mercredi 1 mai 2013

Cinéman (2009)


Auréolé d'une réputation catastrophique, "Cinéman", réalisé par Yann Moix, avait depuis longtemps sa place dans les colonnes de ce blog. Pensez donc : le réalisateur de "Podium", encensé par la critique et le public, mettant en scène Franck Dubosc, un des comiques en vogue, sur un thème prometteur...et affichant finalement au compteur l'un des plus gros échecs commerciaux (et critiques) de ces dernières années. Pourtant, sur le papier, le film pouvait séduire plus d'un cinéphile, à en lire le pitch.

Il y est en effet question de Régis Deloux, simple professeur de mathématiques qui acquiert la capacité de voyager de film en film, afin d'y secourir Viviane Cook, actrice enlevée par Douglas Craps, infâme personnage voyageant dans le septième art. Régis va ainsi devenir Cinéman, le héros capable d'être Tarzan, puis Zorro, ou de se retrouver dans un western spaghetti juste avant de débarquer dans "Barry Lyndon". 

Quand on se penche sur la genèse du film, on comprend vite que, dès le début, "Cinéman" était voué à l'échec. En effet, Yann Moix, surfant sur la vague du succès de "Podium", aurait souhaité que le rôle principal soit interprété par Benoît Poelvoorde.
Peu après le début du tournage, Poelvoorde quitta le film (parce qu'officiellement, il trouve le scénario mal fichu), et dut être remplacé en toute hâte par Frank Dubosc. Sur le plateau, l'ambiance devint vite déplorable, accélérant la débâcle. L'humoriste est, il faut le reconnaître, extrêmement mauvais et se contente de jouer sur le personnage de dragueur minable qu'il endosse ad nauseam dans ses sketches. Face à lui, Pierre-François Martin-Laval est tout aussi médiocre. Seules les interprétations de Pierre Richard, d'Anne Marivin et, surtout, de la regrettée Lucy Gordon méritent le coup d'oeil.

Le scénario, déjà médiocre, parce que débordé par son thème et son potentiel, tourne vite à vide sur ce qui aurait pu (entre les mains d'un metteur en scène de talent) être un formidable hommage au septième art. Mais, comme le dit le personnage de Viviane à un moment du film, "Au cinéma, il y a des règles". A ne pas respecter celle, élémentaire, qui consiste à avoir une histoire à raconter et le talent pour le faire, Moix livre une suite de sketches souvent médiocres, rarement drôles et jamais dignes du septième art.

Enfin, pour tenter de sauver le film, Moix décida de remonter le film et de lui faire subir une post-synchronisation désastreuse, comme si cet ultime rafistolage pouvait tenir du miracle. Bien entendu, il n'en fut rien et cela aggrava sans doute le mal dont souffrait "Cinéman". Alors qu'il aurait fallu se résoudre à débrancher ce malade en fin de vie, pour son bien et celui des spectateurs, le réalisateur va jusqu'au bout de sa démarche, fût-elle suicidaire, et livre un long métrage indigne, dont on sort en se demandant comment il est possible de commettre pareil navet. En un mot comme en cent, nul besoin d'une deuxième séance pour ce film, ni même d'une première, d'ailleurs.





15 commentaires:

  1. Je n'ai jamais osé voir ce machin qui me semblait aussi bien raté que prétentieux. Un genre de bide nécessaire par moments dans un certain cinéma français.

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    1. Franchement, évite ce film comme la peste bubonique... il s'agit d'un objet boursouflé de prétentions cinéphiles mais à peine du niveau d'un Max PEcas.

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    2. Max Pécas fait dans la vulgarité mais n'avait pas la prétention de révolutionner le cinéma. Or, ce film a eu une promo monstre qui sentait le foirage ambulant, tout en se croyant supérieur à d'autres. Le pire c'est que pour une fois ce genre de film ne marche pas.

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    3. Il est vrai qu'il émane de "Cinéman" une sorte de prétention tout à fait nauséabonde. Pareil échec devrait servir de leçon à certains !

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    4. En même temps, je crois aussi que Yann Moix a pris une sacrée grosse tête depuis le succès de Podium, qui n'est pas non plus une grande comédie française.

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    5. Je n'ai pas accroché à "Podium" non plus...et Yann Moix a une attitude qui m'exaspère un peu, même s'il garde ses leçons pour les écrivains, depuis "Cinéman".

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    6. Ce n'est pas que je ne l'aime pas (le film tient uniquement sur le potentiel de Poelvoorde et Rouve), mais il n'y a vraiment rien pour crier au chef d'oeuvre.

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  2. Comme Borat, je n'ai jamais osé le voir mais finalement, il devrait faire un film sur le film car la genèse de ce projet que tu nous raconte dans ces lignes est passionnante. Ou comment tout faire pour sauver son bébé car je pense que Yann Moix était pétri de bonnes intentions au départ.

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    1. Un documentaire sur la genèse de "Cinéman" pourrait, c'est vrai, être fort instructif. Cela mettrait sans doute en évidence les innombrables erreurs qui ont conduit à l'arrivée de ce film sur les écrans.
      Merci de ta fidélité à ce blog !

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  3. Il a lui même renié son long-métrage dans une interview, reconnaisant totalement qu'il avait loupé

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    1. On pourra lui reconnaître cette lucidité. C'est déjà ça !

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  4. Un film avec Dubosc, forcément, ça ne me tentes pas du tout ! Ton avis ne m'y encourage pas non plus aussi ;)

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    1. Je te conseille de l'éviter : j'ai eu du mal à aller jusqu'au bout...

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  5. Je dois être maso, mais j'ai envie de voir à quoi ça ressemble ce film, un peu comme quand on est attiré par le vide... Néanmoins, je suis maso, mais pas suicidaire : une fois passée la première apparition de Dubosc, je mettrais fin au calvaire ^^ !... En tout cas, bravo pour ton courage, Laurent !

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    1. Tu définis bien ce film, quand tu parles d'attrait du vide. Je te rassure, ton épreuve sera brève, puisqu'on a droit à Dubosc dès le générique.
      Merci d'être passé !

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