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jeudi 3 janvier 2019

Tempête de sable (2016)



Comme je le disais en exergue d'un tout récent billet, les lignes bougent, et ce ne sont pas seulement celles des courts de tennis. Les droits de la femme (dont il faudra vraiment m'expliquer en quoi ils diffèrent de ceux de l'homme) à disposer d'elle-même sont mis en avant chaque jour ou presque dans l'actualité. Le cinéma s'étant emparé du sujet, les œuvres l'abordant sont légion et viennent de (presque) tous les pays du monde. Pour preuve, "Tempête de sable", film israélien, qui se penchait sur le destin d'une jeune femme avide de liberté, mérite un petit coup de projecteur.

Dans un village bédouin d'Israël, Jalila accueille la nouvelle épouse de Suliman, son mari. Alors que les festivités se préparent et que les femmes se rencontrent, Jalila découvre que sa fille aînée, Layla, a une liaison avec un jeune homme de son université. 
Elle va ainsi à l'encontre de la tradition et de l'intérêt de sa famille : son père, Suliman, va devoir prendre les choses en main. 


Evidemment, en visionnant "Tempête de sable", on songe au très beau "Mustang", car la thématique explorée dans "Tempête de sable" est voisine : les femmes et leur liberté, confrontées à des traditions. Au milieu de ces femmes, le personnage masculin de Suliman, qui s'affiche progressiste (il confie en cachette le volant de sa voiture à sa fille), est confronté aux traditions et s'y conforte parfois malgré lui, souvent par tranquillité. Elite Zexter, réalisatrice et scénariste de ce film au ton quasi-documentaire, a choisi la voie du réalisme pour "Tempête de sable". Remarqué dans de nombreux festivals (de Locarno à Sundance) et couvert de moult prix, ce premier film est remarquable en de nombreux points.

C'est d'abord la méticulosité de l'observation qui saute aux yeux : si l'on a affaire à une fiction, Elite Zexter livre un voyage en terre inconnue (pour nombre de spectateurs) qui ne laissera personne indifférent. Si loin, si proches, les personnages de "Tempête de sable" sont touchants et profondément humains, et subissent le poids des traditions chacun(e) à leur manière. Pour les incarner, la réalisatrice a choisi des acteurs (et, surtout, des actrices) remarquables : Lammis Ammar, incandescente dans le rôle de Layla, emporte dans son sillage le spectateur qui suite, à sa hauteur, cette histoire ni extraordinaire, ni banale.

D'une belle justesse et filmé avec retenue, "Tempête de sable" est souvent poignant, mais sans jamais sombrer dans le pathos. Réaliste mais jamais jugeant, ce film mérite un petit coup d’œil, ne serait-ce que pour découvrir un peuple et ses traditions. 











vendredi 26 décembre 2014

Kidon (2013)


Les services secrets iisraéliens plus connus sous le nom de Mossad, ont déjà donné lieu à quelques adaptations au grand écran. On se souvient par exemple, du brillant "Munich" ou de l'efficace "Les patriotes". Récemment, une production franco-israélienne réalisée par Emmanuel Naccache, a mis en scène ce service à la réputation mondiale : "Kidon" (du nom du service du Mossad chargée des "éliminations") était cependant un film de divertissement plus qu'un thriller d'espionnage (tout en s'inspirant de faits réels), comme l'annonçait sa tagline, résolument orientée vers la comédie ("Le plan est parfait, l'équipe un peu moins"). Pour autant, le succès public ne fut pas au rendez-vous dans l'Hexagone.

C'est la panique dans les bureaux du Mossad. La presse vient de révéler que quatre membres de cette agence de renseignements ont été filmés après avoir assassiné Mahmoud-al-Mabhou, un des hauts responsables du Hamas. Les responsables du Mossad sont les premiers surpris, les coupables ne faisant pas partie de leurs services. Ils pensent donc qu'une opération a été montée à leur insu. La mort de Mahmoud-al-Mabhou risque cependant d'avoir des conséquences fâcheuses. 

Dès les premières séquences de "Kidon", le doute est permis. Louchant vers le film d'espionnage, le long métrage d'Emmanuel Naccache se donne des airs de "Ocean's eleven". Soit, l'exercice peut être intéressant, mais il nécessite un immense talent et, surtout, un scénario en béton armé. Quand, en plus, l'histoire qui est contée ambitionne de manipuler son spectateur et ses personnages, le dit scénario doit, en plus d'être complexe, rester lisible. C'est là le plus grand défaut du film. Très vite, le spectateur est laissé sur place et renonce à comprendre ce qui se passe à l'écran, se contentant d'une impression d'ensemble. 

Malgré une bande-son intéressante, la réalisation, souvent trop lente, n'arrive pas à donner la cohérence nécessaire à cette histoire mêlant espionnage et manipulation sur un ton mi-sérieux, mi-parodique. Pas assez drôle (notamment au niveau des dialogues, sans relief) pour qu'on s'amuse et ne mettant jamais ses personnages en réel danger, "Kidon" n'est pas non plus réussi, si l'on considère son versant "sérieux".

Du côté de l'interprétation, c'est là aussi un constat d'échec qui s'impose. Tomer Sisley, en cerveau de la bande, est égal à lui-même (c'est-à-dire qu'on voit l'acteur alors qu'on devrait voir le personnage), Kev Adams n'est guère crédible dans son rôle de hacker, tandis que Lionel Abelanski a du mal à donner de la crédibilité au sien. Quant à la très belle Bar Refaeli, elle aura droit à l'indulgence du jury, eu égard à sa très jolie plastique (qui compense son piètre jeu). Et ce ne sont pas les apparitions d'Hippolyte Girardot ou d'Elodie Hesme qui suffiront à nous consoler. 

A vouloir gagner sur tous les tableaux, "Kidon" finit par échouer sur tous. C'est dommage, car l'exercice avait, comme je le disais en exergue, un réel intérêt. On sort de ce film en se demandant si l'on a vu une parodie de film d'espionnage ou une histoire d'arnaqueurs amateurs. Quelle que soit l'option choisie, le verdict est cependant sans appel : c'est un film à oublier.