mardi 5 novembre 2013

Jacquou le croquant (2007)



Rendu célèbre par les clips qu'il réalisa pour Mylène Farmer (pour qui il composa également moult mélodies), Laurent Boutonnat a également mis en scène quelques longs métrages, qui n'eurent pas l'heur de rencontrer autant de succès que les tubes de la chanteuse rousse la plus célèbre de l'hexagone. Qui se souvient de "Giorgino", par exemple ? Son long métrage le plus connu, et aussi le dernier, fut "Jacquou le croquant", oeuvre à la gestation difficile, fresque ambitieuse qui n'atteint pas les sommets auxquels ses producteurs le destinaient. 

Il aurait pu vivre heureux dans son Périgord natal, le petit Jacquou, si le destin n'avait pas décidé de son malheur. Ainsi, il vit son père, vétéran des guerres napoléoniennes et pauvre métayer, abattre l'intendant du cruel Comte de Nansac, et être condamné au bagne et être tué en tentant de s'évader, puis sa mère mourir de chagrin. Recueilli par le père Bonal, le jeune homme qu'il devint put mûrir sa vengeance, malgré les obstacles devant lui et devenir le beau et grand Jacquou, meneur des croquants, combattant l'injustice.

Ambitieux, Laurent Boutonnat l'est sans aucun doute. Ses clips l'attestaient déjà, puisque certains étaient scénarisés comme des films et témoignaient de son admiration pour certains grands maîtres du Septième Art (l'ombre du Kubrick de "Barry Lyndon" plane sur plusieurs de ses œuvres). Ses ambitions sont visibles à l'écran, dans les décors (naturels, mais hélas pas ceux du Périgord, et c'est bien dommage, si vous voulez mon avis) et les costumes. Pour ce qui est de l'esthétique, la mission est accomplie : d'ailleurs, le film reçut deux nominations aux César, pour les décors et les costumes, justement.

Il faut constater qu'au chapitre des points positifs, la liste va s'arrêter là. Laurent Boutonnat, à défaut d'avoir pu convaincre Pathé de produire deux longs métrages, aurait du mettre plus de soin à refaire le montage des 2 heures 30 de film. Nombre de scènes trop longues n'apportent rien à l'intrigue, tandis que certaines accélérations du récit laissent au spectateur l'impression qu'il a eu une absence ou un micro-sommeil et raté une scène importante. Du coup, le film a du mal à retenir l'attention du spectateur.

Ce long métrage au rythme décousu, plein de trous, n'est en rien sauvé par son interprétation, assez peu convaincante. Aussi talentueux soient-ils, les acteurs semblent souvent à côté de leur personnage, surjouant souvent (notamment Albert Dupontel, qu'on a connu bien plus inspiré), cabotinant parfois, manquant presque toujours d'inspiration. On se consolera en admirant la prestation, fût-elle caricaturale, du regretté Jocelyn Quivrin.

Cerise sur le gâteau, la bande originale, souvent envahissante, écrase parfois les dialogues déjà peu audibles (ah, la diction de certains comédiens !).
Au final, "Jacquou le croquant" fait l'effet d'un livre empli de belles images, mais auquel il manque une page sur deux. Ça peut être agréable à regarder, mais ça s'arrête là. Ceux qui tiennent absolument à tout connaître des péripéties de Jacquou n'ont plus qu'à se diriger vers la série télévisée d'antan.

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6 commentaires:

  1. J'ai un peu honte de le dire mais le seul souvenir que j'en ai gardé, ce sont les fesses de Gaspard Ulliel XD (c'était la parenthèse superficielle et pas utile de la journée)
    Pour le reste tout est vrai. Je dois même dire que je me souviens plus de la BD tirée du livre que j'ai lue dans "Je Bouquine" quand j'avais 10 ans que du film vu 10 ans plus tard

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    1. C'est franchement un film qui ne laisse pas un grand souvenir (les dites fesses ne m'ont pas fait le même effet, désolé ;-)). L'ayant vu il y a peu, j'avoue n'en garder déjà qu'un souvenir flou.
      Merci de ta fidélité à ce blog !

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  2. Suis-je donc la seule à avoir aimé ce film ? Il est vrai que - vu mon grand âge - j'avais vu le feuilleton à la télé, qui m'avait bouleversée. Ensuite, ma grand-mère m'a acheté le roman, qui m'a re-bouleversée. J'étais hyper curieuse, des années après, de revoir cette histoire en film et franchement j'ai bien aimé. Peut-être ne suis-je pas assez objective ; j'adore cette histoire et j'ai toujours adoré les clips de Boutonnat.

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    1. Ah, mais l'histoire a du potentiel, certainement. C'est juste (et encore une fois, c'est mon humble avis) la façon dont elle est ici tronçonnée et interprétée qui en fait à mes yeux un film plutôt raté.
      Je me réjouis que nous ayons, nous autres blogueurs cinéphiles, des goûts qui varient parfois. Merci de ton passage !

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  3. Salut Laurent. Je voulais voir le film, mais ça fait deux fois que je le rate: la première au cinéma, la seconde lors d'un récent passage télé. Jamais deux occasions sans trois ?

    J'avais bien envie de voir comment Albert Dupontel allait se glisser dans un film en costumes - il suffit de cet artifice, en général, pour que j'adhère à une oeuvre de cinéma, même s'il m'arrive aussi, bien sûr, d'être déçu par la suite.

    Bref, ce "Jacquou le croquant" continue de m'intriguer. Merci pour ta chronique assez nuancée.

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    1. Bonjour Martin. J'aurais tendance à dire que, si tu as raté deux fois ce film, c'est que le destin ne voulait pas que tu le visionnes...est-il bien utile de vouloir le contrarier...
      Plaisanterie mise à part, je serais très preneur de ton avis sur ce "Jacquou le croquant". Comme tu as pu le lire, il m'a déçu. A qui le tort ? A lui ? A moi ?
      A bientôt.

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