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mardi 30 mars 2021

Pourquoi j'ai pas mangé mon père (2015)

 


Le roman de Roy Lewis "Pourquoi j'ai mangé mon père" fait partie des classiques, aux yeux de bien des lecteurs (je vous le recommande au passage). Aussi, quand Djamel Debbouze l'utilisa comme matière de base pour un film en motion-capture, on aurait pu s'attendre à ce qu'il connaisse un succès d'audience. Ce fut loin d'être le cas et le film ne rentra qu'à peine dans ses frais. Innovant (en utilisant notamment des scènes jouées par Louis de Funès, tout de même) et ambitieux (pour une production en partie hexagonale), aurait-il pu faire mieux ?

Bien avant que l'homme ne soit Homo sapiens, Edouard, fils oublié du Roi des Simiens, compense son physique défavorable par son ingéniosité et sa générosité. Qu'importe s'il est rejeté par ceux qui sont les siens, Edouard, en compagnie de Lucy, les guidera vers l'évolution, inventant au passage la bipédie, le feu, et l'amour, entre autres. Forcés de descendre des arbres, les Simiens vont se mettre en marche vers l'humanité...

Malgré son titre, "Pourquoi j'ai pas mangé mon père" n'est pas une adaptation du roman de Roy Lewis, loin s'en faut. Il s'agit plutôt d'une appropriation par Djamel Debbouze du matériau (qui mériterait sans doute un vrai passage à l'écran), qui en modifie notablement le message. Là où Roy Lewis moquait ses contemporains et son monde, ce film met en vedette le petit malin face à la majorité et, usant d'une recette habituelle, nous montre que la gentillesse peut triompher (c'est une fiction, je vous le rappelle). 

Derrière la caméra, Djamel Debbouze s'offre aussi le rôle principal, en incarnant Edouard, petit simien ayant beaucoup (trop, peut-être) de points communs avec son interprète. On a parfois le sentiment d'assister à un show donné par l'humoriste, au point que l'histoire s'efface souvent derrière la prestation et les vannes. Comme pour renforcer le positionnement de son film dans le registre de la comédie, Djamel Debbouze s'offre un guest de luxe en la présence du vénérable Louis de Funès, dont la gestuelle a été captée numériquement. Le résultat est troublant et pourra ravir autant que gêner les spectateurs.

Ambitieux mais turbulent, cette fausse adaptation comporte de jolis moments, mais aussi beaucoup d'agitation et de bruit. Trop, peut-être, pour revendiquer la paternité du roman, parce qu'on a souvent l'impression d'assister à une démonstration d'effets comiques (la plupart du temps efficaces, mais pas toujours, hélas). Utilisant un terrain de jeu pas forcément vendeur et revendiquant la filiation avec un classique qu'il ne respecte finalement pas, "Pourquoi j'ai pas mangé mon père" s'avère une tentative intéressante, mais bancale. 



mercredi 17 février 2021

Pas son genre (2013)


Si on se fie à son affiche, "Pas son genre", de Lucas Belvaux, ressemble fort à une comédie romantique. Ce serait mal connaître ce cinéaste venu du nord, plus habitué à explorer les âmes qu'à se réfugier dans la facilité de la romcom. Avec, en tête d'affiche, la trop rare Emilie Dequenne, ce film eut un succès d'estime (comprenez par là qu'il ne déchaîna pas les foules). Histoire de vérifier que nous ne sommes pas passés à côté d'un joli film, voire d'une grande œuvre, penchons-nous un instant sur "Pas son genre". 

Parisien dans l'âme, Clément, professeur de philosophie reconnu est affecté à Arras, où il ne connaît personne. Là-bas, alors qu'il erre, il tombe sous le charme de Jennifer, coiffeuse de profession, dont les affinités sont à mille lieues des siennes. Elle aime le karaoké et les journaux people, il s'intéresse à Kant et participe à des conférences de haut niveau. Les deux amants ont-ils un avenir ensemble ? Ou leurs différences sont-elles trop fortes ? 

En adaptant le roman éponyme de  Philippe Vilain, Lucas Belvaux n'ambitionnait sans doute pas de répondre à ces questions, mais avait l'immense mérite de les poser. Si "Pas son genre" était une véritable comédie romantique et respectait le cahier des charges du genre, les deux protagonistes finiraient pas vaincre leurs différences, au nom de l'Amour, celui qui met à bas les barrières et vainc tout. Seulement, comme je le disais en exergue, nous ne sommes pas, malgré ce que pourrait laisser penser l'affiche, dans une romcom. Loin de moi l'idée de vouloir déflorer la fin de l'histoire, mais vous aurez peu l'occasion de rire, ni même de sourire, en visionnant "Pas son genre". Lucas Belvaux, l'air de rien, pose de véritables questions, avec ce petit film plus malin qu'il n'y paraît. Peut-on aimer quelqu'un qui n'appartient pas à notre milieu social ? A-t-on un futur quand on vient de milieux diamétralement opposés ? 

Questionnant sans torturer (on l'en remercie au passage), le réalisateur belge donne surtout à ses acteurs l'occasion de livrer deux jolis numéros, chacun dans leur style. Avant de la mettre en scène dans le très militant "Chez nous", Lucas Belvaux offre ici un beau rôle, souvent poignant, à Emilie Dequenne, qui n'était pourtant pas le premier choix du réalisateur. On imagine cependant mal  le personnage central de "Pas son genre" incarné par une autre interprète, tant elle est spontanée et donne à son rôle l'épaisseur nécessaire. Face à elle, Loïc Corbery, tout en retenue et en intériorité, est également une belle surprise. 

On pourra regretter que "Pas son genre" fasse un peu de sur-place dans sa dernière partie, laissant l'impression qu'il s'agit de remplissage. Le film aurait probablement gagné à être un peu plus court, mais produit cependant son petit effet, à base de charme et d'amertume à la fois. 



mardi 2 février 2021

Extrêmement fort et incroyablement près (2011)

 

Pour beaucoup, le XXIème siècle commença avec l'effondrement des tours du World Trade Center. L'événement marqua ceux qui y assistèrent, de près ou de loin et, bien des années plus tard, nous continuons de ressentir les échos de cette journée pas comme les autres. La fiction s'est emparée du sujet, mais rares sont les films qui ont osé évoquer de façon directe le 11 septembre. En adaptant le roman "Extrêmement fort et incroyablement près", Stephen Daldry (qui mit en scène "Billy Elliot", entre autres) fut l'un des premiers cinéastes à se pencher sur le sort de ceux qui perdirent un proche quand les tours disparurent. Qualifié par un critique(1) de "plus mauvais film nommé aux Oscars", "Extrêmement fort et incroyablement près" n'eut guère de succès à sa sortie.

Le père d'Oskar est exceptionnel. Ce petit New-Yorkais d'une dizaine d'années pas tout à fait comme les autres reçoit chaque jour de belles leçons de vie de sa part. 
Mais le père d'Oscar était, le mardi 11 septembre 2001, dans une des tours du World Trade Center et n'est pas revenu à la maison ce jour-là. Alors, parce qu'il trouve par hasard une clé dans les affaires de son père, Oscar va tenter de trouver ce qu'elle ouvre, quitte à interroger des centaines de personnes. Les rencontres que fera Oskar vont le changer, à tout jamais. 

En adaptant le roman de Jonathan Safran Foer, Stephen Daldry, sans doute missionné par ses producteurs, s'est vu confier un bien lourde charge : rester digne, tout en réussissant à émouvoir. La tâche était malaisée, certes, mais pas impossible : la plaie restée ouverte du "pire jour" (pour reprendre le vocabulaire du film) pouvait être l'objet d'un récit, pour peu que ce dernier soit habile. Hélas, il semblerait que Daldry, pourtant convaincant dans ses précédentes réalisations, n'ait pas réussi à atteindre le but fixé. Avec les plus nobles intentions, "Extrêmement fort et incroyablement près" reste englué dès le départ et ne décolle jamais. Forcé de suivre le jeune héros du film, qui n'attire finalement que peu l'empathie malgré l'épouvantable drame qu'il a vécu, le spectateur peut vite se réfugier dans la seule consolation qui lui reste : visiter quelques morceaux de la Grosse Pomme par film interposé.

Il y a nombre d'éléments qui viennent plomber "Extrêmement fort et incroyablement près". Qu'il s'agisse de l'interprétation du jeune Thomas Horn, souvent dans l'excès (et son doublage en version française n'arrange rien), de la surenchère de pathos ou même de l'utilisation abusive de la musique (pourtant une belle partition du grand Alexandre Desplat) et, surtout, un scénario qui fait la part (trop) belle à son petit héros, plus agaçant qu'attachant. Faute de s'attacher à celui sur qui tout le film repose, ceux qui visionneront ce film finalement pas très crédible.

On pourra imaginer que la production de ce film fut hâtée par le désir de le sortir pour le dixième anniversaire des attentats (promesse finalement non tenue) et par une démarche laissant perplexe : entre hommage aux victimes et appel à la résilience, "Extrêmement fort et incroyablement près" ne coche finalement aucune des cases du registre. Quand on finit par quitter Oskar et le laisser faire son deuil, on se sent soulagé (même si un peu honteux), parce qu'il faut bien dire qu'il est souvent horripilant. Sur un sujet des plus sensibles, Stephen Daldry, qu'on avait connu plus inspiré (notamment avec "The hours"), échoue dans sa mission. "Extrêmement fort et incroyablement près", disait l'affiche. On pourrait y ajouter "Très moyennement réussi". 



(1) Xan Brooks dans les colonnes de The Guardian (https://www.theguardian.com/film/2012/feb/23/oscars-extremely-loud-incredibly-close)


vendredi 8 janvier 2021

La daronne (2020)

A l'instar d'autre films, "La daronne" a reçu la crise sanitaire de plein fouet et ne bénéficia que d'un temps d'exposition réduit en salles. Sera-t-il l'objet d'une deuxième sortie, quand cette crise sera derrière nous ou devra-t-il se satisfaire d'être disponible sur les plates-formes numériques ? Malgré l'a priori plutôt négatif que j'ai au sujet du cinéma de Jean-Paul Salomé (revenu derrière la caméra après une absence de quelques années), jetons un œil à ce film, porté par Isabelle Huppert. 

Patience est interprète judiciaire et, à ce titre, assiste souvent les policiers lors d'interrogatoires ou d'écoutes. Quand elle découvre par hasard que la mère du dealer qu'elle surveille est l'infirmière qui prend soin de sa mère, elle choisit de couvrir le suspect. Prise dans l'engrenage, Patience se trouve bientôt en possession d'un gros stock de drogue et va le revendre. Surnommée par les policiers "la daronne", elle est alors recherchée par eux et, à leur tête, Philippe, son propre conjoint. 
Sale affaire, ou bonne affaire pour Patience ?

Le pitch paraîtra un peu audacieux, légèrement subversif et, surtout, idéal pour une comédie. En adaptant le roman (à succès) de Hannelore Cayre, Jean-Paul Salomé, qu'on avait connu fort peu inspiré sur "Bélphégor le fantôme du Louvre", par exemple, disposait d'une matière première propre à faire rire. Mais, c'est un ton qui oscille entre comédie, drame et film policier (sans grand suspense, cela dit) qu'il choisit pour réaliser "La daronne". Plutôt que d'utiliser le matériau de base pour jouer du contraste entre les personnages et les milieux dans lesquels ils évoluent, le réalisateur tente d'établir un équilibre délicat. Et, une fois le film visionné, il faut bien se rendre compte que c'est un film plutôt bancal qui nous est livré.

Comme si le ton du film avait évolué en cours de tournage, on passe de l'intrigue policière à la comédie parfois loufoque, tout en louchant vers la romance, sans aller jusqu'au bout d'aucun de ces chemins entrevus. Alors, pour trouver quelque satisfaction dans ce cocktail au goût indéfinissable, on peut se réfugier dans la prestation d'Isabelle Huppert, souvent en roue libre dans ce film où elle est de quasiment tous les plans. Si son interprétation a été saluée par la plupart des critiques, j'avoue rester perplexe, tant il m'a semblé qu'elle surjouait souvent et faisait sortir le film de sa zone de crédibilité. Ajoutons à cela l'étalage de clichés sur les différentes communautés que l'héroïne du film fréquente et on pourra légitimement tiquer. 

Quand arrive le générique de fin de "La daronne", le spectateur est en droit de rester insatisfait, ne sachant pas trop à quel exercice il vient d'assister. Se frottant à plusieurs genres sans les explorer tout à fait, le film de Jean-Paul Salomé donne un goût d'inachevé et, surtout, questionne sur son but véritable. 



mercredi 2 décembre 2020

Le clan de la caverne de l'ours (1986)

 


Etant particulièrement intéressé par la préhistoire, je ne rate jamais une occasion de visionner un film traitant du sujet. Cette catégorie, souvent fantasmée, est loin d'être la plus fournie, en matière de cinéma, surtout si l'on cherche un tant soit peu de sérieux. L'adaptation d'un des romans de Jean Auel, dans le sillage de celle de "La guerre du feu", n'avait pas déchaîné d'enthousiasme, au point que les suites prévues ne virent pas le jour. Pourtant "Le clan de la caverne des ours" méritait-il plus d'audience ? Gagne-t-il à être (re)vu trente ans après sa sortie ? Examinons son cas, si vous le voulez bien...

Dans ce qui deviendra l'Europe, il y a 35000 ans, Ayla, petite fille d'Homo sapiens, a vu sa mère périr sous ses yeux et a échappé de peu aux griffes d'un lion. Recueillie par un clan de Neandertal, Ayla n'est pas pour autant acceptée par eux. Si Iza, la guérisseuse, et Creb, le sorcier, la traitent comme leur fille, d'autres, comme Broud, fils du chef du clan, la déteste. Quand viendra son tour de diriger la tribu, Ayla connaîtra des jours sombres. Mais à force d'audace et d'intelligence, et en enfreignant parfois les lois du clan, elle affirmera ce qu'elle est.

Avec son titre mal traduit (puisqu'il aurait du s'appeler "Le clan de l'ours des cavernes", comme l'auront remarqué ceux qui maîtrisent un tout petit peu la langue de Shakespeare), "Le clan de la caverne de l'ours" fait partie de ces tentatives d'explorer la préhistoire au cinéma d'un point de vue réaliste. Evidemment, se lancer dans pareille entreprise, c'est prendre le risque de se voir contredire par les avancées de la science. Il y a encore peu, la cohabitation, voire le métissage, entre homo sapiens et le mal-aimé homme de Neandertal relevait de l'hérésie. Nous savons désormais que ces rencontres eurent lieu et que nous portons un peu du patrimoine génétique de Neandertal. 

En adaptant le premier tome de la saga "Les enfants de la terre" de Jean Auel, romancière à succès, les producteurs se sont sans doute dit qu'ils tenaient là une belle matière de films. C'était sans doute le cas, mais le traitement qui fut celui choisi n'était pas le bon. A force de mauvais choix et de manque évident de moyens, la réalisation du "Clan de l'ours des cavernes" accumule les points négatifs et, surtout, ne parvient presque jamais à donner de la crédibilité au film. Il s'agit tout d'abord de la représentation des hommes des cavernes qui en sont les héros, pas toujours crédibles, mais surtout d'un scénario où il ne se passe pas grand-chose, finalement. Ajoutons à cela un choix maladroit d'utiliser le langage des signes pour faire dialoguer les personnages. A ce sujet, la voix off qui vient à de nombreuses reprises donner des informations au spectateur laissera penser que les producteurs ont cru bon de l'ajouter, pour pallier au défaut précédemment cité. 

Tiré du roman "Le clan de l'ours des cavernes" de Jean Auel, ce film devait être le premier d'une série de plusieurs. Son échec cuisant au box-office en décida autrement. Ce n'est peut-être pas plus mal. Manquant de conviction et de moyens, cette tentative pas très réussi de s'aventurer dans les âges farouches a tout de la série B. Vu sous cet angle, "Le clan de la caverne des ours" a quelque intérêt. Si l'on cherche un film avec plus d'envergure, on sera bredouille. 



jeudi 12 novembre 2020

Docteur Frankenstein (2015)

 

Au palmarès des œuvres littéraires les plus souvent adaptées au cinéma, "Frankenstein" est assez bien placé. Le roman gothique de Mary Shelley eut droit à des traitements hétéroclites, affrontant aussi bien le Professeur Van Helsing que des Chimpmunks. On peut donc légitimement frissonner quand un long métrage s'empare une nouvelle fois du sujet. Affublé d'un "Docteur", histoire qu'on comprenne une fois pour toutes que le Frankenstein du titre est le savant et non sa créature, "Docteur Frankenstein" peina à rembourser son budget lors de sa sortie. 

Londres, au dix-neuvième siècle : ayant recueilli l'étrange Igor Straussman, clown bossu mais féru d'anatomie, dans un cirque, le Docteur Victor Frankenstein l'entraîne avec lui dans ses recherches. Dans sa quête pour percer les mystères de la vie, quitte à la créer lui-même, tous les moyens sont bons, y compris ceux qui défient la morale. 
Jusqu'où ira Frankenstein ? Et son ami Igor pourra-t-il le sauver de ses démons ?

Ce qui saute aux yeux, au visionnage de "Docteur Frankenstein", c'est l'esthétique, quelque part entre steampunk et réalisme. C'est aussi la frénésie de la mise en scène, qui va crescendo, comme si la folie qui dévorait le Docteur Frankenstein grignotait aussi le film tout entier. 

Paul McGuigan, repéré avec "Slevin" et "Push", a un parcours taillé pour le cinéma qui va vite et pour des histoires de gangsters modernes. L'avoir choisi pour "Docteur Frankenstein" peut sembler une erreur de casting ou (si l'on reste optimiste) un sacré défi. Hélas, il apparaît rapidement que ce challenge est relevé d'une drôle de manière, et que ce film est sans doute à ranger aux côtés d'un "Van Helsing", de par son traitement. Pour s'emparer d'un sujet déjà traité de maintes manières, souvent dévoyé, et dont on se demande si c'est bien la peine de s'acharner, Paul McGuigan cède aux sirènes de l'entertainment. Le fond le cède à la forme et, si celle-ci est réussie, elle ne parvient pas à cacher la vacuité de l'ensemble. 

Une direction d'acteurs défaillante, voire absente, alliée à une réalisation pas toujours maîtrisée et qui fait la part (trop) belle aux effets spéciaux et aux scènes d'action. Par moments, le film se prend même à être plus lyrique que la tentative de Brannagh, qui poussait le curseur du baroque un peu loin par moments. McGuigan, le pied à fond sur l'accélérateur, fait traverser à ses personnages leur époque sans prendre le temps de regarder le paysage, ni de s'interroger sur leurs motivations profondes. 

Daniel Radcliffe, dans une de ses nombreuses (et louables) tentatives d'échapper enfin à Harry Potter, fait la démonstration de son talent, dans un rôle pas toujours facile, mais passe rapidement dans l'ombre dès que James McAvoy est présent dans une scène. Ce dernier, gesticulant et envahissant, incarne un Victor Frankenstein à qui sa raison échappe autant que ses créatures, et peut agacer le spectateur, si ce dernier ne tient pas la distance. 

Fallait-il adapter encore une fois le roman de Mary Shelley, après qu'il eut subi tant de transpositions, pas toujours heureuses, sur le grand écran ? Le choix fait par Paul McGuigan pourra peut-être séduire des spectateurs indulgents ou peu exigeants, mais ceux qui attendaient de ce "Docteur Frankenstein" autre chose qu'une démonstration fébrile en seront pour leur frais. Nul doute que le célèbre docteur et sa créature reviendront, tôt ou tard, sur les écrans de cinéma, pour une meilleure (ou une pire, après tout) adaptation.





dimanche 18 octobre 2020

Outsiders (1983)

Sans pouvoir être qualifié d'échec, "Outsiders", sorti dans l'ombre de "Rusty James" du même Francis Ford Coppola, a longtemps été oublié et mal aimé, avant de se voir réhabilité par certains critiques et d'accéder à une vraie reconnaissance. L'ayant découvert il y a peu, je vous propose de lui consacrer ce billet. Après celui dédié à "Tucker", ce sera le second film de l'auteur du "Parrain" (entre autres) traité dans ces colonnes. Adaptant pour l'occasion un roman de T.E. Hinton et se lançant dans ce projet à la demande de jeunes lecteurs l'ayant choisi, Francis Ford Coppola débarqua à Tulsa avec ses "Outsiders", en 1983.

A Tulsa, Oklahoma, deux bandes s'affrontent, entre quolibets, agressions et batailles rangées. D'un côté, les Greasers, nés du mauvais côté de la barrière sociale et reconnaissables à leurs coiffures gominées. De l'autre, les Socs, gosses de riches à qui tout réussit. Quand un Greaser commet l'irréparable et tue un Soc, la vie de Pony Boy Curtis bascule.

Il y a quelque chose de touchant, quand on découvre dans ce film les débuts d'acteurs ayant fait du chemin depuis. Mais le traitement habituel qui consiste à évoquer avec "Rusty James" les jeunes Tom Cruise, Rob Lowe et Patrick Swayze (pour ne nommer qu'eux) est au mieux maladroit, au pire malhonnête. Ceux qui connurent des destins inégaux ne sont ici, que des seconds rôles. S'il est amusant de voir Tom Cruise incarner un loubard plutôt bas de plafond, on peut trouver injuste de se voir présenter "Outsiders" comme la pépinière de talents parfois vendue. Les véritables héros de ce film sont deux jeunes acteurs qui ne connurent pas la même trajectoire que ceux cités plus haut : Thomas Howell et Ralph Macchio (le futur "Karaté Kid") donnent vie avec talent à Pony Boy et Johnny, deux enfants perdus loin de la cité. 

Si la réalisation est parfois inégale, comme si Coppola hésitait ou avait perdu par instants de son énergie, "Outsiders" offre de très belles scènes et une reconstitution des lieux et de l'époque à saluer. Habités par leur rôle (et parce que le réalisateur leur mena la vie dure), les jeunes héros de ce film donnent vie avec une belle conviction aux personnages du roman (culte, de l'autre côté de l'Atlantique) qui l'inspire. On regrettera une version française assez médiocre (mais le fait est que les doublages étaient moins soignés, il y a quelques décennies) et une utilisation de la musique souvent envahissante, comme si aucun silence n'était autorisé. 

Dans la foulée, Francis Ford Coppola tourna, toujours à Tulsa et toujours en s'inspirant des romans de S.E. Hinton, "Rusty James", où l'on retrouva Matt Dillon, entre autres. Guère éloigné d'un film comme "Stand by me", "Outsiders" traite du passage à l'âge adulte et de la perte de l'innocence, dans un univers souvent dur. Ce film ne mérite pas le relatif oubli dans lequel il est tombé et mérite d'être revu, d'abord pour son thème, finalement toujours d'actualité, et aussi parce qu'il s'agit d'une des œuvres les moins connues d'un réalisateur majeur. 




mercredi 1 avril 2020

Arrêtez-moi là (2014)


La descente aux enfers d'un homme comme les autres peut être terrifiante. On frémit parfois à la pensée d'erreurs judiciaires dramatiques, qui brisèrent des vies, basées sur un rien. Souvent couchées sur le papier, ces histoires ont parfois donné lieu à des films. Ainsi, "Arrêtez-moi là", réalisé par Gilles Bannier, était tiré d'un roman, lui-même inspiré de faits réels. Pour son premier long métrage, ce réalisateur, œuvrant essentiellement pour le petit écran, ne rencontra pas un grand succès. Le moment est venu de se pencher sur ce film.

Samson, chauffeur de taxi à Nice, n'aurait pas du accepter cette course. Pourtant, entre sa cliente et lui, le courant est bien passé. Quand la fille de cette femme disparaît, et contre toute attente, les preuves s'accumulent contre Samson. 
En un rien de temps, le paisible chauffeur de taxi mélomane va devenir le coupable idéal. Pourra-t-il encore prouver qu'il est innocent, alors que la machine judiciaire se met en marche et s'apprête à le broyer ?

Les faits réels inspirant le roman originel s'étaient déroulés aux Etats-Unis et, pour en tirer "Arrêtez-moi là", Gilles Bannier, scénariste en plus d'être réalisateur, a sans doute procédé à quantité d'aménagements. Cela dit, la première partie du film, celle où l'étau se resserre sur le pauvre Samson, est plutôt réussi. Le quotidien d'un homme ordinaire y est décrit avec une précision quasiment documentaire, laissant le spectateur s'attacher au héros, avant de projeter ce dernier dans les affres de l'erreur judiciaire. Avoir confié le premier rôle au très talentueux Reda Kateb est d'ailleurs une des meilleures idées du film, tant cet acteur donne vie à son personnage. 

C'est dans la deuxième moitié de "Arrêtez-moi là" que commencent les problèmes, avec notamment l'arrivée de personnages qui nuisent à l'intrigue. Celui de l'avocat commis d'office pour défendre le cas de Samson, et qui apporte une dose incongrue d'humour dans ce qui est avant tout un drame, est à ce titre exemplaire. Ensuite, on peut déplorer que le scénario se focalise sur les démêlés judiciaires de Samson et sur les démarches lui permettant d'envisager sa vie après ce drame, tout en délaissant complètement le rapt dont il est accusé. Même si le propos principal concerne le personnage incarné par Reda Kateb, il en ressort un déséquilibre qui nuit à l'ensemble du film. 
Si le film tient finalement debout, c'est surtout grâce à Reda Kateb (oui, je me répète) qui, par son immense talent, sauve les scènes les moins convaincantes de "Arrêtez-moi là" et incite le spectateur à l'indulgence. Derrière lui, les prestations des autres interprètes paraissent bien pâles, qu'il s'agisse de Léa Drucker ou d'Erika Sainte (une actrice qu'on aimerait voir plus souvent, cela dit).

Malgré un dénouement un poil décevant et un scénario maladroit, "Arrêtez-moi là" tient une bonne partie de ses promesses. Mais c'est surtout son interprétation qui sauve ce film de l'oubli. Ce n'est ni la première, ni la dernière fois.


vendredi 27 mars 2020

The lady in the van (2015)




Curieux parcours que celui de "The lady in the van" : en s'inspirant d'événements dont il fut le témoin privilégié, l'écrivain britannique Nicholas Hytner écrivit un roman, dont il tira d'abord une pièce de théâtre, puis un film qu'il scénarisa. Alors, a-t-il exploité ad nauseam l'histoire de la dame à la camionnette ? Toujours est-il que, si la prestation de Maggie Smith, actrice principale de ce film, fut saluée et récompensée, "The lady in the van" est passé inaperçu pour nombre de spectateurs français. A tort ou à raison ?

Parce qu'elle croit être responsable d'un accident de la route dans lequel un motocycliste, Miss Shepherd panique et se réfugie dans le quartier londonien de Camden. Sous les yeux des habitants de ce quartier calme, elle va s'installer et finalement vivre des années durant. Lorsqu'Alan Bennett, un écrivain ne s'y installe à son tour, il cède et finit par accepter de la voir garer son van dans son allée. Mais qui est vraiment cette drôle de vieille dame, à l'hygiène douteuse et au caractère compliqué ?

Méfiez-vous des étiquettes. Classé dans l'étrange catégorie des comédies dramatiques, ce long métrage britannique ne vous procurera que très peu d'occasions d'exercer vos zygomatiques. C'est à un film so british, but not so funny que vous aurez affaire si vous décidez de visionner "The lady in the van". L'étrange vie de cette vieille dame, venue d'on ne sait où et qui provoque l'émoi dans le sage quartier de Camden, avant d'en faire partie intégrante, méritait-elle cela, pour autant ? Déjà exploité sous maintes formes, le destin malheureux de Miss Shepherd ne gagne guère à se voir projeté sur les écrans, j'en ai bien peur. 

Nicholas Hytner, le réalisateur (connu, notamment, pour "La folie du Roi George") est sans doute très attaché à cette vieille dame et à son van, et l'on peut comprendre qu'il lui rende hommage une fois de plus avec ce film. Néanmoins, "The lady in the van", dans sa version pour le grand écran, n'apporte rien de plus que ses précédentes incarnations, hormis la désagréable impression d'exploiter jusqu'à la corde une histoire, aussi touchante fût-elle. La sage mise en scène et la belle interprétation, avec en tête la grande Maggie Smith, restent les meilleurs arguments pour jeter un œil à ce film où la vie suit son cours, autour de cette vieille dame acariâtre et malheureuse. 

Au final, ne reste qu'un film porté par l'immense Maggie Smith, qui mérite à elle seule qu'on visionne "The lady in the van". Ce peut être une bonne raison, comme ce peut être insuffisant.




samedi 1 février 2020

Hector et la recherche du bonheur (2014)



Avec un casting solide et un thème dans son époque, "Hector et la recherche du bonheur" avait ses chances dans les salles obscures. Mais, à sa sortie, ce fut un four, au point que les spectateurs français durent attendre sa sortie en DVD pour le voir. Tiré d'un roman à succès, il s'agissait pourtant d'un film surfant sur l'air du temps : la recherche du bonheur, l'accomplissement de soi. Pourquoi n'a-t-il pas eu autant d'audience qu'espéré ? 

Psychiatre londonien, Hector s'interroge : c'est quoi, le bonheur, après lequel se patients courent en vain ? Et lui, d'ailleurs ? Il a tout pour lui : un métier épanouissant, une femme ravissante, une vie bien remplie, mais, au fond, sait-il ce qu'est le bonheur ? Alors, du jour au lendemain, il prend son sac à dos et décide d'entreprendre un grand voyage à la recherche de ce qu'est le bonheur. De la Chine à l'Afrique en passant par les Etats-Unis et le Népal, Hector va aller à la rencontre des autres, de lui-même et, qui sait ?, du bonheur. 

On songe à "La vie rêvée de Walter Mitty", en visionnant ce voyage initiatique aux quatre coins du globe, en regardant Hector faire ces rencontres enrichissantes (la plupart du temps) ou décevantes. Quand Hector remplit son journal de voyage, le ponctuant de maximes évidentes (de celles qui fleurissent ça et là, en ces temps où le développement personnel tient lieu de remède ultime), on se prend à espérer un film qui ferait du bien et le ferait joliment. Adapté d'un roman de François Lelord, le long métrage de Peter Chelsom ("Hannah Montana, le film" et "Potins mondains et amnésies partielles", par exemple) ne tient pas sa promesse, si tant est qu'il la fît. Lorsque cessent les pérégrinations d'Hector, on ne se sent pas mieux. Tout juste est on content que lui ait trouvé la paix de l'âme, ou plutôt la résignation. 

On pourrait aussi tiquer sur le choix des destinations d'Hector : atterrissant en Chine sans aucun problème, il se rend directement au Népal, par exemple. Quand on connaît la situation entre ces deux nations, on peut s'interroger : une étape de transition, dans le scénario, aurait été nécessaire, si vous voulez mon avis. De la même façon, lorsqu'Hector se retrouve en Afrique, nulle mention n'est faite du pays où il pose un instant ses bagages, comme si le Continent Noir était un seul et même pays. Cousin lointain (ou pas) de Tintin, Hector, psychiatre autant que son modèle était journaliste, court d'un pays à l'autre sans grand souci de vraisemblance.

Heureusement, il y a, pour sauver ce film, les interprètes et, à leur tête, un Simon Pegg à mille lieues de ses pitreries de la trilogie Cornetto. A lui seul, il sauve "Hector et la recherche du bonheur" du naufrage auquel le condamnaient sa réalisation et son scénario. On goûtera (ou pas) les prestations de Rosamund Pike (dont le personnage est assez inconstant et inconsistant), de Jean Reno et de Toni Collette (toujours aussi talentueuse), pour ne nommer qu'eux.

L'intention première du film était sans doute louable, mais sa maladresse, notamment en ce qui concerne sa réalisation et son approche des personnages, dont la psychologie est traitée sans finesse. On aurait aimé faire un joli voyage en compagnie d'Hector, mais la ballade qu'il fait autour du monde à la recherche du bonheur tourne en rond et pourra laisser le spectateur sur le bord de la route. Avec moins de maladresses, nul doute que le périple de ce drôle de psychiatre aurait pu donner un film moins oubliable.


mercredi 27 novembre 2019

Celle que vous croyez (2018)




Il est difficile de catégoriser certains films : ainsi, nombre de longs métrages sont étiquetés "comédie dramatiques", ce qui, vous en conviendrez, ne veut pas dire grand chose. Le film "Celle que vous croyez" était catalogué dans ce registre et je ne savais guère à quoi m'attendre en le visionnant. La présence au casting de Juliette Binoche et de François Civil pouvait suffire à éveiller l'intérêt de nombreux cinéphiles, cela dit. Ne sachant cependant si j'allais rire ou pleurer, c'est à ce film qui fut bien peu visible que je consacre un article. Malgré une sélection à la Berlinale, "Celle que vous croyez" n'eut que peu de succès dans les salles.

Quinquagénaire divorcée, professeure de littérature, Claire décide un jour de créer un faux profil sur un célèbre réseau social. Alors qu'elle voulait au départ espionner son ex-amant, et sous l'identité de Clara, superbe jeune femme sortie de son imagination, elle va séduire Alex, un jeune photographe, et être séduite par lui. Mais, tôt ou tard, le virtuel ne suffit plus et Claire va devoir affronter les conséquences de ce qui était, initialement, un petit mensonge.


Adapté du roman homonyme de Camille Laurens, "Celle que vous croyez", réalisé par Say Nebbou, déjà remarqué pour "Dans les forêts de Sibérie" n'est pas une comédie, que cela soit clair une fois pour toutes. La spirale dans laquelle Claire s'engage prête plus à l'inquiétude qu'au rire. Se prenant au jeu en même temps qu'elle se prend au piège, l'héroïne de "Celle que vous croyez", remarquablement interprétée par Juliette Binoche, est à la fois coupable et victime et, si elle est de tous les plans ou presque, la réalisation n'en fait par pour autant l'unique objet du film. C'est plutôt une belle surprise que ce film, qui évoque les dangers du virtuel en même temps que l'importance de l'âge et la difficulté d'aimer, tout en conservant une vraie dose de suspense.

C'est bien d'un thriller romantique qu'il s'agit là, qui joue habilement de son époque et met en avant ses personnages, ancrés dans leur époque, la nôtre. Réaliste en même temps que surprenant, "Celle que vous croyez" réussit presque son coup, puisque seule sa dernière partie pêche un peu. Servis par une mise en scène efficace, qui évite d'être tapageuse, les acteurs incarnent avec conviction ces deux égarés, s'aimant sans se connaître. Si François Civil confirme tout le bien qu'on pouvait déjà penser de son talent et laisse augurer du meilleur pour la suite de sa carrière, Juliette Binoche, inattendue dans pareil rôle, est parfaite en assumant son âge et son statut. Derrière eux, on remarquera les jolies prestations de Guillaume Gouix et de Nicole Garcia, en psychiatre attentionnée.

Malgré une conclusion pas forcément à la hauteur, "Celle que vous croyez" est une belle tentative de thriller, abordant des thèmes d'actualité et les traitant plutôt habilement. Filmé avec talent et interprété par des acteurs impeccables, ce film français aurait mérité mieux lors de sa sortie en salles. Il n'est peut-être pas trop tard pour lui donner une deuxième chance.


lundi 28 octobre 2019

Les tribulations d'une caissière (2011)


 
A peine visibles, souvent méprisées, parfois insultées, les caissières (oh, pardon, les hôtesses de caisse) sont le dernier maillon de la chaîne de la grande distribution. Rémunérées au ras des pâquerettes et devant souvent affronter des conditions de travail épouvantables, celles d'entre elles qui ne sont pas encore remplacées par des caisses automatiques, sont souvent regardées de haut, quand elles ont la chance d'être remarquées. En 2011, le roman, en partie autobiographie d'Anna Sam, "Les tribulations d'une caissière" (alimenté par le blog qu'elle tenait) fut porté à l'écran. Mais, si tout le monde ou presque utilise leurs services, ils furent peu nombreux, ceux qui allèrent voir ce long métrage. 
Solveig est caissière chez Parody. Elle n'a pas choisi ce métier, loin s'en faut, mais il faut bien gagner sa vie. En secret, Solveig alimente un blog où elle raconte sa vie de caissière. Ses articles font grand bruit dans la profession. Quand Solveig croise, sous la neige, le regard du beau Charles, elle se prend à rêver à des jours meilleurs et à un monde où les caissières seraient mieux considérées. 

Avec pareil matériau de base, on était en droit de s'attendre à un film social, porteur de revendications ou, au moins, de témoignages sur le métier ingrat des caissières. Plusieurs approches s'offraient au réalisateur (Pierre Rambaldi, dont c'est le premier film) et au scénariste, Michel Siksik (qui joue également un petit rôle) : l'angle documentaire ou celui, plus fréquent, de la comédie porteuse d'un message. Mais, comme vous avez pu le lire dans le pitch, le choix fut fait de glisser dans l'histoire de Solveig une composante romantique. A posteriori, ce qui pouvait paraître une bonne idée est le ver dans le fruit.

Qui trop embrasse, mal étreint, dit l'adage populaire. Cela est vrai aussi pour les films : "Les tribulations d'une caissière", à vouloir exploiter plusieurs registres avec un matériau qui n'en demandait pas tant, est un film bancal, qui ne remplit finalement aucune des missions qu'il s'est donné. Malgré l'évident enthousiasme de Deborah François, sur qui le film tout entier repose, la mécanique tourne vite à vide et génère au mieux un ennui poli, au pire l'envie de passer à autre chose. Le casting, assez inégal : les personnages campés par Marc Lavoine et Elsa Zylberstein sont caricaturaux et desservent l'entreprise plus qu'ils ne la servent, pour ne citer qu'eux. 

Pour atteindre son but, "Les tribulations d'une caissière" aurait du choisir une voie : à osciller entre drame social et comédie romantique, le film n'aboutit à rien. C'est regrettable, car le sujet méritait mieux que cela. Évoqué dans le très chouette "Discount", le sort des caissières est de ces causes qui valent un film. Avant qu'elles ne soient remplacées par ces horribles caisses automatisées (où bon nombre de clients se pressent malgré tout), ce n'est pas en visionnant ce film qu'on changera quoi que ce soit. Si vous voulez mon avis, il suffit d'un sourire et de quelques mots aimables. Ceux qui cherchent à passer leurs nerfs dans les grandes surfaces n'ont qu'à aller insulter les bornes automatiques (et ceux qui les mettent en place).




vendredi 18 octobre 2019

Postman (1997)



En matière d'échec public, "Postman" est une référence. Deuxième réalisation de Kevin Costner (qui le produisit et s'attribua le premier rôle), ce film fut hué par les critiques et boudé par les spectateurs lors de sa sortie. Il arrive cependant que certaines œuvres, vilipendées lors de leur production, gagnent à vieillir : après des années d'hésitation, j'ai franchi le pas et ai décidé de visionner "Postman". S'agissait-il de la catastrophe annoncée ?

2013 : l'apocalypse a eu lieu et a laissé une Terre ravagée où quelques communautés tentent de survivre. Un homme, seul, tente de survivre en traversant ce qui fut autrefois les Etats-Unis. Bien qu'il évite le contact des communautés qui se sont développées, il va être enrôlé malgré lui dans l'armée des Hollnistes, s'évader et, presque par hasard, parce qu'il a trouvé refuge près de la dépouille d'un postier, devenir celui qui recrée le lien entre les survivants.

Couronné d'un paquet de Razzie Awards, "Postman" paracheva la chute de Kevin Costner, en tant que réalisateur, pourtant oscarisé et célébré pour "Danse avec les loups". En adaptant le roman de David Brin, l'interprète d'Elliot Ness et de Robin des Bois, échoua et commença une longue traversée du désert. Si aujourd'hui, on savoure son retour dans des rôles parfois secondaires, la fin du siècle précédent le vit aux commandes de films à gros budget, bâtis uniquement sur son nom. 

Pendant terrestre de "Waterworld", auquel il ressemble beaucoup (à moins que ce ne soit l'inverse) dans sa première partie, "Postman" suit une fois encore la trajectoire d'un héros solitaire, devenant presque malgré lui un héros (oui, encore, c'était une manie chez Costner, à l'époque).

Curieux film que ce "Postman", qui concentre ses références sur l'histoire américaine (et se prive à l'occasion du public hors Etats-Unis). Long (trois heures) et souvent contemplatif, il contient plusieurs chapitres inégaux, dont certains auraient pu être raccourcis, parce qu'ils n'apportent pas grand chose au film. En enlevant des scènes inutiles, qui n'ont finalement pas grand chose à voir avec le propos du film, "Postman" aurait sans doute gagné en rythme. Cela n'aurait pas aidé cette histoire à gagner en profondeur, tant Costner s'entête à s'égarer dans des intrigues secondaires sans intérêt (la pseudo-romance du héros, par exemple). Sabordant son film, le réalisateur-interprète principal livre au public un produit bancal, malgré quelques bonnes idées.

En jugeant aujourd'hui de la performance des acteurs, on peut trouver la sanction des Razzie Awards bien cruelle (ce ne serait pas la première fois, cela dit). Costner, certes plus inspiré dans son rôle de réalisateur que dans celui du personnage principal, porte en lui une vraie sincérité, frôlant même parfois la naïveté. Face à lui, Will Patton, en méchant de service, ne s'en sort pas si mal : on a vu des bad guys plus caricaturaux, surtout à l'époque. 

Malgré quelques scènes intéressantes, c'est surtout la déception et l'ennui qui l'emportent. Ennui, parce que le film est trop long et accumule les moments inutiles. Déception, parce qu'en plus de rater cette adaptation, Kevin Costner causa sans doute lui-même sa chute. La rédemption vint plus tard, nous le savons maintenant.





jeudi 3 octobre 2019

Les survivants (2015)



Une belle distribution n'est pas synonyme de succès, loin s'en faut. Les colonnes de ce blog hébergent moult films passés sous le radar des spectateurs, malgré des têtes d'affiche qui auraient été porteuses de succès, si le cinéma était une science. On peut s'étonner, a posteriori, que "Les survivants", mettant en vedette Margot Robbie, Chiwetel Ejiofor et Chris Pine, soit sorti en direct-to-video (du moins en France). Un casting pareil pourrait être qualifié de "bankable", comme aiment le dire les connaisseurs. Avec son affiche hideuse et son traitement à la sauvette, "Les survivants" (titre français de "Z for Zachariah") aurait-il mérité mieux ?

Fille de pasteur, la jeune Ann est une survivante. Elle vit seule, dans la ferme familiale, alors que le reste de l'humanité semble avoir disparu, suite à quelque catastrophe. Quand survient John, Ann, si croyante, comprend qu'elle n'est plus seule et qu'elle peut compter sur cet homme venu de nulle part.
Quand apparaît l'étrange Caleb, le duo devient trio et Ann est l'objet d'une rivalité inattendue entre les deux hommes. 


Attention, il ne faut pas confondre ce film avec "Les survivants", de 1993, qui narrait la survie des rescapés d'un crash aérien qui fit date. Dans cette cuvée de 2015, mise en images par Craig Zobel (plus habitué aux séries télévisées qu'au grand écran), la survie n'est pas le thème principal. Le personnage principal, incarné par la très convaincante Margot Robbie, ne manque de rien qui soit matériel et son âme est remplie d'une foi inébranlable (et souvent envahissante) malgré les circonstances. Face à elle, John (Chiwetel Ejiofor) est celui qui doute et ne croit plus, mais veut aller de l'avant. 

La première partie du film est sans doute la plus réussie, du moins à mon avis. Voir les survivants d'une catastrophe se démener pour reprendre le contrôle et reconstruire leur monde m'a souvent fasciné. Bien que l'on n'ait à aucun moment de doute quant à leur survie (ce qui est regrettable, si vous voulez mon avis), les scènes où ils envisagent le futur sont les plus réussies. La réalisation, sobre et efficace, de Craig Zobel, est suffisamment honnête pour embarquer le spectateur.

Et puis, quand surgit le troisième personnage (injecté dans l'intrigue pour les besoins du film, car il n'était pas présent dans le roman originel), ce n'est plus la survie qui est l'enjeu principal, mais on assiste alors à l'affrontement entre les deux hommes pour séduire la femme entre eux. Les décors sublimes (le film fut tourné en Nouvelle-Zélande, décidément terre de cinéma) passent alors à l'arrière plan, tandis que "Les survivants" s'englue dans un trio amoureux sans grand intérêt. On peut légitimement s'interroger quant aux intentions des scénaristes : altérer à ce point le matériau d'origine, pour obtenir un tel résultat, cela a de quoi faire bondir.

Si l'on ne prend en compte que sa première partie, "Les survivants" est un honnête film traitant de survie. Malheureusement, dès l'entrée en scène du troisième personnage, il s'échoue et ne réussit jamais à repartir sur le chemin qu'il avait tracé initialement. Dommage.





samedi 28 septembre 2019

Come as you are (2018)




Quelle drôle d'idée, que de traduire "The Miseducation of Cameron Post" par "Come as you are". Les choix des distributeurs de films n'en finissent pas de me surprendre. Quelle était l'idée, en l'occurrence ? Conserver un ton "américain indépendant", en rappelant un très beau titre de Nirvana ? Allez savoir. Toujours est-il que cette adaptation d'un roman à succès outre-Atlantique, ayant reçu plusieurs prix à Sundance (en général garantie de qualité), s'inscrivant dans son époque, n'a cependant pas eu beaucoup de succès lors de sa sortie. 

Dans les années 90, aux Etats-Unis, la jeune Cameron  Post est surprise par son petit ami dans les bras de la fille qu'elle aime. Elle est alors envoyée dans un camp de "reconversion", pour suivre une thérapie sous l'égide du Dr Marsh, puritaine et conservatrice. Pour Cameron, qui a perdu toute jeune ses parents dans un accident de voiture, ce séjour est l'occasion de rencontres, d'épreuves et de remise en question.

Evidemment, le pitch prend une résonance particulière, parce que l'histoire s'inscrit dans son époque et que le film pourrait brandir sa nécessité. Heureusement, la réalisatrice, Desiree Akhavan ne transforme pas son film en un brûlot militant et laisse la part belle à ses personnages, qui sont plus que de simples porte-étendards. Le passé des jeunes héros, prisonniers plus qu'élèves dans cet établissement comme il en existe beaucoup (hélas !), est distillé peu à peu, sans manichéisme, même si parfois maladroitement.

Pour sincère qu'il soit, "Come as you are" est parfois balourd et appuie lourdement son propos quand un pas de côté aurait été nécessaire. Cette fois encore, le fond (pourtant riche et nécessaire) pâtit parfois de la forme. C'est la très belle interprétation de ses jeunes acteurs qui sauve "Come as you are". Chloé Grace Moretz, dans une jolie prise de risque, donne vie avec élégance à Cameron, tandis qu'à ses côtés, les seconds rôles ne sont pas en reste. La prestation de Sasha Lane sort sans aucun doute du lot, tant la jeune femme irradie dans chaque scène où elle intervient. En comparaison, les "adultes" du casting semblent moins convaincants, tant les jeunes interprètes sont remarquables. 

S'il réussissait à prendre son envol, "Come as you are" serait une belle réussite. Il se cantonne hélas à être un teen-movie un peu au-dessus de la moyenne. Desiree Akhavan, sa réalisatrice, oeuvrant sur son terrain de prédilection, ne parvient pas vraiment à convaincre, sans cependant laisser le spectateur indifférent. Ce peut être décevant, mais c'est déjà ça.









samedi 24 août 2019

Le mystère Henri Pick (2019)


Le romancier David Foenkinos a déjà plusieurs fois inspiré le cinéma : on se souviendra (ou pas) de "Je vais mieux" ou des "Souvenirs" (et c'est sans compter "La délicatesse", qu'il co-réalisa. Quand un de ses romans fut adapté au grand écran par Rémi Bezançon (à qui l'on devait déjà "Ma vie en l'air", par exemple), on aurait pu s'attendre à un joli succès, tant la combinaison des talents était prometteuse. Hélas, "Le mystère Henri Pick" passa sous pas mal de radars, malgré la présence du bouillonnant Fabrice Luchini en tête d'affiche. Il est peut-être temps de redonner sa chance à ce film français.

Dans une bibliothèque de Bretagne, une jeune éditrice découvre un rayon consacré aux manuscrits refusés par les éditeurs. Sous le charme de sa lecture, elle décide de le publier : c'est vite un triomphe. Seulement, son auteur, Henri Pick, pizzaiolo de profession, est décédé et, selon sa veuve, n'avait jamais rien écrit.
Dubitatif, le célèbre critique littéraire Jean-Michel Rouche est, de son côté, convaincu que ce best-seller est une supercherie. Il va mener l'enquête, aux côtés de la propre fille d'Henri Pick...

C'est en quelque sorte un polar littéraire que nous proposent Rémi Bezançon et David Foenkinos. L'exercice peut être intéressant, le monde de l'édition, souvent mal connu, valant bien un autre territoire, après tout. La plongée dans l'envers du décor s'avère plutôt réussie (sans doute parce que le romancier sait de quoi il parle). Évitant les clichés, Rémi Bezançon, habile réalisateur dont on avait goûté le très beau "Le premier jour du reste de ta vie" ou l'amusant "Ma vie en l'air", ajoute avec ce film un jolie pièce à sa filmographie. Dommage que le public ne l'ait pas suivi : il s'est privé d'un petit film bien agréable et plutôt futé.

Pour une fois, alors qu'on aurait pu le redouter, le thème étant un de ses terrains privilégiés, Fabrice Luchini n'en fait pas des tonnes et donne à son personnage la fragilité nécessaire à sa crédibilité. A ses côtés, Camille Cottin offre une prestation fraîche et vive, correspondant parfaitement à son personnage et permettant d'équilibrer le duo qu'elle forme avec Fabrice Luchini. A l'arrière, dans des rôles d'appui, Bastien Bouillon se montre lui aussi convaincant, tandis que (puisqu'il faut un bémol), Alice Isaaz l'est moins, paraissant bien jeune pour le rôle qu'elle endosse. On remarquera aussi la brève prestation d'Hanna Schygulla, égérie de Fassbinder. 

Plutôt malin, souvent émouvant et assez élégant, "Le mystère Henri Pick" méritait sans doute mieux que son échec au box-office. Faisant appel aux neurones de son spectateur en douceur, il permet de passer un bon moment, sans forcément débrancher son cerveau. Voilà une prouesse que peu de films réussissent à accomplir.


jeudi 25 juillet 2019

A l'heure des souvenirs (2017)


Quand on explore son passé, en regardant dans le rétroviseur, il est bien des choses qu'on ferait autrement. Nombre de films se sont essayé à l'exercice qui consiste à renvoyer un personnage à ce qu'il était. Le très britannique "A l'heure des souvenirs", avec dans le premier rôle Jim Broadbent, fut l'occasion, il y a peu de temps, d'avoir une nouvelle version de ce jeu de miroir. Quand la vieillesse arrive, comment regarde-t-on sa jeunesse ? A-t-on des regrets, des remords, des fiertés ? Ce film ayant eu peu de succès à sa sortie, voici l'occasion de se pencher sur son sort.


Tony Webster, vieil homme tranquille et futur grand-père, voit sa routine bousculée le jour où , dans son testament, la mère de Veronica Ford, son premier amour, lui lègue un journal intime. Plus étonnant encore : il s'agit de celui d'Adrian, qui fut autrefois le meilleur ami de Tony. Alors ce dernier veut comprendre le pourquoi de cet héritage. En cherchant les raisons de ce geste, il va explorer ses souvenirs, ses secrets, ses fantômes...

Ritesh Batra, déjà aux commandes du très chouette "The lunchbox", adapte ici un roman, "Une fille qui danse", de Julian Barnes, qui cherchait, dans son livre, à explorer les petits arrangements que l'on fait avec son passé. Le résultat est un film plutôt réussi, parfois troublant, souvent émouvant et profondément humain. Doté, en plus d'un ton so british qui est pour beaucoup dans le charme qui se dégage de cette histoire, toute en mélancolie. 


Certes, quelques longueurs sont à déplorer et on pourra pointer du doigt quelques facilités, mais l'ensemble du long métrage est de bonne facture et permet de passer un moment agréable, parfois doux-amer, mais "A l'heure des souvenirs" ("The sense of an ending", dans sa version originale), sans être inoubliable, est un joli petit film. 

Et puis, il y a Jim Broadbent, second rôle souvent remarqué (tout le monde se souvient du père de Bridget Jones ou des ses passages dans la saga Harry Potter), qui trouve ici un rôle lui allant comme un gant. A lui seul, incarnant un homme sur le seuil de la vieillesse, il justifie le visionnage de "A l'heure des souvenirs".

Certes, ce film ne marquera pas le septième art et risque fort de ne pas impacter la mémoire de ceux qui l'auront vu, mais il a un charme fou et une grande humanité. Beaucoup ne peuvent en dire autant.