dimanche 22 juillet 2018

Jamais contente (2017)


Vous souvenez-vous de vos années "collège" ? Le cinéma, en tout cas, aime évoquer cette période de la vie où tout se bouscule dans la tête et le corps de ceux qui quittent l'enfance pour devenir des adolescents. Qu'il s'agisse des "Beaux gosses" ou de "Lou ! Journal infime" (deux adaptations de bandes dessinées), c'est souvent sur le ton de la comédie que ces années sont évoquées au grand écran. Récemment, "Jamais contente", d'après une série de romans de Marie Desplechin, a également traité de cette période de la vie. Si on revenait sur ce petit film ?

Elle n'est jamais contente, Aurore. Cette préadolescente qui redouble sa classe de cinquième. Elle n'aime rien ni personne et le monde le lui rend bien, du moins le ressent-elle. Qu'il s'agisse de ses sœurs, de ses parents, des garçons, tout lui paraît adversité. Du coup, elle agresse, elle râle, elle crie et met à mal la patience de tous, à commencer par ses parents, qui la menacent de l'envoyer en pension. Tout cela n'arrange rien : Aurore reste fâchée contre tout et tous.

C'est le portrait d'une jeune fille ayant un pied dans l'enfance et l'autre dans l'adolescence, avec pour horizon un monde adulte pas toujours engageant, que nous propose Emilie Deleuze. En adaptant "Le journal d'Aurore" de Marie Desplechin, la réalisatrice (essentiellement connue pour ses travaux à la télévision) a choisi de tourner à hauteur de ses personnages et de filmer au plus près de leurs émotions. C'était probablement la meilleure option pour le sujet choisi, car le résultat est plutôt réussi. Le spectateur est emporté dans le sillage d'Aurore, petite peste que l'on se prend à finalement apprécier, bien qu'elle ait un talent certain pour se faire détester.

On pourra tiquer sur les quelques défauts du scénario, qui s'égare parfois dans des directions inutiles (comme l'évocation du mariage, par exemple) et pourrait donner l'impression de faire du remplissage. On pourra aussi s'agacer de certaines lourdeurs du même scénario, qui insiste parfois un peu trop sur certains traits de caractères de la petite héroïne, histoire de bien nous faire comprendre comment elle fonctionne (ou revendique d'être). On pourra, enfin, grincer des dents devant quelques situations improbables (comment une fillette de 13 ans se retrouve-t-elle à chanter dans un groupe de rock avec des garçons plus vieux qu'elle ?).

Mais, malgré tous ses défauts, "Jamais contente" emporte l'adhésion, en grande partie grâce ou à cause de son interprète principale. Léna Magnien, dont c'est la première (et pour l'instant unique) apparition à l'écran donne vie avec justesse à Aurore. Bien que ne correspondant pas à l'idée qu'on pouvait se faire d'Aurore, à la lecture du roman, elle s'approprie le rôle et emmène tout le monde avec elle. Épaulée par des seconds rôles bien tenus (coup de chapeau au passage à Catherine Hiegel dans le rôle d'une grand-mère comme on en rêve parfois), c'est surtout à son interprète principale que "Jamais contente" doit son énergie, souvent communicative.

Voilà un petit film qui pourra réjouir pas mal de spectateurs, incluant (une fois n'est pas coutume) les parents et les enfants, sur un sujet commun. A bien des égards, c'est une prouesse. 


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film dont un personnage a le même nom / surnom que toi"

mardi 17 juillet 2018

Essaye-moi (2006)



Après des débuts à la télévision et sur les planches, les Robins des bois ont chacun suivi leur voie, se retrouvant parfois sur des projets en commun (je pense notamment à "RRRrrr !!!"). Parmi eux, certains sont passés derrière la caméra, avec plus ou moins de bonheur. Maintenant qu'ils ont tous tracé leur route, il peut être intéressant de jeter un œil dans le rétroviseur. A ce titre, "Essaye-moi", le premier film de Pierre-François Martin-Laval, alias Pef, mérite un deuxième regard. 


Quand il était petit, Yves-Marie était déjà amoureux de Jacqueline et lui demanda de l'épouser. Elle répondit qu'elle accepterait le jour où il irait dans l'espace. Vingt-quatre ans plus tard, Yves-Marie est devenu cosmonaute et compte bien rappeler à son aimée sa promesse. Seulement Jacqueline a grandi et compte épouser Vincent d'ici peu. qu'à cela ne tienne : Yves-Marie a une idée et propose à sa belle de l'essayer pendant une journée. Jacqueline finit par céder : voilà le début de nombreuses péripéties. 


On retrouve dans "Essaye-moi" la naïveté du personnage souvent lunaire de Pef, l'alter ego de Pierre-François Martin-Laval. L'innocence de ce premier long métrage est indéniable et le héros porte une insouciance et un manque de maturité revendiqué. Enfant dans un corps d'adulte, Yves-Marie ne pouvait avoir comme père de cinéma qu'un seul acteur : Pierre Richard, que l'on retrouve comme une évidence dans le rôle du papa. Le grand blond du cinéma français, adoubant au passage Pierre-François Martin-Laval (qui le sollicitera de nouveau dans "King Guillaume"), peut sans doute le considérer comme son fils spirituel. "Essaye-moi" est léger, amusant, mais cependant sans réelle grande profondeur, comme certains des films qui mirent en vedette Pierre Richard (et que l'on revoit avec plaisir et nostalgie).

Pour ses premiers pas derrière la caméra, Pierre-François Martin-Laval a évidemment fait appel à toute sa bande, pour des rôles plus ou moins importants, mais aussi à sa professeure de théâtre, Isabelle Nanty, ainsi qu'à Kad Merad (alors pas encore encombré du statut de star qu'il a acquis aujourd'hui), à Julie Depardieu et au trop rare Wladimir Yordanoff, pour ne citer qu'eux. Tout ce petit monde semble bien s'amuser et entre avec plaisir dans l'univers fantaisiste de Pef, là où les rêves prennent corps et où la gentillesse peut l'emporter. 

C'est fantaisiste, souvent enfantin, mais cette légèreté est aussi celle du scénario, qui patine parfois sur place et force le film à jouer de gags faciles et à allonger un peu la sauce, quitte à perdre son rythme. C'est un défaut récurrent chez nombre de comédies, cela dit. "Essaye-moi" a cependant pour lui le mérite d'essayer, justement, d'emprunter un chemin plus doux pour amuser son spectateur, alors que nombre de films du même registre se fourvoient dans l'outrance. A ce titre, et même si l'objectif n'est pas toujours atteint, il mérite un bon point, ce dont nombre de comédies ne peuvent se targuer. 


jeudi 12 juillet 2018

Fonzy (2013)




Qu'un film à succès, venu d'Europe, fasse l'objet d'un remake à Hollywood, c'est chose assez commune. Par contre, lorsque le remake traverse l'Atlantique dans l'autre sens, c'est plus rare. En reprenant "Starbuck", Isabelle Doval, réalisatrice de "Rire et châtiment" (qui mettait déjà en vedette José Garcia, son mari) prit un risque : entre livrer une pâle copie et trop s'éloigner du modèle, le point d'équilibre était difficile à trouver. Alors, pari réussi ?

Dans sa jeunesse, dont il estime qu'il n'est pas sorti, Diego Costa a donné son sperme à de nombreuses reprises. Alors qu'il vivote, employé dans la poissonnerie familiale et vient d'apprendre que sa petite amie est enceinte, Diego découvre qu'il est le père biologique de 533 enfants, dont 142 veulent le connaître. Il hésite entre se révéler et rester anonyme et, avant d'opter pour une des deux solutions, décide d'apprendre à connaître sa progéniture.

Bien que n'ayant pas vu le film original, j'avoue avoir pris grand plaisir à visionner son remake. Là où l'on aurait pu s'attendre à une comédie parfois malhabile, c'est à un film souvent fin et parfois drôle que l'on a affaire. "Fonzy", avec un sujet de départ qui aurait pu verser dans le graveleux, est un film qui joue adroitement du thème de la paternité et du rapport entre les générations. Quand Diego prend sous son aile certains de ses rejetons et devient ainsi père, l'émotion pointe parfois le bout de son nez, alors qu'on ne l'attendait pas. Et, dans sa dernière partie, celle normalement consacrée à la résolution (dans toute bonne comédie qui se respecte), la métamorphose du personnage central s'avère plus touchante qu'attendu.

Étonnamment, donc, le remake est plutôt réussi. Le mérite en revient essentiellement à l'interprète principal, José Garcia, convaincant dans le rôle d'un homme passant, en l'espace d'un film, du statut d'adolescent immature à celui du père. Si ses interprétations ont parfois été outrancières, il explore ici le registre de l'émotion et se montre souvent convaincant dans le rôle d'un homme franchissant en accéléré les étapes qui mènent à l'âge de père. Autour de lui, les seconds rôles pâtissent un peu de l'omniprésence de ce personnage, mais on apprécie les prestations d'Audrey Fleurot, de Lucien Jean-Baptiste, ou de Gérard Hernandez (en patriarche plein de sagesse).

Enfin, cerise sur le gâteau, la bande originale est un régal pour les oreilles, ce qui ne gâte rien, et rythme agréablement les péripéties de Diego Costa, géniteur devenant père le temps d'un film. Sans doute pas exempt de maladresses, "Fonzy" est cependant un film généreux et humain, souvent drôle, mais pas vain. S'il n'a rien d'inoubliable, ce remake européen d'un film québécois (qui eut droit, ensuite à son remake aux Etats-Unis, sous le titre "Delivery man", pour la petite histoire) est plus qu'honorable : il se pourrait qu'il s'agisse d'un bon film.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec une bonne BO"


samedi 7 juillet 2018

Permis de tromper (2017)


Depuis quelques années, un vent nouveau (pas toujours frais, je vous le concède) souffle sur la comédie en général. Souvent venu de l'autre côté de l'Atlantique, ce courant a donné lieu à des films où le scénario se permet des outrances parfois bienvenues, souvent gênantes et pas toujours drôles. En osant sortir des sentiers battus, ce style de longs métrages a parfois donné des réussites, mais souvent arraché le succès à coup d'excès. Il n'empêche que faire bouger les lignes est parfois salutaire et que nombre de réalisateurs s'y risquent. A titre d'exemple, le film "Permis de tromper", sorti uniquement en vidéo dans l'Hexagone, s'en prenait au couple, à en croire son pitch. Aurait-il mérité plus de visibilité ?

Mateo et Camila forment un jeune couple épanoui et viennent de s'installer ensemble. Lors d'une soirée entre amis, vient la question de savoir avec quelle célébrité ils s'autoriseraient une aventure extra-conjugale. Ce qui aurait pu rester un petit jeu sans conséquences va prendre un tour inattendu lorsque Mateo va rencontrer accidentellement la sublime Zoe Del Rio, l'actrice qu'il a justement désignée.  L'improbable étant arrivé, tout devient possible...

Vous l'aurez compris, en lisant le pitch (ou alors, je m'y suis mal pris) : "Permis de tromper" est une comédie romantique. Mais, pour une fois, c'est de l'hémisphère sud que ce film nous vient (je crois d'ailleurs que c'est le premier film argentin évoqué dans ce blog). Enfin, c'est son intention première, sur laquelle viennent se greffer d'autres sujets. Le scénario, qui revendiquait haut et fort l'appartenance au genre comique dans ses premières scènes, prend, dans la deuxième moitié du film, un autre tour et lorgne vers la critique sociale (notamment vis-à-vis de l'omniprésence des réseaux sociaux), avant de revenir sur sa première intention. En suivant ce chemin, le film donne souvent l'impression de se prendre les pieds dans le tapis. Qui trop embrasse, mal étreint, disait la sagesse populaire : c'est en partie vrai pour "Permis de tromper", qui part souvent dans tous les sens.

Cette petite comédie venue de l'autre bout du monde possède cependant un indéniable potentiel de sympathie, en partie parce qu'elle nous épargne de voir une nouvelle fois les mêmes acteurs se complaire dans le même film, et aussi parce qu'elle dispose d'une vraie identité. Les acteurs sont pour beaucoup dans l'impression générale (plutôt positive, vous l'aurez compris) que laisse ce film : le duo Lali Esposito-Martín Piroyansky convainc par sa sincérité et son charme, dans une comédie qui jongle avec de plus en plus de balles, quitte à en laisser tomber quelques-unes. 

Si l'on oublie la version française, assez calamiteuse, et le manque d'audace du scénario (malgré une idée de base qui aurait pu donner lieu à plus), "Permis de tromper" a pour lui un potentiel de sympathie qui fait qu'on lui pardonne beaucoup. Sans avoir rien d'inoubliable, il est (légèrement) au-dessus de la moyenne des comédies de son registre.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec un verbe à l’infinitif dans le titre"

lundi 2 juillet 2018

Parlez-moi de la pluie (2008)


Le tandem Bacri-Jaoui nous a donné quelques uns des plus beaux scénarios du cinéma français (avis tout personnel, que j'assume, merci). De "On connaît la chanson" à "Un air de famille", Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri offrirent de la belle matière à plusieurs réalisateurs, raflant souvent des récompenses pour leur talent d'écriture à quatre mains. Quand Agnès Jaoui passa de l'autre côté de la caméra avec le très beau "Le goût de autres", Jean-Pierre Bacri continua de collaborer avec elle, jusqu'au récent (et très appréciable) "Place publique". Chaque fois, le duo fait se percuter des personnalités et jette un regard sur les rapports humains, toujours avec justesse. Mais tous les films d'Agnès Jaoui ne furent pas accueillis avec succès. "Parlez-moi de la pluie", par exemple, est passé sous le radar de pas mal de spectateurs.


Réalisateur de documentaires,  Michel Ronsard entraîne Karim dans un film sur Agathe Villanova, engagée en politique et féministe, qui revient à justement dans la maison de son enfance où vit sa sœur et la famille de celle-ci, sous l’œil bienveillant de Mimouna, la mère de Karim, qui a toujours suivi la famille Villanova. C'est un été au cours duquel toutes et tous vont voir leurs vies bousculées et leurs certitudes ébranlées.



Celles et ceux qui suivent ce blog savent à quel point j'apprécie le talent de Jean-Pierre Bacri, grognon magnifique du cinéma français (mais pas que) et tout autant celui d'Agnès Jaoui. Vous imaginez bien que je ne pouvais passer à côté d'un film où tous deux se rencontrent, qui plus est en ayant collaboré au scénario. Dans le cas présent, fidèles à leur sujet de prédilection, ils se penchent une nouvelle fois sur les rapports humains, les liens familiaux, les ambitions personnelles et les apparences (entre autres). Comme toujours, le trait est fin, adroit et l'observation plutôt habile.

Cependant, il faut bien reconnaître qu'on n'a pas l'impression, tout au long de cet été où les faiblesses des protagonistes se révèlent et où les faillites les font avancer, de toucher du doigt l'âme des personnages, comme ce fut le cas dans les précédents opus des Jabac (pour reprendre le surnom quel leur donnait Alain Resnais). Malgré toute l'affection qu'on peut avoir pour eux, les héros de "Parlez-moi de la pluie" peuvent laisser le public sur le bord de la route.

Il y a quelque chose qui fait penser aux films de Claude Sautet, dans ce long métrage, mais on n'y retrouve que peu la "patte" Jaoui-Bacri et, ces deux-là ayant placé la barre assez haut dans le cinéma hexagonal, se corsant un peu plus la tâche en convoquant (volontairement ou non) l'un des maîtres français du genre. Heureusement, il y a le casting, qui joue avec finesse la partition parfois un peu faiblarde écrite pour lui. Si l'on est évidemment ravi de retrouver Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, ils se sont excellemment entourés : de Djamel Debbouze, qui prouve un vrai talent dramatique, à Pascale Arbillot, en passant par la touchante Mimouna Hadji, et j'en passe, la distribution de ce voyage en mélancolie en fait oublier les mollesses. 

Ce n'est sans doute pas le meilleur opus qu'ait pu proposer le duo Jaoui-Bacri. Mais il contentera les admirateurs de ces deux grands acteurs et scénaristes. Il ravira aussi les amoureux des acteurs et de ce cinéma qui prend le temps de se pencher sur ses personnages.






mercredi 27 juin 2018

Les hommes du feu (2017)



Autrefois acteur (souvenez-vous du "Dernier Combat"), Pierre Jolivet est passé de l'autre côté de la caméra et s'est fait un nom de réalisateur, avec des films comme "Ma petite entreprise" ou "Le frère du guerrier", pour n'en citer que deux, dans de genres assez différents. Posant souvent sa caméra à hauteur d'homme (et de femme), il donne à ses films un ton social qui lui est propre. L'an dernier, "Les hommes du feu", qui mettait à l'honneur la très honorable profession de pompier n'a pas séduit le public.

Mutée dans une caserne du sud de la France, alors que l'été et la perspective des incendies approchent, Bénédicte a sa profession dans le sang. S'intégrant dans son nouveau cadre de vie, elle est vite propulsée dans les urgences, le quotidien des sapeurs-pompiers. Mais, une nuit, c'est le drame. Lorsqu'elle doit intervenir sur un accident de la route, Bénédicte fait une erreur et ne voit pas une victime, éjectée du véhicule et laissée sur le bas-côté. Alors qu'autour d'elle la vie continue, Bénédicte doit vivre avec cette erreur et ses conséquences...

Tourné en partie dans des conditions réalistes et encadrées par les sapeurs-pompiers du Var, "Les hommes du feu" a des airs de documentaire. En cela, il est très louable, parce qu'il permet de découvrir les femmes et les hommes sous l'uniforme, et d'embarquer avec eux. Seulement, ce n'est pas un documentaire, mais une véritable fiction, et si le film permet de s'imprégner de l'ambiance de la caserne, il souffre tout de même de ce qu'il est : une fiction documentée, jeu d'équilibre subtil entre deux genres, pas toujours synonyme de réussite.

L'intrigue annoncée par le pitch du film est finalement assez peu utilisée et diluée dans un canevas assez lâche, où chacun des personnages poursuit sa quête personnelle. Entre ses tourments personnels et les tensions professionnels, chaque protagoniste des "Hommes du feu" tente d'avancer, sur une trajectoire hésitante. Celles et ceux dont il est question dans ce film, c'est-à-dire les pompiers et leur entourage, sont incarnés par des acteurs convaincus de leur mission, mais pas toujours habilement servis. Ainsi, on pourra pointer certaines scènes un peu "forcées" du côté du personnage de Roschdy Zem, par exemple. Enfin, on déplorera l'utilisation de quelques clichés qu'il eût été plus habile de contourner, afin de rester sur un axe plus solide. 

Partant d'une très noble intention, celle de célébrer des hommes et des femmes s'évertuant à sauver des vies, parfois au péril de la leur, "Les hommes du feu" est une déception. Faute d'une ossature solide et partant un peu dans tous les sens, ce film rate son objectif. 


vendredi 22 juin 2018

A la poursuite de Ricky Baker (2016)


Le précédent long métrage de Taika Waititi, "Vampires en toute intimité" avait fait l'objet d'un billet élogieux en ces colonnes et nombreux étaient ceux qui l'avaient apprécié. On pouvait espérer, au vu de la réussite de ce film, que les suivants de son metteur en scène aient droit  une sortie en salles. Que nenni, mes amis, puisque, malgré des critiques souvent à son avantage, "Hunt for the Wilderpeople", son dernier film, est sorti uniquement en vidéo dans l'hexagone, sous le titre "A la poursuite de Ricky Baker" et ce, pas mal de temps après sa "vraie" sortie, dans les pays qui le traitèrent comme un film digne de ce nom.. Ce ne fut que pour son film suivant, "Thor : Ragnarok", que le cinéaste néo-zélandais eut le droit à une sortie digne de ce nom dans notre pays. Tout vient à point à qui sait attendre, paraît-il...


Ricky Baker, jeune garçon à problèmes, est reçu par sa nouvelle famille d'accueil. Tante Bella et Oncle Hec vivent au fin fond de la campagne néo-zélandaise et comptent bien offrir un vrai foyer et de vraies valeurs à cet adolescent rebelle. D'abord en opposition, l'enfant et les adultes vont devoir apprendre à se supporter, voire à s'apprécier.
Mais, quand Tante Bella décède subitement, pour Hec et Ricky, c'est toute une aventure qui commence...

Le moins que l'on puisse dire à la lecture du pitch, c'est qu'on pouvait verser dans le mélodrame. Ce serait mal connaître Taika Waititi, qui prend un malin plaisir à mettre en place tout un édifice qu'il fait ensuite s'écrouler, comme un sale gosse. Et le voyage (initiatique, mais pas uniquement) qui commence alors pour Hec et Ricky est un sacré périple, au cours duquel le réalisateur n'épargne personne (et surtout pas ses héros). La liberté de ton et le talent de mise en scène, alliés aux décors sauvages de Nouvelle-Zélande, donnent un cocktail inattendu, qui aurait sans doute mal fini entre d'autres mains que celles de Waititi (qui a aussi un petit rôle savoureux dans le film).

Il y avait longtemps qu'un film, qui plus est une comédie, ne m'avait pas surpris et emballé à ce point (et ce n'est pas faute de multiplier les tentatives). Il aura donc fallu chercher à l'autre bout du monde pour trouver un long métrage malin et marrant. Étonnant, non ?
La réussite de ce film est également à porter au crédit d'un casting formidable. En tête, le jeune et étonnant Julian Dennison, tour à tour touchant et insupportable, donne vie à Ricky Baker avec un mélange de sincérité et d'énergie qui promettent de belles choses à l'avenir. Sam Neill, en vieux grincheux, trouve son meilleur rôle depuis longtemps au cinéma et, malgré un rôle plutôt bref, Rima Te Wiata trouve le juste point d'équilibre entre émotion et fantaisie. 

Comme le faisait remarquer ma consœur Tina dans son fort joli billet au sujet de ce film, "Hunt for the Wilderpeople" (désolé, mais le titre français est au-dessus de mes forces) est un conte, sans doute écrit sous l'emprise de certaines substances, ajouterai-je. Ce conte là, je veux bien me le laisser raconter.
Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film ni américain ni européen"