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dimanche 21 juin 2020

Les Patriotes (1993)


En visionnant la très belle série "Le Bureau des Légendes" (voilà l'occasion de signaler que, oui, il est possible, en France, de créer de vraies bonnes séries télévisées) dont il est le principal architecte, l'envie m'est venue de revoir "Les patriotes" d'Eric Rochant, qui n'avait pas reçu le succès escompté en son temps. Pourtant, dès ce troisième film (après "Un monde sans pitié !" et "Aux yeux du monde"), l'ambition du cinéaste était là : évoquer l'espionnage de façon réaliste, à mille lieues de la vision glamour du célèbre agent anglais par exemple. Pourquoi, en utilisant une matière première assez similaire, "Les patriotes" n'eut-il pas le succès que rencontre la série "Le bureau des légendes" ? Tentons de répondre à cette question.

Jeune Juif français, Ariel décide de quitter Paris pour aller vivre dans un kibboutz, en Israël. Là-bas, il est recruté par le Mossad et apprend à devenir espion. Quand il reviendra en France, ce sera pour deux missions très différentes, mais tout aussi complexes, où les compétences qu'il a pu acquérir seront mises à profit. Son équipe va d'abord devoir convaincre un ingénieur de livrer les plans d'une centrale nucléaire irannienne, puis récupérer un agent américain désireux de changer de camp.

En partie basées sur des faits réels, les deux intrigues contées dans "Les patriotes" annoncent le parti-pris. On est ici dans un film d'espionnage réaliste, où les héros (si tant est qu'on puisse les qualifier ainsi) jouent plus de la manipulation que du Walter PPK. Pas d'explosions en technicolor, ni de grand méchant ayant décidé de conquérir le monde au petit déjeuner dans ce film. Le Mossad, dans ce film plutôt bien documenté, tente de parvenir à ses fins en utilisant des leviers plus intimes. Au final, c'est diablement plus convaincant que n'importe quel épisode des aventures de James Bond, même si "Les patriotes" ne joue évidemment pas dans le même registre. 


Il y a de magnifiques idées de cinéma et une mise en scène qui sait les porter, dans "Les patriotes" et on peut se demander, encore aujourd'hui, pour la belle ambition du film ne fut pas récompensée à l'époque. Quelques éléments de réponse sont sans doute à aller chercher du côté du scénario. Bâti en deux parties, ce dernier ne peut que mettre en évidence le déséquilibre entre ces deux morceaux. Mais le fait est qu'une seule des deux missions auxquelles participe le héros n'aurait pas suffi à remplir un film. C'est là le paradoxe qui valut, je pense, à Eric Rochant d'essuyer pareil insuccès : à choisir entre ne traiter qu'une seule mission de son héros (et en tirer un film plus court, voire trop court) et aborder deux intrigues (quitte à ne les traiter qu'insuffisamment), le réalisateur fit le second de ces choix dont aucun n'était idéal. Enfin, on pourra aussi tiquer sur l'épilogue du film, sorte de happy-end forcé gâchant le réalisme qui tenait le coup jusque là. 


Imparfait et sans doute trop ambitieux pour tenir en un film, "Les patriotes" comporte cependant quelques beaux morceaux qu'on ne vit jamais plus dans le cinéma français. Porté par une distribution épatante (les prestations de la jeune Sandrine Kiberlain, de Jean-François Stévenin et de Bernard Le Coq sont parmi les pépites de ce film), "Les patriotes" passe tout près du grand film qu'il aurait pu être. A défaut, c'est déjà un très bon film, qui augure de l'intérêt de son créateur pour un thème qu'il explorera plus tard de la manière que l'on sait. Si, au grand écran, Eric Rochant ne sut pas convaincre le public en parlant d'espionnage, il eut sa revanche beaucoup plus tard, au petit écran. 
Tout vient à point à qui sait attendre...


jeudi 21 avril 2016

Itinéraire Bis (2011)


J'ai eu un moment de faiblesse, l'autre soir et ai allumé la télévision. Paresse intellectuelle ou véritable curiosité ? C'est sur "Itinéraire Bis", une petite comédie romantique totalement passée inaperçue lors de sa sortie que ma zapette m'a dirigé. Avec pour décors les paysages corses et comme acteurs principaux Leïla Bekhti et Fred Testot, ce film semblait disposer de quelques éléments intéressants : allais-je me réconcilier avec la comédie romantique à la française ?

Jean, 35 ans, dirige laborieusement le restaurant que lui a offert sa mère, chez qui il vit toujours. Timoré, le jeune homme n'a jamais vraiment pris les commandes de sa vie. Lorsqu'au volant de la Porsche confiée par un client, il secourt Nora, qui vient de se faire jeter du bateau de son petit ami (à l'instar de tout ce qui est encombrant), commence une drôle d'histoire. Elle est colérique, souvent superficielle, mais diablement charmante, il est réservé et trop gentil pour être honnête : tout les oppose, mais le destin en a décidé autrement.

La comédie romantique est un genre balisé dont on connaît les passages obligatoires. "Itinéraire Bis", première incursion de son réalisateur dans ce domaine, respecte ces jalons, mais n'y ajoute rien qui mérite le déplacement. Pire encore, alors qu'on pourrait suivre ce road-trip dans l'île de Beauté avec plaisir, le scénario comporte tant d'incohérences et d'hésitations sur l'allure à adopter qu'il gâche tout le voyage. Plutôt que de profiter du voyage, on se surprend à en espérer la fin. C'est d'autant plus dommage que le metteur en scène, Jean-Luc Perréard, dont c'est le premier film à sortir dans les salles obscures, avait à sa disposition deux acteurs dotés d'un fort potentiel de charme, dont on sent qu'ils auraient pu donner vie à une belle histoire.

On portera au crédit de cet "Itinéraire Bis" le charme et le talent de ses deux interprètes principaux, ainsi que les très beaux décors naturels (j'ai très envie d'une balade en Corse, maintenant, c'est malin) et une bande originale faite de tubes entraînants qu'on a plaisir à entendre. Hélas, tout cela ressemble trop à du remplissage destiné à boucher les trous dans un scénario plein de failles et d'incongruités.

Quand arrive laborieusement la scène finale, éminemment prévisible, on s'interroge : que reste-t-il à sauver de cette poussive comédie romantique ? Les sublimes paysages de Corse, le charme des deux interprètes principaux et une belle bande originale : la carte postale est jolie, mais ne raconte rien qui vaille la peine.


samedi 17 mai 2014

Les Bidochon (1996)


L'adaptation d'une bande dessinée est un exercice délicat, auquel bien des réalisateurs se sont essayés, souvent sans grande réussite, plus rarement avec succès. Dans la catégorie (bien remplie) des transpositions ratées, on pourrait citer, en vrac et sans préférence, les passages à l'écran de personnages tels que Lucky Luke ou Astérix (à l'exception du film réalisé par Alain Chabat). Les réussites sont plus rares et il faut aller chercher loin pour en dénicher. Avant la vague actuelle d'adaptations (on pourrait parler de pillage, parfois), certaines pièces notables du neuvième art ont été portées à l'écran. Ce fut le cas, en 1995, des célèbres Bidochon, couple de français moyens, beaufs caricaturaux, que Christian Binet avait créé avec le succès que l'on sait.

Robert et Raymonde Bidochon se sont rencontrés par le biais d'une petite annonce, avant de se marier, puis de se retrouver engoncés dans la routine. 
Ces deux Français plus que moyens semblent concentrer à eux deux toutes les médiocrités possibles. Coincés dans leur banlieue et leurs habitudes, ils vont participer à un jeu télévisé qui pourrait bien changer leurs vies...ou pas.


Serge Korber n'a guère de lettres de noblesse, en matière de cinéma. Connu essentiellement pour avoir réalisé "Sur un arbre perché" et "L'homme orchestre", deux comédies ne tenant debout que grâce à leur interprète principal (le grand Louis de Funès), ce réalisateur a connu, dans les années 1970, une période peu glorieuse où il réalisa plusieurs films pornographiques, avant de revenir au cinéma traditionnel, puis de bifurquer vers la télévision. Sans aucunement méjuger ce metteur en scène au vu de son parcours, force est cependant de constater que son talent est bien maigre.

On comprend donc mal pourquoi le projet d'adaptation d'une bande dessinée du calibre des "Bidochon" fut confié à ce réalisateur. L'incompréhension peut virer à la stupeur au vu du casting : derrière Jean-François Stévenin et Anémone, on remarquera la présence de Daniel Gélin, Annie Girardot et Jean-Pierre Cassel, ainsi qu'Elie Semoun, Arthur (oui, l'animateur), Richard Darbois (une des grandes voix du doublage francophone), Jean-Luc Bideau, et j'en oublie.

Ces interprètes, visiblement décidés à bien s'amuser, tentent de sauver le film, torpillé dès le début par un scénario poussif, mille coudées sous le niveau du matériau d'origine. Alors que les planches de Binet brillaient par leur ton corrosif, le film accumule dès le début le registre de la caricature épaisse et des gags faciles. Alors que les personnages de la bande dessinée (et particulièrement Robert) étaient vite détestables, on prend ceux du film en pitié, devant les situations qui les accablent.

Non seulement, "Les Bidochon" n'est jamais drôle, mais il tombe régulièrement dans les travers que l'oeuvre originale vilipendait. Il s'agit au final d'un ratage en bonne et due forme, un de plus à mettre à l'actif de Serge Korber (le dernier, fort heureusement).