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mercredi 16 septembre 2015

Nuit blanche (2011)


Un vrai film d'action à la française, ça vaut le coup d'oeil, non ? Attention, je ne vous parle pas ici des pseudo-blockbusters produits à la chaîne par EuropaCorp et qui louchent tant sur leurs modèles d'outre-Atlantique qu'on a peine à les croire hexagonaux. J'évoque aujourd'hui le film de genre tel qu'en produisit parfois le cinéma français, à sa grande époque. Les réalisateurs d'alors s'appelaient Melville ou, plus proche de nous, Alain Corneau, voire Olivier Marchal. On me rétorquera peut-être que ce genre n'est pas totalement mort : ses derniers soubresauts s'observe surtout sur le petit écran ou, plus rarement, avec quelques films assumant leur ascendance (on pourrait évoquer les films de Fred Cazayé, par exemple).

Infiltré dans un gang de narco-trafiquants, Vincent, un policier, leur dérobe un gros sac de cocaïne, mais a le malheur d'être repéré par les gangsters. Ceux-ci prennent son fils en otage et le retiennent dans une immense boîte de nuit, qui appartient à un clan mafieux. la nuit qui s'annonce va être haletante : Vincent doit récupérer son fils, sans se faire éliminer par les trafiquants. Et c'est sans compter la présence de ses collègues, pas forcément au fait de son identité réelle, et pas tous du bon côté...


Un héros, seul contre tous, dans un lieu quasiment clos : la filiation avec "Die hard", pierre angulaire du cinéma d'action, saute aux yeux. Malgré une apparente économie de moyens, c'est une réelle ambition qu'affichait Frédéric Jardin (frère d'Alexandre Jardin, soit dit en passant). Bien mal récompensé en matière d'audience, "Nuit blanche" (quel titre affligeant de banalité, aussi), s'il ne méritait pas un triomphe public, n'avait rien fait pour recevoir une telle déculottée lors de sa sortie. Il faut le reconnaître : la tentative, pour maladroit qu'elle est parfois, est sincère et parfois réussie. 

Tomer Sisley, ancien humoriste reconverti dans le cinéma d'action (on se souviendra, ou pas, des deux opus de "Largo Winch"), montre ici qu'il est capable d'être le héros d'un film fonctionnant uniquement à l'adrénaline, même s'il échoue souvent à solliciter le cortex de son spectateur. Face à lui, ses partenaires se montrent à la hauteur et donnent de belles prestations, qu'il s'agisse de Joey Starr, de Serge Riaboukine (qu'on désespère de voir obtenir autre chose que des seconds rôles), de l'étonnant Julien Boisselier ou de la remarquable Lizzie Brocheré (vue récemment dans la série "The Strain"), pour ne citer qu'eux. 

Louchant fortement sur "Die Hard", avec son héros qui en prend plein la tête et continue, martel en tête, à se faufiler entre les clubbers, progressant dans les faux-plafonds, défonçant les portes et dévastant une cuisine lors d'une scène mémorable, "Nuit blanche" permet de passer un bon moment, même s'il perd souvent son spectateur dans le labyrinthe artificiel qui lui tient lieu de décor.

On regrettera un scénario assez maigre et avare d'autre chose que d'action. La mise en scène efficace de Frédéric Jardin, qui fit ses preuves avec la série "Braquo" est pour beaucoup dans l'appréciation globalement positive de cette "Nuit blanche". Pour une fois qu'un film français assume son genre jusqu'au bout sans se dégonfler comme une baudruche, saluons le geste. 




vendredi 26 décembre 2014

Kidon (2013)


Les services secrets iisraéliens plus connus sous le nom de Mossad, ont déjà donné lieu à quelques adaptations au grand écran. On se souvient par exemple, du brillant "Munich" ou de l'efficace "Les patriotes". Récemment, une production franco-israélienne réalisée par Emmanuel Naccache, a mis en scène ce service à la réputation mondiale : "Kidon" (du nom du service du Mossad chargée des "éliminations") était cependant un film de divertissement plus qu'un thriller d'espionnage (tout en s'inspirant de faits réels), comme l'annonçait sa tagline, résolument orientée vers la comédie ("Le plan est parfait, l'équipe un peu moins"). Pour autant, le succès public ne fut pas au rendez-vous dans l'Hexagone.

C'est la panique dans les bureaux du Mossad. La presse vient de révéler que quatre membres de cette agence de renseignements ont été filmés après avoir assassiné Mahmoud-al-Mabhou, un des hauts responsables du Hamas. Les responsables du Mossad sont les premiers surpris, les coupables ne faisant pas partie de leurs services. Ils pensent donc qu'une opération a été montée à leur insu. La mort de Mahmoud-al-Mabhou risque cependant d'avoir des conséquences fâcheuses. 

Dès les premières séquences de "Kidon", le doute est permis. Louchant vers le film d'espionnage, le long métrage d'Emmanuel Naccache se donne des airs de "Ocean's eleven". Soit, l'exercice peut être intéressant, mais il nécessite un immense talent et, surtout, un scénario en béton armé. Quand, en plus, l'histoire qui est contée ambitionne de manipuler son spectateur et ses personnages, le dit scénario doit, en plus d'être complexe, rester lisible. C'est là le plus grand défaut du film. Très vite, le spectateur est laissé sur place et renonce à comprendre ce qui se passe à l'écran, se contentant d'une impression d'ensemble. 

Malgré une bande-son intéressante, la réalisation, souvent trop lente, n'arrive pas à donner la cohérence nécessaire à cette histoire mêlant espionnage et manipulation sur un ton mi-sérieux, mi-parodique. Pas assez drôle (notamment au niveau des dialogues, sans relief) pour qu'on s'amuse et ne mettant jamais ses personnages en réel danger, "Kidon" n'est pas non plus réussi, si l'on considère son versant "sérieux".

Du côté de l'interprétation, c'est là aussi un constat d'échec qui s'impose. Tomer Sisley, en cerveau de la bande, est égal à lui-même (c'est-à-dire qu'on voit l'acteur alors qu'on devrait voir le personnage), Kev Adams n'est guère crédible dans son rôle de hacker, tandis que Lionel Abelanski a du mal à donner de la crédibilité au sien. Quant à la très belle Bar Refaeli, elle aura droit à l'indulgence du jury, eu égard à sa très jolie plastique (qui compense son piètre jeu). Et ce ne sont pas les apparitions d'Hippolyte Girardot ou d'Elodie Hesme qui suffiront à nous consoler. 

A vouloir gagner sur tous les tableaux, "Kidon" finit par échouer sur tous. C'est dommage, car l'exercice avait, comme je le disais en exergue, un réel intérêt. On sort de ce film en se demandant si l'on a vu une parodie de film d'espionnage ou une histoire d'arnaqueurs amateurs. Quelle que soit l'option choisie, le verdict est cependant sans appel : c'est un film à oublier.