Affichage des articles dont le libellé est 2013. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 2013. Afficher tous les articles

dimanche 11 avril 2021

Avant l'hiver (2013)


Les romans de Philippe Claudel explorent souvent le fond de l'âme humaine, quitte à mettre les mains dans le plus sombre de l'homme. A l'occasion, cet écrivain s'est fait réalisateur, notamment avec "Il y a longtemps que je t'aime" ou "Le bruit des trousseaux". Son troisième long métrage, "Avant l'hiver", qui disposait d'un beau casting, n'a guère rencontré le public à sa sortie. Était-ce mérité ?

Marié à Lucie depuis longtemps, Paul est un neurochirurgien de renom. S'il ne cesse de travailler, son épouse s'ennuie chez elle. Un jour, le couple découvre des bouquets de roses rouges sans savoir qui les leur adresse. Paul, de son côté, croise à de multiples reprises Lou, une jeune femme énigmatique. Sous le regard de son ami Gérard, psychiatre, Paul va tenter de comprendre ce qui lui arrive...

Sans adapter l'un de ses romans, Philippe Claudel assure ici le rôle de scénariste et de réalisateur pour conter l'histoire d'un homme se retrouvant pris au piège de sa propre existence. Très vite, et avec une efficacité redoutable, il instille le malaise : les questions affluent chez Paul, au fur et à mesure de ces bouquets de roses déposés sur son passage et de ses rencontres avec l'étrange Lou. Paul a-t-il la vie qu'il attendait ? Et s'il avait fait d'autres choix, que serait-il aujourd'hui ? Les vertigineuses questions que se pose Paul restent intérieures et demandent au spectateur un effort, faute de quoi, il sera frustré par ce que le film propose (ou, plutôt, par ce qu'il n'offre finalement pas). 

A la lecture des romans de Philippe Claudel, on est souvent frappé par leur évidente cinégénie : qu'il s'agisse du "Rapport de Brodeck" ou de "L"archipel du chien", on devine en parcourant leurs pages que l'auteur les envisage comme des films, souvent à hauteur d'humanité. En se faisant réalisateur, Claudel fait montre d'un vrai talent de mise en scène : techniquement, "Avant l'hiver" est irréprochable.  

Et puis, l'interprétation de "Avant l'hiver" est assez remarquable. Daniel Auteuil, dans le rôle principal, montre ici qu'il peut être capable de faire d'excellents choix de rôles (on pouvait en douter, ces dernières années), tandis que, dans le rôle de son épouse, Kristin Scott-Thomas se montre impériale, une fois de plus. Face à eux, Leïla Bekhti, dans un rôle pas évident, tire brillamment son épingle du jeu. J'avoue avoir été moins convaincu par la prestation de Richard Berry, difficilement crédible en psychiatre. 

Sur un territoire de cinéma élégant, qui fait parfois penser à Chabrol ou à Sautet, Philippe Claudel offre ici un drame teinté de suspense où peu de choses sont dites et où rien n'est évident. Pour peu qu'on goûte ce genre, et qu'on apprécie les acteurs qui donnent vie au film, "Avant l'hiver" est doté d'un vrai pouvoir de séduction.




mercredi 17 février 2021

Pas son genre (2013)


Si on se fie à son affiche, "Pas son genre", de Lucas Belvaux, ressemble fort à une comédie romantique. Ce serait mal connaître ce cinéaste venu du nord, plus habitué à explorer les âmes qu'à se réfugier dans la facilité de la romcom. Avec, en tête d'affiche, la trop rare Emilie Dequenne, ce film eut un succès d'estime (comprenez par là qu'il ne déchaîna pas les foules). Histoire de vérifier que nous ne sommes pas passés à côté d'un joli film, voire d'une grande œuvre, penchons-nous un instant sur "Pas son genre". 

Parisien dans l'âme, Clément, professeur de philosophie reconnu est affecté à Arras, où il ne connaît personne. Là-bas, alors qu'il erre, il tombe sous le charme de Jennifer, coiffeuse de profession, dont les affinités sont à mille lieues des siennes. Elle aime le karaoké et les journaux people, il s'intéresse à Kant et participe à des conférences de haut niveau. Les deux amants ont-ils un avenir ensemble ? Ou leurs différences sont-elles trop fortes ? 

En adaptant le roman éponyme de  Philippe Vilain, Lucas Belvaux n'ambitionnait sans doute pas de répondre à ces questions, mais avait l'immense mérite de les poser. Si "Pas son genre" était une véritable comédie romantique et respectait le cahier des charges du genre, les deux protagonistes finiraient pas vaincre leurs différences, au nom de l'Amour, celui qui met à bas les barrières et vainc tout. Seulement, comme je le disais en exergue, nous ne sommes pas, malgré ce que pourrait laisser penser l'affiche, dans une romcom. Loin de moi l'idée de vouloir déflorer la fin de l'histoire, mais vous aurez peu l'occasion de rire, ni même de sourire, en visionnant "Pas son genre". Lucas Belvaux, l'air de rien, pose de véritables questions, avec ce petit film plus malin qu'il n'y paraît. Peut-on aimer quelqu'un qui n'appartient pas à notre milieu social ? A-t-on un futur quand on vient de milieux diamétralement opposés ? 

Questionnant sans torturer (on l'en remercie au passage), le réalisateur belge donne surtout à ses acteurs l'occasion de livrer deux jolis numéros, chacun dans leur style. Avant de la mettre en scène dans le très militant "Chez nous", Lucas Belvaux offre ici un beau rôle, souvent poignant, à Emilie Dequenne, qui n'était pourtant pas le premier choix du réalisateur. On imagine cependant mal  le personnage central de "Pas son genre" incarné par une autre interprète, tant elle est spontanée et donne à son rôle l'épaisseur nécessaire. Face à elle, Loïc Corbery, tout en retenue et en intériorité, est également une belle surprise. 

On pourra regretter que "Pas son genre" fasse un peu de sur-place dans sa dernière partie, laissant l'impression qu'il s'agit de remplissage. Le film aurait probablement gagné à être un peu plus court, mais produit cependant son petit effet, à base de charme et d'amertume à la fois. 



dimanche 3 janvier 2021

Jack le chasseur de géants (2013)

Le conte pour enfants "Jack et le haricot magique" n'est pas le plus célèbre des livres de chevets de nos chères têtes blondes. Il put paraître surprenant qu'il soit choisi pour faire l'objet d'une adaptation cinématographique. Mais, après tout, Blanche-Neige eut droit, elle aussi, à une transposition inattendue, non ? Après une production chaotique et un changement de réalisateur en cours de projet, "Jack le chasseur de géants" fut, lorsqu'il arriva enfin dans les salles obscures, fut un four monumental, souvent comparé à celui de "John Carter" (qui semble faire figure de mètre-étalon en la matière).

Autrefois, les géants affrontèrent les hommes et furent vaincus par le pouvoir de la couronne magique brandie par le roi de l'époque. ils vivent désormais dans leur monde, loin dans le ciel. Quand Jack, jeune paysan, entre en possession de haricots magiques, il ne sait pas encore qu'il va, bien malgré lui, créer un passage entre le monde des humains et celui des géants. Mais ces derniers ayant enlevé la princesse Isabella, Jack n'hésite plus et part à sa recherche, même si la guerre entre hommes et géants gronde. 

Quand on exploite un monde imaginaire, tiré ou non d'une œuvre littéraire, l'un des prérequis indispensables est de mettre en place la fameuse suspension d'incrédulité. Et, pour faire adhérer le spectateur, il faut avant tout croire en ce que l'on raconte. Lorsqu'il réalisa l'indépassable trilogie "Le Seigneur des Anneaux", Peter Jackson croyait en l'histoire qu'il racontait et au monde qu'il décrivait : la réussite de l'entreprise devait beaucoup à sa crédibilité. Nombre de créations désireuses d'exploiter des mondes imaginaires ne peuvent se targuer d'avoir rempli ce critère vital. Au visionnage de "Jack le tueur de géants", c'est flagrant : personne ne croit en ce monde et en cette histoire. 

Souffrant sans doute d'une production chaotique (Bryan Singer ne voulait pas faire le film, mais y fut contraint), "Jack le chasseur de géants", hésitant entre spectacle grandiloquent en 3D et contes de fée léger, peine aussi à convaincre parce qu'il ne sait pas trop sur quel pied danser : la légèreté alterne avec le drame, l'aventure avec la romance sans un véritable liant entre tous les ingrédients de la recette.

Déséquilibré, parce qu'il opte pour la noirceur tout en s'ancrant dans une fantasy peu réaliste, "Jack le
chasseur de géants" souffre aussi de graves défauts de production. A l'image des très vilains géants que le héros combat, ce film n'est pas très beau, esthétiquement parlant. Et puis, il faut bien admettre que le casting de "Jack le chasseur de géants" n'attire guère la lumière. Nicholas Hoult fait bien pâle figure dans le premier rôle et se fait voler la vedette par Ewan McGregor chaque fois que ce dernier est à l'écran. 

Depuis la sortie de ce film, réalisé presque contre son gré par Bryan Singer, le réalisateur de "Usual Suspects" est revenu à la licence qui fit sa gloire avec "X-Men : Days of future past" et sa suite, avant de diriger (en partie) "Bohemian Rhapsody", avec le succès que l'on sait, avant de se retrouver empêtré dans une sordide affaire de mœurs. Retrouvera-t-il un jour le statut qui fut le sien ? Une chose est sûre, en tout cas : "Jack le chasseur de géants" n'est pas au nombre des films glorieux de sa filmographie...


 


samedi 12 décembre 2020

100 % Cachemire (2013)

On ne présente plus Valérie Lemercier : son humour a ses clients, qu'elle soit sur scène ou à l'écran. Passée derrière la caméra (avec "Le derrière", justement), elle a connu des succès divers avec ses films suivants. Le dernier en date, "100 % Cachemire", où elle partageait l'affiche avec Gilles Lellouche, a été un véritable échec public et critique. En ces temps de marasme, où toute promesse de rire est bonne à croire, j'ai choisi de visionner ce film, afin de voir si nous n'étions pas passés à côté d'un bon moment de cinéma. 

Aleksandra, qui dirige un grand magazine de mode et Cyrille, galeriste, s'aiment et, faute de pouvoir concevoir, décident d'adopter un enfant. Quand débarque Aleksei, orphelin de sept ans venu de Russie, ce couple de parisiens aisés va vite se rendre compte que ce n'est pas l'enfant rêvé qui leur tombe du ciel. C'est que le gamin leur donne du fil à retordre et semble décidé à leur en faire voire de toutes les couleurs. Mais, au fond, est-il vraiment méchant ?

Durant les premières scènes du film, on se prend à espérer une comédie un peu acide au visionnage de "100 % Cachemire". Faire de l'enfant l'élément perturbateur du scénario, voire même l'antagoniste, pourrait être une bonne idée, pour peu que l'on accepte d'aller vers la comédie féroce, voire outrancière. Ce n'est hélas pas la voie que décide d'emprunter Valérie Lemercier. En faisant de ses personnages principaux des gens artificiels, souvent arrogants et n'attirant jamais la sympathie, elle empêche le spectateur de s'y attacher. Les avanies que leur fait subir le petit garçon dont ils héritent (de façon bien peu crédible, d'ailleurs) passent presque pour méritées et ne sont que peu génératrices de sourires. Encore une fois, et c'est symptomatique de l'état de la comédie française, les personnages de ce film ne déclenchent aucune empathie. Faute de les aimer, la réalisatrice ne peut convaincre les spectateurs de s'y attacher. 

Ce n'est même pas du côté de l'interprétation qu'on se consolera. En plus de scénariser et de réaliser "100 % Cachemire", Valérie Lemercier s'est réservé le premier rôle et, si c'est ce qu'elle fait le mieux dans ce film, elle peine à convaincre dans le personnage de cette rédactrice en chef dépassée par les événements. A ses côtés, Gilles Lellouche, qu'on a connu plus inspiré dans ses choix et qui avait fait preuve d'un réel talent dans "Pupille", traitant d'un sujet proche, déçoit également. Et que dire des performances du reste du casting, englué dans une histoire à laquelle personne n'arrive à croire et qui accumule les moments embarrassants. 

Lorsque s'annonce enfin le dénouement (sans grande surprise), une fois passées des séquences sans doute ajoutées pour remplir le film, force est de constater que c'est avec soulagement qu'on voit arriver le générique de fin. C'est d'autant plus dommage qu'il y aurait eu sans doute matière à rire, ou au moins à sourire. 

Mal scénarisé et réalisé sans aucune espèce de talent, "100 % Cachemire" fait partie de cette catégorie, hélas trop fournie, des comédies pas drôles. Ce film contient, j'en ai peur, 0 % de rire. 




vendredi 5 juin 2020

Paranoïa (2013)



Le monde des affaires est impitoyable et certains films se sont attachés à en décrire les mécanismes destructeurs, dans des thrillers parfois réussis, parfois moins. Dans "Paranoïa", Robert Luketic, réalisateur de "La revanche d'une blonde" ou de "Kiss and kill" s'aventurait dans ce registre, nouveau pour lui. Avec un casting royal, on pouvait penser que ce film attirerait forcément des cohortes de spectateurs. Il n'en fut rien et "Paranoia" sortit en VOD dans bien des pays (dont l'hexagone). Depuis, la plupart des films de Luketic (dont le reboot de "Barbarella") sont restés dans les cartons. Cet échec, sanctionné par le gel d'une carrière de réalisateur, était-il mérité ?

Jeune employé sûr de lui, Adam Cassidy est employé par Wyatt Telecom et est persuadé qu'une grande carrière s'offre à lui. Hélas, il commet une erreur, extrêmement coûteuse pour son employeur. Ce dernier, ne reculant devant rien pour réussir, lui propose alors un marché qu'il ne pourra refuser : en échange de l'indulgence de Nicholas Wyatt, Adam va devoir infiltrer le concurrent de celui-ci, Jock Goddard, qui fut aussi son associé, autrefois. 
N'ayant pas le choix, Adam cède et met le doigt dans un engrenage dont il aura du mal à se sortir indemne. 

Adaptation du ramona de Joseph Finder, "Paranoia" est de ces films dont le héros est, dans un premier temps, soumis à des événements, avant de reprendre le contrôle de sa vie et d'en sortir grandi. Le parcours est classique et ici agrémenté de nombreux retournements. Faux semblants, mensonges et intérêts divergents viennent également enrichir l'intrigue ou la rendre, si le dosage est maladroit, illisible. C'est malheureusement la deuxième option que choisit Luketic, héritant probablement d'un scénario dense et passablement bancal. 

Se perdant dans un décorum où luxe et haute technologie écrasent tout, intrigue et personnages, le film devient vite une vitrine pour produits de luxe et gadgets high-tech. Navigant dans les hautes sphères des affaires, le jeune héros fait souvent preuve d'une naïveté confondante, aidé en cela par un scénario multipliant les invraisemblances et les failles. Oubliant le fond au profit de la forme, Robert Luketic signe ici un pseudo-thriller dont l'intérêt (déjà limité au départ) fond comme neige au soleil. Et ce n'est pas la présence d'énormes stars au casting qui peut sauver le film, au contraire. Qu'il s'agisse de Liam Hemsworth (jamais crédible dans son rôle), du grand Harrison Ford (dont on se demande comment il a pu aller jusqu'à se donner pareil look pour ce film), de Gary Oldman (nous ayant habitués à mieux), d'Amber Heard (dans un rôle plus esthétique qu'autre chose), c'est la perplexité qui règne devant ce film portant les tares des années 90 et les ambitions des années 2000. 

Très vite, on décroche et on perd tout intérêt à visionner "Paranoïa", malgré sa cohorte de stars et ses décors sortis de catalogues haut-de-gamme. Au delà des belles images et d'acteurs qu'on aime d'ordinaire retrouver à l'écran, les producteurs et le réalisateur de ce jouet coûteux ont oublié qu'il faut, accessoirement, raconter une histoire digne d'intérêt au spectateur.




jeudi 21 mai 2020

La rançon de la gloire (2013)


L'immense Charlie Chaplin s'en est allé, le jour de Noël 1977. On sait moins que son cercueil fut volé et qu'il fit l'objet d'une demande de rançon. Xavier Beauvois, plus habitué aux drames, a choisi de faire un film de cette histoire sordide. Ce qui se voulait a priori une comédie, voire un film burlesque, n'a finalement pas reçu l'accueil escompté. Pourtant, avec en tête d'affiche Roschdy Zem et Benoît Poelvoorde, on aurait pu croire que le réalisateur de "Des hommes et des dieux" allait rencontrer de nouveau le succès. Voici l'heure de la séance de rattrapage pour "La rançon de la gloire".

1977 : Alors qu'il recueille chez lui son ami Eddy, tout juste sorti de prison, Osman, dont la femme est hospitalisée, vit tant bien que mal dans un mobil-home. Sous les yeux de la jeune fille d'Osman, les deux hommes vont mettre sur pied une combine audacieuse. Non loin de chez eux, le grand Charlie Chaplin vient de mourir et Eddy a eu une idée : s'ils enlevaient le cercueil du grand Charlot et demandaient une rançon ?
D'abord réticent, Osman, devant régler les soins de son épouse, cède. Voilà nos deux lascars embarqués dans une sale histoire.

Méconnus, les faits autour de l'enlèvement de la dépouille de Charlie Chaplin sont cependant avérés. Durant quelques mois, le plus grand acteur comique du vingtième siècle vit son dernier repos profané et résida sous la terre d'un champ de maïs. Pour sordide qu'elle soit, l'histoire subit avec "La rançon de la gloire", un traitement l'entraînant vers le territoire du burlesque. Au visionnage du film, on peut constater que le choix n'est pas des plus judicieux. Les mésaventures des deux complices donnent plus souvent lieu à des scènes dramatiques que cocasses et on ne sourit guère à leurs démêlés avec la vie. 

En prenant le temps d'exposer les conditions d'existence d'Osman et Eddy, Xavier Beauvois présente également le terrain sur lequel a germé l'idée et la motivation de l'acte sordide commis par les deux hommes. Expliquant (en partie) sans excuser leur geste, le réalisateur tâche cependant de nous les rendre attachants, lors de scènes parfois réussies, mais n'ayant plus grand chose à voir avec la réalité. Pour tirée de faits réels qu'elle soit, l'histoire a fait l'objet de quelques aménagements de la part de Xavier Beauvois, essentiellement afin de lui donner plus de corps. La question reste posée : était-il bien utile et nécessaire de consacrer un film à cette histoire ?


Les deux bras cassés qui se lancent dans un méfait qui les dépasse sont interprétés par Roshdy Zem et Benoît Poelvoorde. Leur duo inédit fonctionne, jusqu'à un certain point, puisqu'une fois établi le rapport de force entre eux, plus rien ne viendra le modifier. C'est surtout la jolie prestation de la jeune Séli Gmach qu'on retiendra, épatante dans le rôle de la fille d'Osman, observatrice du drame qui se joue sous ses yeux. Les personnages interprétés par Chiara Mastroianni et Peter Coyote apportent du piquant au film dans sa dernière partie, sans cependant réussir à le sauver tout à fait.

Était-il bien nécessaire de consacrer un film à cette affaire sordide (je me répète) ? On peut se poser la question, tant l'actualité (récente ou non) regorge d'histoires de losers pathétiques. Quant à en faire une comédie, sans doute en hommage à l'immense Charlot, le fait est que la réussite est loin d'être au rendez-vous.  




samedi 20 avril 2019

La vie domestique (2013)




Quand le cinéma s'attache à montrer le quotidien, il se prive en général d'une bonne part de l'audience réservée à des films bigger than life. Cela se comprend : nombreux sont les spectateurs désireux de s'évader et choisissant, en entrant dans une salle obscure, le dernier film à grand spectacle que leur propose leur multiplex préféré. D'autres films, plus intimistes, narrent la vie de gens "normaux" et ne recueillent pas toujours un grand succès. Dans "La vie domestique", Isabelle Czajka s'attachait à un personnage de femme "ordinaire" et à sa vie "normale". Parce qu'Emmanuelle Devos en tenait le premier rôle, j'ai voulu en avoir le cœur net et lui donner une deuxième chance.

Juliette vient d'emménager, avec son mari et ses enfants, dans une zone pavillonnaire cossue de la région parisienne. Là, tout le monde a peu ou prou la même maison, la même existence. Ses voisines lui ressemblent, avec leur quarantaine, leur vie bien réglée de femmes au foyer. Est-elle heureuse ? Juliette en doute, même si, tout autour d'elle, toutes et tous revendiquent ce bonheur.

Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, voilà ce que nous propose ce film, qui aurait pu emprunter son titre à l'un des classiques de la littérature. Au cours de ces heures tellement semblables aux précédentes (et, sans doute, aux suivantes), le personnage principale de "La vie domestique" est l'objet de toutes les attentions et de tous les questionnements. Car, bien que sans doute arrivée à ce qu'elle pouvait espérer de mieux, Juliette doute : alors, c'est ça, la vie ? Ce vide, ce rien, finalement ?

Le personnage d'Emmanuelle Devos contemple le vide de sa vie, ses renoncements et ce que beaucoup considèrent comme une existence heureuse. L'est-elle ? Sûrement pas. Le serait-elle, si elle avait fait d'autres choix ? Cela n'est même pas sûr. En transposant le roman  "Arlington Park" (de Rachel Cusk), la réalisatrice Isabelle Czajka dresse ici un constat amer qui pourrait bien coller le bourdon à pas mal de ménagères de moins de cinquante ans (ainsi qu'à d'autres, d'ailleurs). Il se passe peu de choses, dans "La vie domestique" et nombreux sont ceux qui s'y ennuieront, mais ce film a au moins le mérite d'examiner à la loupe un véritable échantillon d'humanité (pas la moins bien lotie, cela dit).

Ne nous mentons pas : la divine Emmanuelle Devos est la meilleure raison de visionner ce film, chronique d'une vie ordinaire, tellement proche de nous, et finalement assez sinistre. A ses côtés, les prestations de Julie Ferrier, Héléna Noguerra et Ludivine Sagnier, comme autant de variations probables de sa trajectoire de femme, paraissent bien pâlottes et ne font que mettre en évidence l'immense talent de l'interprète principale (cela dit, il se peut que je ne sois pas totalement impartial, puisque j'admire particulièrement Emmanuelle Devos).

Si "La vie domestique" est impeccablement réalisé et met en valeur sa merveilleuse actrice principale, on peut cependant lui reprocher son manque de substance. A raconter le vide, c'est ce à quoi ce film s'expose. Pour cette raison, il déplaira à bon nombre de spectateurs mais pourra trouver son public parmi celles et ceux adeptes d'une certaine forme de contemplation.


dimanche 31 mars 2019

Je fais le mort (2013)




Je ne vous cache pas que Jean-Paul Salomé ne jouit pas dans mon esprit d'une très bonne réputation, en tant que réalisateur. Entre le sinistre "Bélphégor, le fantôme du Louvre" et le très moyen "Arsène Lupin" qu'il réalisa (et qui mériteraient de passer sur le gril de ce blog), celui qui est devenu il y a quelques années président d'UniFrance (et n'est donc plus derrière la caméra) n'a pas vraiment de grands films à son palmarès, à mes yeux. Son dernier long métrage, "Je fais le mort", lorgnait du côté de la comédie policière (et romantique, au passage) et est passé presque inaperçu lors de sa sortie. Revenons sur ce dernier, si vous le voulez bien.

Jean Renault remporta, plus jeune, le César du meilleur espoir masculin. Depuis, sa carrière n'a jamais décollé et il vivote en cachetonnant ça et là, de téléfilms en spots publicitaires, son perfectionnisme agaçant les metteurs en scène.
Contraint d'accepter une dernière proposition, Renault est engagé pour "faire le mort" : il va tenir le rôle de la victime dans la reconstitution d'un meurtre, dans une station alpine. Entre les autorités locales et la juge qui supervise les opérations, c'est un public différent qui va le voir à l'oeuvre. 

Autant le dire tout de suite : ne cherchez pas du côté de l'intrigue policière, si vous voulez être surpris. Cette dernière est, en effet, plutôt téléphonée et artificielle. C'est bien évidemment le versant "comédie romantique" de ce film qui est le plus exploré. Sortant, pour une fois, des décors habituels du genre (ici, point d'appartement luxueux ou de quartier huppé), "Je fais le mort" est de ces comédies jouant essentiellement sur les caractères des personnages pour fonctionner et, pour cela, grossit chacun de leurs traits. La caricature est parfois tout sauf drôle au cinéma : encore une fois, ce procédé ne fonctionne pas vraiment, dans le cas présent.

En effet, Jean-Paul Salomé n'y va pas de main morte pour faire comprendre que son héros, sous couvert de professionnalisme, a un caractère épouvantable, ni que la juge qui lui fait face a une conception bien à elle de la justice. Les personnages, même s'ils se montrent attachants dans quelques jolies scènes (trop rares, hélas), sont souvent de simples caricatures ambulantes auxquelles on finit par ne plus trop croire. Alors qu'ils auraient du porter le film, dont l'intrigue est bien légère, les personnages l'handicapent plus qu'autre chose. Dommage.

Dans l'inventaire des points positifs du film, on saluera l'interprétation de François Damiens (qui évite d'en faire trop, ce que l'on aurait pu craindre) et de la charmante Géraldine Nakache, ainsi que la très bonne idée d'avoir placé l'histoire dans le décor d'une station alpine hors-saison. Cela confère à l'histoire une atmosphère particulièrement réussie.

Hélas, l'atmosphère ne fait pas tout : pour fonctionner, un film nécessite une histoire solide et des personnages crédibles. Dans le cas de "Je fais le mort", même si on a le sentiment de n'être pas passé loin d'une vraie réussite, ces deux composantes majeures font défaut.


jeudi 21 mars 2019

Middleton (2013)

  

L'entrée à l'université, aux Etats-Unis, est un moment important. C'est en général le premier pas sur le chemin de l'âge adulte et il conditionne bien des vies (à commencer par le coût que représentent certains cursus). Si mon petit doigt me dit que notre système éducatif louche dangereusement sur celui d'outre-Atlantique, "Middleton", film où l'on assistait à une journée portes ouvertes dans l'Université du même nom, est un film typiquement étasunien. Alors, est-il logique que le public français n'y ait pas eu droit, puisqu'il ne sortir qu'en DVD (malgré la présence au casting d'Andy Garcia) ?

Chirurgien de renom, George accompagne son fils Conrad à l'Université de Middleton, pas plus motivé que cela d'y poursuivre ses études. Edith, quant à elle, y amène sa fille Audrey, ravie d'avance de pouvoir y rencontrer le Professeur Emerson, dont elle espère bien suivre les cours. Au cours de cette journée de découverte, les parents vont se rencontrer et se découvrir, tandis que leurs enfants vont devoir décider si cette faculté est faite pour eux. Qui apprendra le plus ?

Un homme et une femme qui paraissent bien différents, mais ont plus de points communs qu'ils ne le croient, se rencontrent, de préférence dans un lieu particulièrement chic. La situation de départ évoque, forcément, la comédie romantique, genre qu'on pourrait penser usé jusqu'à la corde. Quelque chose me dit que nous avons échappé de peu au titre "Coup de foudre à Middleton", d'ailleurs.

Adam Rodgers, scénariste et réalisateur de "Middleton", prend peu de risques pour son premier long-métrage. Sur un territoire très délimité, avec un nombre de personnages limité, il nous propose ici une romance teintée d'amertume, parce qu'elle concerne deux adultes pour qui la vie a déjà tracé son chemin et qu'il leur sera difficile de s'en écarter. Malgré les opportunités offertes par la situation des protagonistes, Rodgers fait montre de bien peu d'audace et se contente de laisser les personnages dans leur zone de confort. Pour ajouter à cette absence de risque, la musique, particulièrement douillette, se montre trop enveloppante et envahissante à plusieurs reprises...

Encore une fois, on peut se consoler avec la performance des acteurs. Andy Garcia cabotine comme rarement, mais il l'air de bien s'amuser. Comme il s'est fait rare et que ses choix de rôles n'ont pas toujours été des meilleurs, on lui pardonnera. Moins crédible dans le rôle de la mère, Vera Farmiga (dont la fille est jouée par...sa jeune sœur !). Quant aux deux jeunes acteurs incarnant la progéniture hésitante (et parfois agaçante) des héros, leur jeu inégal les rend tour à tour énervants et touchants. On appréciera, le temps d'une séquence (trop courte !) le passage de Tom Skerritt, lui aussi trop rare.

L'amertume qui pointe le bout de sa truffe dans les dernières séquences offre sans doute ses plus jolis moments à "Middleton" et lui évite l'étiquette de romcom. Cela n'est finalement pas plus mal. En évitant l'ornière de la guimauve, "Middleton" trouve in extremis son ton. Il est dommage que ce soit dans les dernières scènes que cela se décide.


lundi 28 janvier 2019

Le grand méchant loup (2013)


Le couple et l'adultère, voilà un thème rebattu. Pour surprendre le spectateur et éviter de copier les grands classiques du théâtre de boulevard (celui avec les portes qui claquent et les "Ciel, mon mari !"), les scénaristes doivent faire preuve d'inventivité. Après avoir réalisé "La personne aux deux personnes" (qui mériterait sans doute un billet sur ce blog), Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, réalisateurs travaillant en duo, se sont attaqués à un registre pour le moins usé, tout en évoquant d'autres grands classiques, venus des contes pour enfants. Le grand public a sans doute pris peur du grand méchant loup, car le succès ne fut pas au rendez-vous.

Ils sont trois frères, Riri, Fifi et Loulou, ou plutôt Henri, Philippe et Louis, et chacun d'eux a une vie bien différente. Un jour, leur mère est victime d'un accident. C'est alors que leurs existences vont faire un drôle de virage.
Et si ces trois frères, avec leurs maisons de bois, de paille ou de pierre, étaient les trois petits cochons ? Et si le grand méchant loup portait jupon et s'apprêtait à souffler doucement sur leurs vies ?

Inspiré du conte des trois petits cochons (de Charles Perrault), mais également du film éponyme du Québecois Patrick Huard (réalisateur de "Starbuck"), "Le grand méchant loup" offre un triple point de vue sur les affres du cœur (et du corps) lorsque la quarantaine arrive et que la vie (et la mort, sa consœur) fait des siennes. L'air de rien, tout en gardant (ou presque) le ton qui est le leur, Nicolas et Bruno, les créateurs des excellents "Messages à caractère informatif", nous offrent ici un film choral plutôt malin.

En suivant la trajectoire des trois petits cochons (qui portent les noms des trois petits canards de Disney, mais c'est drôle), le film est tour à tour touchant, drôle, sarcastique et dramatique. Sa réussite (partielle) tient en grande partie à une réalisation plutôt élégante, à un scénario habile, et à une distribution au cordeau. Les interprètes de ce conte pour grands enfants sont tous remarquables, sans doute parce qu'ils sont excellemment dirigés : qu'il s'agisse de Benoît Poelvoorde, de Fred Testot ou de Kad Merad, le trio de comédiens qui mène le bal prouve qu'avec un bon script, ils peuvent donner le meilleur. Derrière eux, les seconds rôles sont tout aussi méritoires : de Charlotte Lebon à Zabou Breitman, en passant par Valérie Donzelli (et je ne cite pas tout le monde), les acteurs croient à ce qu'ils jouent, cette histoire fût-elle parfois fantaisiste.  Ce casting, finalement très équilibré, est le plus bel atout du film.

Si "Le grand méchant loup" aurait gagné à être un peu plus court (en consacrant peut-être moins de temps au personnage incarné par Benoît Poelvoorde), il n'en reste pas moins qu'il est d'une belle efficacité, parce qu'il se permet quelques audaces bienvenues.







lundi 15 octobre 2018

Tip top (2013)


C'est essentiellement la réputation très mitigée de "Tip top" auprès des critiques qui lui vaut sa place dans ses colonnes. C'est aussi la méconnaissance que j'ai de Serge Bozon, son réalisateur (dont le récent "Madame Hyde" est passé sous mon radar). C'est, enfin, la présence au casting de Sandrine Kiberlain, je l'avoue, qui m'a poussé à visionner ce film. Annoncé comme une comédie policière, adapté d'un roman de Bill James ("Mal à la tête"), "Tip top", avec son drôle de titre allait-il être une bonne surprise ? 

Deux inspectrices de l'I.G.P.N., la Police des Polices, sont envoyées dans une petite ville du Nord, parce qu'un indic y a été assassiné. L'une est expérimentée et compte bien règler cette histoire au plus vite. La seconde, admirative de son aînée, découvre le sombre univers dans lequel toutes deux sont plongées. 
Qui a tué cet indic ? Pourquoi ? Qui tire les ficelles derrière toute histoire ?


On ne va pas se mentir : très vite, on se moque éperdument des questions posées ci-dessus. D'ailleurs, c'est une autre question qui se pose au visionnage de ce film : c'est quoi, ce truc (pour faire bref) ? Parce qu'il faut bien dire que "Tip top" revendique une certaine identité, tant visuelle que scénaristique. L'intrigue policière est presque secondaire, tant ce sont les personnages qui sont mis en avant, chacun y allant de son petit sketch. 

Le problème, c'est que ces personnages, tous caricaturaux, n'incitent jamais le spectateur à sourire et encore moins à rire. Alors, il devient difficile d'attribuer à "Tip top" le statut de comédie policière qu'il était censé recevoir. On m'objectera que c'est du deuxième, voire du troisième degré (ou plus encore), mais je ne suis pas persuadé que, même avec beaucoup de recul, cette dimension puisse être captée (en plus, si on recule beaucoup, on ne voit plus rien). 

Du côté de la réalisation, c'est une catastrophe : les plans sont dignes du premier téléfilm allemand de deuxième partie de soirée sur la TNT, et le montage met régulièrement en évidence de grossières fautes de mise en scène. Si ça se trouve, c'est fait exprès, me direz-vous, mais l'effet obtenu (sur votre humble serviteur, en tout cas) est rédhibitoire : ça ne fonctionne pas et inciterait plutôt à la fuite. 

L’interprétation est, c'est le moins que l'on puisse dire, inégale. Si la divine Sandrine Kiberlain (ça se confirme, j'aime de plus en plus cette actrice) illumine chacune des scènes qu'elle joue et qu'Isabelle Huppert est une fois de plus remarquable, on se demande quel est l'intérêt de leur faire jouer des séquences pareilles, qui gâchent leur immense talent (cela dit, elles sont libres de leurs choix et Isabelle Huppert a rempilé chez Bozon pour "Madame Hyde"). Il est difficile d'en dire autant de leurs comparses à l'écran. François Damiens fait son numéro habituel, tandis que le passage éclair de Samy Naceri constitue un vrai moment de gêne. Là encore, le jeu "en décalé" des interprètes (et encore, pas toujours) est peut-être une démarche volontaire. Là encore, ça m'est passé au-dessus de la tête.

Au final, ce "Tip top" est un film sans véritable intrigue, donnant à chaque acteur l'occasion de faire un numéro parfois embarrassant, mais dont le visionnage vire souvent à l'épreuve pour le spectateur.


samedi 11 août 2018

Denis (2013)


A peine 44 000 entrées durant une exploitation d'une semaine : voilà ce qu'on appelle un four. Pour nombre de réalisateurs, pareille sanction équivaut à la fin d'une carrière. Lionel Bailliu, aux manettes de l'accident industriel que fut "Denis", officie depuis à la télévision. Ce qui fut à l'époque son second long métrage méritait-il cependant un pareil désastre ? 

Technicien de police scientifique, Vincent n'a pas de chance avec les femmes. Par deux fois, celle qu'il pensait être la femme de sa vie l'a quitté. Pire encore, c'est pour le même homme, un certain Denis, professeur de catch, motard et fêtard qu'elles sont parties. Alors qu'il vit une belle histoire avec Anna, Vincent voit resurgir Denis.
Il veut en avoir le cœur net : qu'a-t-il de plus, ce Denis, avec ses chemises voyantes, pour faire chavirer le cœur des femmes de sa vie ?

Avec une idée de base pareille, on pouvait s'attendre, avec "Denis", à une comédie où deux personnages radicalement différents, après s'être affrontés, apprennent au cours du film à s'apprécier l'un et l'autre. L'opposition entre deux personnages est l'un des ressorts les plus connus et les plus éculés de la comédie, qu'elle soit française ou pas. Pour usé qu'il soit, ce mécanisme peut cependant fonctionner, s'il est au service d'un scénario riche et si l'interprétation le nourrit. Dans le cas de "Denis", il faut bien reconnaître qu'aucune de ces deux conditions n'est remplie. Passé le postulat de base, on a vite l'impression que le scénario est rempli de trous, comblés à la va-vite par le passage de personnages secondaires ou par des séquences de pure comédie. Quelques étincelles parsèment bien le film, laissant augurer de ce qu'il aurait pu être, mais ne suffisent pas à enflammer l'ensemble.

Et, malgré ce remplissage, "Denis" est un film très court (1 heure 10), qui s'arrête faute d'avoir plus à dire (ce qui serait bienvenu dans nombre de cas, si vous voulez mon avis, mais ce n'est pas le propos). Il serait de mauvais goût de reprocher à un film sa courte durée mais, dans le cas de "Denis", une chose est sûre : il aurait vraiment été difficile d'en faire plus, la matière étant rapidement épuisée.

Au service des personnages, les deux acteurs principaux, Fabrice Eboué et Jean-Paul Rouve, sont assez peu convaincants, dans leurs personnages d'hommes antagonistes. Il faut se tourner vers la part féminine du casting pour être plus convaincu, notamment par la fraîcheur apportée par Sara Giraudeau, qui trouvera plus tard des rôles à la mesure de son talent. 

Quelques moments vraiment drôles ne suffisent pas à rendre un film. "Denis" comporte quelques-uns de ces instants, mais, faute de savoir les lier solidement, pêche à tenir ses promesses. Faute de remplir le minimum syndical, ce film, sans mériter l'échec cuisant qui fut le sien, n'a rien d'indispensable.





jeudi 12 juillet 2018

Fonzy (2013)




Qu'un film à succès, venu d'Europe, fasse l'objet d'un remake à Hollywood, c'est chose assez commune. Par contre, lorsque le remake traverse l'Atlantique dans l'autre sens, c'est plus rare. En reprenant "Starbuck", Isabelle Doval, réalisatrice de "Rire et châtiment" (qui mettait déjà en vedette José Garcia, son mari) prit un risque : entre livrer une pâle copie et trop s'éloigner du modèle, le point d'équilibre était difficile à trouver. Alors, pari réussi ?

Dans sa jeunesse, dont il estime qu'il n'est pas sorti, Diego Costa a donné son sperme à de nombreuses reprises. Alors qu'il vivote, employé dans la poissonnerie familiale et vient d'apprendre que sa petite amie est enceinte, Diego découvre qu'il est le père biologique de 533 enfants, dont 142 veulent le connaître. Il hésite entre se révéler et rester anonyme et, avant d'opter pour une des deux solutions, décide d'apprendre à connaître sa progéniture.

Bien que n'ayant pas vu le film original, j'avoue avoir pris grand plaisir à visionner son remake. Là où l'on aurait pu s'attendre à une comédie parfois malhabile, c'est à un film souvent fin et parfois drôle que l'on a affaire. "Fonzy", avec un sujet de départ qui aurait pu verser dans le graveleux, est un film qui joue adroitement du thème de la paternité et du rapport entre les générations. Quand Diego prend sous son aile certains de ses rejetons et devient ainsi père, l'émotion pointe parfois le bout de son nez, alors qu'on ne l'attendait pas. Et, dans sa dernière partie, celle normalement consacrée à la résolution (dans toute bonne comédie qui se respecte), la métamorphose du personnage central s'avère plus touchante qu'attendu.

Étonnamment, donc, le remake est plutôt réussi. Le mérite en revient essentiellement à l'interprète principal, José Garcia, convaincant dans le rôle d'un homme passant, en l'espace d'un film, du statut d'adolescent immature à celui du père. Si ses interprétations ont parfois été outrancières, il explore ici le registre de l'émotion et se montre souvent convaincant dans le rôle d'un homme franchissant en accéléré les étapes qui mènent à l'âge de père. Autour de lui, les seconds rôles pâtissent un peu de l'omniprésence de ce personnage, mais on apprécie les prestations d'Audrey Fleurot, de Lucien Jean-Baptiste, ou de Gérard Hernandez (en patriarche plein de sagesse).

Enfin, cerise sur le gâteau, la bande originale est un régal pour les oreilles, ce qui ne gâte rien, et rythme agréablement les péripéties de Diego Costa, géniteur devenant père le temps d'un film. Sans doute pas exempt de maladresses, "Fonzy" est cependant un film généreux et humain, souvent drôle, mais pas vain. S'il n'a rien d'inoubliable, ce remake européen d'un film québécois (qui eut droit, ensuite à son remake aux Etats-Unis, sous le titre "Delivery man", pour la petite histoire) est plus qu'honorable : il se pourrait qu'il s'agisse d'un bon film.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec une bonne BO"


mercredi 7 février 2018

Une belle fin (2013)




Deux ans ! Il aura fallu attendre deux ans entre la sortie en Italie de "Une belle fin" et sa projection dans les salles françaises (et encore, les écrans qui le diffusèrent furent peu nombreux). Décidément, les choix de distribution des films ne cessent de m'étonner (et souvent, de me fâcher). C'est comme cette manie de traduire les titres n'importe comment. N'importe quel anglophone amateur vous dira que "Still life" peut se traduire par "Nature morte", titre qui aurait cent fois mieux convenu à ce film que "Une belle fin", si vous voulez mon avis. Cela dit, on a échappé à "Petits enterrements à l'anglaise", qui a du tenter les distributeurs français du film. Toujours est-il que ce long métrage a du échapper à pas mal de spectateurs. A tort ou à raison ?

John May fait un drôle de métier. Ce petit bonhomme solitaire est chargé de retrouver les familles de ceux qui meurent tous seuls dans leur coin. Et, bien souvent, comme il s'avère que ces défunts n'ont plus personne, John May est le seul à assister à leur enterrement, au cours duquel est lu l'éloge funèbre qu'il aura lui-même écrit. Quand on lui annonce son licenciement, John va juste vouloir finir son travail.


Elle n'est pas très gaie, la vie de John May, il faut bien l'avouer. "Une belle fin" est un film où l'ambiance est loin d'être à la rigolade et où les couleurs sont souvent blafardes, telles l'existence monotone du personnage principal. Filmé au plus près de son personnage, "Une belle fin" suit les derniers instants de l'étrange carrière de son anti-héros, professionnel et surtout humain dans une société qui a fini de l'être depuis longtemps.

Certains trouveront le film parfois un peu long, car "Une belle fin" prend le temps d'installer son histoire et son personnage, quitte à se répéter, mais ce choix de rythme permet aussi d'installer l'ambiance de l'histoire, et le tempo de la vie monotone de John May. Les quelques longueurs du film sont sauvées par l'interprétation remarquable d'Eddie Marsan, qui tient le film à bout de bras, du début à la fin. Il est sans doute la meilleure raison de voir "Une belle fin". Acteur souvent cantonné à des seconds rôles, parfois remarqué pour son drôle de physique, Eddie Marsan emplit chaque scène, avec élégance et humanité et c'est lui qui donne au film sa colonne vertébrale.

L'intrigue qui sous-tend "Une belle fin" est ténue, très fine, mais ce n'est pas l'essentiel. Ce film tient debout grâce à ses personnages (surtout son personnage principal, en fait) et son ambiance, à la fois lente et triste, mais terriblement humaine. Filmé à hauteur d'homme, ce voyage en territoire d'humanité, évoquant essentiellement le deuil et la solitude, est de ces films qui (pour peu qu'on soit d'humeur à les visionner) qui touchent l'âme. Bien peu en sont capables.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film européen hors France" 

lundi 21 août 2017

Joséphine (2013)


Ce n'est pas la première, ni la dernière fois qu'est évoquée ici une adaptation de bande dessinée. Aux antipodes des planches à grand spectacle que peut proposer ce média (on pense évidemment à l'omniprésent "Valérian"), d'autres ouvrages traitent de sujets plus légers et plus intimes : Pénélope Bagieu, dans ses dessins, traite régulièrement du quotidien de femmes qui lui ressemblent (ou pas). Son héroïne, "Joséphine", a été adaptée au grand écran il y a quelques années et, malgré un succès plus que mitigé, une suite ("Joséphine s'arrondit") est sortie, dans la foulée (sans beaucoup plus de succès). 

Joséphine n'est pas satisfaite de sa vie, et en particulier de ses rondeurs. Se contentant d'être spectatrice des amours de ses amies, elle vit seule avec Bradpitt, son chat. Jalousant la réussite de sa sœur aînée, elle décide de rivaliser avec elle en s'inventant un fiancé brésilien, avec qui elle va se marier, au pays des Cariocas. Un mensonge en entraînant souvent un autre, Joséphine se retrouve empêtrée dans une drôle d'histoire, au point de ne plus savoir comment s'en sortir...

Agnès Obadia, réalisatrice de "Joséphine", s'était fait connaître avec un autre personnage féminin remarquable, la Romaine du film éponyme et de "Romaine par moins 30". Moins barrée que le personnage interprété par Sandrine Kiberlain, la Joséphine du film dont il est question aujourd'hui n'est pas plus heureuse, mais on a envie de dire qu'elle l'a bien cherché. C'est évidemment de comédie qu'il s'agit, une nouvelle fois, mais cette cuvée-là se veut dans l'air du temps, en adaptant une BD bien ancrée dans son époque. 

Il y a peu de temps morts, dans l'histoire de Joséphine, et c'est essentiellement aux personnages qu'est consacré le film. Pour ce qui est du contexte, il est à l'arrière plan, le principal effort du scénario reposant sur les dialogues, chargés de faire mouche, quitte à paraître artificiels (le rythme, toujours le rythme). Une fois visionné, "Joséphine" ne laisse finalement pas un grand souvenir, parce qu'on assiste là à une sorte de comédie de boulevard, où les portes qui claquent sont remplacées par des textos et des vannes qui fusent. 

C'est surtout le personnage principal qui est le plus gros défaut de ce film. Totalement antipathique, la Joséphine en question n'émeut jamais le spectateur et n'attire jamais sa sympathie. La jeune femme ment effrontément et on se prend rapidement à dire qu'elle a bien cherché les coups du sort qu'elle accumule. Autour d'elle, ses amis et sa famille supportent son comportement tant bien que mal et ce sont surtout ces personnages qui sont les plus intéressants du film. Cela dit, leurs interprètes ne sont pas tous totalement convaincants, ayant parfois du mal à donner de l'épaisseur à leurs rôles. 

Étonnamment, comme je le disais en introduction, ce film a fait l'objet d'une suite, "Joséphine s'arrondit", avec quasiment le même casting, Marilou Berry passant du coup derrière la caméra. Encore plus étonnamment, il y eut plus de spectateurs à se déplacer pour cette suite, mais pas encore assez pour assurer la rentabilité du film. Ce sera peut-être pour le film suivant. En attendant, les aventures de Joséphine ne sont pas faites pour moi, j'en ai peur. 


vendredi 2 juin 2017

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (2013)


C'est assez fréquent : un succès de librairie est souvent suivi de son adaptation au grand écran, en général couronnée d'un joli succès. Donnant au lecteur ravi la possibilité de prolonger son plaisir initial au cinéma, les producteurs font en général mouche, avec une recette qui a fait ses preuves. Seulement, il n'existe pas de martingale ultime dans ce domaine (heureusement, d'ailleurs) et qui dit succès sur les étagères des libraires ne signifie pas raz-de-marée dans les salles obscures. Dans le cas du roman "Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonasson, en France en tout cas, ce fut loin d'être l'affluence dans les rares cinémas qui projetèrent son adaptation.

Allan a cent ans et s'ennuie dans sa maison de retraite, où il réside malgré lui. Alors que tout le monde s'apprête à fêter son centenaire, il décide de fuguer et prend le premier train qui passe. Seulement, Allan a le don de s'attirer des ennuis et d'y entraîner pas mal de monde. Dans son sillage, il va se faire des nouveaux amis, récupérer une valise contenant cinquante millions de couronnes et énerver pas mal de monde. Mais Allan en a vu d'autres, en un siècle où il côtoya pas mal de personnages...

On est souvent méfiant, lorsqu'un roman qu'on a lu est transposé à l'écran. Pour une adaptation réussie (je songe notamment à "L.A. Confidential"), combien de trahisons ? Certes, la tâche des scénaristes en charge de la conversion du papier à l'écran de cinéma est loin d'être aisée. Il leur faut souvent trancher dans le vif, sacrifier des chapitres entiers, procéder à des aménagements qui feront hurler les fans du matériau originel, pour souvent finir par échouer, fût à demi. Dans le cas du "Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire", on est rapidement soulagé. Le ton, souvent décapant, du roman, est présent à l'écran. C'est déjà un bon point. Ensuite, les personnages sont (en tout cas, c'est mon ressenti) fidèles à la façon dont ils étaient perçus lors de la lecture du livre.

Ce retour positif est sans doute du au fait que l'adaptation ait été réalisée en Suède, par un réalisateur suédois, et qu'on échappe au passage à la moulinette hollywoodienne qui fit souvent beaucoup de dégâts dans ce registre. Felix Herngren, le réalisateur, fit ses armes à la télévision et livre ici un film souvent nerveux, rythmé, ponctuant sonroad-movie de gags qui fonctionnent aussi bien qu'ils le faisaient dans le livre. 

Entre l'intrigue (à peine) policière dont Allan est le centre et ses souvenirs d'un siècle pour le moins agité, "Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" garde son énergie presque sans défaillir, grâce à une mise en scène nerveuse, et à des acteurs impeccables (quoique tous inconnus, en ce qui me concerne). Voici, s'il en était besoin, la preuve qu'un roman peut fournir matière à un film fidèle.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, dans la catégorie "Un film adapté d'un livre que j'ai lu".



samedi 21 mai 2016

Guillaume - la jeunesse du conquérant (2013)


Guillaume le Conquérant fait partie de ces personnages historiques dont tout le monde (ou presque) connaît le nom, mais dont bien peu de gens peuvent détailler la biographie. Pour peu qu'on s'intéresse à cette période de l'histoire, un film sur le Duc de Normandie, héros de la célèbre Tapisserie de Bayeux, a tout d'une initiative salutaire. Monté avec un budget ridicule et en grande partie financé grâce au crowdfunding, "Guillaume - la jeunesse du conquérant", sorti en 2013 (en catimini), n'a pas connu le succès.

1066 : A Dives-sur-Mer, la flotte normande, menée par le Duc Guillaume, attend que celui-ci donne l'ordre d'embarquer pour l'Angleterre, afin qu'il reprenne la couronne usurpée par son cousin Harold. Le Conquérant, comme on le nommera à la postérité, se remémore son enfance, sa jeunesse et tout ce qu'il eut à traverser pour arriver là où il est, de l'enfant bâtard qu'il fut au futur Roi d'Angleterre.


L'épopée de Guillaume le Conquérant méritait depuis longtemps un film à sa mesure. C'est quasiment un miracle que d'avoir réussi à boucler ce long métrage avec un budget sans doute équivalent à celui des costumes d'un gros film. On ne saurait reprocher à un film son manque de moyens, surtout s'il fait preuve d'ingéniosité et d'ambition. C'est cependant plus du côté de l'esthétique que se situe la bonne surprise de "Guillaume - la jeunesse du conquérant". Utilisant avec talent la lumière et les décors, Fabien Drugeon réussit à immerger son spectateur dans un XIème siècle souvent sale et brutal, mais qui impose un réalisme inattendu, au vu du tout petit budget.

Malheureusement, le scénario est le point le plus faible de ce film : en prenant le parti de n'explorer que la jeunesse de Guillaume (comme annoncé dans son titre), il s'expose à des longueurs et se prive d'un relief. La fin, plutôt abrupte, appelle bien évidemment une suite dont l'avenir est tout sauf certain. Faute d'ambition, "Guillaume - la jeunesse du conquérant" se prive d'une vraie réussite et laisse bien souvent le spectateur sur sa faim.

Du côté de l'interprétation, malgré toute la bonne volonté des acteurs (souvent des amateurs), on ne peut que pointer la maladresse et un jeu qui sonne souvent "faux". Déclamant leurs répliques, souvent faites de punchlines particulièrement mal à propos, les interprètes, sans doute mal dirigés, échouent à donner vie aux personnages de cette grande saga, à l'exception de quelques seconds rôles. 

Plein de bonnes et belles intentions, "Guillaume - la jeunesse du conquérant" est, hélas, un film sans grand intérêt. Le Conquérant méritait mieux.