jeudi 13 mars 2014

Un coup de tonnerre (2005)


Ray Bradbury est l'un des romanciers auxquels la science-fiction doit beaucoup. Auteur de "Fahrenheit 451" (adapté en son temps au cinéma par François Truffaut) ou des "Chroniques martiennes", il s'est également attaqué au thème riche du voyage dans le temps avec "Un coup de tonnerre". Cette nouvelle peu connue a servi de base au scénario d'un film de Peter Hyams, réalisateur du classique "Outland" ou de la suite de "2001, odyssée de l'espace", mais qui traîne aussi pas mal de casseroles (je songe notamment à "La fin des temps"). Lorsque "Un coup de tonnerre" sortit dans les salles américaines, ce fut un échec cuisant (il rapporta à peine deux millions de dollars pour un budget de cinquante millions), tant et si bien qu'il eut droit, dans nos contrées, au sort souvent peu enviable du direct-vidéo.

En 2055, une agence de voyages dirigée par le machiavélique Charles Hatton propose une expédition hors du commun : partir pour quelques minutes dans le passé lointain, à la chasse à l'allosaure. Le marché est juteux, malgré l'opposition de quelques scientifiques inquiets devant les conséquences potentielles d'une telle manœuvre. Lors d'un aller-et-retour dans le passé, un incident se produit, qui va entraîner des retombées funestes : l'un des touristes tue un papillon préhistorique. Le cours de l'évolution s'en trouve modifié. Travis Ryer, en charge du programme et qui accompagne les chasseurs de dinosaures, va devoir tenter de réparer les dégâts. 

Doté d'un budget plus que confortable, "Un coup de tonnerre", malgré son titre peu vendeur, avait tout pour être un film intéressant. Le pitch, à première vue, pouvait donner envie d'aller voir de plus près. Les malheureux qui s'y risqueront regretteront vite leur témérité. Dès les premières scènes, le ton est donné : "Un coup de tonnerre" est irrémédiablement moche et mal fichu au point qu'on hésite à poursuivre l'expérience.

En quelques séquences, en effet, le réalisateur saborde le peu d'intérêt qui restait au film (déjà bien amoché par les choix de la direction artistique et la perruque de Ben Kingsley). Alors qu'il suffit à certains cinéastes de peu de choses pour faire comprendre qu'un dinosaure approche (l'ondulation à la surface d'un verre d'eau, pour prendre un exemple qui parlera à tout le monde), Peter Hyams fait approcher son allosaure avec la finesse d'une enclume, réutilisant sans vergogne les mêmes images de synthèse (d'une laideur à peine croyable) et les mêmes effets (agitons violemment la caméra, ça fera sûrement son petit effet, s'est sans doute dit le réalisateur).

Les conditions de tournage catastrophiques peuvent, en partie, expliquer le désastre. Les pluies diluviennes qui détruisirent les décors et causèrent la faillite de la société de post-production sont au nombre des excuses que pourraient brandir les producteurs de ce film. Elles sont irrecevables. Devant pareille médiocrité, une seule option est envisageable : envoyer ce film aux oubliettes et ne pas le sortir. 

Si vous tenez absolument à gaspiller une heure et demie de votre vie, devant des effets spéciaux médiocres, à côté desquelles n'importe quelle cinématique de jeu vidéo est un chef d'oeuvre, à subir une histoire bourrée d'incohérences (le genre ne supportant guère la médiocrité) réalisée comme un film de vacances, ce film est fait pour vous. Mais je vous plains.

Du côté de l'interprétation, le bilan n'est pas meilleur. On peut sans mal accabler Edward Burns, dans l'un de ses pires choix de films depuis longtemps. Ben Kingsley, capable du meilleur ("Gandhi", "La liste de Schindler") comme du pire ("La dernière légion"), touche ici le fond, au point qu'on est parfois gêné pour lui. Enfin, notons la prouesse de Peter Hyams qui réussit à rendre la très belle Catherine McCormack totalement fade (oui, c'est de la mauvaise foi, et j'assume totalement).

On pourrait se demander où sont partis les cinquante millions de dollars de budget. J'espère que les acteurs ont pu, grâce à leurs cachets, se payer du bon temps ou régler quelques factures qui traînaient. la présence de "Un coup de tonnerre" dans leur filmographie est désormais une affaire entre eux et leur conscience.


12 commentaires:

  1. Je te rejoins totalement : un film immonde, moche et mal joué.

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    1. A oublier de toute urgence, en effet : sur un thème riche de promesses, Hyams livre ici un truc qui aurait mérité de ne pas sortir du néant.

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  2. Je me souviens quand j'avais vu une photo dans Mad Movies qui fait une rétrospective sur Peter Hyams, je m'étais dit que ça puait le téléfilm. Plusieurs fois j'ai songé à le voir lors de ses passages sur la TNT, mais bizarrement jamais voulu. Ensuite à chaque fois que Mad en parle je rigole comme pas possible. Il y a quelques mois, ils en parlaient encore en parlant de films de science fiction qui ont très mal tourné comme Battlefield Earth, John Carter, Prisonniers du temps ou Rollerball. D'ailleurs, le même studio que Battlefield a produit ce Coup de tonnerre. Mad disait que Renny Harlin était sur le projet tout comme Pierce Brosnan pour le rôle principal; le studio a déposé le bilan engendrant un manque de pognon pour les sfx et comme Warner s'était fait entuber avec la merde de Travolta, ils n'ont rien fait pour sauver le film du naufrage, l'ont distribué de la pire des manières et le film de tomber dans les limbes.

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    1. Ce film partait mal, dès sa genèse, et ça s'est confirmé pendant le tournage, puis après. Un exemple parfait de naufrage total, du début à la fin.
      Tu peux l'éviter sans aucun regret, camarade Borat !

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    2. Je le verrais bien un jour histoire de voir à quel point c'est mauvais.

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    3. Sur ce point, je pense que tu ne seras pas déçu : c'est TRES mauvais.

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  3. Ah, les effets spéciaux....pas super :/ . Pourtant j'ai bien aimé l'histoire ! Dommage que le reste (acteurs, effets visuels...) ne suivent pas.

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    1. A la base, l'histoire (l'effet "papillon" au sens strict du terme) aurait pu donner quelque chose d'intéressant, mais son traitement en fait un véritable naufrage...
      Merci de ton passage.

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  4. J'avais un peu zappé ce navet (faut dire que Hyams est devenu depuis très longtemps l'ombre du cinéaste prometteur qu'il était au temps d'Outland ou Capircorn One) pourtant tiré d'une célèbre nouvelle de Bradbury. Un auteur qui, contrairement à Dick, peine à trouver des metteurs en scène dignes de son rang dans la SF.

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    1. Inutile de chercher à lui offrir une séance de rattrapage, il n'en vaut pas la peine. Il est vrai que Bradbury mériterait mieux.
      Merci d'être passé.

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  5. Un film raté par un Peter Hyams qui a quand même réalisé Outland ! Sûrement plombé par les montages des producteurs.

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    1. Certes, on peut incriminer le montage, la post-production et ses effets spéciaux désastreux. Mais la réalisation est assez médiocre également...

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