mardi 24 février 2015

Turf (2013)


Que cela plaise ou non, Fabien Onteniente a, ces dernières années, aligné quelques beaux cartons au box-office. Faisant sien le créneau de la comédie populaire (dont le flambeau était autrefois porté bien haut par des cinéastes du calibre de Gérard Oury), il a fait péter les compteurs avec des œuvres comme "Camping" et sa suite, ou "3 zéros". Désolant les cinéphiles autant qu'il ravit la France profonde, Fabien Onteniente a cependant, avec "Turf" connu le revers de la médaille, puisque le jackpot annoncé sur l'affiche fut loin, très loin d'être au rendez-vous, malgré une campagne de promotion digne de certains blockbusters...

Quatre amis passionnés de courses hippiques en ont un jour assez de systématiquement perdre leurs économies aux courses. Alors qu'ils envisagent de renoncer à leur hobby commun, ils font la connaissance du peu recommandable Monsieur Paul, qui les convainc d'aborder les courses autrement : et s'ils devenaient propriétaires d'un cheval ? 
Le problème, c'est que l'animal en question, Torpille, n'a rien d'un crack, mais tout de la carne. Qu'à cela ne tienne, les quatre amis vont lui trouver un entraîneur, une cavalière et tout mettre en oeuvre pour accomplir leur rêve.

Que dire de "Turf", une fois son visionnage terminé ? Qu'il s'agit, une nouvelle fois, d'une comédie se voulant populaire décalquée sur un thème qui ne lui apporte rien ? On a le sentiment, en regardant ce film comme les précédents opus d'Onteniente, que le long métrage est calibré pour sa prochaine diffusion sur la sacro-sainte case du dimanche soir sur TF1, où il fera inévitablement un carton d'audience. Sur un scénario qu'on a l'impression d'avoir déjà subi mille fois, le réalisateur et l'équipe se contente de faire du remplissage, alignant les scènes convenues et les péripéties sans surprise. 

Au vu du casting, et comme c'était déjà le cas dans les précédentes œuvres d'Onteniente, on ne peut s'empêcher d'avoir un pincement au cœur en voyant des comédiens comme Alain Chabat, Philippe Duquenne, Lucien Jean-Baptiste, Edouard Baer ou Sergi Lopez se commettre dans pareille entreprise. S'ils semblent tous s'amuser (et encore !) à interpréter ces français ordinaires cherchant à réaliser leur rêve, le spectateur prend nettement mois de plaisir qu'eux. Je passerai sous silence les apparitions grotesques de Gérard Depardieu, qui fut autrefois le plus grand acteur français, et fut l'un des architectes de ce film. 

A en croire les déclarations de Fabien Onteniente, "Turf" revendique l'héritage de films tels que "Le
gentleman d'Epsom" ou les grandes comédies italiennes des années 1950-60. Ces propos ont de quoi faire bondir n'importe quel cinéphile, tant le résultat est ici indigent, puisqu'il livre un énième film où le bonheur doit nécessairement passer par l'enrichissement, morale éminemment discutable. Il ne faut traiter personne par le mépris. Il n'empêche qu'à force d'exploiter, dans ses films, le côté le plus beauf du public français, Fabien Onteniente finit par lasser même ses amateurs. Pourtant, j'ai bien peur que l'homme ne soit irrécupérable puisqu'il a en projet le troisième opus de "Camping", ainsi qu'une version filmée de la comédie musicale "Robin des bois" et un "Mozart" (rien à voir avec le grand compositeur qui a déjà eu maintes fois l'occasion de se retourner dans la fosse commune qui lui sert de tombe) avec M. Pokora dans le rôle principal.
L'homme est donc multirécidiviste et n'éprouve visiblement aucun remords. Tant pis pour le cinéma populaire français. 


jeudi 19 février 2015

Hollywood homicide (2003)



Quand on a interprété des rôles devenus mythiques, est-il encore possible d'apparaître dans des films sans être méjugé ? D'immenses acteurs, à l'instar de Robert de Niro, dont les choix actuels peuvent laisser pantois, doivent se poser la question. Harrison Ford, qui a endossé le rôle de personnages passés dans la mythologie collective, suit un parcours qui a de quoi surprendre, parfois. Ces dernières années, on a pu le voir dans le décevant quatrième volet d'Indiana Jones, par exemple, mais aussi dans des films où le public ne le suivit pas : "Cowboys et Envahisseurs", "Expendables 3", ou "Hollywood homicide", pour n'en citer que quelques-uns.

Deux policiers, une jeune recrue et un vétéran à qui on ne la raconte plus, sont chargés d'une enquête dans le milieu du rap, à Hollywood. Tandis qu'ils doivent, de front, mener une enquête dangereuse, ils s'efforcent de poursuivre leurs activités personnelles : l'un donne des cours de yoga, l'autre tente de vendre des demeures hors de prix. Leurs personnalités vont s'affronter, et les balles fuser au-dessus de leurs têtes. 
Hollywood est décidément un endroit bien dangereux...



Le buddy-movie est un genre qui fit les beaux jours d'Hollywood dans les années 1980 (je ne vais pas me lancer dans une liste d'exemple, tant ils sont nombreux). C'est clairement ce genre qu'exploite "Hollywood homidice". Il est évidemment bien difficile de surprendre qui que ce soit avec ce genre usé jusqu'à la corde. Alors, pour tenter d'épaissir l'intrigue, Ron Shelton et son co-scénariste Robert Souza ont cru bon d'ajouter d'ajouter quelques couches de peinture sur chacun des personnages, comme si cela pouvait faire illusion. Cependant, on avait bien compris dès les premières séquences que les deux personnages principaux avaient moult différences : le premier est un flic expérimenté et sûr de lui, divorcé trois fois et qui réussit à mener de front une carrière d'agent immobilier. Le second, jeune recrue doutant de sa vocation, croit encore en l'amour et donne également des cours de yoga en plus de ses heures de travail. Le procédé, en plus d'être lourd, cache mal sa maladresse et la vacuité réelle du film.

Au centre de "Hollywood homicide", le duo d'acteurs qui tient l'affiche fait, il faut le reconnaître, plus pitié qu'envie. Le jeune premier Josh Hartnett, décidément bien peu convaincant, a du mal à sortir de l'ombre d'Harrison Ford, dont le seul nom est sensé servir de caution à ce médiocre polar, mais qui semble régulièrement se demander ce qu'il fait là et pourquoi il a accepté ce rôle. 

Réalisé sans aucun talent, en plus de disposer d'un scénario dont l'évolution finit par insupporter le spectateur, "Hollywood homicide" est un buddy-movie comme on n'en fait plus, fort heureusement. Voir Harrison Ford se fourvoyer dans pareil chantier peut faire de la peine. Quand on admire cet acteur, subir ce film est un calvaire. Si l'on cherche juste un film d'action de piètre qualité, on peut, à la rigueur, supporter le visionnage de ce qui est au niveau d'un mauvais épisode de série policière.


samedi 14 février 2015

Pas très normales activités (2013)


Internet est devenu, en quelques années, une pépinière de talents (il suffit de jeter un œil au blogroll à droite de ce billet pour en avoir un aperçu). C'est aussi l'endroit où de jeunes pousses affichent des audiences hallucinantes sur leurs chaînes vidéos, déchaînant les passions de leur (jeune) auditoire. Les plus célèbres ont pour nom Cyprien ou Norman. Ce dernier a été, il y a peu, la vedette de son premier film : "Pas très normales activités", réalisé par Maurice Barthélémy, un ancien des Robins des Bois. Il faut croire que les adeptes des webcasts n'ont pas le courage d'aller jusqu'au cinéma le plus proche puisque le (petit) budget du film ne fut pas remboursé par ses entrées en salles. 

Octave Blin et Karine, sa petite amie, décident de s'installer dans la maison de feue la grand-mère du jeune homme et filment leur installation grâce à leur téléphone portable. Alors qu'ils espéraient un nouveau départ avec ce retour à la terre, ils vont se rendre compte que la maison n'est pas si accueillante. S'il n'y avait que les coupures d'électricité et les inconvénients de la vie à la campagne, ça passerait. Mais il y a aussi ces bruits étranges, la nuit venue, et ces voisins, assez perturbants...

On l'aura compris, ce pseudo found-footage (avec un titre pareil, la forme s'imposant) est un prétexte pour Norman Thavaud de faire son show au cinéma (en plus d'Internet, de la télévision et des scènes de spectacle). Durant tout le (trop) long-métrage, on a donc droit à Norman dans la cuisine, Norman dans le jardin, Norman à la station-service, Norman au village, Norman chez son voisin, etc. Pour ceux qui sont venus voir un film, la déception est au rendez-vous. Elle est encore plus cruelle pour ceux qui pensaient rire. Le scénario, en effet, de l'épaisseur d'un papier à cigarette, accumule les scènes dont l'humour tombe à plat. 

Avec son pseudo-humour qui n'amuse visiblement que lui, et surtout son mépris affiché pour tout ce qui n'appartient pas à son petit univers (sa vision de la campagne est écœurante), Norman Thavaud, l'idole du web, monopolise l'écran pour une version longue de ses élucubrations. Ponctuant ses phrases d'un "p'tain" toutes les deux phrases, celles-ci étant à peine intelligibles d'ailleurs, lui et Stéfi Kelma, sa partenaire, débitent leur texte (visiblement en grande partie improvisé) à toute vitesse, oubliant visiblement les espaces entre les mots comme la ponctuation.

On peut avoir du mal à comprendre le prix spécial que ce film récolta lors du Festival de l'Alpe d'Huez. Quelqu'un a dit qu'on était forcément le vieux con de quelqu'un. En voyant ce que j'ai peine à qualifier de film, j'ai atteint ce stade. 
Merci Norman.


lundi 9 février 2015

Le prof (1999)


Alexandre Jardin, romancier, a été à l'origine de plusieurs films, qu'il en soit réalisateur ou pas. Sa vision du monde, extrêmement romanesque, est nourrie des rêves d'enfant et des aspirations adolescentes. On aime ou on n'aime pas son enthousiasme et sa candeur. Le fait est que son dernier film en date, "Le prof", tiré de son roman "Le petit sauvage" fut un échec cuisant, puisqu'il dépassa à peine les 100 000 spectateurs en France, malgré la présence à l'affiche d'acteurs appréciés du public : Jean-Hugues Anglade, Yvan Attal, Hélène De Fougerolles, Thierry Lhermitte.


Après une rupture et parce que son père lui balance à la figure ce qu'il est devenu, Alexandre, professeur d'économie, décide de changer sa façon d'enseigner et son rapport aux autres. Sous le regard d'abord inquiet, puis franchement hostile de son ami Hippolyte, proviseur dans son lycée, Alexandre entreprend d'apprendre à ses élèves à sortir du moule...et se réconcilie avec l'enfant plein de rêves qu'il était. Au passage, il tombe sous le charme de Manon, dont la mère fut la fondatrice de son amour des femmes. Bref, chez Alexandre, ça déménage...

Le coup du professeur décidé à changer la vie de ses élèves et à les entraîner sur une autre voie, on nous l'a déjà fait, au cinéma, et de manière sublime. "Le prof" ne soutient cependant pas une seconde la comparaison avec "Le cercle des poètes disparus" : Alexandre Jardin n'est pas Peter Weir et Jean-Hugues Anglade (malgré toute l'admiration que je lui porte) n'est pas Robin Williams. Car il faut l'avouer sans tourner autour du pot : "Le prof" est une véritable catastrophe, à tous les points de vue, qu'il s'agisse de la réalisation, de la bande originale ou de l'interprétation.
Parlons-en, du casting : qu'il s'agisse d'Yvan Attal ou de Jean-Hugues Anglade, tous sont particulièrement mauvais. Arborant une diction théâtrale à outrance et jouant leurs personnages sans y croire un instant, l'intégralité du casting ferait passer un épisode de "Plus belle la vie" pour un chef d'œuvre de direction d'acteurs.

Il est sans doute inutile de s'acharner sur un scénario qui mériterait le César de la naïveté, tant il est dégoulinant de mièvrerie et de bons sentiments. Du reste, j'avoue n'avoir guère envie de m'étaler sur le sujet.

Il serait sans doute temps qu'Alexandre Jardin cesse de nous infliger son romantisme de station-service, son univers extrêmement lisse et naïf, sa morale digne des plus grands épisodes des Bisounours. Depuis "Le prof", il n'a plus commis de long métrage, se consacrant uniquement à l'écriture. 
Pourvu que ça dure.





mercredi 4 février 2015

600 kilos d'or pur (2009)


Le film d'aventures français est une denrée rare. Les cinéastes français qui donnèrent ses lettres d'or à ce genre, qu'ils se nomment Verneuil, Enrico ou Clouzot, n'ont pas trouvé de successeurs dignes d'eux. Pourtant, ils sont nombreux, ceux qui se frottent à l'exercice du film de genre, mais il est bien rare que la réussite ou le succès (et je ne vous parle pas de la combinaison des deux) soit  au rendez-vous. Dans le cas récent de "600 kilos d'or pur", ni la critique, ni le public ne suivirent. 

Un groupe d'aventuriers décide de braquer une mine d'or située en Guyane, et exploitée par des entrepreneurs sans scrupules. Le butin, 600 kilogrammes d'or pur, tout juste extrait des filons voisins, a de quoi faire des envieux.
Mais l'affaire ne tourne pas aussi bien qu'espéré. Quand leur hélicoptère les lâche, la petite troupe se voit contrainte de s'enfoncer dans la jungle, tout en étant poursuivie par les hommes au service de l'exploitation minière. Les fuyards vont devoir affronter la nature, ceux qui les poursuivent, et aussi la fièvre de l'or, qui va vite gagner les membres du groupe.

Eric Besnard a fait ses premières armes en tant que scénariste, notamment sur le très réussi "Le convoyeur". On avait tout lieu d'espérer que son expérience donnerait un film de genre digne de ce nom. Hélas, après "Ca$h" et "Le sourire du clown", son troisième film confirme les craintes qu'on pouvait avoir. Ce n'est pas encore cette fois qu'un film d'aventures français entraînera son spectateur dans des péripéties mémorables. Pourtant, les premières scènes, en jetant un regard intéressant sur l'exploitation des ressources aurifères, "600 kilos d'or pur" disposait d'atouts qu'il n'exploite hélas pas. Une fois expédiée la séquence du casse, c'est la maladresse qui prend les commandes de la réalisation. Les scènes sont souvent répétitives, les symboles assénés avec la délicatesse d'un bulldozer, tandis qu'une bande originale agaçante vient ponctuer les étapes souvent téléphonées d'un scénario plat. 

Du côté de l'interprétation, c'est le pompon. Chargés de donner vie à des personnages caricaturaux auxquels il est difficile de croire, les acteurs en font souvent des tonnes, pour alimenter un scénario désespérant de clichés et de facilités. Pataugeant dans l'intrigue autant que dans le fleuve dans lequel ils passent la majeure partie du film, les acteurs donnent l'impression de ne pas croire en l'histoire à laquelle ils participent. De Clovis Cornillac (en baroudeur désabusé mais qui, au fond, a un cœur gros comme ça) à Audrey Dana (en veuve éplorée qui reprend pied en quelques scènes), en passant par Bruno Solo (sans doute le pire personnage du film), tous alignent les pires clichés, incarnant des caricatures d'aventuriers. Même Patrick Chesnais, dont le personnage disposait d'un potentiel intéressant, n'arrive pas à relever le niveau de l'ensemble.

Il y aurait matière à alimenter le propos de ce film, notamment sur l'exploitation brutale et sauvage
des ressources et des natifs guyanais par ceux qui exploitent les filons aurifères. Évacué en deux temps trois mouvements, ce thème laisse vite le champ libre à ce qui se veut un périple en territoire de sueur, mais ressemble plus à un parcours du combattant (pour le spectateur). Là où "Blood diamond" réussissait à mixer aventures et discours politique, "600 kilos d'or pur" échoue de façon pataude sur les deux tableaux. Film d'aventure poussif, bourré de longueurs et dont les personnages sont caricaturaux, "600 kilos d'or" est - hélas ! - un échec. 
C'est lourd, 600 kilos : ce film est tout aussi pesant.