Bienvenue sur "Deuxième Séance", blog consacré au cinéma, et plus précisément aux films n'ayant pas connu le succès (critique ou public) lors de leur sortie (à tort ou à raison)...
Après dix années à incarner l'un des six amis de "Friends", Davis Schwimmer a eu une carrière plus discrète. On le sait peu, mais il est passé à plusieurs reprises derrière la caméra, d'abord à la télévision (ayant fait ses armes sur la série qui fit sa gloire), puis au cinéma : son premier film, "Cours toujours Dennis", est passé sous les radars de pas mal de monde, lors de sa sortie en 2007. Avec en vedette Simon Pegg, et prenant pour décor la capitale britannique, ce film méritait-il mieux ?
Il y a cinq ans, Dennis a pris peur, peu avant d'épouser Libby, qui attendait leur enfant. Le jour du mariage, il est parti en courant. Depuis, il mène une petite vie médiocre qui ne le satisfait pas. Quand Libby rencontre Whit, homme d'affaires qui a jeté son dévolu sur elle, Dennis comprend qu'elle est l'amour de sa vie et veut la reconquérir. Pour cela, il décide de battre Whit sur son terrain et s'inscrit à un marathon. Dennis n'a pas fini de courir.
Avec pareil pitch, il reste peu de place à la surprise : la comédie romantique qui se cache derrière "Run, Fatboy, Run" (le titre original du film), coscénarisé par Simon Pegg, respecte nombre des balises qui façonnent le genre. Il faut, pour l'apprécier, accepter ce postulat et se contenter de profiter du voyage, dans divers endroits de Londres. Tourné en peu de temps, efficace à défaut d'être original, "Cours toujours Dennis" met ses décors en valeur avec efficacité et utilise sans faille le charme infaillible de ses interprètes. En tête, Simon Pegg semble s'être fait plaisir avec son personnage de faux-loser immature, face à la sublime Thandie Newton. Les seconds rôles sont eux aussi fort savoureux et apportent à leur manière le petit supplément qui manque tant à nombre de films du même registre.
De jolis décors, des personnages savoureux, quelques situations drôles et des dialogues parfois piquants : les ingrédients nécessaires sont réunis et il ne restait plus qu'à les assembler correctement pour que la recette soit réussie. Fort heureusement, c'est le cas avec "Cours toujours Dennis", certes pas inoubliable, mais suffisamment réussi pour satisfaire son spectateur.
Même s'il s'agit d'un film léger, "Cours toujours Dennis" aurait sans doute mérité mieux qu'une sortie à la sauvette. Même si c'est un film qu'on oublie rapidement, il a le mérite de faire passer un moment plaisant. En ces temps compliqués, c'est toujours bon à prendre, vous ne trouvez pas ?
Dans le registre des films à sensation, voire d'horreur, le film "de requin" est une catégorie à part entière, au sommet de laquelle trône l'indépassable "Les dents de la mer". De ses (trop) nombreuses séquelles à des tentatives plus honnêtes comme "Peur bleue" ou "Instinct de survie", les requins, et plus spécifiquement le Carchardon carcharias, ou grand requin blanc, a terrorisé des millions de spectateurs, à tort, d'ailleurs. Récemment, "47 meters down" a connu un joli succès outre-Atlantique, au point d'avoir droit à une suite. Néanmoins, il n'eut pas l'honneur d'une sortie en salles en France. A tort ou à raison.
Lisa et Kate, deux sœurs, sont en vacances ensemble au Mexique. Quand l'opportunité leur est offerte d'observer les grands requins blancs, enfermées dans une cage de protection, elles tentent l'aventure, malgré les réticences de Lisa. Mal leur en prend puisque la cage va chuter jusqu'au fonds marins, à 47 mètres de profondeur. Voilà les deux sœurs en grand péril : le temps leur est compté et les requins rôdent.
Le postulat de base de "47 meters down" est simple et on ne saurait lui reprocher d'être malhonnête. Il va s'agir pour les protagonistes du film de se sortir du mauvais pas où elle se sont fourrées, alors que les difficultés s'accumulent. Sur ce schéma classique, nombre de réalisateurs ont fait des propositions et les échecs furent nombreux, notamment pour cause de surenchère : même improbable, les péripéties se doivent de maintenir un certain équilibre, faute de rompre le fil du suspense. Bien que se permettant pas mal de facilités, "47 meters down" se sort plutôt bien de cet exercice et Johannes Roberts, son réalisateur, joue de façon maline avec les nerfs des spectateurs.
Sans disposer de moyens faramineux, "47 meters down" maintient la plupart du temps la tension et n'offre que peu de temps morts. Les deux actrices principales, Mandy Moore et Claire Holt, dans des rôles qui auraient pu tourner à ceux de potiches prises au piège, offrent une prestation honorable, même si la psychologie de leurs personnages reste peu approfondie (mais le genre empêche pareille introspection).
Si l'on passe sur les nombreuses incohérences et invraisemblances du scénario, l'exercice de style s'avère plutôt réussi et on se surprend à appréhender ce qui va tomber sur les deux malheureuses, au fond de l'eau, alors qu'autour d'elles rôdent les dents de la mer. Initialement prévu pour une sortie en vidéo uniquement, le film fut finalement projeté en salles aux USA, et connut un succès tel qu'une suite fut tournée. Le destin de "47 meters down" fut tout autre, de ce côté-ci de l'Atlantique : on pourra s'en lamenter, pour peu qu'on goûte ce genre de cinéma.
Couvert de Razzie Awards lors de sa sortie, "Showgirls" est, avec les années, passé du statut de navet à celui de film-culte pour nombre de spectateurs. Cas d'école pour ce blog, et premier gros échec de Paul Verhoeven, "Showgirls" torpilla la carrière d'Elisabeth Berkley et participa avec "L'île aux pirates", au naufrage de Carolco. Pourtant, avec les années, ce film a connu un certain retour en grâce. Conspué jadis, il se voit célébré par nombre d'amateurs. A tort ou à raison ?
Nomi veut réussir et, pour cela, part à Las Vegas, la ville où tout est possible, pour peu qu'on oublie ses principes et qu'on soit prêt à y risquer son âme. Passionnée par la danse, elle a un atout, en plus de son courage : son corps, qu'elle est prête à montrer sous toutes ses coutures. Alors, elle débute en tant que strip-teaseuse, mais elle ira loin. Si Nomi n'a aucune pudeur, elle ne manque pas d'ambition. Et, dans la ville qui ne dort jamais, tout est possible...pour peu qu'on soit prêt à en payer le prix.
Trop occupés à tenter de sauver "L'île aux pirates", qui allait causer la faillite de Carolco, les producteurs de "Showgirls" lâchèrent la bride à Paul Verhoeven. Le hollandais le plus célèbre du cinéma en profita, c'est le moins que l'on puisse dire. Rarement un film à si gros budget put afficher autant de nudité et de langage cru. Sans pudibonderie, on peut cependant considérer que, si le fond de "Showgirls" reste pertinent, sa forme est souvent outrancière et fait du tort à l'ensemble. Sous dehors d'une virulente critique du rêve américain (en situant son action là où ce rêve est caricatural), Paul Verhoeven livre un film où les corps sont objets de commerce.
Le coup du énième degré nécessaire pour apprécier un film à sa juste valeur est un classique, surtout chez Paul Verhoeven. S'il le pratiquera avec plus d'efficacité avec "Starship Troopers", son film suivant, force est de constater que le message de "Showgirls" est assez facilement lisible, mais que son emballage donne plus l'impression d'un prétexte à un déballage de chair. Là où "Basic Instinct" était déjà sulfureux, cet opus franchit des limites qui jouèrent clairement en sa défaveur chez nos prudes amis étasuniens. Le retour en grâce de "Showgirls" et le revirement de certains critiques qui l'avaient descendu en flammes lors de sa sortie peut donc surprendre : il s'agit du même film, porteur du même message au sujet de l'Amérique et de l'occident en général. Il aura fallu que quelques voix reconnues (dont un certain Quentin Tarantino) clament haut et fort qu'ils avaient goûté ce "Showgirls" pour que nombre de critiques reviennent sur leur position initiale et fassent leur mea culpa.
La quantité de (jolie) chair dénudée avait conduit le film à être interdit, lors de sa sortie, aux moins de 17 ans aux Etats-Unis (et au moins de 12 ans en France). Il y a fort à parier que, s'il sortait aujourd'hui, il déclencherait la polémique, voire pire. Gouffre financier et échec critique, "Showgirls" fut le début de la fin de l'aventure hollywoodienne pour Paul Verhoeven. Il y réalisa encore "Starship Troopers" et "Hollow man, l'homme sans ombre", avant de retraverser l'Atlantique. Elisabeth Berkley vit ses espoirs de grande carrière douchés. Les mauvaises langues ajouteront que sa prestation dans "Showgirls" était bien peu flatteuse et qu'on jugea plus de sa plastique parfaite que de ses talents d'actrice. D'autres, plus lucides, pourront remarquer que ce parcours était annoncé dans le film : à tout vendre, y compris soi-même, on se retrouve sans rien.
Voir certains critiques changer d'avis du tout au tout pour un film peut s'avérer réjouissant, dans certains cas. Néanmoins, dans ce "Showgirls", le passage de la crucifixion à la résurrection (pour reprendre la formule utilisée lors de la ressortie du film) peut paraître étonnant. Il ne s'agit pas du meilleur film de son auteur, loin s'en faut, même si ce dernier a souvent été méjugé.
Le cinéma a mis longtemps à aborder de façon frontale la Shoah, préférant souvent des angles d'approche plus indirects. Il aura fallu "La liste de Schindler" pour qu'enfin, les studios osent mettre en images la Solution Finale. En nous proposant un remake d'un film éponyme, lui-même adapté d'un roman de Jurek Becker, Peter Kassovitz ne reçut pas l'audience espérée, avec "Jakob le menteur". Pourtant, la présence de Robin Williams en tête d'affiche aurait pu suffire. Avons-nous raté un grand film ?
Deuxième Guerre Mondiale : dans le ghetto de Varsovie, enfer sur Terre, on survit tant bien que mal. Parce qu'il a tardé à rentrer chez lui à l'heure du couvre-feu, Jakob doit s'expliquer à la Kommandantur. Là, il entend à la radio que l'Armée Russe s'approche. De retour parmi les siens, il raconte ce qu'il a entendu. Le bruit court, dans le ghetto, que Jakob a une radio. Alors, parce qu'il distille malgré lui un espoir qu'il n'a plus, Jakob va mentir, et se prendre au jeu, jusqu'à ce que la situation lui échappe.
Remake d'un film germano-tchécoslovaque de 1975, "Jakob le menteur" mit du temps à prendre forme. Le projet, cher au cœur de Peter Kassovitz, put démarrer lorsque le grand Robin Williams, sous l'impulsion de son épouse, accepta d'y prendre part. On imagine la déconvenue de l'équipe lorsqu'à sa sortie, l'échec fut au rendez-vous. En le revisionnant aujourd'hui, on ne peut que regretter cet échec, tant le film ne déshonore pas et vieillit plutôt bien.
C'est avant tout un sentiment d'injustice que l'on ressent en visionnant ce film : s'il n'a pas la force de "La liste de Schindler" (et n'y est finalement pas comparable, ne serait-ce que par son angle d'attaque), "Jakob le menteur" est, au moins, aussi fort que "La vie est belle", et souvent plus réussi. C'est en grande partie à son interprète principal, toujours en équilibre entre la drôlerie et la tragédie, qu'il doit cette réussite. Grâce à Robin Williams, on oublie les quelques errements d'un scénario qui fait parfois du sur-place. Si le film aurait sans doute gagné en impact en étant un peu moins long, il reste doté d'une sensibilité remarquable.
Aux côtés du grand et regretté Robin Williams, on appréciera les prestations d'Armin Müeller-Stahl (qui était déjà au casting du film original, de Liev Schreiber (à mille lieues de ses prestations récentes), d'Alan Arkin ou de la petite Hannah Taylor-Gordon. Sobres, humains, ils sont tous émouvants sans pousser le spectateur vers l'ornière du pathos.
Parfois maladroit, souvent émouvant, toujours tragique, "Jakob le menteur" me semble se bonifier avec les années. La présence en tête d'affiche de Robin Williams est sans doute pour beaucoup dans ce jugement favorable, mais la réalisation est également une grande réussite, pour ce film qui aurait sans doute mérité plus de lumière et de succès à sa sortie.
Parmi les films à la sinistre réputation, "L'île aux pirates" pourrait faire figure de mètre-étalon. De sa production à sa réalisation, toute l'entreprise a laissé de mauvais souvenirs à ceux qui y participèrent et, à l'arrivée, ses pertes furent telles que ce film causa la faillite de Carolco, l'une des maisons de productions les plus florissantes de l'époque. Le renouveau du genre arriva plus tard, avec la saga "Pirates des Caraïbes". Pour autant, le film de Renny Harlin méritait-il l'enfer qui fut le sien ?
Jamaïque, XVIIème siécle : Morgan Adams, la fille du célèbre pirate Harry le Noir, a hérité à la mort de celui-ci d'une partie d'une carte indiquant l'emplacement du trésor amassé par son aïeul. Les deux autres morceaux de la carte appartiennent à ses oncles. Si l'un d'entre eux, Mordechai, finit par lui céder sa part de carte, l'autre, Dawg Brown, veut le trésor pour lui seul et n'est pas à un méfait près. Qu'à cela ne tienne et qu'importent les obstacles, Morgan Adams, embarquant avec elle William Shaw, aventurier habile bretteur, se lance dans la chasse au trésor...
Tout porte à croire que Renny Harlin voulut, avec "L'île aux pirates", rendre hommage à un genre qui avait connu son heure de gloire longtemps auparavant. Une chasse au trésor, des adversaires retors, des voiles qui claquent au vent et des duels à la rapière : tous les ingrédients étaient réunis pour convoquer le genre. L'entreprise était louable, mais il eut fallu, pour que le succès soit au rendez-vous, que le réalisateur ne se comporte pas comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. C'est que ça canarde et que ça explose dans tous les sens, souvent en dépit du bon sens (le budget du département pyrotechnie ont du dépasser celui alloué au scénario, si vous voulez mon avis). La crédibilité de l'histoire que tente de nous narrer Harlin (encore qu'il semble plus attaché à nous en mettre plein la vue) est mise à mal à de nombreuses reprises.
Il faut dire que la production de ce film fut des plus chaotiques. Scénario écrit et ré-écrit maintes et maintes fois, techniciens renvoyés du tournage ou quittant d'eux-mêmes le navire, budget explosé, "L'île aux pirates" accumula très tôt les boulets et reste l'exemple de ce que peut donner une succession de mauvais choix. Financé à perte aux dépens d'autres projets (dont le film consacré aux croisades et porté par Arnold Schwarzenegger). Malgré les millions de dollars mis sur la table, le résultat est, il faut bien le dire, plus navrant qu'enthousiasmant et, même avec l'indulgence qu'on pourrait avoir pour lui, il n'y a pas grand chose à sauver dans "L'île aux pirates".
On peut tenter de se consoler avec le casting, mais force est de constater que ni Geena Davis (pourtant brillante dans certains de ses rôles), ni Matthew Modine n'arrivent à se montrer convaincants. Les mauvaises langues feront remarquer que la première était à l'époque l'épouse du réalisateur qui insista pour qu'elle obtienne le rôle et que le second hérita du sien parce que tout le monde (ou presque) avait décliné l'offre. Frank Langella, en méchant (quoique finalement peu présent, parce que le scénario a cru bon de multiplier les antagonistes, rendant l'intrigue encore plus brouillonne), est peut-être celui qui s'en sort le mieux.
Le film de pirates aurait pu faire son retour gagnant avec ce film, s'il avait été conçu et réalisé avec un tant soit peu de respect pour le genre et pour le spectateur. Avec "L'île aux pirates", l'autrefois efficace (à défaut d'être talentueux) réalisateur de "58 minutes pour vivre", rate totalement ce rendez-vous. On pourra en tirer une morale simple : les gros moyens ne suffisent pas à assurer la réussite d'un projet. Je doute cependant que l'industrie du cinéma en ait tiré une leçon.
Pour beaucoup, le XXIème siècle commença avec l'effondrement des tours du World Trade Center. L'événement marqua ceux qui y assistèrent, de près ou de loin et, bien des années plus tard, nous continuons de ressentir les échos de cette journée pas comme les autres. La fiction s'est emparée du sujet, mais rares sont les films qui ont osé évoquer de façon directe le 11 septembre. En adaptant le roman "Extrêmement fort et incroyablement près", Stephen Daldry (qui mit en scène "Billy Elliot", entre autres) fut l'un des premiers cinéastes à se pencher sur le sort de ceux qui perdirent un proche quand les tours disparurent. Qualifié par un critique(1) de "plus mauvais film nommé aux Oscars", "Extrêmement fort et incroyablement près" n'eut guère de succès à sa sortie.
Le père d'Oskar est exceptionnel. Ce petit New-Yorkais d'une dizaine d'années pas tout à fait comme les autres reçoit chaque jour de belles leçons de vie de sa part.
Mais le père d'Oscar était, le mardi 11 septembre 2001, dans une des tours du World Trade Center et n'est pas revenu à la maison ce jour-là. Alors, parce qu'il trouve par hasard une clé dans les affaires de son père, Oscar va tenter de trouver ce qu'elle ouvre, quitte à interroger des centaines de personnes. Les rencontres que fera Oskar vont le changer, à tout jamais.
En adaptant le roman de Jonathan Safran Foer, Stephen Daldry, sans doute missionné par ses producteurs, s'est vu confier un bien lourde charge : rester digne, tout en réussissant à émouvoir. La tâche était malaisée, certes, mais pas impossible : la plaie restée ouverte du "pire jour" (pour reprendre le vocabulaire du film) pouvait être l'objet d'un récit, pour peu que ce dernier soit habile. Hélas, il semblerait que Daldry, pourtant convaincant dans ses précédentes réalisations, n'ait pas réussi à atteindre le but fixé. Avec les plus nobles intentions, "Extrêmement fort et incroyablement près" reste englué dès le départ et ne décolle jamais. Forcé de suivre le jeune héros du film, qui n'attire finalement que peu l'empathie malgré l'épouvantable drame qu'il a vécu, le spectateur peut vite se réfugier dans la seule consolation qui lui reste : visiter quelques morceaux de la Grosse Pomme par film interposé.
Il y a nombre d'éléments qui viennent plomber "Extrêmement fort et incroyablement près". Qu'il s'agisse de l'interprétation du jeune Thomas Horn, souvent dans l'excès (et son doublage en version française n'arrange rien), de la surenchère de pathos ou même de l'utilisation abusive de la musique (pourtant une belle partition du grand Alexandre Desplat) et, surtout, un scénario qui fait la part (trop) belle à son petit héros, plus agaçant qu'attachant. Faute de s'attacher à celui sur qui tout le film repose, ceux qui visionneront ce film finalement pas très crédible.
On pourra imaginer que la production de ce film fut hâtée par le désir de le sortir pour le dixième anniversaire des attentats (promesse finalement non tenue) et par une démarche laissant perplexe : entre hommage aux victimes et appel à la résilience, "Extrêmement fort et incroyablement près" ne coche finalement aucune des cases du registre. Quand on finit par quitter Oskar et le laisser faire son deuil, on se sent soulagé (même si un peu honteux), parce qu'il faut bien dire qu'il est souvent horripilant. Sur un sujet des plus sensibles, Stephen Daldry, qu'on avait connu plus inspiré (notamment avec "The hours"), échoue dans sa mission. "Extrêmement fort et incroyablement près", disait l'affiche. On pourrait y ajouter "Très moyennement réussi".
La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, qui triompha avec "La leçon de piano" est connue pour l'esthétique remarquable de ses longs métrages et l'intelligence de ceux-ci. Pour autant, ses films sont souvent catalogués et échappent, à leur corps défendant, au grand succès public. il y a une dizaine d'années, "Bright Star", réalisé par elle, narrait l'histoire d'amour du poète John Keats. Amateurs d'histoires romantiques, de films en costumes et de belles images, ce film est-il pour vous ?
Londres, début du XIXème siècle : le jeune poète John Keats n'est pas encore reconnu et loge chez son ami Brown. Ils ont pour voisine Fanny Brawne, une jeune fille élégante que la poésie ne semble pas impressionner. Pourtant, peu à peu, entre Keats et elle, va naître un étrange sentiment, auquel ils ne s'attendaient pas. Entre amour, désir et bientôt passion indéfectible, les deux jeunes gens vont devoir vaincre maints obstacles avant de pouvoir s'aimer.
A l'instar de ce que Jane Campion nous avait déjà offert dans le superbe "La leçon de piano", elle livre ici un film d'une très grande beauté formelle. C'est ce qui saute aux yeux lors du visionnage de "Bright star" : chaque plan est remarquablement travaillé, à l'image de ces toiles dans lesquelles l'œil pourrait se perdre durant des heures. L'écrin que la réalisatrice offre à l'histoire romantique et dramatique de Fanny et John est de ceux qui s'apprécient sur un grand écran et évoque quelques-unes des plus belles réussites du genre (je songe notamment à "Barry Lyndon", l'un des mètres-étalon dans la catégorie).
Comme souvent quand la forme est sublime, le fond peut sembler moins convaincant. Dans le cas, présent, ce déséquilibre est vérifié (mais dans une moindre mesure, comparé à certains films). S'il fallait en pointer les défauts, c'est du côté du scénario que "Bright star" montre ses (rares) faiblesses. La passion amoureuse, rarement aussi bien décrite au cinéma que dans cette romance pré-victorienne, est de celle qui s'installent lentement et se déroulent avec une langueur qui peut agacer.
Alors, oui, "Bright star" est un beau film sur l'amour romantique et rarement le désir a été filmé avec autant de grâce. Mais son rythme, particulièrement lent, et sa longueur pourront décontenancer certains spectateurs et les laisser sur le bord du chemin. D'autres se réjouiront de suivre cette histoire, d'autant plus qu'on y est guidé par Abbie Cornish, lumineuse dans le rôle de Fanny et dont la prestation éclipse bien souvent celle de Ben Wishaw.
De "Bright star", on retiendra surtout l'impeccable maîtrise de son art dont Jane Campion fait ici la démonstration. Le seul regret qu'on peut émettre après le visionnage de "Bright star" est sans doute que sa beauté plastique éclipse presque tout le reste.
Réalisateur remarqué du joli "500 jours ensemble" et récupéré depuis par la grosse machine Marvel, Marc Webb s'est offert un intermède, entraînant avec lui Chris Evans (alias Captain America) pour nous narrer "Mary". Loin des héros en collants et des films parfois dégoulinants d'effets spéciaux, ce petit film ("Gifted", dans sa version originale) n'a pas eu l'audience des autres films de Marc Webb, n'en ayant pas non plus l'ambition.
Mary a sept ans et est surdouée, pour tout ce qui concerne les mathématiques. Sans doute cela lui vient il de sa mère, qui s'est donnée la mort alors qu'elle n'avait que six mois. Mary vit avec son oncle, Franck, qui l'aime plus que tout, et va dans une école "normale", où elle donne parfois du fil à retordre à son institutrice. Mais Mary est-elle à sa place ? Ne lui faudrait-il pas intégrer une école spécialisée ? Ne mérite-t-elle pas de vivre dans un cadre plus confortable que la modeste maison de Franck?
Loin des exploits de Spider-Man et de ses confrères, "Mary" est un film à hauteur d'homme, voire d'enfant, puisque c'est autour de la petite Mary et de son oncle que tourne l'intrigue. Et elle est maigrelette, l'intrigue en question, mais ce n'est pas là que se trouve la richesse de "Mary". Si ce film vaut le détour (et, à mes yeux, il le mérite largement), c'est parce qu'il a le mérite d'aborder des sujets que le cinéma grand public évite avec soin. Le sort de cette petite fille, trop intelligente, mais déjà fort secouée par la vie, est au centre de "Mary" et vaut qu'on s'y attarde.
Malgré un enjeu plutôt mince, on se prend d'intérêt pour "Mary", pour peu qu'on aie envie (ou besoin) d'une histoire à échelle humaine, sans pathos, mais avec une véritable tendresse pour ses personnages. Aucun d'entre eux n'est parfait (y compris la petite héroïne) : ils sont simplement humains, parfois dépassés, se trompent souvent, mais continuent d'avancer, tant bien que mal, sur le chemin qu'ils tracent ou qu'on trace pour eux.
La prestation de ses interprètes, et particulièrement de la petite McKenna Grace, d'une fraîcheur et d'une spontanéité remarquables, est pour beaucoup dans le charme qui se dégage de "Mary". L'épatante Octavia Spencer (vue aussi dans le très bon "Les figures de l'ombre") donne une énergie folle aux quelques scènes où elle apparaît, tandis que Chris Evans, débarrassé de sa combinaison de Captain America, montre une belle sobriété dans le rôle de l'oncle parfois dépassé, toujours aimant. Jenny Slate, dans celui de l'institutrice apprenant de sa petite élève autant qu'elle lui enseigne, est également pour beaucoup dans le charme qui se dégage du film
On pourra regretter que "Mary" s'englue par moments dans des séquences judiciaires qui l'alourdissent inutilement et que ce joli petit film frôle parfois le mélodrame tire-larmes, mais l'ensemble est plutôt réussi et souvent touchant. Malgré un sujet qui pourrait faire qu'on passe à côté de ce petit film, "Mary" dispose d'un vrai charme, en grande partie venu de ses interprètes. .Voilà (encore) une belle surprise venu de la frange la moins tapageuse du cinéma américain.
Le conte pour enfants "Jack et le haricot magique" n'est pas le plus célèbre des livres de chevets de nos chères têtes blondes. Il put paraître surprenant qu'il soit choisi pour faire l'objet d'une adaptation cinématographique. Mais, après tout, Blanche-Neige eut droit, elle aussi, à une transposition inattendue, non ? Après une production chaotique et un changement de réalisateur en cours de projet, "Jack le chasseur de géants" fut, lorsqu'il arriva enfin dans les salles obscures, fut un four monumental, souvent comparé à celui de "John Carter" (qui semble faire figure de mètre-étalon en la matière).
Autrefois, les géants affrontèrent les hommes et furent vaincus par le pouvoir de la couronne magique brandie par le roi de l'époque. ils vivent désormais dans leur monde, loin dans le ciel. Quand Jack, jeune paysan, entre en possession de haricots magiques, il ne sait pas encore qu'il va, bien malgré lui, créer un passage entre le monde des humains et celui des géants. Mais ces derniers ayant enlevé la princesse Isabella, Jack n'hésite plus et part à sa recherche, même si la guerre entre hommes et géants gronde.
Quand on exploite un monde imaginaire, tiré ou non d'une œuvre littéraire, l'un des prérequis indispensables est de mettre en place la fameuse suspension d'incrédulité. Et, pour faire adhérer le spectateur, il faut avant tout croire en ce que l'on raconte. Lorsqu'il réalisa l'indépassable trilogie "Le Seigneur des Anneaux", Peter Jackson croyait en l'histoire qu'il racontait et au monde qu'il décrivait : la réussite de l'entreprise devait beaucoup à sa crédibilité. Nombre de créations désireuses d'exploiter des mondes imaginaires ne peuvent se targuer d'avoir rempli ce critère vital. Au visionnage de "Jack le tueur de géants", c'est flagrant : personne ne croit en ce monde et en cette histoire.
Souffrant sans doute d'une production chaotique (Bryan Singer ne voulait pas faire le film, mais y fut contraint), "Jack le chasseur de géants", hésitant entre spectacle grandiloquent en 3D et contes de fée léger, peine aussi à convaincre parce qu'il ne sait pas trop sur quel pied danser : la légèreté alterne avec le drame, l'aventure avec la romance sans un véritable liant entre tous les ingrédients de la recette.
Déséquilibré, parce qu'il opte pour la noirceur tout en s'ancrant dans une fantasy peu réaliste, "Jack le
chasseur de géants" souffre aussi de graves défauts de production. A l'image des très vilains géants que le héros combat, ce film n'est pas très beau, esthétiquement parlant. Et puis, il faut bien admettre que le casting de "Jack le chasseur de géants" n'attire guère la lumière. Nicholas Hoult fait bien pâle figure dans le premier rôle et se fait voler la vedette par Ewan McGregor chaque fois que ce dernier est à l'écran.
Depuis la sortie de ce film, réalisé presque contre son gré par Bryan Singer, le réalisateur de "Usual Suspects" est revenu à la licence qui fit sa gloire avec "X-Men : Days of future past" et sa suite, avant de diriger (en partie) "Bohemian Rhapsody", avec le succès que l'on sait, avant de se retrouver empêtré dans une sordide affaire de mœurs. Retrouvera-t-il un jour le statut qui fut le sien ? Une chose est sûre, en tout cas : "Jack le chasseur de géants" n'est pas au nombre des films glorieux de sa filmographie...
Le cheval, plus noble conquête de l'homme, a très tôt fait partie du cinéma, relégué au rang d'accessoire, voire de second rôle. Quand certains films en firent leur élément central (je songe évidemment à "L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux", par exemple), témoignant de la place à part de cet animal. Laure de Clermont-Tonnerre avec "The mustang", renommé "Nevada" pour sa sortie française, a mis le cheval au centre de son film. Malgré un joli succès critique et quelques récompenses (notamment du côté du festival de Sundance), ce film n'a pas eu un succès immense dans l'hexagone.
Incarcéré au Nevada, Roman s'est enfermé dans le mutisme et la violence. Même les visites de sa fille ne peuvent le sortir de son enfermement. Quand il intègre un programme de réhabilitation, où il devra dompter les plus sauvages des mustangs, Roman va devoir avant tout apprendre à communiquer et à contrôler sa rage. Le cheval qui lui est confié est, lui aussi, emprisonné là, et indomptable. Lequel des deux apprivoisera l'autre ?
Il y a quelque chose du western dans ce film où l'homme et le cheval cherchent à s'apprivoiser, et à retrouver leur liberté. Pour son premier long métrage, Laure de Clermont-Tonnerre, la réalisatrice, choisit pour raconter ce parcours, un mix inattendu. Le choix s'avère payant, le résultat donnant un film qui accroche son spectateur et ne le lâche plus ou presque. Un scénario simple, mais pas simpliste, qui aurait même sans doute gagné à être épuré (l'amorce d'intrigue secondaire relative au compagnon de cellule du héros n'apporte rien), et surtout de très belles images, alimentant une belle histoire humaine, voilà les composantes de "Nevada".
Mathias Schoenaerts, tout en silences et en violence rentrée, donne ici la démonstration de son talent, dans un rôle qui aurait facilement pu sombrer dans la caricature. Le film repose presque exclusivement sur ses épaules, mais il n'écrase pas de sa présence les seconds rôles. On soulignera au passage les prestations toutes en équilibre de Bruce Dern, en éleveur bourru et de Jason Mitchell en compagnon de réclusion du héros. Dans l'ensemble, le casting est une réussite et apporte au film la dose d'humanité nécessaire.
Loin d'être un énième film sur l'univers carcéral, "Nevada" raconte une rédemption, un morceau de vie. On pourra le taxer de naïveté, voire de candeur, mais c'est avant tout d'humanité qu'il traite. Le procédé est simple, qui met l'homme face à l'animal pour exprimer ses tourments, mais il fonctionne, n'étant utilisé ni avec lourdeur ni avec complexité.
Voilà une belle surprise que ce film sur la rédemption et la liberté. Avec "Nevada", Laure de Clermont-Tonnerre livre un long métrage réussi dans un décor qu'elle avait déjà exploré dans "Rabbit", court-métrage remarqué au Sundance Festival. Sous le parrainage de Robert Redford (entre autres), la réalisatrice réussit son galop d'essai. Gageons qu'elle ne s'arrêtera pas en si bon chemin...
L'histoire est connue, tant elle fit vite le tour des réseaux : attendu au tournant, "Mulan", adaptation en images réelles du dessin animé de 1998 (fichtre !) n'est finalement pas sorti en salles. Par une cruelle ironie du sort, alors qu'il évoquait le destin d'une héroïne chinoise, c'est un virus venu de ce pays qui força Disney à limiter sa diffusion à sa plate-forme de VoD. Visant au passage le colossal marché chinois, la boîte de Mickey déclencha là-bas les foudres du public : pour ce qui est de conquérir un pays, ce fut plutôt raté.
Parce qu'elle est une fille, Hua Mulan est promise au destin classique des femmes chinoises : se marier et être une bonne épouse. Seulement, depuis toujours, le Chi est puissant en elle et elle n'entend pas se laisser dompter. Quand l'Empereur lève son armée pour faire face aux envahisseurs, elle choisit de prendre la place de son père, le seul homme de sa famille. Se faisant passer pour un garçon, elle aura tôt fait d'attirer l'admiration de ses compagnons de guerre. Mais pourra-t-elle longtemps cacher ce qu'elle est vraiment ?
On peut grincer des dents en voyant Disney recycler son propre matériau, avec plus ou moins de bonheur. On peut tiquer en se disant que l'empire qu'est devenue cette compagnie joue la carte de l'opportunisme économique en tentant de profiter de la légitime vague féministe qui parcourt le monde, tout en essayant de rafler le pactole chinois. Et, au final, on pourrait même ricaner en constatant que la manœuvre a échoué dans les grandes largeurs.
Pourtant, "Mulan" ne méritait sûrement pas l'accueil catastrophique qui fut le sien lors de sa (non) sortie en salles. Percuté de plein fouet par la crise sanitaire et vilipendé en Chine, ce film démontre les limites de Disney, incapable de sortir de la zone de confort que la firme a elle-même créée. A l'instar de ce qui se passa, il y a quelques années avec "Lone Ranger" (pour ne citer que cet exemple), le passage en live-action d'un de ses dessins animés les plus réussis (à mon humble avis) ne méritait sûrement pas pareil désaveu.
Esthétiquement, "Mulan" est presque irréprochable et, si l'on pouvait craindre un excès d'images de synthèse, celles-ci, évidemment présentes, sont suffisamment bien intégrées pour ne pas transformer le film en une démonstration de CGI. Les leçons du passé (récent) semblent avoir été retenues, surtout si l'on se réfère à des précédents comme "Le livre de la jungle", par exemple.
Il y a plein d'éléments intéressants dans ce "Mulan", qu'ils soient esthétiques ou techniques, et il faut reconnaître qu'on est devant un blockbuster plutôt réussi et qui ne prend pas forcément ses spectateurs pour plus bêtes qu'ils ne sont. Pour une fois, c'est appréciable et cela rend d'autant plus amer l'échec essuyé par ce film, certes un peu maladroit par moments, mais vendu n'importe comment par ceux qui en décidèrent la mise en œuvre.
On pourra plaider le manque de bol et cette excuse est en partie recevable, étant donné le contexte actuel, mais la maladresse, pour ne pas dire la balourdise, de Disney est flagrante. Débordant de moyens et capable de confier ses projets à des réalisateurs plutôt doués, la firme aux grandes oreilles semble désormais incapable de vendre autre chose que ses dessins animés et leurs produits dérivés. En dehors des franchises qui vivent sur leur simple nom (je songe évidemment à une saga se déroulant dans une galaxie lointaine), qu'elle met parfois en péril à force de maladresse, ceux qui héritèrent de l'empire créé par Walt Disney sont comme des enfants ayant hérité d'un beau jouet mais ne comprenant pas comment il fonctionne. En cherchant à tout prix à leur faire fonctionner à leur idée, ils pourraient bien le casser définitivement.
Sans pouvoir être qualifié d'échec, "Outsiders", sorti dans l'ombre de "Rusty James" du même Francis Ford Coppola, a longtemps été oublié et mal aimé, avant de se voir réhabilité par certains critiques et d'accéder à une vraie reconnaissance. L'ayant découvert il y a peu, je vous propose de lui consacrer ce billet. Après celui dédié à "Tucker", ce sera le second film de l'auteur du "Parrain" (entre autres) traité dans ces colonnes. Adaptant pour l'occasion un roman de T.E. Hinton et se lançant dans ce projet à la demande de jeunes lecteurs l'ayant choisi, Francis Ford Coppola débarqua à Tulsa avec ses "Outsiders", en 1983.
A Tulsa, Oklahoma, deux bandes s'affrontent, entre quolibets, agressions et batailles rangées. D'un côté, les Greasers, nés du mauvais côté de la barrière sociale et reconnaissables à leurs coiffures gominées. De l'autre, les Socs, gosses de riches à qui tout réussit. Quand un Greaser commet l'irréparable et tue un Soc, la vie de Pony Boy Curtis bascule.
Il y a quelque chose de touchant, quand on découvre dans ce film les débuts d'acteurs ayant fait du chemin depuis. Mais le traitement habituel qui consiste à évoquer avec "Rusty James" les jeunes Tom Cruise, Rob Lowe et Patrick Swayze (pour ne nommer qu'eux) est au mieux maladroit, au pire malhonnête. Ceux qui connurent des destins inégaux ne sont ici, que des seconds rôles. S'il est amusant de voir Tom Cruise incarner un loubard plutôt bas de plafond, on peut trouver injuste de se voir présenter "Outsiders" comme la pépinière de talents parfois vendue. Les véritables héros de ce film sont deux jeunes acteurs qui ne connurent pas la même trajectoire que ceux cités plus haut : Thomas Howell et Ralph Macchio (le futur "Karaté Kid") donnent vie avec talent à Pony Boy et Johnny, deux enfants perdus loin de la cité.
Si la réalisation est parfois inégale, comme si Coppola hésitait ou avait perdu par instants de son énergie, "Outsiders" offre de très belles scènes et une reconstitution des lieux et de l'époque à saluer. Habités par leur rôle (et parce que le réalisateur leur mena la vie dure), les jeunes héros de ce film donnent vie avec une belle conviction aux personnages du roman (culte, de l'autre côté de l'Atlantique) qui l'inspire. On regrettera une version française assez médiocre (mais le fait est que les doublages étaient moins soignés, il y a quelques décennies) et une utilisation de la musique souvent envahissante, comme si aucun silence n'était autorisé.
Dans la foulée, Francis Ford Coppola tourna, toujours à Tulsa et toujours en s'inspirant des romans de S.E. Hinton, "Rusty James", où l'on retrouva Matt Dillon, entre autres. Guère éloigné d'un film comme "Stand by me", "Outsiders" traite du passage à l'âge adulte et de la perte de l'innocence, dans un univers souvent dur. Ce film ne mérite pas le relatif oubli dans lequel il est tombé et mérite d'être revu, d'abord pour son thème, finalement toujours d'actualité, et aussi parce qu'il s'agit d'une des œuvres les moins connues d'un réalisateur majeur.
Francis Ford Coppola, l'un des pionniers du Nouvel Hollywood, fut souvent qualifié de "Napoléon du cinéma". Sa filmographie comprend des œuvres majeures, unanimement saluées, autant que des films qui l'amenèrent au bord du gouffre. Parmi ceux-ci, "Tucker", sorti entre "Jardins de pierre" et le troisième volet du "Parrain" était une œuvre lui tenant à cœur, mais qui ne reçut pas le succès espéré.
1948, aux Etats-Unis : Preston Tucker a un rêve : créer une automobile hors du commun, et se faire un nom, malgré la présence écrasante des grands constructeurs (Ford, General Motors et Chrysler). Qu'importe si son projet est déraisonnable, qu'importe qu'il doive affronter le Big Three, il ira jusqu'au bout de son rêve. Pour cela, il doit construire cinquante exemplaires de sa voiture.
Le projet "Tucker" a toujours été cher au cœur de Coppola, sans doute parce que le père de ce dernier fut parmi les investisseurs qui crurent en Preston Tucker. Après avoir envisagé d'en faire un film musical, le réalisateur de "Apocalypse Now", sous l'impulsion de son ami et co-producteur George Lucas, s'orienta vers un traitement qui célébrait l'homme derrière le projet et, surtout, l'enthousiasme du héros, à la manière de Frank Capra, un temps approché pour participer à la production, d'ailleurs. Cependant, ce qui aurait pu être une célébration de l'optimisme à l'américaine et de l'esprit d'entreprise est aussi l'histoire d'une chute : qui se souvient de la Tucker 48 ?
L'histoire de Preston Tucker est finalement très proche de celle de Coppola, idéaliste se heurtant au mur de la réalité, et connaissant plus souvent qu'à son tour des échecs cuisants. Un traitement optimiste, à la Capra, fut un temps envisagé lors de la pré-production de "Tucker", mais c'est le chemin inverse qui fut finalement choisi. Le rêveur avançant sur des promesses qu'il ne peut pas tenir, affrontant des obstacles qui en décourageraient plus d'un, finira par chuter : la cause est entendue dès le début du film. Pour autant, l'énergie de Preston Tucker, parfaitement interprété par un Jeff Bridges tout sourire, est communicative et on a envie de suivre cet homme et de croire en lui, à l'image d'un Mr Smith au Sénat, même si on sait qu'il se brûlera les ailes.
La reconstitution est remarquable, Coppola ayant fini par boucler le budget nécessaire à l'accomplissement de son rêve (merci à l'ami George, au passage), et la dynamique de "Tucker" est indéniable. Pour autant, malgré l'énergie et la conviction des interprètes, on n'est pas toujours embarqué dans l'aventure de Preston Tucker, notamment quand ses ennemis prennent le visage des hommes de loi et des financiers. Tel son metteur en scène, le héros de cette fresque peine alors à faire bonne figure et on peut être tenté de ne pas le suivre jusqu'au bout, faute de carburant (émotionnel).
Imparfait mais enthousiaste, "Tucker" est un film où Francis Ford Coppola a sans doute mis beaucoup de lui-même. Considéré cependant par beaucoup comme un film mineur de cet immense cinéaste, il s'agit d'une œuvre qui en dit long sur son créateur, qu'il s'agisse de ses ambitions comme de son talent de conteur.
Le film politique est un genre à part entière et, lorsqu'il vient de l'autre côté de l'Atlantique, il peut fasciner. Aux Etats-Unis, la lutte perpétuelle que se livrent démocrates et républicains n'a pas fini d'alimenter les scénaristes. Jon Stewart, connu pour ses documentaires et ses émissions télévisées, s'est penché, pour sa première fiction, sur les dessous d'une campagne électorale à échelle locale. Mené par Steve Carrell, "Irrésistible", sorti en catimini sur les écrans, a échappé à nombre de spectateurs.
Quelque part dans le Wisconsin, Jack Hastings, un vétéran de la Marine, prend un jour à témoin le maire de sa petite ville, pour dénoncer sa politique. Son intervention fait lebuzz et il est remarqué par Gary Zimmer, conseiller en communication pour le parti démocrate. Ce dernier décide d'aller à Deerlaken, Wisconsin, pour pousser Hastings à se présenter aux élections locales, en le conseillant, parce qu'il porte les vraies valeurs démocrates et pourrait servir de modèle à tout le parti. De son côté, Faith Brewster, consoeur et néanmoins rivale de Gary, se prête au jeu et soutient le camp d'en face.
Il est difficile de résumer l'intrigue de "Irrésistible" (drôle de titre, au passage), tant ce film mêle politique locale, comédie sociale et affrontement de (fortes) personnalités. Pour nous qui habitons de l'autre côté de l'Atlantique, c'est également la découverte d'un monde pas si souvent exposé, celui d'une Amérique parfois oubliée par ceux des grands cités de verre et d'acier. C'est sans doute ce versant du film qui est le plus réussi, d'ailleurs. Parfois drôle, toujours humain, en propulsant le très citadin personnage incarné par Steve Carrell au fond du Wisconsin, "Irrésistible" donne dans ces séquences le meilleur de son contenu.
Sur un ton pas très éloigné du documentaire, Jon Stewart, spécialiste du sujet qu'il aborde, propose à son spectateur une plongée dans l'Amérique rurale, celle souvent oubliée par le cinéma et qui vota sans doute Trump. Accueillant bon gré mal gré deux ténors du conseil en politique, s'affrontant au travers des candidats qu'ils coachent, les Américains d'en bas ont nombre de leçons à donner à ces arrogants et ne s'en privent d'ailleurs pas.
Du côté de l'interprétation, c'est essentiellement la prestation de Steve Carrell qui est à louer. On le sent
complice du réalisateur dans sa démarche et bien décidé à donner vie à son donneur de leçons de personnage. Par contre, le trop rare Chris Cooper, à l'instar de son personnage, semble souvent se demander ce qu'il fait là et dans quoi il a pu s'embarquer. La multitude de petits rôles, en arrière-plan, donne vie à Deerlaken et, encore une fois, réussit à mettre au premier plan ceux qui sont d'ordinaire relégués dans l'ombre.
Cherchant à faire rire avec un contenu sérieux, Jon Stewart, pour son deuxième long métrage, s'est montré ambitieux. Son film, sorti uniquement en vidéo dans son pays d'origine et projeté en catimini dans l'hexagone, réussit la plupart du temps à atteindre son objectif. Malgré une dernière partie qui patine un peu sur place, "Irrésistible" est l'occasion d'un moment sympathique et instructif.
Qui pourrait croire qu'un film traitant avec emphase de la cuisine française ne reçoive pas le succès escompté dans l'hexagone ? Malgré la présence en tête d'affiche de Meryl Streep, "Julie et Julia", réalisé par Nora Ephron (la grande prêtresse de la comédie romantique américaine), passa presque inaperçu dans les salles françaises, malgré un beau succès de l'autre côté de l'Atlantique. Penchons-nous un instant sur ce cas d'école.
1948 : Julia Child, Américaine vivant à Paris, se prend de passion pour la cuisine française, au point de suivre des cours avec les plus grands, avant de se lancer dans la rédaction d'un livre qui deviendra la bible des amateurs de gastronomie.
2002 : Parce qu'elle cherche un but dans la vie, Julie Powell décide de se lancer dans un drôle de défi : elle se donne un an pour tester les 524 recettes du livre écrit par Julia Child, et en parler sur son blog. Elle ignore encore que sa vie va changer.
La regrettée Nora Ephron, connue du grand public pour "Nuits blanches à Seattle" et "Vous avez un mess@ge", réalise ici son dernier long métrage, en adaptant simultanément deux livres, chacune des deux héroïnes ayant narré son histoire à cinquante années de distance. De fait, on a souvent l'impression, au visionnage de "Julie et Julia", d'avoir affaire à deux films imbriqués l'un dans l'autre, pas toujours avec bonheur. D'un côté, le parcours de Julia Child, dans un Paris de carte postale, de l'autre, celui de Julie Powell, New-Yorkaise qui tente de se relever après les terribles attentats de 2001. Et ces deux itinéraires féminins, voire féministes, semblent être l'occasion d'un parallèle contraint, puisque ne communiquant que rarement (ce qui est la définition des parallèles, me direz-vous). C'est peut-être de là que vient l'impression de se trouver face à quelque chose d'assez artificiel.
La mise en scène est bien sage et joue des décors (Paris n'est jamais si beau que dans les films) tout autant que du charme de ses interprètes, mais peine à cacher le défaut de réalisme de "Julie et Julia", qui aurait paradoxalement gagné à être moins long.
Comme souvent, quand le scénario montre des faiblesses, on peut se réfugier dans le jeu des interprètes et compter sur leur charme pour éviter le ratage. C'est encore une fois le cas ici, avec un très beau casting. L'interprétation de l'immense Meryl Street, grandie pour l'occasion d'une vingtaine de centimètres, a été saluée et récompensée pour ce film. Cependant, on peut se lasser de l’exubérance de son personnage, amplifiée par une version française pas toujours réussie. De l'autre côté du miroir, avec moins d'abattage que son aînée, Amy Adams réussit à convaincre, alors que les seconds rôles masculins (dont le grand Stanley Tucci) assurent à l'arrière.
Malgré l'évidente réussite plastique et l'interprétation de son casting, il manque à "Julie et Julia" un peu plus de réalisme et d'efficacité pour convaincre complètement. Il ne méritait néanmoins pas le four (expression des plus adaptées) qui fut le sien dans le pays qui revendique la gastronomie comme un art de vivre.
Qu'est-il arrivé à Nicolas Cage ? Celui qui fut l'un des acteurs marquants de sa génération semble désormais se cantonner aux direct-to-video, comme s'il avait choisi la quantité aux dépens de la qualité. On ne compte plus les films dans lesquels il tient le premier rôle et qui échappent (souvent volontairement) aux circuits traditionnels. "Primal" fait partie de ceux-ci et, lors d'une de ses récentes diffusions, j'ai visionné ce film, pour en avoir le cœur net.
Trafiquant d'animaux sauvages, Frank Walsh embarque sur un cargo à destination des Etats-Unis, où il compte vendre sa précieuse cargaison, dont un rarissime léopard blanc. A l'embarquement, il découvre que le FBI sera du voyage, et escortera Richard Loffler, un tueur professionnel. Ce qui devrait arriver arriva : le méchant échappe à la surveillance de ses geôliers et, en pleine mer, commence à tuer tout le monde. En plus, il a ouvert les cages et il y a des animaux dangereux partout sur le bateau. Bonjour la galère.
L'improbable pitch de "Primal" a quelque chose d'un die-hard un peu tordu, dont le héros n'aurait ni la sympathie, ni la malice de John McLane. Coincés sur un bateau où la réalisation trop nerveuse pour être honnête perd souvent son spectateur, les protagonistes de ce huis-clos tournent vite en rond, comme ce navire qui approche de son but sans progresser.
On pourrait s'amuser devant ce film, totalement dénué de logique (Pourquoi transférer un détenu dangereux par bateau plutôt que par avion ? Quel intérêt Loffler a-t-il à libérer les animaux ? Comment un producteur a-t-il réussi à monter ce film ?), mais tôt ou tard, on finit par se dire que la plaisanterie a assez duré. Nick Powell, pour son deuxième film après "Croisades", livre un film dont on a tout du long envie de se moquer, plutôt que de prendre plaisir à son visionnage. Ayant auparavant officié en tant que réalisateur de deuxième équipe auprès de Paul W.S. Anderson, il partait avec un sérieux handicap, si vous voulez mon avis. Si pareil modèle n'est pas de très bon augure, mieux choisir son scénario est souhaitable, à l'avenir.
Les acteurs embarqués dans cette galère valent à peine mieux que les animaux qui pointent le bout de leur museau en images de synthèse de médiocre qualité, au point qu'on ne croie pas en leur existence. Famke Janssen, qui aurait mieux fait de ne pas toucher au botox, Michael Imperioli, échappé des "Soprano", tous sont victimes du même naufrage.
Un scénario bourré d'incohérences et de facilités, une réalisation digne d'un téléfilm de fin de soirée, des acteurs venus là pour le chèque, "Primal", avec son postulat incongru, partait mal et ne réussit jamais à convaincre, même les spectateurs venus pour s'amuser et plein d'indulgence.
Quand le cinéma se penche sur le monde du spectacle et sur ses acteurs, cela peut donner un tableau touchant ou agaçant, glorieux ou pathétique. En produisant "Mister Showman", qui s'inspirait de la fin de carrière de Kreskin, dont il fut l'assistant, le réalisateur Sean Mc Ginly regardait dans le rétroviseur, avec un succès mitigé. Si ce film fut le premier des siens à sortir en salles en France, il eut une audience très limitée, y compris dans son pays d'origine, malgré la présence dans le rôle-titre de John Malkovitch.
Etudiant en droit, Troy Gable décide du jour au lendemain de plaquer ses études, au grand dam de son père. Voulant devenir écrivain, il commence par trouver un travail pour vivre : assistant personnel du grand Buck Howard, mentaliste. Ce dernier, dont la carrière est à son crépuscule, persiste à parcourir les Etats-Unis, dans des salles souvent peu remplies. D'abord réticent, Troy finit par découvrir que ce job pourrait bien changer sa vie, à coup de rencontres et de remises en question.
Le cinéma est plein de ringards magnifiques, de ceux qui continuent à jouer, fût-ce devant des salles vides. Le film "Mister Showman" suit le parcours (ou plutôt la fin du parcours) d'un de ceux-là, qui se glorifie d'être passé dans des shows télévisés (mais c'était il y a longtemps) et prépare son grand come-back. Incarné par John Malkovitch, portant perruque et cabotinant plus que de raison, celui qui fut le grand Buck Howard est de ces étoiles éteintes, comme le show-business, surtout étasunien, en compte des dizaines. C'est d'ailleurs un film très ancré dans la culture populaire des Etats-Unis que ce "Mister Showman", qui écume les petites villes du moindre des cinquante états avec le même enthousiasme.
Pour accompagner la tournée de ce mentaliste dépassé par son époque, Sean Mc Ginly s'attache à son assistant (personnage très autobiographique), incarné par Colin Hanks (le fils de Tom, coproducteur du film et qui fait quelques apparitions dans le film). Le procédé est classique et permet d'avoir un regard extérieur, mais pas trop, sur l'étoile en déclin incarnée par John Malkovitch. L'idée était bonne, en soi, si elle n'était pas plombée par une réalisation sans ambition (on se croirait dans un téléfilm, la plupart du temps) et si certains personnages n'étaient pas de telles caricatures (je songe notamment à celui incarné par Steve Zahn).
Il y a pourtant de nombreux points positifs, dans "Mister Showman", dont un générique plein d'énergie (mais vite démenti par le film lui-même), l'interprétation pleine de fraîcheur d'Emily Blunt (mais je suis faible) et les passages émouvants de nombreuses célébrités fanées. Cependant, ces quelques éléments ne suffisent hélas pas à faire un beau film. "Mister Showman" laisse à son spectateur un sentiment d'inaccompli, de léger ratage, à l'image sans doute de la carrière de son personnage principal.