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mardi 3 septembre 2019

Le nouveau protocole (2008)




Les scandales pharmaceutiques ont fait la une des journaux à plusieurs reprises, ces dernières années. Alors, forcément, ce sujet a pu inspirer les cinéastes. On se rappelle, notamment, de "La fille de Brest", mais pas forcément du film "Le nouveau protocole", réalisé par Thomas Vincent. Avec en tête d'affiche Clovis Cornillac et Marie-Josée Croze, ce long métrage annonçait la couleur : il s'agissait d'une quête de la vérité. Peu nombreux furent celles et ceux qui répondirent à l'invitation. 


Parce que son fils est mort, dans un accident de voiture, Raoul Kraft est en colère. Ce père divorcé connaissait mal son enfant et découvre à sa mort qu'il faisait partie d'un essai thérapeutique, non sans risques. Quand surgit Diane, une jeune femme qui a elle aussi perdu un proche inclus dans un essai clinique, Raoul décide de remonter la piste. Tous deux en sont convaincus : à servir de cobayes, ceux qu'ils aimaient l'ont payé de leur vie. 
Mais, face à eux, l'adversité est puissante et omniprésente. 

Un soupçon de paranoïa, pas mal de poursuites et beaucoup de nervosité. Thomas Vincent, avec ce film, s'essaie au thriller sur les chapeaux de roues, en répondant aux nombreuses contraintes du genre.  Pour compliquer un peu plus l'exercice, c'est en s'attaquant à un sujet sensible qu'il le fait. L'idée était louable, c'est son traitement qui pêche. Rapidement, le scénario semble tourner en rond et doit, pour avancer, utiliser des ficelles un peu trop visibles. La crédibilité de l'ensemble en prend un vilain coup, malgré un ton et une image très ancrées dans un réalisme bienvenu. 

Malgré de nombreuses incohérences et pas mal de maladresses, le film a quelques beaux atouts dans sa manche, notamment parce qu'il explore un sujet des plus intéressants et que son interprète principal est étonnamment convaincant. Si Clovis Cornillac, omniprésent dans le cinéma français d'il y a quelques années, avait pu agacer (moi le premier, je le reconnais), il se montre ici en phase avec son personnage et livre une prestation de qualité. Face à lui, Marie-Josée Croze, d'ordinaire appréciable, en fait souvent trop, s'égarant dans la composition d'une pasionaria militante prête à tout, mais finalement pas très organisée (on se demande comment elle a pu échapper à ses poursuivants jusque là). 

Partant d'une intention louable, "Le nouveau protocole" ne remplit (hélas) pas sa part du contrat, faute d'une vraie cohérence et, surtout, d'une conclusion tenant debout. Sans divulgâcher sa fin, cette dernière n'est pas à la hauteur de ses promesses, comme si le scénariste n'arrivait pas à traiter complètement son sujet. En se prenant les pieds dans le tapis, il bâcle sa dernière partie et, du coup, plombe lourdement l'ensemble du film.


vendredi 14 décembre 2018

Pour elle (2008)



Avant de se tourner vers la comédie (notamment "Radin !" ou le récent "Le jeu"), Fred Cavayé, ancien photographe de mode, s'est fait un nom avec des films où l'action était omniprésente. Ainsi, il réalisa coup sur coup "Pour elle", "A bout portant" et "Mea culpa". Le premier de ces films, qui était également son premier long métrage, mettait en scène Vincent Lindon, habitué des rôles d'hommes ordinaires trouvant au fond d'eux le courage (je songe notamment à l'épatant "La loi du marché" ou à "Welcome"). Appréciant particulièrement cet acteur, j'ai eu envie de visionner de film, condamné depuis à hanter les grilles des programmes télévisés.

Lisa et Julien forment un couple des plus heureux, avec leur fils Oscar. Tout va pourtant basculer en un instant : sans comprendre comment ni pourquoi, Lisa est arrêtée et emprisonnée, pour le meurtre de sa patronne. Alors que tout l'accuse et que Lisa est sur le point de renoncer, Julien décide de la faire évader de prison. Celui qui était un honnête professeur de lycée va se montrer prêt à tout, pour elle.


Si le pitch du film peut laisser penser qu'on va assister, dans "Pour elle", à la métamorphose d'un homme, et que le moteur de cette mutation est l'amour qu'il porte à sa femme, ce parcours n'est pas l'objet principal du film. Fred Cavayé, pour son premier film, le revendique haut et fort : "Pour elle" est un film d'action, un thriller louchant fortement vers ceux venus d'outre-Atlantique. Le réalisateur a sans doute vu et apprécié "Le fugitif" et ses cousins, films où le héros doit, seul contre tous (et contre les autorités) prouver son innocence, ou celle de son aimée.

Une fois ce postulat posé, il faut reconnaître que l'ouvrage remplit le cahier des charges : on ne s'ennuie pas une seconde, en compagnie d'un Vincent Lindon toujours épatant et d'une Diane Krueger convaincante (en tout cas bigrement plus que dans le registre comique, comme dans "Un plan parfait", par exemple). Si l'on laisse de côté son esprit critique et qu'on veut simplement se divertir, "Pour elle" est de ces produits parfaitement calibrés et remplit sa mission, quitte à être rapidement oublié après son visionnage.

Par contre, si l'on se penche un peu plus sur son cas, et malgré une réalisation efficace, on déplorera l'usage abusif de ficelles scénaristiques (les héros échappent toujours au danger de justesse) et, surtout, l'absence de traitement d'une partie vitale de l'intrigue au profit de l'action. En effet, bien que le début du film le laissait envisager, "Pour elle" évacue très rapidement la question de l'innocence de l'héroïne et du rétablissement de la vérité : l'adrénaline avant tout, donc.

Si, sur la forme, "Pour elle" remplit parfaitement sa mission, en posant son ambiance et en déroulant son action tambour battant, il peut décevoir sur le fond. Se souciant de la psychologie de ses personnages comme d'une guigne et laissant de côté nombre de questions, le film taille sa route, mais peut laisser les spectateurs exigeants sur le bas-côté.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film réalisé par un non-réalisateur à l’origine"

lundi 2 juillet 2018

Parlez-moi de la pluie (2008)


Le tandem Bacri-Jaoui nous a donné quelques uns des plus beaux scénarios du cinéma français (avis tout personnel, que j'assume, merci). De "On connaît la chanson" à "Un air de famille", Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri offrirent de la belle matière à plusieurs réalisateurs, raflant souvent des récompenses pour leur talent d'écriture à quatre mains. Quand Agnès Jaoui passa de l'autre côté de la caméra avec le très beau "Le goût de autres", Jean-Pierre Bacri continua de collaborer avec elle, jusqu'au récent (et très appréciable) "Place publique". Chaque fois, le duo fait se percuter des personnalités et jette un regard sur les rapports humains, toujours avec justesse. Mais tous les films d'Agnès Jaoui ne furent pas accueillis avec succès. "Parlez-moi de la pluie", par exemple, est passé sous le radar de pas mal de spectateurs.


Réalisateur de documentaires,  Michel Ronsard entraîne Karim dans un film sur Agathe Villanova, engagée en politique et féministe, qui revient à justement dans la maison de son enfance où vit sa sœur et la famille de celle-ci, sous l’œil bienveillant de Mimouna, la mère de Karim, qui a toujours suivi la famille Villanova. C'est un été au cours duquel toutes et tous vont voir leurs vies bousculées et leurs certitudes ébranlées.



Celles et ceux qui suivent ce blog savent à quel point j'apprécie le talent de Jean-Pierre Bacri, grognon magnifique du cinéma français (mais pas que) et tout autant celui d'Agnès Jaoui. Vous imaginez bien que je ne pouvais passer à côté d'un film où tous deux se rencontrent, qui plus est en ayant collaboré au scénario. Dans le cas présent, fidèles à leur sujet de prédilection, ils se penchent une nouvelle fois sur les rapports humains, les liens familiaux, les ambitions personnelles et les apparences (entre autres). Comme toujours, le trait est fin, adroit et l'observation plutôt habile.

Cependant, il faut bien reconnaître qu'on n'a pas l'impression, tout au long de cet été où les faiblesses des protagonistes se révèlent et où les faillites les font avancer, de toucher du doigt l'âme des personnages, comme ce fut le cas dans les précédents opus des Jabac (pour reprendre le surnom quel leur donnait Alain Resnais). Malgré toute l'affection qu'on peut avoir pour eux, les héros de "Parlez-moi de la pluie" peuvent laisser le public sur le bord de la route.

Il y a quelque chose qui fait penser aux films de Claude Sautet, dans ce long métrage, mais on n'y retrouve que peu la "patte" Jaoui-Bacri et, ces deux-là ayant placé la barre assez haut dans le cinéma hexagonal, se corsant un peu plus la tâche en convoquant (volontairement ou non) l'un des maîtres français du genre. Heureusement, il y a le casting, qui joue avec finesse la partition parfois un peu faiblarde écrite pour lui. Si l'on est évidemment ravi de retrouver Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, ils se sont excellemment entourés : de Djamel Debbouze, qui prouve un vrai talent dramatique, à Pascale Arbillot, en passant par la touchante Mimouna Hadji, et j'en passe, la distribution de ce voyage en mélancolie en fait oublier les mollesses. 

Ce n'est sans doute pas le meilleur opus qu'ait pu proposer le duo Jaoui-Bacri. Mais il contentera les admirateurs de ces deux grands acteurs et scénaristes. Il ravira aussi les amoureux des acteurs et de ce cinéma qui prend le temps de se pencher sur ses personnages.






mardi 3 avril 2018

Tellement proches (2008)


Avant le phénoménal (et plutôt mérité, si vous voulez mon avis) succès de leur "Intouchables" et du récent "Sens de la fête", Eric Toledano et Olivier Nakache avaient proposé aux spectateurs plusieurs longs métrages sans déchaîner l'enthousiasme. Ainsi, "Je préfère qu'on reste amis" ou "Tellement proches", qui sont aujourd'hui archi-diffusés sur les chaînes de la TNT, ne laissaient en rien augurer du futur (et tout proche) triomphe à venir. Alors, sommes-nous passés à côté de films qui méritaient mieux que ça ? Comme j'ai déjà évoqué, il y a quelque temps, le premier des deux films cités, voici venu le tour du deuxième.

Alain et Nathalie ont deux enfants, dont le très turbulent Lucien. Immature, Alain supporte tant bien que mal la famille de Nathalie. Jean-Pierre, le frère de Nathalie est marié à Catherine et leur fille aînée est l'objet de toutes leurs attentions. La sœur cadette de Jean-Pierre et Nathalie,  Roxane, cherche désespérément le père de ses futurs enfants. Ce soir-là, comme chaque samedi, tout le monde se retrouve pour dîner chez Nathalie et Jean-Pierre. Bref, une famille comme les autres, ou presque...

Les histoires de famille (et de belle-famille), tout le monde en a : mais celle-là est particulièrement gratinée et semble avoir concentré tous les travers possibles. Ce sont donc des échanges humains particulièrement intenses auxquels nous avons droit dans "Tellement proches". 
Mais, là où nombre de réalisateurs et scénaristes auraient voulu faire rire aux dépens de leurs personnages, Toledano et Nakache se démarquent par l'affection, pour ne pas dire l'amour, qu'ils portent aux protagonistes de leur film. A l'instar de ce qu'ils livreront par la suite, les héros de "Tellement proches !" ont tous de quoi déclencher l'empathie, malgré leurs défauts (ou à cause d'eux, justement). Même si ce sont ces travers qui alimentent l'histoire et même si ces travers sont parfois poussés à leur maximum, parce que le procédé le veut (on est dans une comédie, après tout).

L'amour, ou au moins le respect, que les deux auteurs portent à leur personnage est sans doute la clé de voûte de ce film, comme de leurs autres opus. C'est également ce qui en fait la réussite : se mettant dans des situations pour le moins compliquées, les protagonistes de "Tellement proches" restent attachants et ne provoquent jamais le rejet de la part du spectateur. Ils sont humains, avant tout, et nous le prouvent par leurs erreurs. Quelque part, c'est rassurant

La mise en scène, pour élégante qu'elle soit, reste discrète et n'est pas le principal atout de ce film (les plans-séquences, par exemple, seront plus tard utilisés avec brio Nakache et Toledano dans "Samba" ou "Le sens de la fête"). Ce sont les personnages, avant tout, qui sont le meilleur de ce film, imparfait mais chaleureux. Pour les incarner, on retrouve Vincent Elbaz (décidément abonné au registre de l'adulte immature, mais qui se fait donner la leçon par plus jeune que lui), François-Xavier Demaison, plus convaincant que d'habitude, ainsi qu'Omar Sy, un des fidèles du duo de réalisateur. C'est toujours un réel plaisir que de retrouver Isabelle Carré, dont la fraîcheur illumine chacune de ses apparitions. Enfin, Joséphine de Meaux et Audrey Dana complètent le sextet en première ligne de ce film. En arrière plan, une ribambelle de seconds rôles assurent la solidité de l'ensemble : là aussi, c'est l'une des marques de fabrique du duo Nakache-Toledano, et une des raisons de leurs réussites. 

Sans atteindre le niveau de leurs films suivants, "Tellement proches", par sa sincérité et surtout le respect qu'il inspire et qu'il suscite, augure de belles choses. Il se voit (ou se revoit) avec plaisir, en grande partie grâce à ses personnages. Nombre de comédies ne peuvent en dire autant.



mardi 14 novembre 2017

Appaloosa (2008)


Le western, genre majeur du cinéma de l'âge d'or (vous savez, cette période située en général "avant"...) est tombé en désuétude depuis plusieurs décennies. Hormis quelques jolies exceptions (on pense évidemment à "Danse avec les loups" ou "Silverado") ou quelques incartades flirtant avec d'autres genres (comme "Bone Tomahawk"), il est rare, très rare qu'un western fasse parler de lui, et encore plus rare qu'il draine les foules, comme autrefois, au temps de John Wayne ou, plus proche, de sa déclinaison spaghetti. Ed Harris, amoureux du genre et grand acteur, réalisa il y a quelques années "Appaloosa" qui, malgré un casting en or massif, n'attira que peu de monde dans les salles.

1882 : Cole et Hitch sont deux amis qui parcourent l'ouest américain pour faire régner l'ordre, arme à la main, devisant peu mais visant juste.
La ville d'Appaloosa est mise en coupe réglée par Randall Bragg, qui a d'ailleurs assassiné le dernier shérif. Qu'à cela ne tienne : Hitch et Cole vont faire revenir l'ordre, à la demande des notables d'Appaloosa. C'en est fini, pourrait-on croire des méfaits de Bragg et de sa bande.
Quand surgit dans la ville la troublante Allison French, tout se complique encore...

Pour son deuxième film en tant que réalisateur, après "Pollock", Ed Harris, acteur que l'on ne présente plus, s'est lancé dans une adaptation d'un roman de Robert B. Parker, surtout connu pour ses romans policiers. Il n'a pas choisi la facilité, puisque "Appaloosa" n'est pas de ces westerns "faciles", dont la résolution est souvent écrite à l'avance. Dans le cas présent, Ed Harris se permet de vrais moments de lenteur et de contemplations, alternant avec des scènes d'action souvent brèves parce que réalistes (arrêtons de croire qu'on court comme un lapin après avoir pris une cartouche !). En visionnant le résultat, on ne peut que se féliciter de ses choix, tant esthétiques que scénaristiques.

L'autre gros atout de "Appaloosa" est constitué de ses personnages, du calibre de ceux qu'on n'oublie pas, incarnés par des interprètes remarquables. Entre Ed Harris, en froid justicier se laissant séduire par la peu farouche et Viggo Mortensen, en fidèle second, spectateur des décisions de son ami, le duo d'acteurs qui mène "Appaloosa" force l'admiration, une fois de plus. Les seconds rôles sont à l'avenant : Jeremy Irons est remarquable dans le rôle du "méchant" (les guillemets ne sont pas superflus), tout comme Renée Zellweger, qui montre une nouvelle facette de son talent (il était temps). Enfin, on ne peut que se réjouir de croiser, même rapidement, les grands Lance Henriksen ou Timothy Spall.

L'histoire d'hommes (et de femme) que nous narre Ed Harris, dans le cadre de la ville d'Appaloosa, prend parfois des tours curieux. Mais ce film est constamment intéressant, que ce soit pour son fond comme pour sa forme. Genre devenu rare, le western accouche de temps à autre des jolies pépites : cet "Appaloosa" en fait partie.









jeudi 27 juillet 2017

Go fast (2008)


L'été, il est de coutume d'être moins exigeant : le spectateur peut se laisser aller à voir un film qu'il aurait dédaigné en temps normal. On peut mettre quelques neurones en vacances et choisir de passer du bon temps, sans trop réfléchir. L'autre soir, j'ai laissé ma zappette m'offrir "Go fast", tentative française de thriller . J'étais passé à côté de ce film lors de sa sortie. Alors, pourquoi pas, d'autant plus qu'il entrait dans le cadre de ce blog (à savoir un insuccès, public pour le coup). Mauvais timing aidant, j'ai loupé le générique et n'avais donc pas intégré la présence du logo "Eurocorp" à la production. Si je l'avais vu, j'aurais peut-être pu m'attendre à un traitement plus proche de "36 quai des orfèvres" que de "Taxi".

Marek est policier et lutte avec ses collègues contre le trafic de stupéfiants. Lors d'une opération qui tourne mal, ceux qui travaillent avec lui sont tués sous ses yeux. Peu après, encore marqué par ce drame, Marek est muté dans une nouvelle unité de la police judiciaire : il va devoir infiltrer un réseau de trafiquants, dont la spécialité est le go-fast. A l'aide d'automobiles souvent volées et chargées de dizaines de kilos de cannabis, les bandits remontent à toute vitesse l'autoroute de l'Espagne jusqu'à Paris.
Pour Marek, la mission s'annonce difficile...

En général, lorsqu'une production Eurocorp s'annonce, il est question de flingues et de grosses cylindrées, de préférence des Audi (Luc Besson doit avoir un faible avec cette marque, ça n'est pas possible autrement). Par contre, dans ces films cherchant à tout prix à attirer un maximum de public dans les salles (le public en question étant généralement composé de jeunes mâles que la présence de grosses voitures et de flingues émeut fortement), la vraisemblance est aux abonnés absents. En cela, le début (et l'affiche, du moins dans son tiers inférieur) de "Go Fast" peut étonner : c'est la carte du réalisme qui est brandie, dirait-on, du moins dans les premières séquences. Enfin, cet argument du réalisme ne tient que si l'on est client de cette vision qu'en offre souvent le petit écran, plus particulièrement lorsqu'il est en quête de sensationnalisme et en devient très critiquable.

On peut donc grimacer devant les passages louchant fortement vers le documentaire sur l'entraînement du RAID, tendance M6 du dimanche soir, s'agacer que le réalisateur se sente obligé de jouer des textes incrustés pour aider les spectateurs, et même sourire lors de scènes où les trafiquants expliquent comment ils produisent leur cannabis, dignes de certaines publicités pour du café (j'avoue, j'ai pensé "Il est bon, ton cannabis, El Gringo").

Enfin, quitte à enfoncer le clou : le scénario prend souvent les spectateurs pour des idiots, insistant lourdement pour qu'ils comprennent ce qui se passe. Là où d'autres metteurs en scène auraient fait preuve de finesse, en laissant le public réfléchir un petit peu, Olivier Van Hoofstadt se retrouve réduit à expliquer ce qui se passe. L'exemple le plus flagrant est celui où le héros se retrouve face aux deux meurtriers de ses collègues et fixe l'arme qu'arbore l'un d'entre eux. Non content de faire dire au criminel que c'est l'arme d'un policier qu'il a tué (ce qu'on aurait pu comprendre de façon plus fine), le film nous assène un flash-back où l'on revoit la scène, histoire de bien comprendre d'où vient l'arme (dont ce sera la seule utilité dans le scénario, soit dit en passant). 

L'interprétation, pas toujours heureuse, laisse penser que les acteurs ont été peu dirigés et qu'ils font
leur numéro dans leur coin, quitte à livrer des prestations caricaturales : Roshdy Zem fait souvent la gueule, Olivier Gourmet n'a qu'un rôle très anecdotique et la caméra s'attarde souvent (comme par hasard) sur le joli décolleté de Catalina Denis (sans doute pour faire plaisir au public mâle dont je parlais plus haut). Et je vous épargne le personnage inutile d'un agent américain joué par Grégory Gadebois (acteur que j'apprécie pourtant), avec un accent plutôt rigolo. 

Se targuant d'un ton réaliste, "Go Fast" laisse cependant songeur : on aimerait savoir que les forces de l'ordre disposent de tels moyens, mais il est permis d'en douter. Le seul budget "automobile" du film aurait sans doute permis à pas mal de cinéastes de mettre en scène des œuvres moins oubliables et, surtout, qui apportent quelque chose au spectateur. Malgré un début prometteur, vite torpillé par le traitement asséné au sujet, "Go Fast" devient vite un énième film avec des voitures et de la violence, genre dont l'intérêt m'échappe. 

Il est amusant de constater qu'Olivier Van Hoofstadt met en avant les mêmes personnages sur lesquels il tirait à boulets rouges dans "Dikkenek". En deux films, le réalisateur réussit à lier thèse et antithèse : il y a de quoi être admiratif...ou pas.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, dans la catégorie "Un film policier/thriller".


samedi 22 juillet 2017

Erreur de la banque en votre faveur (2008)



Si, lorsqu'il s'agit de scénariser un film, le travail en équipe est fréquent, les réalisateurs œuvrant de pair ne sont pas si nombreux. Il en existe pourtant qui ne conçoivent la mise en scène que si elle est partagé. On songe évidemment aux frères Coen ou Dardenne. A un autre bout du spectre cinématographique, Gérard Bitton et Michel Munz ne sont sans doute connu que dans l'hexagone, pour avoir scénarisé la saga "La vérité si je mens !" et avoir coréalisé "Ah ! Si j'étais riche", leur plus grand succès. Traitant également des effets pervers de l'argent, "Erreur de la banque en votre faveur" n'a guère marqué les mémoires. Cette comédie vaut-elle d'être repêchée ?

Après des années passées à servir les riches dirigeants de la banque Bertin-Schwartz, en tant que majordome, Julien Foucault est remercié, comme on dit.
Qu'à cela ne tienne, il va pouvoir réaliser son rêve : ouvrir un restaurant, avec son meilleur ami Etienne, qui gâche son talent dans une pizzeria. Seulement, malgré ses années de service, la banque lui refuse le prêt qui permettrait de réaliser ce rêve. Julien décide alors d'utiliser ce qu'il a entendu, en servant ses employeurs, afin de s'enrichir en bourse.

Avec "Erreur de la banque en votre faveur" (le titre est mensonger, soit dit en passant, puisqu'il n'y a nulle erreur de banque dans ce film), nous revoilà en territoire connu : celui de la comédie française. Le ressort principal est connu, puisqu'il alimenta maints longs métrages : la différence de statut entre les deux partis qui s'affrontent (on n'ira pas jusqu'à parler de lutte des classes). Portant haut les valeurs de solidarité populaire contre le cynisme des élites, Bitton et Munz revendiquent visiblement le parti de la France d'en bas, mais avec les moyens de celle d'en-haut. On a vu plus cohérent.

On pourra grincer des dents sur l'interprétation, pas toujours heureuse, de Gérard Lanvin, qui ne semble pas toujours convaincu, et se consoler avec celle de son complice Jean-Pierre Darroussin (ils s'étaient déjà donné la réplique dans "Mes meilleurs copains"). Fidèle aux deux réalisateurs, puisqu'il était au casting de leurs précédents films, Darroussin est sans doute le plus convaincant de toute la distribution (même si j'avoue depuis toujours un faible pour ce grand acteur français). Au second plan, on appréciera (ou pas, c'est selon) les prestations de Jennifer Decker, Laurent Gamelon, Barbara Schulz, Martin Lamotte et Philippe Magnan.

Tous les interprètes font le job, comme on dit, mais force est de reconnaître les faiblesses du scénario, à la fois prévisible et plutôt paresseux, qui se contente de dérouler son histoire et remplit les trous dans la raquette sans souci de cimenter un peu plus un édifice pas très solide. 

Mais ce qui me heurte le plus reste finalement la morale qui transpire de ce film, pas si éloignée de celle de "Ah si j'étais riche" du même duo de réalisateurs : l'argent est la solution à tous les problèmes, ou presque, et le reste n'est qu'en second plan. Ou alors, je n'ai rien compris et suis passé à côté d'une fable cynique.

Si vous souhaitez vous faire votre propre opinion, libre à vous de vérifier si "Erreur de la banque en votre faveur" mérite le détour. J'ai bien peur que ce ne soit pas le cas.




mercredi 7 juin 2017

Le garçon au pyjama rayé (2008)



Tiré d'un roman destiné à la jeunesse (il est souvent au nombre de ceux donnés aux collégiens), "Le garçon au pyjama rayé" est forcément un film dont il sera difficile de dire du mal, tant son sujet est sensible, tant son intention est noble. Ce n'est pas pour autant qu'il faut le regarder sans un œil critique. L'exercice est donc malaisé, que celui d'évoquer ce film finalement moins connu que son matériau d'origine. Évoquant à hauteur d'enfant l'un des grands drames du vingtième siécle, "Le garçon au pyjama rayé" mérite-t-il plus que son faible succès ?

Bruno, fils d'un officier nazi, apprend un jour qu'il doit déménager vers la Pologne, car son père a reçu une promotion et va désormais diriger un camp. Dans sa nouvelle maison, le jeune garçon s'ennuie et regrette Berlin et ses amis. Il découvre un jour derrière l'habitation familiale, d'étranges baraquements, peuplés de gens vêtus d'étranges pyjamas rayés. 
Malgré l'interdiction de son père, Bruno va retourner voir ces baraquements et se faire un ami, de l'autre côté des barbelés. 


Comme dit en exergue de cet article, il est délicat de parler de ce film si c'est pour pointer ses défauts. Malheureusement, ces derniers sont plus nombreux que ses qualités, il faut bien l'admettre. la réalisation, sans grande audace, pourrait être pardonnée, au vu du sujet plus que délicat abordé par ce film (et du public visé, plutôt jeune). Mais il y a hélas beaucoup d'incohérences dans l'histoire contée dans "Le garçon au pyjama rayé", au point qu'on a l'impression d'avoir plus affaire à une fable. Ce reproche, qui pouvait également être adressé à "La vie est belle" (le film de Roberto Begnini), n'est cependant pas le seul qu'on pourra faire à ce film, hormis son évident manque de moyens.

Du côté de la mise en scène, le parti-pris de froideur joue en défaveur du film également. Tenu à distance des personnages, le spectateur pourra se sentir indifférent aux péripéties de Bruno et de ses parents. Puis, il y a la touche mélodramatique, fortement appuyée, surtout en ce qui concerne le personnage de la mère du petit héros, qui nuit à l'intensité du sujet. 

Il y a cependant quelques scènes superbes (et particulièrement difficiles, notamment vers la fin) dans ce film, dont l'interprétation est remarquable. Si la prestation du jeune Asa Butterfield est saisissante (quoique le doublage français ne lui rende pas justice), celle de David Thwelis l'est tout autant, une fois de plus avec cet immense acteur.  

En passant outre ses défauts majeurs, "Le garçon au pyjama rayé" mérite cependant d'être vu, ne serait-ce que pour sensibiliser un jeune public à cette période des plus sombres de l'histoire. Eu égard au sujet traité, l'indulgence est de mise. 



samedi 4 mars 2017

La bataille de Passchendaele (2008)


On pourrait se demander si la Première Guerre Mondiale est moins cinégénique que la Seconde, tant le nombre de longs métrages qui lui sont consacrés peut paraître maigre, même si on dénombre quelques chefs d'oeuvre parmi ceux-ci. Les millions d'hommes massacrés dans la boue des tranchées méritent cependant qu'on leur rende hommage et c'est pourquoi je me suis penché sur le sort de "La bataille de Passchendaele", qui évoque le sort des soldats canadiens engagés sur le front et qui payèrent un lourd tribut. Réalisé, scénarisé et joué par Paul Gross, star de la télévision canadienne, ce film n'est cependant pas sorti dans les salles hexagonales.

1917 : le sergent Michael Dunne survit tant bien que mal à la bataille de Vimy, où il a rencontré Sarah, une jolie infirmière canadienne venue de Calgary. Renvoyé chez lui pour cause de neurasthénie, il y retrouver Sarah, dont le jeune frère, pourtant exempté, s'enrôle et part pour le front, parce que son futur beau-père ne veut pas d'un lâche comme gendre. Michael décide de repartir au front, afin de garder un oeil sur le frère de celle qu'il aime.

A en croire Paul Gross (qui aime visiblement se filmer lui-même, tant il est présent à l'écran), la nécessité de raconter cette histoire lui provint de ce que son grand-père lui avait raconté sur la terrible bataille de Passchendale. Au visionnage des scènes restituant ces instants tragiques, on ne peut qu'être d'accord et évoquer un certain devoir de mémoire. L'inconvénient est que la bataille en question n'occupe qu'un tiers (qui plus est, le dernier) de ce long métrage, le reste du temps étant consacré aux atermoiements des personnages et à la romance compliquée s'installant entre Dunne et Sarah. C'est un fâcheux déséquilibre, qui nuit à la portée du film.

Ce découpage est regrettable, car malgré un manque de moyens techniques évident, il émane de ce film une évidente sincérité, hélas contre-balancée par la maladresse du réalisateur. De temps à autre, quelques éclats d'efficacité, souvent graphiques, viennent illuminer l'oeuvre, mais sont vite noyés dans un excès, soit de démonstration, soit de mélodrame. La bonne volonté des interprètes ne suffit hélas pas à compenser l'ennui généré par le sirupeux mélodrame où leurs personnages sont englués. 

Dommage que la première partie (ou, plus exactement, les deux premiers tiers) engluent le film dans le mélodrame et pointent les conséquences sociales et sentimentales de la guerre, pour exposer celle-ci brutalement dans le dernier tiers. Les bonnes intentions annoncées ne sont pas toutes concrétisées : on aurait aimé que le devoir (de mémoire) rendu par Paul Gross n'ait pas été gâché par son traitement hors-sujet, l'empêchant d'obtenir une note honorable.





mercredi 27 juillet 2016

Bottle Shock (2008)


Il est des acteurs dont la disparition soudaine laisse un grand vide. Quand il est décédé il y a quelques mois, je me suis rendu compte à quel point Alan Rickman avait marqué mon paysage cinéphilique, tout en discrétion et en élégance. J'ai également réalisé que nombre de ses films étaient passés sous mon radar, comme on dit. Parmi ceux-ci, "Bottle Shock", qui n'eut même pas l'heur de sortir sur les écrans français, alors qu'il évoquait un sujet ô combien hexagonal : le vin.

Années 1970, Paris : alors que, depuis toujours, tous les amateurs de vin ne jurent que par les millésimes français, il se chuchote qu'en Californie, des viticulteurs oseraient se lancer dans l'aventure vinicole. Steven Spurrier, œnologue britannique installé en France, est intrigué et décide de se rendre sur place. D'abord méfiant, il va découvrir ces aventuriers du vin et devoir se rendre à l'évidence ; le vin californien vaut bien celui de France, si ce n'est plus.

Inspiré par des faits réels et en particulier par le célèbre (chez les œnologues) jugement de Paris, qui affirma la très grande qualité des vins californiens, "Bottle Shock", réalisé par Randall Miller (n'ayant jusque là réalisé que des films tombés dans l'oubli), a au moins le mérite de se pencher sur un thème original. Bien entendu, afin de rendre ce sujet plus cinématographique, il y utilise de grosses ficelles (l'affrontement père-fils, la rivalité amoureuse entre deux amis, par exemple).

Cependant, très vite, on se rend compte que le scénario est bien maigre et qu'il va falloir pas mal de remplissage à Randall Miller pour faire de tout cela un film. On ne va pas se mentir : "Bottle Shock", sans être une infâme piquette, n'est pas un grand cru et n'a rien d'inoubliable, que ce soit sur son fond, ou sur sa forme.

C'est un monde très idéalisé que nous présente "Bottle Shock", voire un empilage de clichés. A l'en croire, tous les français de cette époque roulaient autour de la tour Eiffel, en 2CV, tandis que la Californie était perpétuellement baignée d'un soleil rendant magnifique le premier paysage venu. Si on ajoute à cela une réalisation forçant ses effets à la façon d'un spot publicitaire, le cinéphile pourra légitimement s'agacer.

Du côté de l'interprétation, le bilan est plus que mitigé : si Alan Rickman est impérial, comme on pouvait s'y attendre, il est difficile d'en dire autant de Chris Pine, assez peu crédible en jeune vigneron californien (portant perruque). Plus en retenue, le trop rare Bill Pullman impose sa présence dans chaque scène où il apparaît, tandis que les jeunes acteurs qui l'entourent font de leur mieux. Je songe notamment à la rafraîchissante Rachael Taylor ou à Freddy Rodriguez. On notera également le petit rôle de Dennis Farina, en grande forme.

Alors, au final, "Bottle Shock" n'a rien d’enivrant, mais la seule présence du grand et regretté Alan Rickman donne un peu de saveur à ce film (même si on aurait aimé qu'il y soit plus présent).


samedi 1 novembre 2014

The Spirit (2008)



Si je vous dis "Frank Miller", "film en noir et blanc (avec quelques touches de rouge)", vous allez probablement songer à "Sin City", et vous pourriez vous demander ce que cet article fait ici, au vu du succès de cette franchise. Ce serait oublier que, dans la foulée du succès du film réalisé par Robert Rodriguez (où il avait un petit rôle et qu'il coréalisa) et de "300" (tiré d'un de ses romans graphiques), Frank Miller prit goût au cinéma et mit en scène (tout seul, cette fois) "The Spirit", d'après la bande dessinée éponyme de Will Eisner. Mal lui en prit, puisque le public bouda cette adaptation. 

The Spirit fait régner l'ordre sur Central City, ou plutôt essaie. Parce que cet ancien policier, revenu de chez les morts, doit lutter contre l'Octopus, un super-vilain qui cherche à s'emparer d'une amphore de sang venue d'une autre époque. Mais il semble que l'Octopus ne soit pas le seul à rechercher ce mystérieux objet. Une certaine Sand Saref convoite elle aussi cet artefact et semble prête à tout pour que l'Octopus et ses sbires ne l'emportent pas. 

Dessinateur remarquable par son talent, Frank Miller ferait sans doute bien de se cantonner à ce qu'il maîtrise le mieux. Parce que si, à une planche à dessin, le bonhomme n'a de leçon à recevoir de personne, en matière de réalisation, il a encore de la marge. Tentant visiblement d'exploiter le filon de "Sin City", Miller fait ici preuve de bien moins de virtuosité que Robert Rodriguez en avait démontré. Mais, surtout, l'impression qui prédomine au visionnage de "The Spirit" reste le manque de foi qu'a Miller en lui. Usant d'un ton mi-héroïque, mi-parodique, le réalisateur ne réussit pas à faire adhérer le spectateur à son histoire et, du coup, peine à faire décoller son film. 

Alors, les acteurs font ce qu'ils peuvent, voire ce qu'ils veulent. Gabriel Macht est aussi charismatique qu'une huître dans le rôle titre (et n'est aidé en rien par son doublage calamiteux), tandis que Samuel L. Jackson en fait des tonnes. Eva Mendès, malgré son physique de bombe atomique, n'est guère convaincante, tandis que Scarlett Johansson, dans un rôle vite oubliable, fera regretter le déplacement à ceux qui regarderont le film pour elle.

Les dialogues un brin désuets et le scénario très prévisible n'arrangent rien au diagnostic. Au final, on a l'impression désagréable que Miller ne respecte pas son sujet (et son spectateur, au passage) et le maltraite, faute d'y croire. Cette faute (majeure, en termes de cinéma) fait de "The Spirit" un échec artistique.




dimanche 12 octobre 2014

Cyprien (2008)


Signe des temps, les geeks envahissent les écrans, grands et petits : cette partie de la population, souvent plus à l'aise avec les ordinateurs que les véritables personnes, baignant dans une culture devenue mainstream, et refusant souvent de grandir, tient les commandes de bon nombre d’œuvres à succès. La très drôle série "The big bang theory", pour ne citer qu'elle, donne un bel aperçu de la vie quotidienne de cette étrange peuplade (à laquelle j'avoue me sentir souvent affilié). Au cinéma, c'est une autre paire de manches : les geeks sont souvent des personnages secondaires, parfois caricaturaux (je songe notamment à "Die Hard 4", par exemple). Pour en pas être en reste, le cinéma hexagonal a aussi utilisé cet archétype, pas toujours de la façon la plus fine. L'équipe de "Cyprien", Elie Semoun en tête, a essuyé un bel échec, 

Cyprien, à 35 ans, est un garçon timide, au physique disgracieux, s'y entendant plus avec les ordinateurs qu'avec le genre humain. Informaticien au sein du magazine "Dress code", il voit passer les top-models sans pouvoir espérer approcher la première femme venue. Toujours puceau, Cyprien ne s'épanouit que derrière un écran d'ordinateur, avec ses potes geeks. Quand il est licencié, sa vie s'effondre. Mais le destin va lui offrir une seconde chance, sous la forme d'un déodorant magique. Métamorphosé, Cyprien va devenir l'opposé de ce qu'il a toujours été.

A lire le pitch que je viens de vous livrer, n'importe qui pourra deviner le déroulement de l'histoire de Cyprien, mijoté à partir du personnage recherchant une "blonde à forte poitrine" dans les célèbres petites annonces d'Elie Semoun. Malheureusement, ce qui peut alimenter (et encore !) un court sketch ne peut en aucun cas devenir un long métrage. Les quelques sourires qu'on peut avoir lors des premières scènes deviennent vite crispés, avant de céder à l'agacement, puis à l'ennui.
Malgré la présence de toute sa bande (ou peut-être à cause d'elle, justement), Elie Semoun n'est presque jamais convaincant. A force de gags répétitifs et souvent lourds, de vannes éculées et d'artifices visuels grossiers, voire grotesques, "Cyprien" est une comédie pas drôle : un comble. Mais le pire reproche qu'on puisse lui faire reste de traiter ses personnages par le mépris.

David Charhon, le réalisateur, livra ici son premier long métrage et, après le bide sévère de "Cyprien", eut une deuxième chance en mettant en scène "De l'autre côté du périph'". C'est heureux pour lui car, entre un scénario inintéressant et prévisible, des personnages de l'épaisseur d'un papier à cigarette et de multiples placements de produits (une tendance particulièrement affligeante, à mes yeux), son premier galop d'essai avait tout de l'accident industriel.

La caricature est un art et, en regardant "Cyprien", on ne peut que constater qu'il n'est pas maîtrisé par Elie Semoun et sa bande. Traçant à gros traits gras le portrait d'un nerd puceau et de sa bande, le film donne l'impression de se moquer de ses personnages, alors qu'un regard plus attachant aurait été salutaire. Au lieu de cela, c'est une succession de gags sentant le réchauffé, voire le brûlé, que nous sert Elie Semoun. Ceux qui l'ont apprécié dans ses petites annonces, qui bégayaient déjà sérieusement, risquent, s'ils ont la mémoire courte, de trouver cette pochade à leur goût.
Les autres passeront leur chemin, cela vaut mieux. 






mardi 22 janvier 2013

King Guillaume (2008)



Après la séparation de la bande des Robins des Bois, en 2006, ses membres se sont lancés avec plus ou moins de bonheur dans le cinéma. Jean-Paul Rouve a oscillé entre comédie et film de genre (avec, par exemple, "Sans arme, ni haine, ni violence", qu'il réalisa et "Podium"). Marina Foïs a alterné le bon (avec, notamment, "Polisse") et le moins bon ("Bienvenue au gîte", chroniqué récemment dans ces colonnes, fait partie du lot), Maurice Barthélémy, Pascal Vincent et Elise Larnicol, même s'ils se font plus discrets, sont parfois présents devant et derrière la caméra.
Le dernier larron de la bande, Pierre-François Martin-Laval, alias Pef, ne s'est pas contenté de jouer dans les films des autres. Certes, on l'a vu dans "La tour Montparnasse infernale", ou dans le médiocre "Les meilleurs amis du monde". Mais il est également passé derrière la caméra, avec tout d'abord "Essaye-moi", puis "King Guillaume". Ces deux films (en attendant le prochain, "Les Profs", tiré de la bande dessinée du même nom) sont empreints de la même loufoquerie, mais ne connurent pas le même succès lors de leur sortie. 

Guillaume, conducteur de petit train pour touristes, et sa femme Magali, joueuse de tuba, vivent heureux comme au premier jour de leur amour, même si leur vie est modeste. La grossesse de Magali suffit à leur bonheur et, quand un vieil homme prend contact avec Guillaume pour lui annoncer qu'il est l'héritier du trône de l'île de Guerrelande, la situation se complique. Entre les rêves de fortune de Magali et les hésitations de Guillaume, les cinq (!) habitants de Guerrelande vont tout faire pour que le jeune homme accepte de devenir Roi de leur île, qui n'est pourtant qu'un caillou rocheux dénué de tout intérêt.

Si "Essaye-moi" reçut un joli succès à sa sortie, son deuxième film, "King Guillaume", qui pouvait pourtant se targuer d'un joli casting, n'eut pas l'heur d'attirer les foules. Pourtant, cette comédie mettait en avant la présence de Florence Foresti, l'humoriste en vogue à l'époque.  Ce fut, à mon avis, une erreur : la comédienne n'est clairement pas ce qu'il y a de meilleur dans cette comédie. Florence Foresti est sans doute une excellente humoriste et maîtrise à merveille le one-woman-show, il faut bien avouer qu'elle a encore du chemin à faire en tant qu'actrice.
Par contre, c'est toujours un plaisir de revoir Pierre Richard, décidément trop rare à l'écran (j'avais déjà dit tout le bien que je pensais de lui dans ce billet-là), et qui n'a rien perdu de sa fantaisie avec l'âge. Les autres comédiens endossent également avec bonheur les costumes des loufoques habitants de Guerrelande.

Pef a pour ses personnages une véritable tendresse, cela transparaît tout au long du film. Se moquant gentiment de leurs travers, il n'est cependant jamais cruel. En cela, "King Guillaume" est une comédie "gentille", ce qui fait parfois du bien.

Cela dit, le scénario reste plutôt maigrichon et ne réserve pas vraiment de surprises. D'ailleurs, le film est excessivement court. C'est sans doute le plus gros défaut du film, défaut d'ailleurs inhérent à bien des comédies, si vous voulez mon avis. Passé cela, on peut considérer que "King Guillaume" est un petit film et se satisfaire de ce qu'il a à offrir. Si l'on est client de l'humour de Pef (autrefois connu sous les traits de Pouf le cascadeur, par exemple), à savoir une gentille loufoquerie un brin lunaire, on passera un bon moment devant cette fantaisie. Par contre, pour peu que le spectateur soit plus exigeant, et recherche une histoire plus solide, il sera déçu, à n'en pas douter. C'est sûrement ce qui fit défaut à ce film lors de sa sortie dans les salles obscures...

Souvent burlesque, toujours fantaisiste, mais jamais vulgaire, "King Guillaume" est une comédie gentille, mais bien peu épaisse. Si ce film n'a rien d'incontournable, il n'en méritait pas pour autant l'échec qui fut le sien. 




lundi 22 octobre 2012

Babylon AD (2008)

Au nombre des films sortis dans le chaos et symptomatiques des tournages ayant viré à la catastrophe, on peut citer le cas d'école qu'est "Babylon AD". Tentative audacieuse d'une adaptation d'un roman de Maurice G. Dantec ("Babylon Babies") par Matthieu Kassovitz, avec en tête d'affiche Vin Diesel, ce film produit par la 20th Century Fox connut à sa sortie un échec mémorable. Il est depuis diffusé très régulièrement sur les chaînes de la TNT, souvent en seconde partie de soirée.

Dans un futur proche, la civilisation s'étant effondrée sur elle-même, un mercenaire nommé Toorop est chargé par la mafia qui règne sur l'Europe de convoyer Aurora, une jeune fille, du couvent russe où elle a vécu, jusqu'à New York. Bien entendu, nombreux seront les obstacles : Aurora attire bien des convoitises.

Le roman d'origine était dense et complexe, comme le sont souvent les oeuvres de Dantec (révélé au grand public avec "Les racines du mal"). L'adaptation de "Babylon babies" était une gageure dont il faut reconnaître d'emblée qu'elle déboucha sur un fiasco.

C'est un curieux objet que ce film, tenant à peine debout, et alignant scènes d'action filmées à la Matrix, se référant à Blade Runner sans en avoir la profondeur. Si Matthieu Kassovitz avait l'intention, en commençant le gigantesque chantier que fut ce film, d'y insuffler un sens et un message pour en faire un blockbuster intelligent, il faut reconnaître qu'à l'arrivée, ce voeu pieux a fondu comme neige au soleil.

On connait l'histoire : le tournage tourna vite au cauchemar, l'entente entre le réalisateur et Vin Diesel vira à l'orage, et le film échappa rapidement à Matthieu Kassovitz. Ce dernier s'est d'ailleurs récemment expliqué dans un making-of au nom évocateur ("Fucking Kassovitz"). A la lumière de ces déclarations, on mesure mieux l'ampleur du gâchis, et l'amertume n'en est que plus intense. Même si ce point de vue est loin d'être impartial, il apporte cependant un éclairage certain sur les conditions du naufrage.

Dans la liste des points positifs du film, on notera l'esthétique qui est pour beaucoup dans l'immersion, et l'immense charme de Mélanie Thierry, seule membre du casting tirant son épingle du jeu, avec Michelle Yeoh. Vin Diesel, marmoréen, (et sa voix en version française ne fait rien pour arranger cela !) traverse le film sans aucun talent. Quant aux seconds rôles, on pourrait épiloguer longement sur le rôle ridicule de Lambert Wilson (qui accumule décidément les apparitions médiocres, après les séquelles de "Matrix", pour ne citer qu'elles)..

Bide magistral, "Babylon AD" sonna le glas de la carrière américaine de Kassovitz (déjà pas mal amochée par le médiocre "Gothika"), et continua d'amocher sérieusement le statut qu'il avait pourtant acquis avec les très beaux "Métisse" et "La haine". Espérons qu'un jour, il retrouve la réussite qui fut la sienne, derrière la caméra. A défaut, il reste son indéniable talent d'acteur (il suffit de revoir "Amen", par exemple, pour s'en persuader).

lundi 24 septembre 2012

Phénomènes (2008)



Sans vouloir aucunement m'acharner sur M. Night Shyamalan, voici un second billet (après celui sur "La jeune fille de l'eau") consacré à l'un de ses films. Mais, après tout, il "suffirait" que celui en qui le cinéma fonda tant d'espoir renoue avec le succès pour qu'il cesse de hanter ces colonnes, non ?

Il faut croire qu'après avoir démarré au sommet de l'art de la mise en scène, il était inévitable pour M. Night Shyamalan que la chute continue. L'échec dont il est question ici est plus artistique et critique que financier, il faut le préciser. Le film "Phénomènes" ("The happening" en VO) ne fut pas un désastre financier, mais il consacra l'idée que M. Night Shyamalan avait définitivement perdu son statut de petit génie.

Voici un rapide aperçu de l'intrigue : à New-York, puis dans tout le Nord-Est des Etats-Unis, des dizaines de personnes se suicident sans aucune raison apparente. Fuyant le danger, mis sur le compte d'un nouveau genre de terrorisme, un groupe de survivants comprend vite que les plantes ont développé un mécanisme de défense face à la menace que représente l'humanité.

Un pitch qui utilise les poncifs du film-catastrophe pour alimenter une fable écologique, en voilà une bonne idée, pourrait-on penser. Mais, si une idée, aussi généreuse soit-elle, réussissait à remplir un film, ça se saurait. "Phénomènes", hélas, ne fait que confirmer l'inquiétante impression qu'avait laissé "La jeune fille de l'eau" : M. Night Shyamalan ne base plus ses films que sur des idées, là où il lui faudrait nous conter des histoires.

Reconnaissons encore une fois le talent de mise en scène dont fait preuve le réalisateur (avec plus de sobriété que dans ses précédents opus, cela dit), et la solide interprétation des acteurs, sans doute fort bien dirigés. Mark Wahlberg, Zooey Deschanel et John Leguizamo servent admirablement leurs rôles et semblent croire de toute leur force à un scénario bien mince.
Toutes ces qualités ne suffisent hélas pas à assurer la réussite d'un film. Il faut pour cela faire vivre aux protagonistes une véritable histoire qui tienne, si possible, les spectateurs en haleine. On assiste dans "Phénomènes" à un voyage tenant plus de la fuite en avant que de l'épopée initiatique. Là où Spielberg (dans "La guerre des mondes") réussissait son coup, M. Night Shyamalan échoue. Le parallèle que je fais avec le très sombre blockbuster de Spielberg n'est pas anodin. Dans les deux cas, l'humanité est en proie à une menace qui la dépasse et se doit de faire face en changeant son comportement. Et, dans le cas de "Phénomènes", il n'y a pas de réel dénouement : tout s'arrange d'un coup, ou presque...ou pas.

Il est dommage que ce film post-11 septembre n'ait pas eu plus d'épaisseur et, finalement, de sens. C'eût été l'occasion rêvée pour M. Night Shyamalan de réussir son retour au panthéon. Faute d'un script plus consistant, "Phénomènes" devient vite ennuyant. Le scénario tient sur un ticket de métro (et encore, en utilisant le recto uniquement).
On admirera le message, mais un court métrage eut suffi.


samedi 25 août 2012

Last chance for love (2008)



Il y a quelques mois, France 3 a eu la bonne idée de diffuser coup sur coup deux films de l'immense Dustin Hoffman. Si le choix de placer le sublime "Le lauréat" en deuxième partie de soirée était discutable, ce fut l'occasion de découvrir, en première partie, le méconnu "Last chance for love", où l'interprète de "Marathon Man", "Tootsie" et "Little big man" (entre autres) partage l'affiche avec la grande Emma Thompson. 

Réalisé par Joel Hopkins (qui avait déjà à son actif "Mariage et conséquences"), "Last chance for love" est une comédie romantique respectant à la lettre tous les codes du genre, à ceci près qu'elle s'applique (une fois n'est pas coutume) à une tranche d'âge souvent oubliée. En effet, dans "Last chance for love", les deux protagonistes principaux sont des quinquagénaires. L'expérience de la vie dont ils disposent, et les regrets qu'ils ont pu accumuler les rendent d'ailleurs d'autant plus riches.

Résumons rapidement l'histoire : Harvey Shine, compositeur de jingles publicitaires, se rend à Londres pour le mariage de sa fille, qu'il n'a pas vu depuis des années, cette dernière ayant d'ailleurs tissé des très forts avec son beau-père. Il croisera le chemin de Kate Walker, une célibataire endurcie, vivant sous le joug de sa mère. Durant ces quelques jours, ils vont apprendre à se connaître et à s'apprécier.

Comme je le disais plus haut, le scénario de "Last chance for love" respecte presque tous les codes de la comédie romantique et ne regorge pas de surprises. Néanmoins, pour qui apprécie le genre, c'est une véritable réussite, en grande partie grâce à l'interprétation hors pair de ses deux acteurs principaux. On ne peut que regretter le manque de succès que connut ce film, alternant joliment bonne humeur et regard sans concession sur la vie.

Certes, la réalisation n'a rien de mémorable, certes le scénario est des plus communs. Il reste cependant regrettable qu'un si joli petit film n'ait pas, en son temps, rencontré le succès qu'il méritait. Gageons que sa récente diffusion ait un peu corrigé cette injustice.