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samedi 2 juin 2018

Garde alternée (2017)


Un mari, une femme, une maîtresse : on ne compte plus le nombre d'intrigues tressées autour de ce trio infernal, au théâtre, en littérature ou au cinéma. Les traitements furent si multiples qu'on pourrait penser que le filon est épuisé. Mais non, il reste des scénaristes pour exploiter le triangle amoureux. Récemment, c'est sous l'angle de la comédie qu'Alexandra Leclère (qui avait précédemment réalisé "Le grand partage") utilisa ce grand classique. Mal lui en prit, puisque "Garde alternée" ne reçut que peu de succès en salles.

Jean et Sandrine sont mariés depuis quinze ans et deux enfants. Un jour, Sandrine découvre, en fouillant le téléphone de son mari, que Jean a une maîtresse. Passée la colère, elle fait la connaissance de Virginie, sa rivale, et comprend vite ce chez elle qui a fait craquer Jean. Toutes deux décident finalement d'un nouveau fonctionnement : Jean passera alternativement une semaine sur deux dans sa famille et chez sa maîtresse. Le principal intéressé n'est pas au bout de ses peines. 

En visionnant les premières séquences de "Garde alternée", on est rapidement fixé : le film ne fait pas dans la dentelle, ni dans la finesse. Le pitch de base est plutôt gonflé et sa réalisatrice a sans doute pensé qu'il lui fallait donc un traitement qui ne fasse pas dans la demi-mesure. Mais il semble malheureusement qu'une idée un tout petit peu originale ne suffise pas à faire un film, qui plus est dans le registre de la comédie.

Une fois qu'elle a utilisé toutes ses cartouches (et la rafale est de courte durée), Alexandra Leclère ne sait visiblement plus trop quoi faire de son sujet. C'est donc à de nombreux allers-et-retours que le spectateur est contraint d'assister, le scénario ayant visiblement été bricolé sans grand souci de vraisemblance, ni de cohérence. Souvent embarrassant, rarement drôle, "Garde alternée" fait beaucoup songer à "Sept ans de mariage", dans lequel Didier Bourdon connaissait déjà les affres de l'usure du couple. 

Si les réserves que l'on peut avoir sur Didier Bourdon, visiblement cantonné à des rôles donnant dans le même domaine, et à Valérie Bonneton, forcée de passer par des scènes outrancières pour tenter d'arracher un sourire au spectateur, le reste du casting fait peine à voir. On est  bien embêté de voir des acteurs comme Michel Wuillermoz, Laurent Stocker ou la délicieuse Isabelle Carré gâcher leur indéniable talent dans cette farce plutôt grasse et pas très drôle.

Pensant sans doute tordre le vieux cliché du triangle amoureux, Alexandra Leclère livre ici un film où les facilités et les clichés abondent, faisant reposer ses effets comiques souvent en-dessous de la ceinture. Le résultat est un film sans intérêt, se voulant drôle, mais s'avérant le plus souvent gênant.


samedi 6 février 2016

Caprice (2015)


Le cinéma français m'a été source de nombreuses déceptions et je n'ai pas manqué de les partager, parfois avec colère, toujours avec amertume. Le fait est que ce cinéma me manque et que, dès que je vois poindre l'espoir d'un bon petit film français, c'est plus fort que moi : je fonce, parce qu'au fond, le septième art hexagonal, qui m'a donné tant de plaisirs et me déçut tant, me manque. Le joli casting de "Caprice" ainsi que nombre de bruits positifs à son sujet m'ont poussé à visionner ce petit film, pourtant boudé par le grand public lors de sa sortie. 

Clément est instituteur et a une grande passion : il est fou de la comédienne Alicia Bardery, et assiste à chaque représentation de ses pièce de théâtre. Par un heureux concours de coïncidences, la belle actrice et le maître d'école vont se rencontrer et s'aimer. 
Seulement, il y a Caprice, une étrange jeune femme qui ne cesse de croiser le chemin de Clément, et a tendance à lui compliquer la vie, parce qu'elle est persuadée que Clément et elle sont faits l'un pour l'autre. 
Les histoires d'amour ne sont jamais simples...

Emmanuel Mouret s'est fait une spécialité : il filme des histoires d'amour, souvent douces-amères, parfois compliquées, qui touchent une population pas forcément représentative (comprenez par là ceux souvent qualifiés de "bobos"). Pourquoi pas ? En d'autres temps, il fut des auteurs qui se penchèrent avec talent leur microscope cinématographique sur quelques individus sortant de la masse. On aime ou on n'aime pas le cinéma d'Emmanuel Mouret, touchant et sincère pour les uns, artificiel et vain pour les autres. Ce "Caprice" est un échantillon de luxe de ce qu'Emmanuel Mouret (qui s'offre au passage le premier rôle du film) sait faire et de l'univers de ce réalisateur.

Le plus gros problème de "Caprice" est que ce film ne sait pas vraiment sur quel pied danser. Comédie romantique ? Drame passionnel ? Il est difficile de ranger ce film dans une case, ce qui pourrait être une belle qualité, mais qui devient ici un handicap. Faute de choisir un vrai ton, "Caprice" peine à emmener son spectateur et à lui faire accepter son déroulement. Cette lacune est accentuée par un vrai manque de rythme, encore plus marqué dans sa seconde partie, qui mène souvent à l'ennui.

L'interprétation est, quant à elle, inégale. C'est avec un plaisir non feint qu'on retrouvera Laurent Stocker et la superbe Virginie Efira, mais l'interprétation pataude d'Emmanuel Mouret et celle, plutôt agaçante d'Anaïs Demoustier contrebalancent hélas la performance de leurs deux partenaires.

On sourit parfois aux péripéties des personnages de "Caprice", mais le sentiment prépondérant reste, malheureusement, l'ennui et, quand tombe le générique de fin, c'est aussi la perplexité qui s'impose : tout ça pour quoi ?


dimanche 12 octobre 2014

Cyprien (2008)


Signe des temps, les geeks envahissent les écrans, grands et petits : cette partie de la population, souvent plus à l'aise avec les ordinateurs que les véritables personnes, baignant dans une culture devenue mainstream, et refusant souvent de grandir, tient les commandes de bon nombre d’œuvres à succès. La très drôle série "The big bang theory", pour ne citer qu'elle, donne un bel aperçu de la vie quotidienne de cette étrange peuplade (à laquelle j'avoue me sentir souvent affilié). Au cinéma, c'est une autre paire de manches : les geeks sont souvent des personnages secondaires, parfois caricaturaux (je songe notamment à "Die Hard 4", par exemple). Pour en pas être en reste, le cinéma hexagonal a aussi utilisé cet archétype, pas toujours de la façon la plus fine. L'équipe de "Cyprien", Elie Semoun en tête, a essuyé un bel échec, 

Cyprien, à 35 ans, est un garçon timide, au physique disgracieux, s'y entendant plus avec les ordinateurs qu'avec le genre humain. Informaticien au sein du magazine "Dress code", il voit passer les top-models sans pouvoir espérer approcher la première femme venue. Toujours puceau, Cyprien ne s'épanouit que derrière un écran d'ordinateur, avec ses potes geeks. Quand il est licencié, sa vie s'effondre. Mais le destin va lui offrir une seconde chance, sous la forme d'un déodorant magique. Métamorphosé, Cyprien va devenir l'opposé de ce qu'il a toujours été.

A lire le pitch que je viens de vous livrer, n'importe qui pourra deviner le déroulement de l'histoire de Cyprien, mijoté à partir du personnage recherchant une "blonde à forte poitrine" dans les célèbres petites annonces d'Elie Semoun. Malheureusement, ce qui peut alimenter (et encore !) un court sketch ne peut en aucun cas devenir un long métrage. Les quelques sourires qu'on peut avoir lors des premières scènes deviennent vite crispés, avant de céder à l'agacement, puis à l'ennui.
Malgré la présence de toute sa bande (ou peut-être à cause d'elle, justement), Elie Semoun n'est presque jamais convaincant. A force de gags répétitifs et souvent lourds, de vannes éculées et d'artifices visuels grossiers, voire grotesques, "Cyprien" est une comédie pas drôle : un comble. Mais le pire reproche qu'on puisse lui faire reste de traiter ses personnages par le mépris.

David Charhon, le réalisateur, livra ici son premier long métrage et, après le bide sévère de "Cyprien", eut une deuxième chance en mettant en scène "De l'autre côté du périph'". C'est heureux pour lui car, entre un scénario inintéressant et prévisible, des personnages de l'épaisseur d'un papier à cigarette et de multiples placements de produits (une tendance particulièrement affligeante, à mes yeux), son premier galop d'essai avait tout de l'accident industriel.

La caricature est un art et, en regardant "Cyprien", on ne peut que constater qu'il n'est pas maîtrisé par Elie Semoun et sa bande. Traçant à gros traits gras le portrait d'un nerd puceau et de sa bande, le film donne l'impression de se moquer de ses personnages, alors qu'un regard plus attachant aurait été salutaire. Au lieu de cela, c'est une succession de gags sentant le réchauffé, voire le brûlé, que nous sert Elie Semoun. Ceux qui l'ont apprécié dans ses petites annonces, qui bégayaient déjà sérieusement, risquent, s'ils ont la mémoire courte, de trouver cette pochade à leur goût.
Les autres passeront leur chemin, cela vaut mieux.