Affichage des articles dont le libellé est Mathias Malzieu. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mathias Malzieu. Afficher tous les articles

dimanche 10 août 2014

Jack et la mécanique du coeur (2014)


Les incursions hexagonales dans le cinéma d'animation sont rares : raison de plus pour se pencher sur leur sort, fût-il funeste en matière d'audience. Adapté du roman "La mécanique du cœur", le conte musical du même nom (auquel collaborèrent quelques grands noms, de Jean Rochefort à Alain Bashung, en passant par Grand Corps Malade et Eric Cantona), "Jack et la mécanique du cœur" adapté pour le grand écran par Mathias Malzieu (leader du groupe Dionysos et auteur du roman) et Stéphane Berla, déjà remarqué pour ses travaux dans le domaine de l'animation. L'histoire veut que Mathias Malzieu ait rencontré Luc Besson sur le plateau du "Grand Journal" de Canal + et que la genèse du film commença ce jour là. Hélas, lors de sa sortie, "Jack et la mécanique du cœur" ne rencontra pas le succès espéré. 

Né le jour le plus froid du monde, Jack a été sauvé par Madeleine, une étrange sage-femme qui lui installa, en lieu et place du cœur, une drôle de mécanique. Trois lois régissent désormais son existence : ne jamais toucher aux aiguilles de son étrange cœur, ne jamais se laisser emporter par la colère et, surtout, ne jamais tomber amoureux. Lorsqu'il croisera la jolie demoiselle Acacia, Jack va, pour son plus grand malheur, découvrir l'amour, même si la belle est déjà sous la coupe du sinistre Joe. Qu'à cela ne tienne, il ira jusqu'à la suivre en Andalousie, dans un périple inattendu.

Il est de bon ton de sortir le goudron et les plumes, en ce qui concerne les productions françaises. Ces colonnes ont souvent été l'occasion, je le reconnais de reprocher au cinéma hexagonal son manque d'originalité et sa frilosité. De même, les productions Europa Corp ont été plus d'une fois la cible d'attaques en règle (mais elles l'avaient bien cherché). L'équation de départ film d'animation français plus production Besson avait donc de quoi faire frémir le spectateur potentiel. Ayant apprécié l'album et dévoré le roman, j'ai cependant vaincu mes réticences pour visionner ce film d'animation.

Globalement fidèle au matériau d'origine, "Jack et la mécanique du cœur" cible un public plus large que celui-ci, sans cependant céder à la tentation tout sucre tout miel du happy-end visible à l'avance. Malgré quelques baisses de régime, le film dispose de beaux moments et réussit à captiver l'audience.

Mais, le point fort de "Jack et la mécanique du cœur" est sans conteste son esthétique qui n'est pas sans
rappeler certaines œuvres de Tim Burton, tout en réussissant à imposer sa propre identité. Réussissant le grand écart entre l'innocence de l'enfance et la mélancolie propre aux adultes, les réalisateurs donnent joliment corps à la fable de Mathias Malzieu. 

Certes, on regrettera la raideur de l'animation et l'absence de toute foisonnement (notamment sur l'arrière-plan) qui aurait donné plus de vie et de corps à ce conte plein de noirceur et de poésie. L'émotion qui était palpable dans le roman (et l'album musical) est moins présente à l'image, les personnages semblant souvent impassibles. Heureusement, le doublage (on saluera notamment la prestation vocale de Jean Rochefort, évidemment remarquable) relève ce qu'on pourrait qualifier d'interprétation.
Alors, oui, on est encore loin de la qualité des productions venues d'outre-Atlantique, même si la tentative est à saluer. Oui, "Jack et la mécanique du cœur" peut sembler manquer d'épaisseur et de consistance, au regard de ses illustres aînés. Mais il a le mérite d'exister, et d'assumer pleinement son identité. En cela, il aurait mérité plus d'égard lors de sa sortie.