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dimanche 10 septembre 2017

Chez nous (2017)


Sorti en pleine campagne présidentielle (et, à ce titre, accusé d'être partisan), le dernier film de Lucas Belvaux, "Chez nous" n'a sans doute pas eu d'effet sur les suffrages. Même si on parlât quelque peu de ce film lors de sa sortie, il n'eut pas le succès que l'on aurait pu escompter. Pourtant, il fait partie des quelques rares tentatives du cinéma d'explorer la politique française, qui plus est en prenant un angle social : ce ne sont pas les élus qui sont filmés, comme dans le remarquable "L'exercice de l'état". Avec le recul, on peut sans doute mieux juger de sa valeur en tant que film.

Infirmière à domicile à Hénart, dans le Nord, Pauline est appréciée de tous pour sa gentillesse, sa compétence et l'énergie qu'elle déploie auprès de ses patients, de ses deux enfants et de son père malade. Quand elle est approchée pour être tête de liste sous les couleurs du parti d'extrême-droite, Pauline hésite : après tout, elle est bien placée pour voir que tout ne va pas si bien, dans sa région. Le regard des autres sur Pauline change d'un coup, entre admiration et haine : une étrange machine s'est mise en marche, quitte à la dépasser.

On laissera de côté la polémique qui entoura la sortie de ce film, objet d'une tempête dans un petit verre d'eau, sans grande justification finalement. Concentrons-nous sur le long métrage et ce qu'il raconte. Sa première partie, sans doute la plus réussie, décrit l'instillation d'une idée, à la (dé)faveur d'un contexte. Comment la très humaine infirmière accepte-t-elle d'être investie par un parti aux antipodes de son patrimoine (son père fut militant communiste, en l'occurrence) ? C'est dans cette première moitié du film que Lucas Belvaux se montre le plus habile, car on comprend la démarche de Pauline, même si elle peut susciter des réactions diverses. Entre drame social et chronique politique (mais à hauteur de citoyen, ce qui fait toute la différence), "Chez nous" décrit la mécanique d'un parti pas comme les autres, d'un ton presque documentaire (et sans doute peu éloigné de la réalité). Le sentiment de réussite de l'entreprise est, hélas, tempéré par la deuxième partie du film, moins efficace, parce que plombée par une dose de romanesque finalement peu utile et une résolution décevante.

En dehors de ce bémol, il faut saluer l'autre atout de ce film engagé : la formidable Emilie Duquenne, exceptionnelle dans le rôle de Pauline, témoin d'une époque. Encore une fois remarquable, l'actrice mérite le visionnage du film à elle seule. A ses côté, on appréciera la prestation de Guillaume Gouix, tandis que celles d'André Dussolier et, surtout, de Catherine Jacob peuvent décevoir. En dirigeante d'extrême droite, cette dernière est trop caricaturale (et trop dans l'imitation d'une femme politique bien réelle, surtout) pour être crédible. 

Engagé parce qu'il décrit comment fonctionne le recrutement d'un parti et, surtout, que ce parti n'est pas n'importe lequel, "Chez nous" a nombre de vertus pédagogiques, à l'adresse tant de la célèbre "France d'en bas" qu'à ceux qui prétendent au pouvoir (et apprendraient beaucoup à regarder plus souvent vers le bas). Sans sa conclusion, qui peut paraître bâclée, surtout si on la compare à sa première partie, "Chez nous" aurait pu être un grand film. 

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, dans la catégorie "Un film engagé".



vendredi 11 août 2017

Baby Phone (2017)


Les courts-métrages, ces petits films de quelques minutes (parfois projetés avant leurs grands frères dans les salles obscures) sont souvent pour des réalisateurs l'occasion de montrer leur talent, avant de se lancer dans la cour des grands et de passer au long métrage. Rares sont cependant les courts-métrages devenant des films à part entière : ce qui peut alimenter un format court ne suffit généralement pas à remplir celui d'un film destiné aux salles obscures. Olivier Casas, pour son premier film, a cependant choisi de réutiliser la trame (et le titre) de son court-métrage, "Baby Phone". Le public ne s'y est pas laissé prendre, à tort ou à raison.

Ben et Charlotte, de jeunes parents, sont sur les nerfs. Lui ne songe qu'à la musique et veut  à tout prix réaliser son rêve, tandis qu'elle s'épuise à être mère. Persuadé que son ami Simon, producteur d'une chanteuse en vogue, peut lui donner le coup de pouce nécessaire, Ben organise un repas entre amis, invitant au passage ses parents. La soirée va prendre un tour inattendu quand le baby-phone des jeunes parents va trahir une conversation qui aurait du rester secrète.

C'est une recette connue, en comédie, celle qui consiste à balancer dans une situation bien ordonnée un événement ou un élément qui fait tout voler en éclats, révélant au grand jour les failles qu'on s'efforçait de cacher ou de ne pas voir. Ici, l'élément déclencheur est un baby-phone (vous savez, ces appareils permettant aux parents inquiets et consciencieux de guetter le moindre souffle de leur progéniture) qui va révéler au grand jour ce que leurs amis pensent vraiment d'eux.

L'inconvénient, dans le cas de "Baby Phone", c'est qu'on sait, avant même que l'étincelle ne se produise (c'est-à-dire que les deux "amis" ne débitent leurs vacheries dans l'appareil en question) que le feu menace déjà les poudres et qu'on se demande même comment il est possible qu'un tel couple et qu'un tel cercle d'amis, n'ont pas explosé en plein vol. Le plus embêtant est qu'il s'agit, puisqu'on est dans la catégorie des longs métrages, qu'il va falloir délayer la sauce afin de tenir la distance, et donc passer par des scènes pénibles, voire inutiles, pour parvenir à un dénouement sans grand intérêt ni grande surprise. 

A l'instar des "Petits mouchoirs", qui se targuait déjà d'évoquer, voire de célébrer l'amitié, "Baby Phone" met en scène des personnages dont on ne voudrait comme amis pour rien au monde. Plus qu'un exposé des vertus de l'amitié, c'est un festival des egos auquel on assiste, souvent navré. Visiblement basée sur l'intérêt de chacun plutôt que sur le bien-être des autres, les relations qui règnent entre les protagonistes font peu envie. 

C'est d'autant plus dommage que certains des acteurs présents dans ce qui se voulait une comédie acide (enfin, j'imagine) méritent mieux que ce mauvais traitement qu'on leur fait subir. Pascal Demolon, par exemple, est caricatural et on en oublierait presque l'immense talent de cet acteur encore trop sous-employé, tout comme Anne Marivin, contrainte de jouer l'énervement permanent, ou Barbara Schulz, qui ferait bien de comprendre qu'un joli minois et une moue boudeuse ne font pas une actrice. Et que dire du jeu peu convaincant de Medi Sadoun et Lannick Gautry ? Rien, ce sera plus charitable.

Une soirée entre potes qui vire au réglement de comptes, cela peut donner un excellent film. Je citerais, à titre d'exemple, le très chouette "Cuisine et dépendances". Cela peut aussi donner un film sans grand intérêt, comme "Baby Phone".



mercredi 1 mai 2013

Cinéman (2009)


Auréolé d'une réputation catastrophique, "Cinéman", réalisé par Yann Moix, avait depuis longtemps sa place dans les colonnes de ce blog. Pensez donc : le réalisateur de "Podium", encensé par la critique et le public, mettant en scène Franck Dubosc, un des comiques en vogue, sur un thème prometteur...et affichant finalement au compteur l'un des plus gros échecs commerciaux (et critiques) de ces dernières années. Pourtant, sur le papier, le film pouvait séduire plus d'un cinéphile, à en lire le pitch.

Il y est en effet question de Régis Deloux, simple professeur de mathématiques qui acquiert la capacité de voyager de film en film, afin d'y secourir Viviane Cook, actrice enlevée par Douglas Craps, infâme personnage voyageant dans le septième art. Régis va ainsi devenir Cinéman, le héros capable d'être Tarzan, puis Zorro, ou de se retrouver dans un western spaghetti juste avant de débarquer dans "Barry Lyndon". 

Quand on se penche sur la genèse du film, on comprend vite que, dès le début, "Cinéman" était voué à l'échec. En effet, Yann Moix, surfant sur la vague du succès de "Podium", aurait souhaité que le rôle principal soit interprété par Benoît Poelvoorde.
Peu après le début du tournage, Poelvoorde quitta le film (parce qu'officiellement, il trouve le scénario mal fichu), et dut être remplacé en toute hâte par Frank Dubosc. Sur le plateau, l'ambiance devint vite déplorable, accélérant la débâcle. L'humoriste est, il faut le reconnaître, extrêmement mauvais et se contente de jouer sur le personnage de dragueur minable qu'il endosse ad nauseam dans ses sketches. Face à lui, Pierre-François Martin-Laval est tout aussi médiocre. Seules les interprétations de Pierre Richard, d'Anne Marivin et, surtout, de la regrettée Lucy Gordon méritent le coup d'oeil.

Le scénario, déjà médiocre, parce que débordé par son thème et son potentiel, tourne vite à vide sur ce qui aurait pu (entre les mains d'un metteur en scène de talent) être un formidable hommage au septième art. Mais, comme le dit le personnage de Viviane à un moment du film, "Au cinéma, il y a des règles". A ne pas respecter celle, élémentaire, qui consiste à avoir une histoire à raconter et le talent pour le faire, Moix livre une suite de sketches souvent médiocres, rarement drôles et jamais dignes du septième art.

Enfin, pour tenter de sauver le film, Moix décida de remonter le film et de lui faire subir une post-synchronisation désastreuse, comme si cet ultime rafistolage pouvait tenir du miracle. Bien entendu, il n'en fut rien et cela aggrava sans doute le mal dont souffrait "Cinéman". Alors qu'il aurait fallu se résoudre à débrancher ce malade en fin de vie, pour son bien et celui des spectateurs, le réalisateur va jusqu'au bout de sa démarche, fût-elle suicidaire, et livre un long métrage indigne, dont on sort en se demandant comment il est possible de commettre pareil navet. En un mot comme en cent, nul besoin d'une deuxième séance pour ce film, ni même d'une première, d'ailleurs.