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dimanche 12 octobre 2014

Cyprien (2008)


Signe des temps, les geeks envahissent les écrans, grands et petits : cette partie de la population, souvent plus à l'aise avec les ordinateurs que les véritables personnes, baignant dans une culture devenue mainstream, et refusant souvent de grandir, tient les commandes de bon nombre d’œuvres à succès. La très drôle série "The big bang theory", pour ne citer qu'elle, donne un bel aperçu de la vie quotidienne de cette étrange peuplade (à laquelle j'avoue me sentir souvent affilié). Au cinéma, c'est une autre paire de manches : les geeks sont souvent des personnages secondaires, parfois caricaturaux (je songe notamment à "Die Hard 4", par exemple). Pour en pas être en reste, le cinéma hexagonal a aussi utilisé cet archétype, pas toujours de la façon la plus fine. L'équipe de "Cyprien", Elie Semoun en tête, a essuyé un bel échec, 

Cyprien, à 35 ans, est un garçon timide, au physique disgracieux, s'y entendant plus avec les ordinateurs qu'avec le genre humain. Informaticien au sein du magazine "Dress code", il voit passer les top-models sans pouvoir espérer approcher la première femme venue. Toujours puceau, Cyprien ne s'épanouit que derrière un écran d'ordinateur, avec ses potes geeks. Quand il est licencié, sa vie s'effondre. Mais le destin va lui offrir une seconde chance, sous la forme d'un déodorant magique. Métamorphosé, Cyprien va devenir l'opposé de ce qu'il a toujours été.

A lire le pitch que je viens de vous livrer, n'importe qui pourra deviner le déroulement de l'histoire de Cyprien, mijoté à partir du personnage recherchant une "blonde à forte poitrine" dans les célèbres petites annonces d'Elie Semoun. Malheureusement, ce qui peut alimenter (et encore !) un court sketch ne peut en aucun cas devenir un long métrage. Les quelques sourires qu'on peut avoir lors des premières scènes deviennent vite crispés, avant de céder à l'agacement, puis à l'ennui.
Malgré la présence de toute sa bande (ou peut-être à cause d'elle, justement), Elie Semoun n'est presque jamais convaincant. A force de gags répétitifs et souvent lourds, de vannes éculées et d'artifices visuels grossiers, voire grotesques, "Cyprien" est une comédie pas drôle : un comble. Mais le pire reproche qu'on puisse lui faire reste de traiter ses personnages par le mépris.

David Charhon, le réalisateur, livra ici son premier long métrage et, après le bide sévère de "Cyprien", eut une deuxième chance en mettant en scène "De l'autre côté du périph'". C'est heureux pour lui car, entre un scénario inintéressant et prévisible, des personnages de l'épaisseur d'un papier à cigarette et de multiples placements de produits (une tendance particulièrement affligeante, à mes yeux), son premier galop d'essai avait tout de l'accident industriel.

La caricature est un art et, en regardant "Cyprien", on ne peut que constater qu'il n'est pas maîtrisé par Elie Semoun et sa bande. Traçant à gros traits gras le portrait d'un nerd puceau et de sa bande, le film donne l'impression de se moquer de ses personnages, alors qu'un regard plus attachant aurait été salutaire. Au lieu de cela, c'est une succession de gags sentant le réchauffé, voire le brûlé, que nous sert Elie Semoun. Ceux qui l'ont apprécié dans ses petites annonces, qui bégayaient déjà sérieusement, risquent, s'ils ont la mémoire courte, de trouver cette pochade à leur goût.
Les autres passeront leur chemin, cela vaut mieux.