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samedi 17 mai 2014

Les Bidochon (1996)


L'adaptation d'une bande dessinée est un exercice délicat, auquel bien des réalisateurs se sont essayés, souvent sans grande réussite, plus rarement avec succès. Dans la catégorie (bien remplie) des transpositions ratées, on pourrait citer, en vrac et sans préférence, les passages à l'écran de personnages tels que Lucky Luke ou Astérix (à l'exception du film réalisé par Alain Chabat). Les réussites sont plus rares et il faut aller chercher loin pour en dénicher. Avant la vague actuelle d'adaptations (on pourrait parler de pillage, parfois), certaines pièces notables du neuvième art ont été portées à l'écran. Ce fut le cas, en 1995, des célèbres Bidochon, couple de français moyens, beaufs caricaturaux, que Christian Binet avait créé avec le succès que l'on sait.

Robert et Raymonde Bidochon se sont rencontrés par le biais d'une petite annonce, avant de se marier, puis de se retrouver engoncés dans la routine. 
Ces deux Français plus que moyens semblent concentrer à eux deux toutes les médiocrités possibles. Coincés dans leur banlieue et leurs habitudes, ils vont participer à un jeu télévisé qui pourrait bien changer leurs vies...ou pas.


Serge Korber n'a guère de lettres de noblesse, en matière de cinéma. Connu essentiellement pour avoir réalisé "Sur un arbre perché" et "L'homme orchestre", deux comédies ne tenant debout que grâce à leur interprète principal (le grand Louis de Funès), ce réalisateur a connu, dans les années 1970, une période peu glorieuse où il réalisa plusieurs films pornographiques, avant de revenir au cinéma traditionnel, puis de bifurquer vers la télévision. Sans aucunement méjuger ce metteur en scène au vu de son parcours, force est cependant de constater que son talent est bien maigre.

On comprend donc mal pourquoi le projet d'adaptation d'une bande dessinée du calibre des "Bidochon" fut confié à ce réalisateur. L'incompréhension peut virer à la stupeur au vu du casting : derrière Jean-François Stévenin et Anémone, on remarquera la présence de Daniel Gélin, Annie Girardot et Jean-Pierre Cassel, ainsi qu'Elie Semoun, Arthur (oui, l'animateur), Richard Darbois (une des grandes voix du doublage francophone), Jean-Luc Bideau, et j'en oublie.

Ces interprètes, visiblement décidés à bien s'amuser, tentent de sauver le film, torpillé dès le début par un scénario poussif, mille coudées sous le niveau du matériau d'origine. Alors que les planches de Binet brillaient par leur ton corrosif, le film accumule dès le début le registre de la caricature épaisse et des gags faciles. Alors que les personnages de la bande dessinée (et particulièrement Robert) étaient vite détestables, on prend ceux du film en pitié, devant les situations qui les accablent.

Non seulement, "Les Bidochon" n'est jamais drôle, mais il tombe régulièrement dans les travers que l'oeuvre originale vilipendait. Il s'agit au final d'un ratage en bonne et due forme, un de plus à mettre à l'actif de Serge Korber (le dernier, fort heureusement).