samedi 13 janvier 2018

Lady Jane (2007)


En honnête artisan d'un cinéma qui porte depuis toujours sa patte, Robert Guédiguian, épaulé par ses  comédiens habituels, a exploré l'humanité sous maintes formes, gardant toujours foi en elle. Prenant souvent Marseille et sa région comme décor, Guédiguian est un des derniers de son espèce et a un statut à part. Son dernier film, "La villa", est l'occasion de se pencher sur son parcours. J'ai choisi d'évoquer "Lady Jane", un long métrage à côté duquel nombre de spectateurs sont passés.

Quand ils étaient plus jeunes, ils braquaient les marchands de fourrures et les bijoutiers, pour redistribuer leur butin aux femmes de leur quartier. Maintenant, Muriel et ses amis sont rangés des voitures et ont laissé derrière eux leur passé tumultueux. Mais lorsque le fils de Muriel est enlevé, elle n'a d'autre choix que de se tourner vers ses anciens complices pour réunir l'argent de la rançon. La spirale de violence sur laquelle elle s'engage va la mener bien loin de leurs idéaux, de ce en quoi ils croyaient, plus jeunes...

Noir, c'est noir. Avec "Lady Jane", Robert Guédiguian s'aventure loin des territoires d'humanité qu'il explore d'habitude, ou plutôt, il évoque la facette sans doute la plus sombre de l'humanité si chère à son cœur. Comme dans nombre de films dits "policiers", c'est la vengeance qui tient lieu de colonne vertébrale à "Lady Jane" et cette vengeance est un plat amer, en plus d'être froid. Ici, les moments entre amis sont pleins de tensions et les échanges sont synonymes de tension, voire d'affrontement. Les liens d'affection sont pourtant là, sous une épaisse couche de noirceur, qu'il faut gratter pour trouver un peu d'humanité.

Evidemment, Robert Guédiguian a pu compter, une nouvelle fois sur sa bande d'acteurs fidèles, ceux sans qui un film de Guédiguian n'en serait pas tout à fait un. Et, une nouvelle fois, c'est la sincérité qui gouverne leur interprétation. Qu'il s'agisse d'Ariane Ascaride, de Jean-Pierre Darroussin ou de Gérard Meylan (pour ne citer que le trio emblématique), ils relèvent le gant (noir) avec le brio qui les caractérise. Leurs personnages, percutés violemment par la rudesse du monde et leurs fautes de jeunesse, accusent le choc, plus ou moins bien, mais gardent toujours cette humanité (oui, je radote, ce mot revient sans cesse dans ce billet). C'est en tout cas grâce à eux, et pour eux que l'on suit jusqu'au bout cette épopée sur le côté obscur du cinéma de Robert Guédiguian.

On pourra ne pas apprécier le voyage, tant il est brutal et sombre. On pourra aussi se dire que le réalisateur peut affronter le monde sous bien des faces et que celle-ci, pour peu reluisante qu'elle soit, fait partie de l'homme (et de la femme). A ce titre, ce Guédigian-là mérite sa place entre "Marius et Jeannette" et "La ville est tranquille" (au hasard, le choix est vaste).




lundi 8 janvier 2018

Crash Test Aglaé (2017)



Ce n'est un secret pour aucun des lecteurs réguliers de ce blog : j'apprécie tout particulièrement les comédies dites "sociales", celles où, partant d'un des nombreux drames que vivent des gens dits "normaux", on se rend compte des ressources de l'homme et qu'on apprend à rire des célèbres "accidents de la vie". S'il existe un maître-étalon dans ce registre, il est sûrement britannique : de "The Full Monty" à "La part des anges", Albion nous a montré maintes fois sa résilience et su nous parler de crise, en nous faisant sourire pour mieux réfléchir ensuite. Quelques tentatives hexagonales furent à noter, ces dernières années : je songe par exemple à "Discount" ou aux "Femmes du sixième étage". En lisant le pitch de "Crash Test Aglaé", totalement passé sous le radar lors de sa sortie, j'ai cru (bien que l'affiche annonçait clairement un road-movie) à une comédie sociale bien ancrée dans son époque, puisque tout y commençait par une délocalisation. Ce premier film d'Eric Gravel méritait-il mieux ?

Aglaé aime que tout soit bien réglé, dans sa vie et dans son métier de contrôleuse en crash-test. Alors, lorsque son usine est délocalisée en Inde, elle accepte (à la surprise des ressources dites "humaines" de son entreprise) d'aller jusque là-bas, pourvu qu'elle retrouve son poste. Entraînant dans son sillage, Liette, en mal d'enfant, et Marcelle, une sexagénaire obsédée par la propreté et l'ordre. Voilà nos trois commères parties vers l'Inde : la route sera longue et les rencontres nombreuses...

On pouvait s'attendre, en lisant le pitch de base, à un film social, disais-je, en espérant toucher du doigt la réussite en la matière des modèles britanniques. Mais non, très vite, "Crash Test Aglaé" prend son spectateur par surprise et se mue en road-movie au féminin. Pour une fois, donc, l'affiche n'est pas mensongère : ça fait un bon point pour ce film. Mieux encore, "Crash test Aglaé" s'avère plutôt réussi, car souvent touchant, parfois drôle et toujours humain.

C'est en grande partie grâce à ses trois interprètes principales que ce film peut se targuer de réussir son joli coup. En tête, India Hair, qui ne m'avait jusque là pas franchement convaincu, réussit à montrer toutes les facettes de son personnage, évoquant tour à tour la part enfantine et la féminité. A ses côtés, Julie Depardieu prouve qu'elle n'est pas qu'un patronyme et est souvent émouvante. Enfin, Yolande Moreau, la plus décapante de la bande, même si elle n'est pas présente aussi longtemps qu'on l'aurait souhaité, est tout simplement épatante. A elles trois, elles réussissent à exposer la femme mieux que bien des films plus prétentieux ne l'ont fait auparavant.

Certes, "Crash Test Aglaé" n'est pas parfait, loin de là et on pourra lui reprocher quelques séquences tournant à vide ou quelques errements qui pourraient égarer le spectateur. Cependant, ce film est une vraie proposition, et à ce titre, mérite plus qu'un coup d’œil.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec un prénom dans le titre"


mercredi 3 janvier 2018

La proie (2011)


En matière de films d'action, le cinéma français souffre, semble-t-il, d'un complexe, vis-à-vis de son cousin hollywoodien. Il aimerait bien faire aussi efficace, et remplir les salles à chaque fois, ou presque. Si certains (je ne citerais pas de noms, mais vous en trouverez sûrement plein) ont décidé de rentrer dans le moule, quitte à répéter peu ou prou le même film, d'autres tentent une déclinaison à la française de ce genre. Cela peut fonctionner et drainer les foules (je songe par exemple à "Ne le dis à personne" ou aux films de Fred Cavayé), comme cela peut déboucher sur un échec. Dans le cas de "La proie", d'Eric Valette, l'insuccès du film à sa sortie mérite d'être étudié.

Ancien braqueur ayant réussi à garder son butin caché, Franck Adrien finit de purger sa peine en prison. Malgré les menaces de ses co-détenus et de ses anciens complices, il a tenu bon, et compte bien profiter de son pécule une fois sorti de prison. Après avoir sauvé son co-détenu, victime d'une erreur judiciaire, d'une sévère correction, il se rend compte que ce dernier lui a menti, et compte s'en prendre aux siens, dès sa sortie. Contraint de s'évader, Franck va tout faire pour récupérer sa fille, et même devoir affronter ce à quoi il ne s'attendait pas. Pendant ce temps, il est traqué par la tenace Claire, policière sagace.

A la lecture du résumé ci-dessus, vous devez vous douter que ce film joue la carte du rebondissement à répétition, quitte à se passer d'un ingrédient indispensable à ce genre de thriller. Pour faire frissonner, il faut, rappelons-le à l'adresse des scénaristes qui sévissent dans le cinéma français, que les péripéties auxquelles on expose le héros soient crédibles. Parce que, dans le cas de "La proie", ça fait quand même beaucoup d'attaques à la crédibilité de l'ensemble. Que le héros ait tenu bon, durant toute sa détention et n'ait pas avoué où il avait caché son gros sac de billets, soit (même si l'endroit choisi est tout à fait improbable et peu crédible). Que celui qui mette la main sur le pactole soir justement son compagnon (provisoire) de cellule, passe encore (on pourrait, en grattant bien, songer à un hommage au fabuleux "La nuit du chasseur", mais je ne suis pas persuadé que ce soit voulu).
Et, enfin, que, pas de bol, ce dernier soit justement un...(roulement de tambour) tueur en série (non ? si !), ça fait beaucoup pour un seul film. Si le scénario est en partie inspirée des méfaits du sinistre Michel Fourniret, y avoir ajouté des intrigues secondaires (notamment autour de l'enfant du héros, qui - ô miracle scénaristique ! - ne parle pas), c'est pêcher par excès.

Pourtant, l'affiche était prometteuse, mais les interprètes semblent englués dans la toile d'araignée qui tient lieu de script : l'immense Albert Dupontel, qui avait jusque là mieux choisi ses rôles, Alice Taglioni, jamais crédible dans son rôle de flic tenace, Sergi Lopez, au rôle proche du deus ex machina totalement artificiel et Natacha Régnier, presque effacée forment un casting de rêve, mais sont bien mal employés. Celui qui tire le mieux son épingle du jeu est sans doute le rare Stéphane Debac, à la fois suave et vénéneux. 

L'esthétique très clippesque et l'empilage de clichés nuit à ce film où tout le monde se court après et où les blessures n'empêchent pas de galoper comme un sprinter après une chute de plusieurs étages. Un thriller qui louche sur certains modèles efficaces à défaut d'innover, mais sans réussir à tenir ses promesses, à force d'accumuler les clichés et les facilités. C'est d'autant plus dommage que le casting se prête au jeu, quitte à être parfois ridicule et (surtout) peu crédible.

Il est sans doute vain de vouloir singer le modèle américain, pour réussir ce genre de film. Dans le cas de "La proie", le décalque est maladroit et contre-productif.








vendredi 29 décembre 2017

The discovery (2017)


Il se passe quelque chose, en ce moment, avec la chaîne Netflix. Déjà porteuse de séries réussies et ayant marqué de leur empreinte la culture populaire (je pense à "Stranger Things", par exemple, mais aussi à toutes les séries estampillées "Marvel", bigrement intéressantes), Netflix s'essaie aux films. Sans sortir en salles, ce sont des longs métrages comparables à ceux qui suivent le canal traditionnel que cette chaîne nous propose. A titre d'exemple, "The discovery", avec en tête d'affiche Robert Redford, n'est disponible que sur le portail Netflix. N'aurait-il pas pu passer par les salles obscures ?

Le professeur Thomas Harbor a fait une découverte historique : après la mort, il y a un "quelque part" où survit la conscience. Ses déclarations provoquent une vague de suicides, un peu partout dans le monde, dans l'espoir d'un ailleurs meilleur. Alors qu'il s'est toujours opposé aux recherches de son père, Will Harbor le rejoint sur l'île où il mène ses recherches. A ses côtés, Isla, une étrange jeune femme, traîne un lourd passé et voudrait en finir. 

Porté par Netflix et son nouveau modèle, ce film aurait pu soulever des questions intéressantes. Inutile de se raconter des histoires : le scénario, en jouant sur le mystère qui entoure chacun des personnages, utilise ces zones d'ombre pour ne répondre à aucune des questions, ni pousser le spectateur à chercher les réponses. Les personnages de cette fable n'attirent que peu l'intérêt et ne suscitent guère l'empathie. Du coup, leurs tourments n'émeuvent personne, ou presque.

Pour animer cette histoire, les personnages, incarnés par des acteurs pourtant confirmés, manquent sévèrement de substance. C'est d'autant plus dommage que le casting a l'audace de confronter un véritable monument du Septième Art (Robert Redford), chantre du cinéma indépendant, à de jeunes pousses que l'on n'attendait pas forcément ici. Jason Segel, loin des comédies qui firent son succès et Rooney Mara, s'avèrent peu convaincants.

L'atmosphère générale du film, cultivant les tons sombres et les humeurs de la même tonalité, ne fait rien pour arranger le constat. "The discovery" est froid et plutôt pataud. Victime d'un traitement mou et, surtout, parce qu'il met en scène des personnages pas très attachants, il ne suscite que peu d'intérêt, malgré une idée de base ambitieuse.



dimanche 24 décembre 2017

La loi de la jungle (2016)



Avec "La fille du quatorze juillet", Antonin Peretjatko avait attiré quelques curieux et eu bonne presse. Son deuxième film, "La loi de la jungle", revendiquant l'absurde et le burlesque, fut moins suivi. Il mettait pourtant en vedette quelques uns des nouveaux visages du cinéma français (Vimala Pons et Vincent Macaigne), autant que des "vieux routards" (Jean-Luc Bideau et Mathieu Amalric). Parce qu'il faut rester curieux et, surtout, ne jamais laisser passer une occasion de passer un bon moment, penchons-nous sur ce film.

Stagiaire au Ministère de la Norme, Marc Chataîgne est missionné en Guyane, afin de vérifier la conformité du projet Guyaneige : la construction d'une piste de ski en pleine jungle, dont la construction doit relancer le tourisme. Arrivé tant bien que mal là-bas, il se voit confié aux bons soins d'une autre stagiaire : Tarzan. Sa partenaire, en plus d'être charmante, a un sacré caractère et, lorsque tous deux se retrouveront perdus en pleine jungle, Marc Chataîgne va en voir de toutes les couleurs...

Dans les premières scènes, on songe aux comédies de naguère, celles qui mettaient en vedette un admirable clown tombé de la lune, sur lequel la malchance s'acharnait pour notre plus grand plaisir de spectateur : j'évoque évidemment le grand Pierre Richard. Mais ce n'est pas la seule influence qu'on peut trouver dans "La loi de la jungle". Et, surtout, Antonin Peretjatko s'affranchit de ses aînés pour offrir une comédie qui a son propre ton, même si ce ton peut laisser pantois, parfois. 

C'est burlesque, souvent, absurde la plupart du temps, et parfois même drôle. Surtout, avec des bouts de ficelles et des effets plutôt simples, "La loi de la jungle" fait souvent mieux que pas mal de comédies françaises (suivez mon regard). C'est déjà pas mal. Mais ce n'est pas parfait, loin de là : en se targuant d'être critique, voire d'avoir une portée politique, Antonin Peretjatko a sûrement des prétentions qui sortent du cadre de son film.

Mais heureusement, il y a les acteurs. Ne ménageant pas leur peine, grimpant aux arbres, plongeant dans l'eau pas toujours claire des rivières guyanaises, barbotant jusqu'aux cuisses dans la boue, la jolie Vimala Pons et l'étonnant Vincent Macaigne font de leur mieux. Derrière eux, une ribambelle de comédiens chevronnés (Pascal Légitimus, Mathieu Amalric ou Jean-Luc Bideau, par exemple) ou moins connus (Rodolphe Pauly ou Fred Tousch, pour ne citer qu'eux) traversent les séquences, souvent brillamment. 

Partant à fond la caisse et jouant de l'absurde autant que du visuel, "La loi de la jungle" ne tient pas la distance, hélas et perd vite son souffle. C'est dommage, la ballade, bien déjantée, commençait bien et augurait de quelque chose de différent dans le paysage de la comédie actuelle. Il faudra sans doute regarder attentivement de ce côté-ci du cinéma français pour trouver, un jour, la drôlerie qu'on y cherche souvent en vain.


mardi 19 décembre 2017

La femme du gardien de zoo (2017)



Le choix de distribuer ou non un film dans tel ou tel pays répond sûrement à des raisonnements profonds. Ça n'est pas possible autrement. Comment imaginer, en effet, qu'un long métrage ne sorte pas dans les salles françaises (exemple pris au hasard) alors qu'il a eu une carrière honorable dans nombre d'autres pays et qu'il traite d'un sujet dépassant les frontières géographiques et culturelles ? Il y a certainement des décisions pensées derrière ces choix, décisions qui échappent aux pauvres mortels que nous sommes. C'est ainsi, par exemple, que "La femme du gardien de zoo", tiré du roman éponyme, après une carrière honorable de l'autre côté de l'Atlantique (malgré des critiques plutôt mauvaises) a attendu longtemps de sortir en France, pour ne finalement être disponible qu'en vidéo. Pour celles et ceux que le thème intéressait, ce n'est donc pas dans les salles obscures qu'il faudra se rendre pour le voir. Merci qui ?

Varsovie, fin de l'été 1939 : dirigeant, avec son mari, le zoo de la ville, Antonina Jabinski est passionnée par les animaux et la vie. Quand l'Allemagne nazie envahit son pays, elle voit son univers ravagé par la folie des hommes. Les animaux du zoo sont presque tous abattus par les soldats, tandis que, non loin de là, des hommes en enferment d'autres dans le ghetto, antichambre de l'enfer sur terre. Antonina et Jan vont décider d'agir et de sauver ceux que la haine a condamnés. 

Le roman de Diane Ackerman avait rencontré un joli succès lors de sa parution et était adapté de faits réels. Choisissant de donner un coup de projecteur sur un angle méconnu de l'histoire, son adaptation était l'occasion de se pencher sur le dramatique sort de la Pologne durant la Seconde Guerre Mondiale. Niki Caro, la réalisatrice (dont on devrait parler d'ici peu, puisqu'elle est aux manettes de l'adaptation de "Mulan"), donne, en l'adaptant, un rôle fort à son actrice principale, Jessica Chastain (également présente à la production).

On pourra reprocher quelques maladresses dans la réalisation, parfois pataude et, surtout, la partie la plus mélodramatique du film, qui nuit à l'histoire plus qu'elle ne l'enrichit. On pourra déplorer aussi certains errements dans la mise en scène et le montage, qui adoucissent le ton, alors que l'époque narrée était tout sauf douce. Mais ce serait dénigrer l'intention primale du roman et du film : celle de raconter l'histoire d'une femme dans la tourmente. 

Pour incarner cette femme, il y Jessica Chastain, lumineuse, illumine chacune des scènes où elle apparaît. Portant à bout de bras ce film, elle le magnifie et en fait oublier les défauts techniques et les maladresses. Derrière elle, Daniel Brühl fait ce qu'il peut avec un personnage pas très bien exploité et Johan Heldenbergh, vu jusque là dans le cinéma belge (décidément très riche, ces dernières années) incarne un Jan Jabinski âpre et terriblement humain. 

Malgré quelques longueurs, et grâce à sa belle interprétation, "La femme du gardien de zoo" ne méritait certainement pas le sort honteux qui fut le sien dans l'Hexagone. Quand on voit la promotion faite autour de certains films lors de leur sortie en salles, le destin de celui-ci devrait faire réfléchir. 






jeudi 14 décembre 2017

Grand froid (2017)


Sujet sensible, voire tabou, la mort est au centre de quelques longs métrages mémorables. Je songe notamment à "Harold et Maude" ou, plus près de nous, au superbe "Au revoir là haut".   En mettant en scène une entreprise de pompes funèbres, "Grand froid" et sa très belle distribution, prenait un risque : traiter de ce que deviennent les corps après leur trépas et de ceux qui en prennent soin n'était pas un sujet facile. Pour son premier film, Gérard Pautonnier a reçu un accueil public un peu frileux, malgré quelques bonnes critiques.

L'entreprise de pompes funèbres d'Edmond Zweck périclite : ses deux employés ne seront pas payés ce mois-ci. Heureusement pour eux, ils se voient chargés d'emmener un défunt vers son dernier domicile, un cimetière perdu au milieu de nulle part. Voilà donc Georges et Eddy partis enterrer un mort, suivis par sa veuve, son frère et un prêtre énergique et impatient. Ils ne sont pas au bout de leurs peine et c'est un drôle de périple qui les attend. 

Dès ses premières images, "Grand froid" donne le ton : c'est le froid qui domine (avec un titre pareil, c'est normal) et qui est omniprésent. Dans une bourgade sans doute coincée quelque part entre la Belgique et la Pologne (c'est vous dire l'exotisme), les personnages n'ont pour se tenir chaud que leur chaleur humaine. 
C'est la meilleure qui soit. 

Que ce soit par ses décors ou sa mise en scène, "Grand froid" impose un style, très rapidement et plonge son spectateur dans une ambiance unique, ou presque. Porté par ses interprètes, le film acquiert rapidement une identité propre, en grande partie grâce à ses personnages, à la fois insolites et terriblement humains. C'est encore une fois grâce à ses acteurs, tous remarquables, qu'il s'agisse de l'indispensable Jean-Pierre Bacri, d'Arthur Dupont, d'Olivier Gourmet ou des seconds rôles, dont Sam Karman ou Wim Willaert, pour ne citer qu'eux. 

Cependant, après la mise en place de son univers macabre, Gérard Pautonnier peine à conclure l'affaire. Le scénario de "Grand froid" tourne souvent à vide, et l'humour dont il se réclame ne fonctionne pas toujours, désamorcé par des scènes plus lentes et parfois même dramatiques. On pense aux frères Coen, mais on regrette de ne pas trouver ici l'absurdité ou la causticité qui aurait fait de "Grand froid" une comédie noire et grinçante comme on peut les aimer. 

Inégal, faute d'audace, ce premier film de Gérard Pautonnier vaut surtout pour ses acteurs et son esthétique. Il y fait à la fois très froid (à cause de l'ambiance) et chaud (grâce aux personnages). C'est déjà ça.