dimanche 12 février 2017

Quelques minutes après minuit (2016)



La distribution des films est un mystère. Comment un long métrage réunissant Sigourney Weaver, Felicity Jones et Liam Neeson (certes, derrière la motion-capture), adapté d'un roman à succès, doté d'une réelle ambition visuelle et narrative, peut-il sortir, à la sauvette, et ainsi passer sous le radar de pas mal de spectateurs ? Ils sont nombreux, en effet, ceux qui n'ont même pas entendu parler de "A monster calls", (maladroitement) renommé en France "Quelques minutes après minuit", dernière réalisation de Juan Antonio Bayona, qui nous avait offert il y a quelques années "L'orphelinat" et mettra en scène la suite de "Jurassic World". 

Conor, dix ans, n'a pas une vie facile, loin s'en faut. Entre sa mère qui lutte contre une longue maladie, le contraignant à faire tourner la maison comme un adulte, sa grand-mère qui lui fait la vie dure et ses camarades d'école qui le maltraitent, il n'a plus que son imaginaire pour se réfugier. C'est de là que sort un monstre impressionnant, créature issue d'un arbre, qui vient, en pleine nuit, terroriser le jeune garçon. 
A moins qu'il ne soit là pour l'aider. 

Adapté du roman de Patrick Ness (qui signe d'ailleurs le scénario), "Quelques minutes après minuit" n'est clairement pas un film pour les enfants, si vous voulez mon avis. Sombre, intense et souvent très dur, il s'agit d'un conte initiatique, où le jeune héros découvre la vie sous sa facette la plus douloureuse. La dose de fantastique qu'il contient n'est pas là pour adoucir le propos et rendre plus acceptables les épreuves que subit Conor.

On s'en doutait dès son premier long métrage ("L'orphelinat"), Juan Antonio Bayona, chaperonné alors par Guillermo del Toro, sait raconter une histoire et y faire adhérer son spectateur. Avec cette adaptation ambitieuse et réussie, il confirme son statut de réalisateur avec lequel il faut compter, tout en affirmant une vraie identité, tant visuelle que narrative. Il ne reste qu'à espérer qu'il ne se fasse pas étouffer lors de son prochain tournage (on peut en douter).

Le casting de "Quelques minutes après minuit" est impeccable. Dans le rôle de la mère de Conor, rongée par le cancer, Felicity Jones, à mille lieues de sa performance de "Rogue One", fait montre d'un talent indéniable, dans le rôle d'une femme à la fois forte et fragile. Sigourney Weaver, impériale comme toujours, livre une prestation tout aussi remarquable, et la performance de Liam Neeson derrière le monstre nocturne est tout aussi notable, mais celui qui est le plus formidable est le jeune Lewis MacDougall, qui incarne Conor. Quand on sait à quel point les personnages enfantins peuvent donner lieu à des interprétations caricaturales, on ne peut qu'être admiratif du jeu tout en colère rentrée du jeune garçon (son histoire personnelle fort douloureuse a pu résonner en écho dans ce rôle). Gageons qu'on le retrouvera bientôt sur grand écran.

Graphiquement superbe (et c'est encore plus vrai lors des séquences animées), "Quelques minutes après minuit" aurait mérité une meilleure distribution, même s'il représente un vrai casse-tête, dès lors que se pose la question de son public. Sans doute trop dur et trop complexe pour un jeune public, il peut également dérouter les adultes. Là se trouve sans doute l'un des handicaps du film, coincé entre deux publics, au risque de n'en finalement trouver aucun. Et, pendant qu'on évoque les faiblesses du film, la seule que je soulignerais réside dans son dernier quart d'heure, qui s'englue inutilement dans un procédé "tire-larmes" inutile et perd un peu de sa force à cette occasion.

Sans l'excès de pathos de la dernière partie, "Quelques minutes après minuit" aurait été un chef
d'oeuvre. C'est déjà un grand film, de ceux qu'on n'oublie pas et, à ce titre, aurait mérité d'être distribué dignement.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, catégorie "Film qui m'a fait pleurer".



22 commentaires:

  1. J'en avais plus entendu parlé sur la blogosphère littéraire que cinéma ! Pas de blogueuses avaient reçu l'ouvrage et avais été invité a aller voir le film !!
    En tout cas j'en ai lu que des avis positifs donc je me le note c'est sur !
    Merci pour cette chronique !
    Bon dimanche

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    1. Si tu as l'occasion d'aller le voir (quoiqu'il ne doit plus être à l'affiche de beaucoup de salles), je serai très preneur de ton avis à son sujet.
      Merci d'être passée, Laura.

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  2. Un très beau film peut être le plus abouti des trois films de Bayona. The impossible était trop pathos dans ses dernières minutes, au point d'en tomber dans ses travers. Là c'est mieux géré et canalisé et bien mieux écrit que L'orphelinat. Un film boudé en grande partie à cause d'un manque de promotion réelle, d'un sujet vraiment très radical et d'une distribution calamiteuse n'ayons pas peur de le dire. Après les fêtes, le public n'a pas forcément envie de voir un film sur un garçon qui se sort d'un quotidien catastrophique avec un arbre.

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    1. Je n'ai pas vu "The impossible", mais j'avais beaucoup aimé "L'orphelinat". Ce troisième film a été sorti dans des conditions absurdes et c'est regrettable : il y avait là un potentiel succès, je pense.

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    2. Lionsgate pensait vulgairement que le film allait faire les Oscars. Résultats ça a bousillé toute son exploitation et il est nommé nulle part. Il n'y a qu'en Espagne pays natal de son réalisateur où il a marché.

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    3. Je ne suis pas sûr qu'il faille se baser uniquement sur les qualités d'un film pour qu'il soit sélectionné aux Oscars (ou toute autre cérémonie de ce genre).

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    4. On le sait tous: les Oscars c'est du lobbying. On sait la plupart des résultats à l'avance, il suffit de voir la côte de certains films. Par exemple, à l'heure actuelle je peux prendre le pari que Lalaland ne finira pas avec le meilleur film, ce sera Moonlight. Et en plus je ne vois vraiment pas qu'est ce que ce serait venu faire le film de Bayona là dedans. Le fantastique touche rarement ce type de cérémonie et on le voit à travers les nommés cette année pour le meilleur film. Des drames ,un musical, un film de guerre (qui ne gagnera pas) et un film de SF (qui ne gagnera pas non plus).

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    5. Oui, j'avais en tête l'intense lobbying des Weinstein (notamment pour "The artist"). Il y a déjà pas mal d'années que je ne m'intéresse plus à toutes ces cérémonies : les dés y sont pipés...

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    6. Les Weinstein c'est l'exemple le plus évident en effet. En tous cas retiens le pari. Quasiment sûr de gagner à 99%.; )

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    7. Moonlight !
      Je prends les paris que l'Oscar ne sera pas pour lui.... Sans déc, surestimé, superficiel & mal écrit ..... ;-)

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    8. Vous allez finir par me faire m'intéresser aux Oscars, tous les deux ;-)

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    9. Pas vu le film mais avec les Oscars je ne parie pas sur la qualité (sinon je vire direct Lalaland du lot), juste sur celui qui a le plus de chance. Slumdog millionaire a bien gagné face à Benjamin Button et Le discours d'un roi face à The social network. ;)

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    10. Bien vu Borat, cela-dit ça ne change rien à mon ressenti ;-)

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    11. Oui, chapeau Borat ! Quelle sera ta prochaine prédiction ? S'il s'agit de 6 nombres entre 1 et 49, je prends ;-)

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    1. Je te le conseille chaudement. Tu m'en diras des nouvelles ;-)

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  4. Une très bonne surprise & un excellent moment de cinéma pour ma part ....

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    1. Idem. Choisi presque au hasard dans la programmation un peu maigrichonne de mon cinéma (et projeté dans une toute petite salle), ça a été une belle surprise.
      Merci d'être passé, Ronnie.

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  5. Raaah ce film est bouleversant (j'ai pleuréééé) et magnifique esthétiquement. Une très bonne adaptation du roman (ok c'est pour officiellement un livre pour enfants mais je le conseille) avec des ajustements hyper pertinents. Son échec, même si tu as su l'expliquer, n'est pas justifié.

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    1. Je crois que c'est, pour l'instant, le plus beau film que j'aie vu cette année (et très émouvant, c'est vrai), à l'échec totalement injuste.
      Merci du passage, Tina.

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  6. Comme tu le sais, je l'ai tout autant apprécié que toi :) J'ai gardé un très bon souvenir de son premier film. J'ai vu il y a quelques jours The impossible, qui m'a moins convaincue.

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    1. Bonsoir Sentinelle. Nous partageons cet enthousiasme pour ce beau film, effectivement. Il faudra que je jette un oeil à "The Impossible", à l'occasion.

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