lundi 23 septembre 2019

Tolkien (2019)




Auteur du "Seigneur des Anneaux", sans doute le livre le plus célèbre de son siècle, créateur d'univers, John Ronald Reuel Tolkien est aujourd'hui l'objet de maintes attentions de la part des producteurs et du public (après des décennies de mépris, soit dit en passant). L'adaptation somptueuse et triomphale de son oeuvre maîtresse a ouvert la voie à tout un genre. Bientôt, c'est sous forme de série télévisée que le monde qu'il inventa sera exploité. Nul n'ignore plus le nom de Tolkien, mais, quand le biopic consacré à ses jeunes années sortit en salle, il y eut peu de monde. L'imaginaire serait-il plus séduisant que la réalité (la réponse est dans la question, cela dit) ?

Né en Afrique du Sud et revenu très jeune en Angleterre, le jeune John R.R. Tolkien devint très tôt orphelin. Élevé dans une pension de famille, où vit aussi la belle Edith dont il s'éprend vite, John réussit à intégrer la King's School où il impressionne ses camarades par son savoir. Avec ses trois meilleurs amis, il forme un cercle littéraire. Tout irait pour le mieux si nous n'étions en 1914 : la guerre éclate et, lors de la bataille de la Somme, Tolkien va vivre les pires heures de son existence. 

On sent, rien qu'à l'affiche, rien qu'à l'évocation du projet, que les producteurs de "Tolkien" ont voulu surfer sur la vague et attirer ceux que "Le Seigneur des Anneaux" et du "Hobbit" avaient séduits. Par contre, les moyens mis en oeuvre sont sans commune mesure. Le réalisateur, le Finlandais Dome Karukoski, n'a pas disposé de ce qui fut mis à la disposition de Peter Jackson. Cela dit, pour un biopic, où la fantasy à venir n'est présente que dans l'esprit de son héros, ce n'était pas forcément nécessaire.

Le décor dans lequel se déroule "Tolkien" est souvent gris, parfois sale et terriblement mortifère (les tranchées et leur enfer sur terre), mais ce parti pris de froideur et d'austérité est finalement salutaire. La créativité, l'intelligence et le savoir célébré par Tolkien et ses amis se fracasseront d'autant plus fort contre la mitraille. Incarné avec justesse et sans les excès qu'on pouvait craindre par Nicholas Hoult (vu dans "X-Men : le commencement"), le grand écrivain trouvera dans son parcours fait de souffrance et de savoir la matière première de son oeuvre.

Plus austère, parce que l'histoire qu'il décrit se déroule dans un monde courant droit vers le gouffre, "Tolkien" risque de décevoir ceux qui veulent voir jaillir la Terre du Milieu entre deux discussions littéraires et les serments d'amitié. Vous ne verrez point d'elfes, de nains, ou de combats contre quelque dragon dans ce biopic. La période qu'il couvre est essentiellement celle de la jeunesse de l'auteur et celle, plus dramatique, mais néanmoins fondatrice pour lui, qu'il passa dans les tranchées.  

Confronté à la mort et à la violence, John Ronald Reuel Tolkien écrivit plus tard un long récit narrant une guerre fantastique, celle où les hommes se dressèrent contre l'obscurité. Parfois, dans cette épopée, des fulgurances venues des tranchées rappellent qu'il souffrit, lui aussi et vit ses amis périr sous la mitraille.

Paradoxalement, le film de Karukoski est peut-être à réserver à ceux qui admiraient l'auteur avant qu'il ne devienne mainstream, ou à ceux qui ignorent tout de son oeuvre et veulent découvrir une histoire de vie.


5 commentaires:

  1. Un film que je regrette d'avoir laissé filer. Je le rattraperai en DVD...

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    1. Je lirai avec attention le billet que tu lui consacreras, Martin !

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  2. Bonjour Laurent, j'ai aimé le film dans son ensemble. Je ne connaissais pas la vie et l'oeuvre de Tolkien. Je ne suis pas sûre qu'on en apprenne beaucoup mais ce films se laisse voir. Bon dimanche.

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    1. Bonjour Dasola, il se laisse voir, c'est cela, mais n'est pas à la hauteur de l'homme et du génial créateur qu'était Tolkien.

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  3. Un film qui vient donc éclairer les nombreux documentaires sur la vie de l'auteur, documentaires qui ont fleuri avec l'adaptation de son monument littéraire au cinéma.
    Je tenterai comme Dasola tranquillement dans mon salon.

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