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jeudi 22 juin 2017

Human nature (2001)


Bien avant ses films les plus connus, comme "Eternal sunshine of the spotless mind" ou "Microbe et Gasoil", Michel Gondry avait, avec son premier film, "Human nature", marqué les esprits de quelques cinéphiles. Sur un scénario de Charlie Kaufman, son complice habituel, et se basant sur la chanson éponyme de Bjork, dont il avait réalisé le clip, ce touche-à-tout n'avait cependant pas atteint le grand public avec son premier long métrage. 

Entre Lila, une femme depuis toujours victime d'une pilosité délirante, Nathan, un scientifique hanté par les bonnes manières, Puff, un homme sauvage que ce dernier a transformé en un être civilisé et cultivé, qui est le plus humain ? Celui qui pensait être un singe et doit subir les expériences d'un savant obsessionnel ? Celle qui tente de s'accepter telle qu'elle est, avant de renoncer, par amour à sa vraie nature ?

Avant de finir entre les mains de Michel Gondry, le scénario de "Human nature" faillit être confié à Steven Soderbergh, puis à Spike Jonze (finalement producteur), tant il avait attiré l'attention par sa qualité. Et, au visionnage du film qu'en a fait le réalisateur de "The green hornet", on ne peut qu'être admiratif. Sous des dehors de comédie, voire de farce légère, c'est un véritable questionnement sur ce qu'est vraiment la nature humaine que voilà. L'air de rien, sous couvert d'une histoire où animalité et humanité entrent en friction, jouant du vaudeville et de la comédie pour mieux tromper son monde, ce petit film est plus roublard qu'il n'en a l'air.

En ce qui concerne l'interprétation, c'est un vrai régal : qu'il s'agisse de la trop mal employée Patricia Arquette, de Tim Robbins, de l’excellent Rhys Ifans, le trio qui mène la barque s'avère un choix judicieux. Malgré des rôles contenant une vraie part de risque(je ne connais pas beaucoup d'actrices qui auraient accepté de couvrir leur corps de poils à l'écran), ces trois-là embarquent le spectateur. Derrière eux, on appréciera également la belle présence de Miranda Otto (l'Eowyn du "Seigneur des Anneaux"), ainsi que les apparitions du trop rare Robert Forster et le petit rôle du grand Peter Dinklage (alias Tyrion Lannister dans la série "Game of Thrones").

Comédie souvent cruelle et cynique, mais avant tout humaine, "Human nature" ne regorge pas encore des trouvailles visuelles dont Gondry se fera le spécialiste plus tard, mais dispose déjà d'un ton unique, à la fois léger et profond. Les personnages y sont touchants, attachants, parfois énervants, parce qu'il s'agit d'être humains et aussi d'animaux doués de raison. Avec cette comédie qui pose autant de questions qu'elle prête à sourire, Michel Gondry livre là un joli premier film. La suite de sa carrière prouva son éclectisme et confirma son talent.


samedi 12 décembre 2015

Microbe et Gasoil (2015)




Michel Gondry n'est pas un cinéaste comme les autres. Le réalisateur de "Eternal sunshine of the spotless mind", réputé pour sa fantaisie et son goût du bricolage, a ses admirateurs et aussi ses détracteurs. On avait cru le perdre quand il prit en charge l'adaptation de "The green hornet", mais c'était mal le connaître. L'homme a su rebondir et nous est revenu avec "L'écume des jours", qui déçut pas mal de ses fans, puis avec "Microbe et Gasoil", sorte de road-movie en territoire d'enfance. Hélas, ce n'est pas encore avec ce film qu'il touchera un grand public.

Daniel, adolescent timide et doux, est surnommé "Microbe" par les enfants de sa classe. Lorsque Théo, alias "Gasoil", bien plus expansif que lui débarque dans sa classe, les deux garçons, souvent mis à l'écart, se prennent d'amitié. Alors que les vacances d'été commencent, Microbe et Gasoil décident de partir, mais pas n'importe comment. S'armant de leur débrouillardise et de leur imagination, ils construisent de toutes pièces une voiture faisant également office de maison et partent sur les routes de France.

Adepte du bricolage, de mise en scène parfois innovante et surtout, d'une immense (et salutaire !) bienveillance envers ses personnages, Michel Gondry a sa touche personnelle, et l'affirme une fois de plus dans "Microbe et Gasoil", même si on ne retrouve pas ici les trouvailles visuelles d'opus précédents (comme "Soyez sympas rembobinez"). En grande partie inspiré par ses souvenirs d'enfance, le réalisateur s'offre (et nous offre) ici un voyage en territoire d'adolescence, dans des années vues au travers de son prisme personnel.

Lors de ce périple improbable, le spectateur apprend à découvrir et à aimer les deux personnages
principaux, interprétés par deux jeunes acteurs absolument remarquables de naturel et de spontanéité. Ange Dargent et Théophile Baquet, débutants (ou presque) crèvent l'écran et accrochent l'affection presque immédiatement, laissant dans l'ombre les autres interprètes (dont Audrey Tautou).

Sans être une grande cuvée, "Microbe et Gasoil" est un film dans lequel on reconnaît la patte de Michel Gondry, mais sans outrance. Posant un regard d'une grande tendresse sur ses personnages, interprétés par deux gamins bourrés de naturel, ce voyage au pays imaginaire est celui qu'effectuerait un Peter Pan des temps modernes.

Lorsque le voyage prend fin, et avec lui le rêve, force est de constater qu'il fut agréable et qu'on est bien contents d'avoir retrouvé Michel Gondry. Porté par l'énergie du rêve et le talent de ses jeunes acteurs, le réalisateur nous offre ici l'un de ses plus beaux films.