parfois le mélodrame tire-larmes, mais l'ensemble est plutôt réussi et souvent touchant. Malgré un sujet qui pourrait faire qu'on passe à côté de ce petit film, "Mary" dispose d'un vrai charme, en grande partie venu de ses interprètes. .Voilà (encore) une belle surprise venu de la frange la moins tapageuse du cinéma américain.



lundi 18 janvier 2021

Tango (1992)

 

Non content d'avoir réalisé quelques-uns des plus gros succès publics du cinéma français (des "Spécialistes" aux "Bronzés"), Patrice Leconte peut se targuer d'avoir réussi son virage vers des films moins légers, notamment avec "Tandem" ou "Le mari de la coiffeuse". Néanmoins, quelques-uns de ses longs-métrages ne reçurent pas le succès auquel il nous avait habitué. Si le cas des "Grands ducs" a déjà été évoqué dans ces colonnes, on peut aussi  soulever celui de "Tango" qui, malgré un casting des plus prestigieux, essuya un accueil sévère. Était-ce mérité ?

Bien qu'ayant assassiné son épouse infidèle, après avoir éliminé l'amant de celle-ci, Vincent a été considéré comme non coupable. De son côté, alors qu'il accumulait les adultères, Paul voit sa femme le quitter et se rend compte que la situation l'insupporte. Guidé par son oncle, Paul décide de faire appel aux services de Vincent pour liquider sa femme : ainsi, il sera libéré d'elle. Voilà les trois larrons embarqués dans un drôle de périple.

A la lecture du pitch ci-dessous, on est en droit de se demander si l'on ne va pas avoir affaire à quelque comédie grinçante, où la morale va trinquer au bénéfice des zygomatiques. Si les convenances en prennent effectivement pour leur grade, il faut bien reconnaître qu'au niveau de la rigolade, on est loin du compte. On se demande souvent si on n'est pas devant un film de Bertrand Blier, en visionnant "Tango", mais c'est bien Patrice Leconte qui est aux commandes et livre ici l'un de ses moins bons opus. C'est comme si le réalisateur de "Tandem" s'essayait à la comédie acerbe, façon "Buffet froid", mais sans maîtriser l'exercice de style imposé, faute d'avoir le moindre recul sur son sujet.

Faute de ce pas de côté, Patrice Leconte échoue dans sa démarche. Quand il se veut grinçant, "Tango" est plutôt vulgaire et, plus d'une fois, on ressent de la gêne pour les acteurs, dont on se demande s'ils ont lu le scénario complètement avant de signer pour ce film, ou s'ils se sont dit que le réalisateur de "Tandem" disposait d'une filmographie qui parlait pour lui. Qu'il s'agisse de Thierry Lhermitte, Richard Bohringer ou du grand et regretté Philippe Noiret, sans parler des seconds rôle, dont Miou-Miou, Jean Rochefort et Carole Bouquet, on se demande ce que ces comédiens sont venus faire dans cette galère.

Où sont passées la finesse de "Tandem", l'élégance de "Ridicule" ? Malgré la présence (presque anecdotique) de Jean Rochefort, on peine à voir la filiation entre ce "Tango" cynique et pas très fin avec les films presque contemporains de Leconte. Des sketches reliés entre eux avec plus ou moins de réussite et de consistance, voilà l'impression que donne "Tango". A s'aventurer sur des territoires qui ne lui correspondent pas, Patrice Leconte échoue, malgré la brochette d'acteurs venus danser ce "Tango".





vendredi 8 janvier 2021

La daronne (2020)

A l'instar d'autre films, "La daronne" a reçu la crise sanitaire de plein fouet et ne bénéficia que d'un temps d'exposition réduit en salles. Sera-t-il l'objet d'une deuxième sortie, quand cette crise sera derrière nous ou devra-t-il se satisfaire d'être disponible sur les plates-formes numériques ? Malgré l'a priori plutôt négatif que j'ai au sujet du cinéma de Jean-Paul Salomé (revenu derrière la caméra après une absence de quelques années), jetons un œil à ce film, porté par Isabelle Huppert. 

Patience est interprète judiciaire et, à ce titre, assiste souvent les policiers lors d'interrogatoires ou d'écoutes. Quand elle découvre par hasard que la mère du dealer qu'elle surveille est l'infirmière qui prend soin de sa mère, elle choisit de couvrir le suspect. Prise dans l'engrenage, Patience se trouve bientôt en possession d'un gros stock de drogue et va le revendre. Surnommée par les policiers "la daronne", elle est alors recherchée par eux et, à leur tête, Philippe, son propre conjoint. 
Sale affaire, ou bonne affaire pour Patience ?

Le pitch paraîtra un peu audacieux, légèrement subversif et, surtout, idéal pour une comédie. En adaptant le roman (à succès) de Hannelore Cayre, Jean-Paul Salomé, qu'on avait connu fort peu inspiré sur "Bélphégor le fantôme du Louvre", par exemple, disposait d'une matière première propre à faire rire. Mais, c'est un ton qui oscille entre comédie, drame et film policier (sans grand suspense, cela dit) qu'il choisit pour réaliser "La daronne". Plutôt que d'utiliser le matériau de base pour jouer du contraste entre les personnages et les milieux dans lesquels ils évoluent, le réalisateur tente d'établir un équilibre délicat. Et, une fois le film visionné, il faut bien se rendre compte que c'est un film plutôt bancal qui nous est livré.

Comme si le ton du film avait évolué en cours de tournage, on passe de l'intrigue policière à la comédie parfois loufoque, tout en louchant vers la romance, sans aller jusqu'au bout d'aucun de ces chemins entrevus. Alors, pour trouver quelque satisfaction dans ce cocktail au goût indéfinissable, on peut se réfugier dans la prestation d'Isabelle Huppert, souvent en roue libre dans ce film où elle est de quasiment tous les plans. Si son interprétation a été saluée par la plupart des critiques, j'avoue rester perplexe, tant il m'a semblé qu'elle surjouait souvent et faisait sortir le film de sa zone de crédibilité. Ajoutons à cela l'étalage de clichés sur les différentes communautés que l'héroïne du film fréquente et on pourra légitimement tiquer. 

Quand arrive le générique de fin de "La daronne", le spectateur est en droit de rester insatisfait, ne sachant pas trop à quel exercice il vient d'assister. Se frottant à plusieurs genres sans les explorer tout à fait, le film de Jean-Paul Salomé donne un goût d'inachevé et, surtout, questionne sur son but véritable. 



dimanche 27 décembre 2020

Divorce Club (2020)

 


Vous, je ne sais pas, mais j'ai un sérieux besoin de rire, ces derniers temps. Alors, pour lutter contre la morosité, je suis prêt à tester presque toutes les comédies qui passent à portée de mon radar. Sorti avant que le rideau ne tombe sur les écrans de cinéma, "Divorce Club" n'a pas eu droit à une véritable exploitation dans les salles. Ce film, mis en scène par le trublion Michaël Youn, aura certainement droit à des diffusions de rattrapage sur quelque chaîne télévisée. Mais vaut-il le coup d'œil ?

Très amoureux de sa femme, Ben compte bien célébrer avec faste ses cinq ans de mariage. Lorsqu'il découvre (en public) que celle-ci le trompe avec son patron, Ben tombe de haut. Anéanti, le voilà propulsé dans la catégorie des divorcés. C'est le moment que choisit son ami Patrick pour réapparaître, après avoir fait fortune. Fort de son expérience, il va convaincre Ben que son divorce est finalement la meilleure chose qui lui soit arrivée...ou pas.

Ne cherchez pas, dans "Divorce Club" trop de cohérence et de psychologie : nous ne sommes pas dans la comédie fine, celle qui donne suffisamment d'épaisseur à ses personnages pour toucher le spectateur. Cela dit, puisqu'on est prêts à tout (ou presque, je ne compte quand même pas subir les films de Fabien Onteniente) pour dérouiller nos zygomatiques, pourquoi pas ? Et si, au passage, le film en question peut gratter là où ça démange et sortir du politiquement correct, ce pourrait être salutaire. Le thème du divorce peut être grinçant et il est des clients pour ce style d'humour qui franchit les limites de certains. 

Mais quand on veut aller sur le terrain de la comédie outrancière, autant assumer. Pour le coup, "Divorce Club" semble tergiverser et, chaque fois qu'il ose un gag hénaurme, fait un pas en arrière en direction d'un registre plus sage. Le résultat est un film souvent bancal, entre grosse comédie et romcom plus tranquille. 

Que dire de l'interprétation, si ce n'est qu'on ne sera guère surpris ? Arnaud Ducret et François-Xavier Demaison livrent une performance sans surprise, tandis que le talent de la sublime Audrey Fleurot est sous-exploitée, tout comme l'est celui de Youssef Hajdi. On espère (pour eux, ce serait déjà ça) que toute cette petite bande s'est bien amusée sur le tournage.

Il est dommage que "Divorce Club" aille finalement trop loin et s'égare, faute de trouver un registre dans lequel évoluer. Louchant sans vergogne sur la recette qui fit le succès de la bande à Fifi (ceux de "Babysitting" ou "Epouse-moi mon pote"), mais s'avère moins efficace, parce que finalement sans réellement faire de choix. Au visionnage, si "Divorce Club" comporte quelques scènes drôles et se laisse regarder sans ennui, il ne marquera pas les spectateurs et risque d'être vite oublié. 




samedi 12 décembre 2020

100 % Cachemire (2013)

On ne présente plus Valérie Lemercier : son humour a ses clients, qu'elle soit sur scène ou à l'écran. Passée derrière la caméra (avec "Le derrière", justement), elle a connu des succès divers avec ses films suivants. Le dernier en date, "100 % Cachemire", où elle partageait l'affiche avec Gilles Lellouche, a été un véritable échec public et critique. En ces temps de marasme, où toute promesse de rire est bonne à croire, j'ai choisi de visionner ce film, afin de voir si nous n'étions pas passés à côté d'un bon moment de cinéma. 

Aleksandra, qui dirige un grand magazine de mode et Cyrille, galeriste, s'aiment et, faute de pouvoir concevoir, décident d'adopter un enfant. Quand débarque Aleksei, orphelin de sept ans venu de Russie, ce couple de parisiens aisés va vite se rendre compte que ce n'est pas l'enfant rêvé qui leur tombe du ciel. C'est que le gamin leur donne du fil à retordre et semble décidé à leur en faire voire de toutes les couleurs. Mais, au fond, est-il vraiment méchant ?

Durant les premières scènes du film, on se prend à espérer une comédie un peu acide au visionnage de "100 % Cachemire". Faire de l'enfant l'élément perturbateur du scénario, voire même l'antagoniste, pourrait être une bonne idée, pour peu que l'on accepte d'aller vers la comédie féroce, voire outrancière. Ce n'est hélas pas la voie que décide d'emprunter Valérie Lemercier. En faisant de ses personnages principaux des gens artificiels, souvent arrogants et n'attirant jamais la sympathie, elle empêche le spectateur de s'y attacher. Les avanies que leur fait subir le petit garçon dont ils héritent (de façon bien peu crédible, d'ailleurs) passent presque pour méritées et ne sont que peu génératrices de sourires. Encore une fois, et c'est symptomatique de l'état de la comédie française, les personnages de ce film ne déclenchent aucune empathie. Faute de les aimer, la réalisatrice ne peut convaincre les spectateurs de s'y attacher. 

Ce n'est même pas du côté de l'interprétation qu'on se consolera. En plus de scénariser et de réaliser "100 % Cachemire", Valérie Lemercier s'est réservé le premier rôle et, si c'est ce qu'elle fait le mieux dans ce film, elle peine à convaincre dans le personnage de cette rédactrice en chef dépassée par les événements. A ses côtés, Gilles Lellouche, qu'on a connu plus inspiré dans ses choix et qui avait fait preuve d'un réel talent dans "Pupille", traitant d'un sujet proche, déçoit également. Et que dire des performances du reste du casting, englué dans une histoire à laquelle personne n'arrive à croire et qui accumule les moments embarrassants. 

Lorsque s'annonce enfin le dénouement (sans grande surprise), une fois passées des séquences sans doute ajoutées pour remplir le film, force est de constater que c'est avec soulagement qu'on voit arriver le générique de fin. C'est d'autant plus dommage qu'il y aurait eu sans doute matière à rire, ou au moins à sourire. 

Mal scénarisé et réalisé sans aucune espèce de talent, "100 % Cachemire" fait partie de cette catégorie, hélas trop fournie, des comédies pas drôles. Ce film contient, j'en ai peur, 0 % de rire. 




lundi 7 décembre 2020

Métisse (1993)


A l'occasion des 25 ans (bigre !) de son deuxième film, "La haine", j'ai choisi de (re)visionner le premier long-métrage de Mathieu Kassovitz, qu'on ne présente plus. "Métisse", qui mettait déjà en scène quelques thèmes et quelques acteurs qu'on retrouvera dans son film suivant, avait été vu, à l'époque de sa sortie, par peu de spectateurs, mais avait suffi pour qu'on remarque ce jeune réalisateur prometteur. Alors qu'il va bientôt afficher trente ans au compteur, a-t-il bien vieilli ?

Lola, étudiante métisse, est enceinte. Et, comme elle ignore de qui est l'enfant qu'elle porte, elle choisit de l'annoncer à ses deux amants : Félix, jeune livreur à vélo, blanc et juif, vivant dans la cité, et Jamal, noir et fils de diplomate. Face à Lola, se trouvent donc deux papas potentiels, très différents et toujours sur le point d'en venir aux mains. Ce trio pas comme les autres et finalement de son époque va vivre une drôle d'aventure humaine, celle qui mène du statut d'enfants à celui de parents.

En revoyant "Métisse", plusieurs choses sautent aux yeux. Le cinéma de Mathieu Kassovitz, qui explosera peu après avec "La haine", semble déjà contenu dans son premier essai : les thèmes qui lui étaient chers (et le sont sans doute encore) sont déjà là et affleurent à la surface de ce petit film techniquement déjà très maîtrisé. Qu'il s'agisse de la mise en scène ou du montage, force est de constater que déjà, tout jeune, celui qui nous offrirait plus tard "Les rivière pourpres" ou "L'ordre et la morale" savait comment faire un film. Et si celui-là est sans doute classé au rayon des comédies, il a déjà une certaine épaisseur et s'ancre dans son temps.

Le revoir aujourd'hui, ce n'est pas seulement convoquer de jolis souvenirs, c'est aussi se pencher sur le début de quelques beaux parcours de cinéma. Qu'il s'agisse du metteur en scène et acteur, ou de celles et ceux qui l'accompagnèrent sur le début du chemin, avec leurs trajets différents, tous ont tracé leur route. Evidemment, l'ombre du film suivant de Matthieu Kassovitz plane étrangement sur "Métisse", dont on devine qu'il se déroule à deux pas, ou quelques stations de métro, en tout cas. 

Servi par des interprètes plein de fraîcheur et de spontanéité, "Métisse" est aussi l'occasion d'un regard un peu nostalgique quand on connaît les parcours de ceux qui lui donnent vie. Hubert Koundé, Vincent Cassel et Mathieu Kassovitz se retrouveront peu après, puis feront la route que l'on sait. La jolie Julie Mauduech s'écartera des plateaux (et on ne peut que le regretter) au profit des ciseaux de costumière. On se régalera des apparitions de Jean-Pierre Cassel et de Peter Kassovitz, comme s'ils étaient venus adouber leur progéniture lors de leurs premiers pas.

Et puis, cerise sur le gâteau, la bande originale, qui convoque à la fois le groupe de rap Assassin et Zap Mama est toujours aussi équilibrée (et j'avouerais que ça m'a fait plaisir de les ré-entendre). 

Avec un vrai talent de mise en scène et, déjà, une vraie personnalité, Mathieu Kassovitz réussit brillamment son premier film. Sincère, vivant, "Métisse" regorge d'une énergie parfois un peu brouillonne mais salvatrice. Augurant sans le savoir d'une belle carrière à venir, ce premier film mérite amplement d'être (re)vu.