Engagées dans un conflit qui souvent les dépasse, les troupes subissent des traumatismes qui vont souvent au-delà du corps. Avant de revenir à la vie "normale", le passage par un "sas" s'avère souvent indispensable. Avec "Voir du pays", Delphine et Muriel Coulin se penchaient sur l'histoire de soldats, ou plutôt de soldates, revenues d'Afghanistan et passant par un court séjour à Chypre. Traitant des blessures intimes et profondes de ses héroïnes bien peu mises en lumière, ce film resta confidentiel. Pourquoi ne pas s'intéresser à lui ?
De retour d'Afghanistan, la section de Marine et d'Aurore s'arrête dans un hôtel chypriote. Là, sous les yeux des touristes, les jeunes militaires vont suivre un programme destiné à leur permettre un retour sans heurts vers la France.
Entre séances de réalité virtuelle à fins thérapeutiques et plongées dans la Méditerranée, ces soldats cassés par le conflit tentent de se reconstruire...
Les corps sont blessés, les âmes encore plus. Il y aurait tant à dire sur ce thème que le traitement choisi par les sœurs Coulin n'est finalement qu'un des nombreux angles d'approche possible. Récompensé ça et là (au festival de Deauville et à Cannes, notamment), "Voir du pays" a le mérite d'exister et d'affronter un sujet nécessaire, mais pas simple. Hélas, le traitement s'avère bien laborieux et souvent lassant, faute de tension et d'épaisseur.
Une fois encore, c'est surtout la gestion des enjeux et de la tension qui pêche. On a souvent l'impression que les personnages ont certes quelques comptes à régler, mais que ceux-ci ne nécessitaient pas pareil séjour, tandis que les blessures les plus profondes restent tues, mises sous le tapis et finalement non traitées.
Basé sur le roman du même nom de Delphine Coulin, "Voir du pays" ne réussit pas son passage au grand écran, faute d'envergure, fût-elle implicite.
L'interprétation de Soko (même si la diction de celle-ci peut agacer) et d'Ariane Labed, comme deux facettes d'une même femme, est la pierre angulaire de ce film et en sauve l'essentiel. C'est peu, vous en conviendrez, en comparaison du sujet qu'abordait "Voir du pays". Lorsqu'arrive le générique de fin, c'est aussi le temps des regrets, quand on songe à tout ce que ce film aurait pu évoquer, mais ne fait qu'effleurer.
