Affichage des articles dont le libellé est 2015. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 2015. Afficher tous les articles

lundi 5 avril 2021

Qui c'est les plus forts ? (2015)

Vous, je ne sais pas, mais j'ai terriblement besoin de me détendre les zygomatiques, en ce moment. Et, pour cela, il m'arrive parfois de m'égarer vers des comédies pour lesquelles, dans le monde d'avant, je n'aurais pas fait le déplacement. C'est ainsi que j'ai visionné récemment "Qui c'est les plus forts ?", réalisé par Charlotte de Turkheim et tiré d'une pièce de théâtre. A sa sortie dans les salles, cependant, ce film fut reçu tièdement, et c'est le moins qu'on puisse dire. Vérifions s'il ne méritait pas mieux.

A Saint-Chamond, dans la Loire, on vibre encore au souvenir de l'A.S. Saint-Etienne, les fameux Verts du ballon rond. Depuis la fermeture de l'usine de découpe de poulets, Samantha vivote comme elle le peut. De peur de perdre la garde de sa jeune sœur, souffrant de forts troubles du comportements, elle va accepter le contrat que Paul, séduisant avocat, lui propose. Et tant pis si Céline, sa meilleure amie, qui arrondit ses fins de mois grâce au téléphone rose, n'est pas d'accord et préfèrerait qu'elle se marie avec le gentil Dylan.

Avec "Qui c'est les plus forts ?", Charlotte de Turkheim louche fortement sur le modèle britannique de la comédie sociale. Hélas, n'est pas Ken Loach qui veut et il faut vite se faire une raison : la tentative n'est pas couronnée de succès, loin s'en faut. Pourtant, les premières séquences augurent d'une relative fidélité au dit modèle : une usine qui ferme, des ouvrières restées sur le carreau et la vie qui tente de continuer, les ingrédients étaient pourtant là. Malheureusement, même avec les composants les plus adaptés, réussir une recette impose un peu de rigueur. A trop ajouter d'éléments, on finit par rendre le plat indigeste. Arrêtons là la métaphore culinaire, c'est sans doute préférable. 

Toujours est-il qu'en multipliant les sous-intrigues et les fardeaux que doivent porter les personnages, mais en leur conférant une énergie souvent artificielle, Charlotte de Turkheim rend son film peu crédible : le sort des héroïnes importe finalement peu au spectateur, alors qu'il eût été souhaitable qu'elles attirent un minimum d'empathie. 

On peut donc incriminer un scénario sans colonne vertébrale, chassant plusieurs lièvres à la fois pour finalement n'en capturer aucun, mais ce n'est pas le seul défaut de "Qui c'est les plus forts ?". L'interprétation est également à mettre dans la colonne du passif de ce film : qu'il s'agisse de l'exaspérante Audrey Lamy, d'Alice Pol ou de Grégory Fitoussi, pour ne citer qu'eux, enfermés dans des rôles plus caricaturaux que crédibles, ils ne sont guère convaincants dans cet alignement de saynètes plus ou moins réussies (et plutôt moins que plus, d'ailleurs).

Le mètre-étalon de la comédie sociale est probablement stocké de l'autre côté de la Manche. Si quelques tentatives hexagonales réussissaient le tour de force de s'aventurer avec succès dans ce registre (je songe notamment au très chouette "Discount"), force est de reconnaître que, la plupart du temps, les réalisateurs français qui s'y frottent échouent. C'est hélas le cas pour ce "Qui c'est les plus forts ?" qui, à force d'en faire trop, n'accomplit rien et, surtout, ne convaincra personne. 



mardi 30 mars 2021

Pourquoi j'ai pas mangé mon père (2015)

 


Le roman de Roy Lewis "Pourquoi j'ai mangé mon père" fait partie des classiques, aux yeux de bien des lecteurs (je vous le recommande au passage). Aussi, quand Djamel Debbouze l'utilisa comme matière de base pour un film en motion-capture, on aurait pu s'attendre à ce qu'il connaisse un succès d'audience. Ce fut loin d'être le cas et le film ne rentra qu'à peine dans ses frais. Innovant (en utilisant notamment des scènes jouées par Louis de Funès, tout de même) et ambitieux (pour une production en partie hexagonale), aurait-il pu faire mieux ?

Bien avant que l'homme ne soit Homo sapiens, Edouard, fils oublié du Roi des Simiens, compense son physique défavorable par son ingéniosité et sa générosité. Qu'importe s'il est rejeté par ceux qui sont les siens, Edouard, en compagnie de Lucy, les guidera vers l'évolution, inventant au passage la bipédie, le feu, et l'amour, entre autres. Forcés de descendre des arbres, les Simiens vont se mettre en marche vers l'humanité...

Malgré son titre, "Pourquoi j'ai pas mangé mon père" n'est pas une adaptation du roman de Roy Lewis, loin s'en faut. Il s'agit plutôt d'une appropriation par Djamel Debbouze du matériau (qui mériterait sans doute un vrai passage à l'écran), qui en modifie notablement le message. Là où Roy Lewis moquait ses contemporains et son monde, ce film met en vedette le petit malin face à la majorité et, usant d'une recette habituelle, nous montre que la gentillesse peut triompher (c'est une fiction, je vous le rappelle). 

Derrière la caméra, Djamel Debbouze s'offre aussi le rôle principal, en incarnant Edouard, petit simien ayant beaucoup (trop, peut-être) de points communs avec son interprète. On a parfois le sentiment d'assister à un show donné par l'humoriste, au point que l'histoire s'efface souvent derrière la prestation et les vannes. Comme pour renforcer le positionnement de son film dans le registre de la comédie, Djamel Debbouze s'offre un guest de luxe en la présence du vénérable Louis de Funès, dont la gestuelle a été captée numériquement. Le résultat est troublant et pourra ravir autant que gêner les spectateurs.

Ambitieux mais turbulent, cette fausse adaptation comporte de jolis moments, mais aussi beaucoup d'agitation et de bruit. Trop, peut-être, pour revendiquer la paternité du roman, parce qu'on a souvent l'impression d'assister à une démonstration d'effets comiques (la plupart du temps efficaces, mais pas toujours, hélas). Utilisant un terrain de jeu pas forcément vendeur et revendiquant la filiation avec un classique qu'il ne respecte finalement pas, "Pourquoi j'ai pas mangé mon père" s'avère une tentative intéressante, mais bancale. 



jeudi 12 novembre 2020

Docteur Frankenstein (2015)

 

Au palmarès des œuvres littéraires les plus souvent adaptées au cinéma, "Frankenstein" est assez bien placé. Le roman gothique de Mary Shelley eut droit à des traitements hétéroclites, affrontant aussi bien le Professeur Van Helsing que des Chimpmunks. On peut donc légitimement frissonner quand un long métrage s'empare une nouvelle fois du sujet. Affublé d'un "Docteur", histoire qu'on comprenne une fois pour toutes que le Frankenstein du titre est le savant et non sa créature, "Docteur Frankenstein" peina à rembourser son budget lors de sa sortie. 

Londres, au dix-neuvième siècle : ayant recueilli l'étrange Igor Straussman, clown bossu mais féru d'anatomie, dans un cirque, le Docteur Victor Frankenstein l'entraîne avec lui dans ses recherches. Dans sa quête pour percer les mystères de la vie, quitte à la créer lui-même, tous les moyens sont bons, y compris ceux qui défient la morale. 
Jusqu'où ira Frankenstein ? Et son ami Igor pourra-t-il le sauver de ses démons ?

Ce qui saute aux yeux, au visionnage de "Docteur Frankenstein", c'est l'esthétique, quelque part entre steampunk et réalisme. C'est aussi la frénésie de la mise en scène, qui va crescendo, comme si la folie qui dévorait le Docteur Frankenstein grignotait aussi le film tout entier. 

Paul McGuigan, repéré avec "Slevin" et "Push", a un parcours taillé pour le cinéma qui va vite et pour des histoires de gangsters modernes. L'avoir choisi pour "Docteur Frankenstein" peut sembler une erreur de casting ou (si l'on reste optimiste) un sacré défi. Hélas, il apparaît rapidement que ce challenge est relevé d'une drôle de manière, et que ce film est sans doute à ranger aux côtés d'un "Van Helsing", de par son traitement. Pour s'emparer d'un sujet déjà traité de maintes manières, souvent dévoyé, et dont on se demande si c'est bien la peine de s'acharner, Paul McGuigan cède aux sirènes de l'entertainment. Le fond le cède à la forme et, si celle-ci est réussie, elle ne parvient pas à cacher la vacuité de l'ensemble. 

Une direction d'acteurs défaillante, voire absente, alliée à une réalisation pas toujours maîtrisée et qui fait la part (trop) belle aux effets spéciaux et aux scènes d'action. Par moments, le film se prend même à être plus lyrique que la tentative de Brannagh, qui poussait le curseur du baroque un peu loin par moments. McGuigan, le pied à fond sur l'accélérateur, fait traverser à ses personnages leur époque sans prendre le temps de regarder le paysage, ni de s'interroger sur leurs motivations profondes. 

Daniel Radcliffe, dans une de ses nombreuses (et louables) tentatives d'échapper enfin à Harry Potter, fait la démonstration de son talent, dans un rôle pas toujours facile, mais passe rapidement dans l'ombre dès que James McAvoy est présent dans une scène. Ce dernier, gesticulant et envahissant, incarne un Victor Frankenstein à qui sa raison échappe autant que ses créatures, et peut agacer le spectateur, si ce dernier ne tient pas la distance. 

Fallait-il adapter encore une fois le roman de Mary Shelley, après qu'il eut subi tant de transpositions, pas toujours heureuses, sur le grand écran ? Le choix fait par Paul McGuigan pourra peut-être séduire des spectateurs indulgents ou peu exigeants, mais ceux qui attendaient de ce "Docteur Frankenstein" autre chose qu'une démonstration fébrile en seront pour leur frais. Nul doute que le célèbre docteur et sa créature reviendront, tôt ou tard, sur les écrans de cinéma, pour une meilleure (ou une pire, après tout) adaptation.





vendredi 26 juin 2020

Nous trois ou rien (2015)


Souvent, les artistes décident de raconter toute ou partie de leur existence. Si l'exercice est devenu un classique en matière de littérature, le Septième Art a vu aussi fleurir quantité de biopics, mais plus rarement d'auto-biographies. Utilisant ses souvenirs d'enfance et, au passage rendant hommage au parcours de ses parents, Kheiron, dont j'avais apprécié "Mauvaises herbes", avait consacré son premier film, "Nous trois ou rien" au parcours de ceux-ci, de l'Iran à la France.  Méconnu, ce film mérite-t-il une deuxième chance ?

Hibat et Fereshteh, deux jeunes Iraniens, s'aiment et militent pour la démocratie, dans l'Iran des années 1970, dirigée par le Shah. Pour avoir défendu ses idées, Hibat passera sept ans en prison, sans pour autant perdre espoir. Quand arrive la révolution, leurs espoirs sont vite douchés : au Shah a succédé l'ayatollah Khomeini et ses mollahs. La mort dans l'âme, Fereshteh et Hibat, jeunes parents, doivent s'exiler : la France sera leur terre d'accueil. Quand ils arrivent en Seine-Saint-Denis, malgré le manque de moyens, ils s'investissent dans la vie de leur quartier. L'énergie continue de les habiter, envers et malgré tout. 

Le parcours d'Hibat et Fereshteh (c'est-à-dire celui des parents du réalisateur) force l'admiration : il est celui d'êtres humains admirables qui gardent foi en l'homme, alors qu'ils auraient tout lieu de baisser les bras et de renoncer en l'espoir. Pour autant, "Nous trois ou rien" n'est pas seulement un bel hommage à deux parents admirables. C'est aussi, et c'est la belle surprise de ce film, une comédie. Malgré le contexte, malgré le drame omniprésent, on sourit souvent, en visionnant "Nous trois ou rien". Alors que l'approche choisie par Kheiron était des plus casse-gueule, a fortiori pour un premier film, il s'avère que cette option fut la bonne, puisqu'elle livre une vraie réussite. 

Il est délicat (et c'est souvent proche de la mission impossible) d'aborder des événements douloureux
et de garder le sourire. C'est néanmoins le choix que fait Kheiron, n'hésitant pas à ponctuer les événements tragiques qui accablèrent l'Iran d'alors par des dialogues souvent piquants. On en mesure d'autant mieux le drame que fut le destin de ce pays, et la force d'âme de certains de ceux qui vécurent ces années de plomb. Ces héros anonymes et leurs compagnons (dont certains eurent une destinée tragique) sont incarnés par des acteurs visiblement heureux d'être devant la caméra de Kheiron et convaincus de la démarche entreprise. Qu'il s'agisse du maître d'oeuvre de l'entreprise (assumant le premier rôle, en plus du scénario et de la mise en scène), de la délicieuse Leïla Bekhti, d'un Gérard Darmon inattendu, pour ne citer que ces trois-là, la distribution donne vie et vigueur à cette comédie dramatique et biographique franchement réussie. 

Humain et sans doute humaniste, le cinéma de Kheiron est de celui qui redonne foi en l'humanité. Si "Nous trois ou rien" pêche par endroits, il est néanmoins une vraie bulle d'air pur dans une atmosphère souvent polluée. A ce titre, il est plus que recommandable. 


vendredi 27 mars 2020

The lady in the van (2015)




Curieux parcours que celui de "The lady in the van" : en s'inspirant d'événements dont il fut le témoin privilégié, l'écrivain britannique Nicholas Hytner écrivit un roman, dont il tira d'abord une pièce de théâtre, puis un film qu'il scénarisa. Alors, a-t-il exploité ad nauseam l'histoire de la dame à la camionnette ? Toujours est-il que, si la prestation de Maggie Smith, actrice principale de ce film, fut saluée et récompensée, "The lady in the van" est passé inaperçu pour nombre de spectateurs français. A tort ou à raison ?

Parce qu'elle croit être responsable d'un accident de la route dans lequel un motocycliste, Miss Shepherd panique et se réfugie dans le quartier londonien de Camden. Sous les yeux des habitants de ce quartier calme, elle va s'installer et finalement vivre des années durant. Lorsqu'Alan Bennett, un écrivain ne s'y installe à son tour, il cède et finit par accepter de la voir garer son van dans son allée. Mais qui est vraiment cette drôle de vieille dame, à l'hygiène douteuse et au caractère compliqué ?

Méfiez-vous des étiquettes. Classé dans l'étrange catégorie des comédies dramatiques, ce long métrage britannique ne vous procurera que très peu d'occasions d'exercer vos zygomatiques. C'est à un film so british, but not so funny que vous aurez affaire si vous décidez de visionner "The lady in the van". L'étrange vie de cette vieille dame, venue d'on ne sait où et qui provoque l'émoi dans le sage quartier de Camden, avant d'en faire partie intégrante, méritait-elle cela, pour autant ? Déjà exploité sous maintes formes, le destin malheureux de Miss Shepherd ne gagne guère à se voir projeté sur les écrans, j'en ai bien peur. 

Nicholas Hytner, le réalisateur (connu, notamment, pour "La folie du Roi George") est sans doute très attaché à cette vieille dame et à son van, et l'on peut comprendre qu'il lui rende hommage une fois de plus avec ce film. Néanmoins, "The lady in the van", dans sa version pour le grand écran, n'apporte rien de plus que ses précédentes incarnations, hormis la désagréable impression d'exploiter jusqu'à la corde une histoire, aussi touchante fût-elle. La sage mise en scène et la belle interprétation, avec en tête la grande Maggie Smith, restent les meilleurs arguments pour jeter un œil à ce film où la vie suit son cours, autour de cette vieille dame acariâtre et malheureuse. 

Au final, ne reste qu'un film porté par l'immense Maggie Smith, qui mérite à elle seule qu'on visionne "The lady in the van". Ce peut être une bonne raison, comme ce peut être insuffisant.




dimanche 22 mars 2020

Un français (2014)


Certains films, en s'emparant de sujets sensibles, donnent un coup de projecteur souvent utile dans leur direction. Parfois maladroite, parfois efficace, la démarche n'est pas toujours couronnée de succès. Dans le cas de "Un français", qui suivait sur plusieurs années la vie d'un jeune skin-head, malgré un buzz certain lors de la sortie (chaotique) en salles du film, le succès ne fut pas celui espéré, au grand désarroi de son réalisateur, Diastème, dont c'était le deuxième long métrage, après "Le bruit des gens autour".

Marco est skin-head et ne connaît que la violence, comme réponse à ce qu'il hait viscéralement : noirs, arabes, punks, redskins sont l'objet de ses coups, et il ne fait pas bon croiser son chemin lorsqu'il colle des affiches ça et là, dans Paris. Tandis que ses anciens amis se font un chemin dans la vie politique, fiers de leur passé violent et radical, Marco change et renonce à ce qu'il fut. Les années passant, il trouve son chemin vers la rédemption. Mais peut-on tourner le dos à son passé ?

L'image du skin-head, méconnue du grand public, a peu souvent été utilisée par le septième art et, quand ces hommes ne connaissant que la haine et la violence apparaissent, c'est souvent en second plan (dans "La Haine" ou "Chez nous", par exemple), comme si le cinéma n'osait affronter cette mouvance directement. Diastème choisit l'approche frontale, avec tous les risques que comprend pareille démarche, et n'évite pas les écueils, comme on pouvait s'y attendre.

Remarquable sur bien des points, notamment dans sa première partie, "Un français", film nécessaire, pêche néanmoins par facilité. Le passage parfois abrupt d'une époque à une autre, ponctuée uniquement par la longueur des cheveux de son héros, peut désarçonner et on se serait bien passé d'ellipses si soudaines qu'elle font passer les explications et les motivations à la trappe. La rédemption de Marco, sans doute motivée par quelque ressort intérieur, peut également paraître inattendue et peu crédible. Que se passe-t-il sous le crâne rasé du jeune homme pour qu'il change ainsi et trace son chemin jusqu'à la lumière ? En comparaison avec son comparse américain de " American History X", le skin-head incarné par Alban Lenoir obéit à une injonction bien peu évidente pour quitter la sphère haineuse où il gravitait jusque là.

Mené par un casting impeccable, tant dans ses rôles principaux que dans les secondaires, "Un français", remarquablement documenté et d'une belle précision, aurait gagné en impact s'il avait été plus solide. Pour autant, c'est un film utile, parce qu'il met en lumière une mouvance non négligeable et jamais anodine.


mardi 17 mars 2020

Des nouvelles de la planète Mars (2015)



Le réalisateur Dominik Moll, est essentiellement connu pour "Harry, un a:i qui vous veut du bien", son deuxième long métrage, qui fut un réel succès public et critique. S'attachant souvent à créer des ambiances particulières, basées sur un élément perturbateur, il a aussi œuvré du côté du petit écran, notamment avec la série "Tunnel". L'un de ses derniers films, "des nouvelles de la planète Mars", malgré un casting intéressant, ne reçut pas le succès attendu, bien qu'il fut passé par la case de la Berlinale. Avons-nous laissé passer un grand film ?

Philippe Mars, informaticien et père de famille divorcé, est sans doute trop gentil. Élevant comme il le peut ses deux adolescents d'enfants, il rencontre un jour Jérôme, un collègue particulièrement perturbé. Pour rendre service, Philippe accepte de l'héberger. La vie déjà compliquée de Philippe devient encore plus difficile, quand Jérôme s'immisce de plus en plus dans la famille Mars, en y introduisant son amie Chloé, évadée d'un hôpital psychiatrique.

Dominik Möll, qui avait déjà livré le très étonnant (et dérangeant) "Harry, un ami qui vous veut du bien", joue ici encore de l'intrusion d'un élément perturbateur et de ses conséquences dans un univers a priori bien rodé. Si, avec son opus le plus célèbre, il pratiquait l'exercice du thriller psychologique, tout en froideur et en malaise, "Des nouvelles de la planète Mars" s'aventure de temps à autre sur le territoire de la comédie, sans pour autant mettre le spectateur totalement à l'aise.

C'est un curieux film que ce "Des nouvelles de la planète Mars", qui voit son héros jongler tant bien que mal avec les péripéties du quotidien, alors que ce même quotidien se fait un malin plaisir de lui mettre des bâtons dans les roues. Si, quand il s'agit de décrire cet ordinaire qui ne le reste pas longtemps, "Des nouvelles de la planète Mars" réussit son coup, il est moins convaincant pour ce qui est de mener à bien son intrigue, si tant est qu'il en contienne vraiment une. C'est le peu de consistance de son axe principal qui est son plus grand défaut. Faute d'une vraie colonne vertébrale, le film suit tant bien que mal son petit bonhomme de chemin (pas toujours carrossable) mais peut, à l'arrivée, décevoir.


Une fois encore, c'est avec les interprètes que l'on pourra se consoler, si besoin. Tout en sobriété, François Damiens montre ses talents de comédien, face à un Vincent Macaigne remarquable, soutenu dans la seconde partie du film par l'épatante Veerle Baetens. Tous se coulent sans mal dans l'étrange univers de Dominik Moll et concourent à la crédibilité de l'ambiance, où le malaise s'instille doucement dans un univers a priori normal. Leur prestation aurait sans doute mérité une intrigue plus épaisse, mais reste l'atout principal de "Des nouvelles de la planète Mars".

S'il est quelques faiblesses dans ce film, il comporte cependant de vrais points positifs qui empêchent de mal le considérer. Pour son ambiance et ses comédiens, "Des nouvelles de la planète Mars" mérite le détour, même s'il ne laissera sans doute pas un souvenir impérissable.


jeudi 2 janvier 2020

Le Tout Nouveau Testament (2015)

Avant tout, je souhaite aux lecteurs (habitués ou non) de ce blog, une très belle année 2020. Qu'elle soit pleine de bonheur(s), petit(s) et grand(s) !


Jaco Van Dormael, connu surtout pour "Toto le héros" et "Le huitième jour", a montré plus d'une fois une véritable ambition, notamment avec "Mr Nobody", qui n'avait pas connu un franc succès. Son dernier opus, "Le Tout Nouveau Testament", dont le pitch était des plus prometteurs, mais également très risqué, fait également partie des films qui passèrent à côté de leur public. Malgré un casting remarquable, avons-nous laissé filer un grand film ? Aurions-nous dû nous presser dans les salles pour y rencontrer ce Dieu qui habite à Bruxelles ?


Dieu est un sale type, omnipotent qui plus est. Il passe son temps à créer des catastrophes et à nuire à l'humanité, sa création. Tandis que sa femme est cantonnée aux tâches ménagères, la fille de Dieu, Ea décide d'intervenir. Elle choisit d'envoyer à chaque être humain, par SMS, la date de sa mort. Ce mystère majeur levé, les hommes perdent la foi en Dieu. Puis, suivant les conseils de son frère aîné, J.-C., Ea décide de se rendre parmi les hommes, pour trouver les apôtres qui rédigeront un Tout Nouveau Testament. 

Comme vous aurez pu le comprendre, le pitch du "Tout Nouveau Testament" est plutôt gonflé et joue habilement du sacrilège (salvateur), tout en se permettant de vraies séquences burlesques (savamment dosées). Souvent absurde, parfois touchant, ce dérapage reste cependant sous contrôle du début à la fin. Corrosif et humaniste, le scénario, s'il s'égare parfois en chemin, impose un ton et une identité indéniable (c'est du belge, dirons certains). 

La mise en scène et l'image, particulièrement soignées. A l'instar de ce qu'il avait montré dans "Mr Nobody", par exemple, Jaco Van Dormael livre ici un film techniquement irréprochable, dont la mise en scène est au service de l'histoire et non l'inverse.  
L'interprétation est également de haute volée. Qu'il s'agisse de Benoît Poelvoorde, en démiurge infect, ou de ceux qui incarnent les êtres humains croisés par Ea (incarnée par la jeune Pili Groyne, qui crève l'écran), les acteurs et actrices sont convaincants, et ce n'était pas gagné d'avance, au vu du scénario. 

Si quelques séquences dispensables émaillent encore, ça et là, "Le Tout Nouveau Testament", ce long métrage est sans conteste une réussite. Si, avec "Mr Nobody", Jaco van Dormael avait fait montre (à mes yeux en tout cas) de prétention, ce film m'a permis de me réconcilier avec lui.


mardi 17 décembre 2019

Le nouveau (2015)



Il m'arrive souvent de visionner un film sans aucun a priori, sans avoir consulté les critiques venues de la presse ni avoir pris connaissance des prix éventuellement reçu par ce film. Souvent, en lisant a posteriori ce qu'en ont dit les professionnels de la profession, force est d'avouer que je suis (au moins en partie) en accord avec eux. Plus rarement, c'est l'incompréhension : comment tel ou tel film a-t-il pu être aussi encensé alors que je ne lui trouve que des défauts ? Pourquoi tel autre a-t-il essuyé pareille rafale de critiques ? Dans laquelle de ces configurations allons-nous placer "Le nouveau", petite comédie collégienne, qui ne fit pas trop de bruit lors de sa sortie en salles ?

Ce n'est pas facile, pour Benoît, de se faire des amis dans le collège où il est le nouveau, suite au déménagement de ses parents. Les clans sont déjà formés et la plupart des autres garçons le regardent de haut, voire s'en prennent à lui. Et seuls les moins populaires tendent la main au jeune garçon. Alors, sur les conseils de son oncle, Benoît va tout faire pour s'intégrer, et tenter de séduire la jolie Johanna, qui semble s'intéresser à lui.

Alors qu'on pourrait penser qu'il s'agit d'une comédie à la français (ce n'est pas un bon présage), "Le nouveau", au visionnage, a tout d' un prequel des "Beaux gosses". Cette plongée en milieu collégien, filmée de façon quasi-documentaire, ressemble en effet au long métrage de Riad Sattouf dans son approche de ses jeunes héros, forçant souvent le trait sur leurs défauts. Repéré en tant qu'acteur (souvent au petit écran), Rudi Rosenberg, le réalisateur, laisse souvent sa caméra tourner tandis que ses comédiens (souvent amateurs) évoluent, improvisant parfois. Le résultat est assez inégal, puisqu'en équilibre entre le documentaire et la comédie. Oscillant sans cesse entre ces deux pôles, "Le nouveau" souffre d'un vrai déséquilibre et de la confusion qu'il affiche.

Malgré une vraie fraîcheur, notamment due à l'interprétation des jeunes héros de cette vraie-fausse comédie, "Le nouveau" donne plutôt l'impression de tourner en rond et d'user sans cesse des mêmes procédés pour amuser le spectateur ou l'interpeller. Côté humour, on repassera, car les gags, si tant est qu'on puisse utiliser ce terme, tombent souvent à l'haut et sont contrebalancés par des moments ne prêtant pas à rire, ce qui torpille l'effet initialement voulu. La présence du personnage incarné par Max Boublil (qui ferait bien de changer de registre ou d'arrêter ses tentatives au cinéma), uniquement là pour la partie comique du film, s'avère artificielle et inutile. Rudi Rosenberg aurait sans doute mieux fait de ne considérer que la partie réaliste de son film, si vous voulez mon avis.

En relisant après visionnage les avis de la presse, et en particulier ceux des critiques souvent les moins tendres, j'ai eu l'impression d'être passé à côté d'un bon film, ne voyant dans "Le nouveau" qu'une comédie brouillonne et hasardeuse, rarement amusante. Sans doute me faudrait-il une deuxième séance pour en avoir le cœur net : l'envie n'est pas au rendez-vous, cependant...




jeudi 12 décembre 2019

Tout de suite maintenant (2015)

  

Le cinéaste Pascale Bonitzer a déjà fait l'objet d'un billet dans ce blog, avec "Cherchez Horthense", film très parisien, qui m'avait laissé perplexe. Arborant également une affiche dessinée par Floc'h (fidèle au réalisateur), "Tout de suite maintenant", qui mettait en vedette Agathe Bonitzer, sa fille, a été l'occasion d'une deuxième tentative de ma part : allais-je ou non adhérer au propos de Pascal Bonitzer ? Allais-je rencontrer son univers ? Le peu de succès public de ce film était-il mérité ? Ou, à en croire les critiques, en majorité positives, les spectateurs étaient-ils passés à côté d'une belle rencontre cinématographique ?


Nouvellement embauchée dans la finance, Nora fait ses premières armes en découvrant que son patron et son père se sont connus, quand ils étaient jeunes. De plus, elle doit subir la concurrence que lui opposent ses jeunes collègues, avides de réussite et de profits. Entre apprentissage professionnel, parcours de vie et découvertes de secrets familiaux, Nora, avec la complicité de sa sœur Maya, va devoir apprendre à s'accomplir.

A l'instar de celui de "Cherchez Horthense", le scénario de "Tout de suite maintenant" met en scène une certaine frange de la population, bien éloignée de celle mise en avant dans le cinéma dit social. Les protagonistes de Pascal Bonitzer, bien qu'à l'abri du besoin, ont des tourments dont on pourrait penser qu'ils sont risibles et, surtout, qu'il n'y a pas de quoi en faire un film. Cela dit, pourquoi pas ? Évoquer les problèmes rencontrés par ces premiers de cordée peut être un moyen de dire quelque chose, d'évoquer leur part d'humanité, voire tout simplement de raconter une histoire. Le tout est de surtout ne pas se montrer élitiste et de faire en sorte d'attirer un minimum de sympathie. 

Alors, oui, les personnages de "Tout de suite maintenant" ne sont pas en proie aux fins de mois difficiles, c'est le moins que l'on puisse dire. Néanmoins, la vie n'est pas pour eux un jardin de roses et les tourments les accablent, comme tout un chacun. Du moins, c'est ce que voudrait faire croire ce film. Parce que c'est là que le bât blesse : aucun des personnages de "Tout de suite maintenant" n'est sympathique ni attachant : c'est sans doute cela qui fait que, très tôt, on se désintéresse de ce qui peut leur arriver. Englués dans leurs tourments artificiels, les protagonistes de ce film ne font rien pour se sortir de l'ornière, ni pour titiller l'empathie du spectateur. Ce dernier restant en retrait, il a tôt fait de se moquer comme d'une guigne des problèmes de petite fille riche qui taraudent Nora. 

Servi par un casting à très fort potentiel, le film n'est cependant pas l'occasion pour les comédiens de tirer leur épingle du jeu. Agathe Bonitzer, dans le rôle principal, passe le plus clair de son temps à faire la tête (décidément !), partageant l'ennui du spectateur. Et même les courts passages d'acteurs plus chevronnés ne suffit pas à faire jaillir l'étincelle : "Tout de suite maintenant" déroule tant bien que mal son fil (doré) sans susciter l'intérêt (le mien, en tout cas). Il semblerait donc que le cinéma de Pascal Bonitzer ne soit pas fait pour moi.




mercredi 23 octobre 2019

Un village presque parfait (2015)



En matière de comédie sociale, le modèle britannique est-il indépassable ? Bien souvent, en effet, le cinéma hexagonal s'est aventuré sur ce territoire, affrontant les mètres-étalons du genre, et faisant bien souvent pâle figure, face à des films comme "The full monty" ou "La part des anges". La plupart du temps, ne nous mentons pas, la réussite n'était pas au rendez-vous, non plus que le succès public ou critique. Passant du petit au grand écran, Stéphane Meunier, essentiellement connu pour "Les yeux dans les bleus", le célèbre documentaire sur la Coupe du Monde de Football 1998, réalisa "Un village presque parfait". Le thème, celui des déserts médicaux, se prêtait particulièrement bien à l'exercice de la comédie sociale. Allait-il réussir son coup ?


Saint-Loin la Mauderne, dans les Pyrénées, est un village sinistré. L'usine qui faisait vivre la population a fermé et c'est grâce aux aides sociales que ses habitants vivent tant bien que mal. Pour financer le projet de réouverture de l'usine, le maire du village conclut un contrat avec les autorités européennes : il obtiendra son financement si Saint-Loin se dote d'un médecin. Mais quel praticien acceptera de venir s'enterrer loin de tout ?

Pour sa première réalisation au grand écran, après une carrière déjà fournie au petit écran, Stéphane Meunier s'attaque au remake d'un film québécois ("La grande séduction") : il faut croire que les "déserts médicaux" sont (hélas !) un mal sans frontières, puisque "Un village presque parfait" fut à son tour l'objet d'un remake en Italie.

Le thème de ces villages, cherchant désespérément un praticien pour veiller sur la santé de ses habitants, est d'actualité. A l'heure où les services de santé sont sinistrés, il était logique que le cinéma s'empare du sujet, comme on l'a vu avec le très peu réussi "Bowling". Dans le cas de "Un village presque parfait", on se rend rapidement compte que l'équilibre qui fait souvent défaut aux tentatives françaises de comédie sociale n'est pas loin d'être atteint.

Certes, les situations dans lesquelles Stéphane Meunier plonge parfois les protagonistes touchent souvent à l'incongru, et cèdent au besoin du gag, mais l'ossature qui sous-tend le film est solide : le scénario a un objectif à atteindre et ne le perd jamais de vue. Cela donne à l'ensemble une cohérence qui fait souvent défaut aux essais ratés dans cette catégorie.

Les personnages sont hauts en couleurs et souvent caricaturaux, mais on a malgré tout une vraie tendresse pour eux, malgré l'antipathie qu'ils peuvent parfois susciter. C'est sans doute la clé du succès que nombre de films n'atteignent pas, que de confier la réussite à des personnages qui touchent le spectateur. Pour les interpréter, les acteurs choisis sont suffisamment bien dirigés pour ne pas partir en vrille et faire leur numéro chacun dans leur coin : le risque était grand, surtout au vu du pedigree de certains d'entre eux. Qu'il s'agisse de Didier Bourdon, de Lorànt Deutsch, d'Elie Semoun, de Denis Podalydès ou de Lionnel Astier, aucun ne tire la couverture à lui, fort heureusement. S'il aurait été souhaitable d'avoir plus de personnages féminins majeurs, on pourra se satisfaire du résultat obtenu, en regard de ce que cela aurait pu donner.

Si "Un village presque parfait" n'est pas tout à fait la comédie sociale qui bousculera les ténors du genre, ce film a le mérite de faire parfois sourire, tout en faisant appel à un thème grave. Je ne suis pas sûr qu'il ait eu (ou ait encore) une portée revendicatrice forte, mais il a le mérite de faire passer un moment plaisant. C'est déjà ça de pris.




jeudi 3 octobre 2019

Les survivants (2015)



Une belle distribution n'est pas synonyme de succès, loin s'en faut. Les colonnes de ce blog hébergent moult films passés sous le radar des spectateurs, malgré des têtes d'affiche qui auraient été porteuses de succès, si le cinéma était une science. On peut s'étonner, a posteriori, que "Les survivants", mettant en vedette Margot Robbie, Chiwetel Ejiofor et Chris Pine, soit sorti en direct-to-video (du moins en France). Un casting pareil pourrait être qualifié de "bankable", comme aiment le dire les connaisseurs. Avec son affiche hideuse et son traitement à la sauvette, "Les survivants" (titre français de "Z for Zachariah") aurait-il mérité mieux ?

Fille de pasteur, la jeune Ann est une survivante. Elle vit seule, dans la ferme familiale, alors que le reste de l'humanité semble avoir disparu, suite à quelque catastrophe. Quand survient John, Ann, si croyante, comprend qu'elle n'est plus seule et qu'elle peut compter sur cet homme venu de nulle part.
Quand apparaît l'étrange Caleb, le duo devient trio et Ann est l'objet d'une rivalité inattendue entre les deux hommes. 


Attention, il ne faut pas confondre ce film avec "Les survivants", de 1993, qui narrait la survie des rescapés d'un crash aérien qui fit date. Dans cette cuvée de 2015, mise en images par Craig Zobel (plus habitué aux séries télévisées qu'au grand écran), la survie n'est pas le thème principal. Le personnage principal, incarné par la très convaincante Margot Robbie, ne manque de rien qui soit matériel et son âme est remplie d'une foi inébranlable (et souvent envahissante) malgré les circonstances. Face à elle, John (Chiwetel Ejiofor) est celui qui doute et ne croit plus, mais veut aller de l'avant. 

La première partie du film est sans doute la plus réussie, du moins à mon avis. Voir les survivants d'une catastrophe se démener pour reprendre le contrôle et reconstruire leur monde m'a souvent fasciné. Bien que l'on n'ait à aucun moment de doute quant à leur survie (ce qui est regrettable, si vous voulez mon avis), les scènes où ils envisagent le futur sont les plus réussies. La réalisation, sobre et efficace, de Craig Zobel, est suffisamment honnête pour embarquer le spectateur.

Et puis, quand surgit le troisième personnage (injecté dans l'intrigue pour les besoins du film, car il n'était pas présent dans le roman originel), ce n'est plus la survie qui est l'enjeu principal, mais on assiste alors à l'affrontement entre les deux hommes pour séduire la femme entre eux. Les décors sublimes (le film fut tourné en Nouvelle-Zélande, décidément terre de cinéma) passent alors à l'arrière plan, tandis que "Les survivants" s'englue dans un trio amoureux sans grand intérêt. On peut légitimement s'interroger quant aux intentions des scénaristes : altérer à ce point le matériau d'origine, pour obtenir un tel résultat, cela a de quoi faire bondir.

Si l'on ne prend en compte que sa première partie, "Les survivants" est un honnête film traitant de survie. Malheureusement, dès l'entrée en scène du troisième personnage, il s'échoue et ne réussit jamais à repartir sur le chemin qu'il avait tracé initialement. Dommage.





dimanche 8 septembre 2019

Une famille à louer (2015)


La recette de la comédie romantique est connue : une femme et un homme qui, a priori, n'avaient rien en commun, se rencontrent, se rendent compte qu'ils sont fait l'un pour l'autre et, après avoir déjoué les coups du sort (le dernier aléa marquant généralement le dernier quart d'heure du film), finissent par aboutir à un happy end bien mérité. Genre très anglo-saxon, la romcom a donné le meilleur (nous avons tous des noms en tête) et le pire (là aussi, chacun a sa liste). Le cinéma hexagonal s'est frotté plus d'une fois à l'exercice, avec plus ou moins de bonheur. Déjà remarqué pour "Les émotifs anonymes" où il mettait Isabelle Carré face à Benoît Poelvoorde, Jean-Pierre Améris a retrouvé ce dernier pour "Une famille à louer". Cette fois, le succès fut moindre. 


Paul-André a tout : il a fait fortune et vit désormais seul, dans une immense maison, en proie à un gigantesque cafard. En fait, il n'a rien : il lui manque une famille.
Violette, mère célibataire de deux enfants pleins de vie, peine à joindre les deux bouts et n'hésite pas à voler pour qu'ils puissent manger. Quand il voit Violette à la télévision, sortant du tribunal où elle est jugée pour avoir frappé un vigile, Paul-André a une idée : et s'il louait Violette.et sa famille, comme ça, juste pour voir si l'immense trou dans son existence, ne viendrait pas de là ?


Le pitch de "Une famille à louer" aurait pu donner un traitement basé uniquement sur la comédie et le contraste entre les deux mondes qu'incarnent les personnages principaux. Rétrospectivement, on peut frissonner en imaginant ce que certains acteurs majeurs (hélas) de la comédie française en auraient fait. 

Heureusement, Jean-Pierre Améris prend le parti d'aimer ses personnages (ce que ne font pas ceux que j'évoquais plus haut). Malgré leurs défauts, Violette et Pierre-André sont profondément humains, aussi agaçants soient-ils parfois. C'est d'eux et du choix de traitement qui leur est réservé que vient le sentiment général de réussite du film. 

Étonnamment, le couple formé à l'écran par Benoît Poelvoorde, qu'on a connu bien moins inspiré, et la délicieuse Virginie Efira (qui maltraite son image avec délectation), fonctionne parfaitement. En opposés qui s'attirent, tous deux jouent la partition que leur confie Jean-Pierre Améris avec un naturel qui entraîne le spectateur. Derrière eux, dans des rôles plus importants qu'on l'aurait cru, les deux jeunes acteurs incarnant les enfants du personnage de la ravissante (oui, je me répète, mais c'est plus fort que moi) Virgine Efira crèvent l'écran : ce n'est pas tous les jours qu'on peut saluer le jeu des enfants, souvent excessif et peu naturel. 

Après "Les émotifs anonymes", c'est une nouvelle fois à la rencontre de deux mondes, incarnés par deux personnages bien différents, que Jean-Pierre Améris nous entraîne avec "Une famille à louer". Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce petit film est plus malin qu'il n'en a l'air et que, pour mineur qu'il soit, il permet de passer un joli moment. C'est toujours ça de pris. 


lundi 19 août 2019

Premiers crus (2015)


Du terroir, une famille à reconstruire, des caractères : voilà quelques ingrédients typiques d'une saga familiale, comme la télévision en pond au kilomètre, surtout en période d'été. Mais il également des films qui s'aventurent sur ce terrain. Pour exemple, "Premiers crus", mis en scène par Jérôme Lemaire, prenait place en terre de vin, et plus exactement en Bourgogne. Avec de belles têtes d'affiche (Gérard Lanvin, Jalil Lespert, Alice Taglioni et Laura Smet), ce film n'a pas pour autant drainé beaucoup de spectateurs. A qui ou à quoi la faute ?


Ayant rompu avec la tradition vigneronne familiale, Charlie Maréchal est devenu un œnologue parisien réputé. Le guide qu'il publie chaque année a valeur de bible, dans le milieu. En Bourgogne, l'exploitation familiale est en difficulté et Charlie est contraint d'y revenir. 
Retourner au domaine familial, c'est affronter le passé et aussi son père, un misanthrope qui n'aspire qu'à partir vers d'autres horizons.
Qu'à cela ne tienne, pour sauver le domaine, Charlie a de nouvelles idées et, envers et contre tous, ira jusqu'au bout.

Ne cherchez pas à être surpris, si vous entreprenez le visionnage de "Premiers crus". De la psychologie des personnages aux décors, en passant par l'intrigue, l'ensemble du film est extrêmement calibré, comme s'il s'agissait de répondre au cahier des charges de quelque Appellation d'Origine Contrôlée. Les hommes y sont fiers et durs à la tâche, les femmes y sont fières et superbes, la terre y est dure, mais sait offrir ses trésors à qui lui offre sa sueur et son cœur. Bref, tout cela est très prévisible et, n'eût été le charme des décors et des acteurs, on tournerait vite la bride pour aller voir ailleurs.

Le cadre dans lequel "Premiers crus" se déroule est superbe (même sous la pluie) et on se prend régulièrement à des envies d'aller visiter la Bourgogne, tant Jérôme Lemaire la met en valeur. Après "Requiem pour une tueuse", le réalisateur change de registre, quittant le thriller pour la saga familiale, tout en s'appliquant à livrer un film à l'esthétique léchée, faute d'avoir une intrigue surprenante. 

Les acteurs qui jouent la partition très balisée de "Premiers crus" font le minimum syndical, ni plus ni moins. De Gérard Lanvin (qui vaut tellement mieux que ces rôles d'ours qu'il semble attirer ces dernières années) à Jalil Lespert, en passant par Alice Taglioni et Laura Smet, c'est une prestation sans éclat que livrent les comédiens, comme s'il s'agissait pour eux de répondre à ce fichu cahier des charges, sans dépasser les lignes. Un peu d'audace n'aurait pas nui : à l'instar de l'intrigue, on a l'impression de regarder une vitrine, où le moindre élément est savamment disposé et mis en valeur.

Avec sa distribution "haut de gamme", ses intrigues familiales, son décor régionalisant et surtout son empilement de clichés, "Premiers crus" a tout de la saga de l'été sur quelque chaîne télévisée. Cela n'en fait pas un film mémorable, loin de là.


samedi 25 mai 2019

Venise sous la neige (2015)


Maintes fois, le septième art a choisi d'adapter le sixième, à savoir le théâtre. Ce fut parfois une grande réussite  (je songe notamment à "Cyrano de Bergerac" ou au "Limier", pour ne choisir que deux exemples très différents) et à un beau succès populaire. D'autres fois, ça marche moins bien et le film qui naît de l'adaptation passe sans susciter l'attention des spectateurs. Dans le cas de "Venise sous la neige", réalisé en 2015 par Elliott Covrigaru, ils sont rares, ceux qui se déplacèrent en salle. Alors, sommes-nous passés à côté d'une jolie adaptation ?


Dramaturge incompris, Christophe cherche à faire financer sa prochaine création, dont le rôle principal est promis à Patricia, sa compagne. Pour ce faire, il va rendre visite à un de ses amis, sur le point de se marier et disposant des moyens nécessaires. Seulement, Patricia, fâchée envers Christophe a décidé de ne plus décrocher un mot. Les ennuis commencent. 

Premier long-métrage d'Elliott Covrigaru, "Venise sous la neige" ne cache pas son ascendance : ce film affiche clairement son statut, au point qu'on songe souvent à du théâtre filmé. C'est embêtant, car on se demande rapidement où et la plus-value du passage au grand écran.

Déjà maintes fois tenté (et souvent réussi), l'exercice avait quelque attrait. Mais, pour qu'il soit réussi, il aurait fallu qu'il innove et apporte un petit plus qui donne le sentiment d'être face à un film et non devant une pièce somme toute assez médiocre. 

Car, ne nous ne le cachons pas, "Venise sous la neige" n'est pas très drôle et est même parfois franchement gênant. Les gags sont usés et tombent le plus souvent à plat, les répliques ne font que rarement mouche et les acteurs en font des tonnes, en vain.

Particulièrement caricatural et souvent poussif, "Venise sous la neige" n'a pas grand chose pour lui. Bien souvent, je me suis réfugié, lorsqu'un film me paraissait peu intéressant, dans la contemplation de ses interprètes. Dans le cas de "Venise sous le neige", point de consolation à trouver de ce côté-là. Dans des rôles caricaturaux, les acteurs en font des tonnes. Ce qui aurait pu passer sur les planches (et encore !) ne passe définitivement pas au grand écran, ni même au petit. Seule Juliette Arnaud semble tirer son épingle du jeu, mais on sent qu'elle s'ennuie profondément, tout comme le spectateur.

Quitte à voir une pièce de théâtre, autant se rendre au théâtre, justement et, si c'est possible, on choisira une pièce digne d'intérêt. Ce "Venise sous la neige" ne mérite pas sa deuxième séance (ni sa première, d'ailleurs).


mercredi 23 janvier 2019

Le grand partage (2015)


Quel est le secret d'une comédie ? Pourquoi, des décennies plus tard, "Les aventures de Rabbi Jacob" continue à faire rire en évoquant des sujets graves, alors que "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?" finira (je prends les paris) par être oublié ? Telle la potion magique des albums d'Astérix, ces films qui traversent le temps disposent sans doute d'un ingrédient secret. Si vous voulez mon avis, il serait temps de remettre la main sur ce composant, ne serait-ce que pour lutter contre la morosité ambiante.  En voulant traiter d'un sujet grave, à savoir le mal-logement, Alexandra Leclère, dont j'avais déjà peu goûté "Garde alternée", nous a proposé juste avant "Le grand partage". 

Il fait froid, cet hiver à Paris, tant et si bien que le gouvernement décide d'imposer à ceux qui ont de la place chez eux d'héberger un ou plusieurs sans-abri. Alors, forcément, dans l'immeuble cossu où cohabitent déjà difficilement la famille Dubreuil (des bourgeois étriqués et peu épanouis) et les Bretzel (des bobos donneurs de leçon qui feraient bien de balayer devant leur porte), ça ne va pas se passer sans mal. Sans compter la concierge, militante d'extrême-droite, qui voit les nouveaux arrivants d'un mauvais œil.


Inutile de tourner autour du pot. Si vous avez vu la bande-annonce (d'ailleurs présente en bas de cet article), les scènes les plus drôles du film s'y trouvent : cela donne une idée de l'ensemble. A l'image de "Garde alternée" et de pas mal d'autres comédies (souvent françaises, il faut le reconnaître), "Le grand partage" donne l'impression qu'il a été produit sur la base de sa situation initiale, sans souci du traitement de celle-ci. C'est bien joli, d'avoir un postulat de base, mais il faut en faire quelque chose et la simple confrontation de personnages et de points de vue différents ne suffit pas forcément à générer les étincelles comiques attendues.

Pour le coup, donc, l'élément perturbateur n'est pas suffisant pour faire tourner le moteur de la comédie. C'est souvent le cas, mais en ce qui concerne "Le grand partage", c'est particulièrement flagrant. Représentatif - hélas ! - d'une grosse partie de la comédie française, ce film se contente du minimum syndical et compte faire rire avec des mécanismes éculés et franchement pas drôles.


On pourra se lamenter de retrouver certains acteurs dans pareil film :  Patrick Chesnais et Karin Viard, par exemple, gâchent leur talent dans ce film. Jackie Berroyer, Michel Wuillermoz, Didier Bourdon et Valérie Bonneton récidiveront dans "Garde Alternée". J'ai tendance à penser qu'ils savent ce qu'ils font et aurais donc peu d'indulgence, pour une fois, pour le casting de cette pantalonnade pataude.

Souvent balourd et jamais drôle, "Le grand partage" porte haut une forme de vulgarité vis-à-vis de ses personnages. Aucun d'entre eux n'est sympathique ni n'attire l'empathie. On peut en dire autant du film.









mardi 4 décembre 2018

Floride (2015)

Certains acteurs, qui semblent avoir depuis toujours fait partie de notre paysage cinématographique, laissent un vide immense lorsqu'ils s'en vont, rattrapés par la faucheuse. Quand Jean Rochefort, dont on ne compte pas les rôles marquants dans le cinéma français, est décédé, il y a quelques mois, c'est un pan du patrimoine qui s'est effondré. Son film, "Floride", de Philippe Le Guay, n'avait pourtant pas déplacé les foules : il y affrontait pourtant la vieillesse, la décrépitude, la mort. Il est temps de rendre un hommage à ce grand monsieur, à l'occasion de son ultime passage sur grand écran.

Claude Lherminier, octogénaire, autrefois grand industriel, souffre de troubles et d'absences, au point qu'il ne peut rester seul. Sa fille Carole, en plus de lui avoir succédé à la tête de l'entreprise familiale, se charge de tout ou presque, aux dépens de sa propre vie. Tout attachant qu'il soit, Claude n'est pas facile à vivre et a ses exigences, comme celle, chaque matin, d'avoir un verre de jus d'orange de Floride, là où réside son autre fille, Alice. Sauf qu'Alice est morte depuis neuf ans...

Tiré de la pièce de théâtre "Le père" de Florian Zeller, le film de Philippe Le Guay (récemment réalisateur de "Normandie Nue") aurait pu sombrer dans le pathos : traiter de la déchéance du corps et de l'esprit n'est pas sans risques. Mais le scénario fait le choix de ne pas tout voir en noir ou en blanc. Oui, le héros a la tête qui flanche et le corps qui fatigue, mais, au hasard de quelques fulgurances, il a aussi l’œil qui pétille et le charme intact. Oui, sa fille est dévouée au point de négliger sa propre histoire, mais elle aussi des faiblesses. C'est donc grâce à se deux personnages principaux que "Floride" est plutôt réussi et émouvant. 

Émouvant, parce qu'il s'agit du dernier rôle de Jean Rochefort. La moustache la plus célèbre du cinéma hexagonal, le timbre inimitable qui nous a accompagné tant d'années durant sont là, presque intacts, malgré l'âge et la fatigue. Et, surtout, parce qu'il n'hésite pas à exposer ce qu'il est, Jean Rochefort n'en est que plus touchant. Face à lui, Sandrine Kiberlain réussit à tirer son épingle du jeu et lui renvoie la balle chaque fois que nécessaire, toujours avec justesse. On notera au passage l'interprétation toute en nuances de Laurent Lucas, acteur trop rare, qui est ici au rang des dommages collatéraux de l'avancée de l'âge. 

Sur un thème qui n'était ni vendeur, ni facile, Philippe Le Guay réussit, avec "Floride", un film émouvant sur le grand âge et les relations entre père et fille. Il faut dire que ce film est magnifiquement porté par des acteurs remarquables, dont l'immense et regretté Jean Rochefort. Ne serait-ce que pour rendre hommage à celui qui reste l'un des plus grands comédiens français, "Floride" mérite d'être (re)vu.