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mardi 2 février 2021

Extrêmement fort et incroyablement près (2011)

 

Pour beaucoup, le XXIème siècle commença avec l'effondrement des tours du World Trade Center. L'événement marqua ceux qui y assistèrent, de près ou de loin et, bien des années plus tard, nous continuons de ressentir les échos de cette journée pas comme les autres. La fiction s'est emparée du sujet, mais rares sont les films qui ont osé évoquer de façon directe le 11 septembre. En adaptant le roman "Extrêmement fort et incroyablement près", Stephen Daldry (qui mit en scène "Billy Elliot", entre autres) fut l'un des premiers cinéastes à se pencher sur le sort de ceux qui perdirent un proche quand les tours disparurent. Qualifié par un critique(1) de "plus mauvais film nommé aux Oscars", "Extrêmement fort et incroyablement près" n'eut guère de succès à sa sortie.

Le père d'Oskar est exceptionnel. Ce petit New-Yorkais d'une dizaine d'années pas tout à fait comme les autres reçoit chaque jour de belles leçons de vie de sa part. 
Mais le père d'Oscar était, le mardi 11 septembre 2001, dans une des tours du World Trade Center et n'est pas revenu à la maison ce jour-là. Alors, parce qu'il trouve par hasard une clé dans les affaires de son père, Oscar va tenter de trouver ce qu'elle ouvre, quitte à interroger des centaines de personnes. Les rencontres que fera Oskar vont le changer, à tout jamais. 

En adaptant le roman de Jonathan Safran Foer, Stephen Daldry, sans doute missionné par ses producteurs, s'est vu confier un bien lourde charge : rester digne, tout en réussissant à émouvoir. La tâche était malaisée, certes, mais pas impossible : la plaie restée ouverte du "pire jour" (pour reprendre le vocabulaire du film) pouvait être l'objet d'un récit, pour peu que ce dernier soit habile. Hélas, il semblerait que Daldry, pourtant convaincant dans ses précédentes réalisations, n'ait pas réussi à atteindre le but fixé. Avec les plus nobles intentions, "Extrêmement fort et incroyablement près" reste englué dès le départ et ne décolle jamais. Forcé de suivre le jeune héros du film, qui n'attire finalement que peu l'empathie malgré l'épouvantable drame qu'il a vécu, le spectateur peut vite se réfugier dans la seule consolation qui lui reste : visiter quelques morceaux de la Grosse Pomme par film interposé.

Il y a nombre d'éléments qui viennent plomber "Extrêmement fort et incroyablement près". Qu'il s'agisse de l'interprétation du jeune Thomas Horn, souvent dans l'excès (et son doublage en version française n'arrange rien), de la surenchère de pathos ou même de l'utilisation abusive de la musique (pourtant une belle partition du grand Alexandre Desplat) et, surtout, un scénario qui fait la part (trop) belle à son petit héros, plus agaçant qu'attachant. Faute de s'attacher à celui sur qui tout le film repose, ceux qui visionneront ce film finalement pas très crédible.

On pourra imaginer que la production de ce film fut hâtée par le désir de le sortir pour le dixième anniversaire des attentats (promesse finalement non tenue) et par une démarche laissant perplexe : entre hommage aux victimes et appel à la résilience, "Extrêmement fort et incroyablement près" ne coche finalement aucune des cases du registre. Quand on finit par quitter Oskar et le laisser faire son deuil, on se sent soulagé (même si un peu honteux), parce qu'il faut bien dire qu'il est souvent horripilant. Sur un sujet des plus sensibles, Stephen Daldry, qu'on avait connu plus inspiré (notamment avec "The hours"), échoue dans sa mission. "Extrêmement fort et incroyablement près", disait l'affiche. On pourrait y ajouter "Très moyennement réussi". 



(1) Xan Brooks dans les colonnes de The Guardian (https://www.theguardian.com/film/2012/feb/23/oscars-extremely-loud-incredibly-close)


mercredi 13 janvier 2021

Avant l'aube (2011)

 

La présence de certains acteurs me suffit parfois à visionner un film. Jean-Pierre Bacri est de ceux-là, les habitués de ce blog n'en seront pas étonnés. Souvent associé à des rôles de râleur, ce comédien ne se cantonne pas pour autant à ce registre. Le film "Avant l'aube", par exemple, lui donna l'occasion de se glisser dans la peau d'un notable quasiment chabrolien, aux côtés de Vincent Rottiers, Ludmila Mikaël et Sylvie Testud, pour ne citer qu'eux. Passé totalement à côté de ce film lors de sa sortie, j'ai sauté sur l'occasion récente de le découvrir. 

En réinsertion après un séjour en prison, Frédéric est employé dans un hôtel de montagne, dirigé par Jacques. L'homme et ses proches ne font pas partie du même monde que celui du jeune garçon. Quand un client de l'hôtel disparaît, Frédéric comprend vite que Jacques cache quelque chose. Pourtant, fasciné par cet homme, il se laisse entraîner dans son sillage et accepte son amitié. Mais la frontière entre leurs mondes est-elle pour autant gommée d'un coup ?

On songe à de multiples reprises à Claude Chabrol, en regardant "Avant l'aube", où l'intrigue policière, quasiment souterraine, est le prétexte au frottement des classes, où les personnages cachent autant qu'ils ne parlent. La disparition, évoquée dans le pitch plus haut, n'est finalement qu'un prétexte à mettre en évidence les relations entre tous les protagonistes et leurs différences. Pour son deuxième long métrage, Raphaël Jacoulot fait preuve d'une belle maîtrise et distille le malaise avec subtilité. 

Qu'il s'agisse des séquences se déroulant dans l'hôtel (qu'on devine peu accessible, étant données les conditions météorologiques) où de celles où le personnage incarné par Vincent Rottiers retrouve son monde d'origine et n'y trouve plus sa place, "Avant l'aube" est de ces films qui examinent en coupe une petite société, de façon élégante et efficace. 

Quant à la distribution, en plus d'être élégante et particulièrement adaptée, elle est irréprochable. Qu'il s'agisse de l'immense Jean-Pierre Bacri, remarquable en homme finalement multiple, de Vincent Rottiers, tout en énergie rentrée et dont on se demande s'il ne va pas exploser d'un instant à l'autre, ou de Sylvie Testud en policière moins superficielle qu'elle n'en a l'air (pour ne citer que ces trois-là), les comédiens qui donnent vie à "Avant l'aube" donnent le meilleur d'eux-mêmes. A l'élégance de la mise en scène vient s'ajouter celle de l'interprétation. 

Pour peu qu'on soit client de ces films où, sous des dehors convenables, l'affrontement est féroce, comme ceux que livra Claude Chabrol (je me répète, mais la filiation semble évidente et est réussie), "Avant l'aube"  fera mouche, à coup sûr. 



lundi 28 octobre 2019

Les tribulations d'une caissière (2011)


 
A peine visibles, souvent méprisées, parfois insultées, les caissières (oh, pardon, les hôtesses de caisse) sont le dernier maillon de la chaîne de la grande distribution. Rémunérées au ras des pâquerettes et devant souvent affronter des conditions de travail épouvantables, celles d'entre elles qui ne sont pas encore remplacées par des caisses automatiques, sont souvent regardées de haut, quand elles ont la chance d'être remarquées. En 2011, le roman, en partie autobiographie d'Anna Sam, "Les tribulations d'une caissière" (alimenté par le blog qu'elle tenait) fut porté à l'écran. Mais, si tout le monde ou presque utilise leurs services, ils furent peu nombreux, ceux qui allèrent voir ce long métrage. 
Solveig est caissière chez Parody. Elle n'a pas choisi ce métier, loin s'en faut, mais il faut bien gagner sa vie. En secret, Solveig alimente un blog où elle raconte sa vie de caissière. Ses articles font grand bruit dans la profession. Quand Solveig croise, sous la neige, le regard du beau Charles, elle se prend à rêver à des jours meilleurs et à un monde où les caissières seraient mieux considérées. 

Avec pareil matériau de base, on était en droit de s'attendre à un film social, porteur de revendications ou, au moins, de témoignages sur le métier ingrat des caissières. Plusieurs approches s'offraient au réalisateur (Pierre Rambaldi, dont c'est le premier film) et au scénariste, Michel Siksik (qui joue également un petit rôle) : l'angle documentaire ou celui, plus fréquent, de la comédie porteuse d'un message. Mais, comme vous avez pu le lire dans le pitch, le choix fut fait de glisser dans l'histoire de Solveig une composante romantique. A posteriori, ce qui pouvait paraître une bonne idée est le ver dans le fruit.

Qui trop embrasse, mal étreint, dit l'adage populaire. Cela est vrai aussi pour les films : "Les tribulations d'une caissière", à vouloir exploiter plusieurs registres avec un matériau qui n'en demandait pas tant, est un film bancal, qui ne remplit finalement aucune des missions qu'il s'est donné. Malgré l'évident enthousiasme de Deborah François, sur qui le film tout entier repose, la mécanique tourne vite à vide et génère au mieux un ennui poli, au pire l'envie de passer à autre chose. Le casting, assez inégal : les personnages campés par Marc Lavoine et Elsa Zylberstein sont caricaturaux et desservent l'entreprise plus qu'ils ne la servent, pour ne citer qu'eux. 

Pour atteindre son but, "Les tribulations d'une caissière" aurait du choisir une voie : à osciller entre drame social et comédie romantique, le film n'aboutit à rien. C'est regrettable, car le sujet méritait mieux que cela. Évoqué dans le très chouette "Discount", le sort des caissières est de ces causes qui valent un film. Avant qu'elles ne soient remplacées par ces horribles caisses automatisées (où bon nombre de clients se pressent malgré tout), ce n'est pas en visionnant ce film qu'on changera quoi que ce soit. Si vous voulez mon avis, il suffit d'un sourire et de quelques mots aimables. Ceux qui cherchent à passer leurs nerfs dans les grandes surfaces n'ont qu'à aller insulter les bornes automatiques (et ceux qui les mettent en place).




mercredi 13 mars 2019

Le jour où je l'ai rencontrée (2011)


Si mes sources sont correctes, "Le jour où je l'ai rencontrée" ("The art of getting by", dans sa version originale) de Gavin Wiesen a été vu dans les salles françaises par... 252 spectateurs ! C'est sans doute un record (hors direct-to-video, bien sûr). Pourtant, les films estampillés "Fox-Searchlight" ont souvent été de belles surprises. Serions-nous totalement passés à côté d'un joli petit film ? Avec, en tête d'affiche le jeune Freddie Highmore, vedette de la saga "Arthur et les Minimoys" et de la série "Bates Motel", ce film a droit à une session de rattrappage.

George est un lycéen doué, mais totalement dépourvu de motivation. C'est bien simple, depuis qu'il a pris conscience qu'un jour il va mourir, comme tout un chacun, il ne voit pas la nécessité de se donner du mal à étudier et se contente de vivre chaque jour, l'un après l'autre, en solitaire cynique et désabusé. Quand son chemin croise celui de Sally, une jolie jeune fille de son établissement, il se demande si, finalement, la vie n'en vaudrait pas la peine. Mais les affaires de cœur ne sont jamais simples, surtout quand on ne s'y attend pas...

Curieux film, que ce "Le jour où je l'ai rencontrée" (titre français déplorable, une fois de plus, si vous voulez mon avis). Dans sa première partie, Gavin Wiesen évoque la trajectoire d'un adolescent trop lucide pour son âge. On est alors presque dans un drame philosophique, et ce n'est la partie la moins intéressante de l'histoire.Suivant le lumineux Freddie Highmore, convaincant dans le rôle de George. 

Puis vient la rencontre avec Sally, et la construction d'une relation particulière entre ces deux enfants : jusqu'ici, tout va bien. On sent venir l'arsenal traditionnel de la romcom, mais après tout, avec un titre pareil on pouvait s'y attendre. D'autant plus qu'Emma Roberts, vue dans la série "American Horror Story", apporte un peu de fraîcheur bienvenue. Et puis, c'est le drame : le scénario vire dans la bluette (contrariée pour créer un peu de suspense, j'imagine) et perd presque tout intérêt. 

Pour son premier long métrage (on attend toujours la sortie du deuxième, "Mon ex beau-père et moi"), Gavin Wiesen rate son coup. Là où il y avait matière à un teen-movie pertinent et creusant plus profond que la surface, il se contente d'un rom-com mollassonne et finalement sans grand intérêt. Vous pouvez, à l'instar du public français, passer votre chemin sans trop de regrets...


mercredi 14 novembre 2018

L'assaut (2011)


Le terrorisme fait désormais partie de nos existences. Nous avons tous en mémoire les événements qui ensanglantèrent telle ou telle ville. Le cinéma s'est évidemment emparé du sujet, à maintes reprises, se plaçant tour à tour dans la peau des victimes (on songe à "Vol 93") ou de ceux qui affrontent les terroristes. Avant que ne s'effondrent les tours jumelles du World Trade Center, d'autres attentats avaient déjà fait marqué les esprits. La prise d'otages de l'Airbus d'Air France en 1994, a fait l'objet d'un film, régulièrement diffusé à la télévision depuis sa sortie en 2011. 


Alger, 24 décembre 1994 : quatre terroristes du GIA prennent en otage les passagers d'un Airbus à destination de Paris. Ils réclament la libération de deux islamistes emprisonnés et le décollage immédiat vers Paris. Après de longues heures et la mort de trois otages, l'avion s'envole vers la France, avant de se poser à Marignage. Là, une équipe du GIGN va donner l'assaut, pour libérer les otages et éliminer les terroristes. Thierry, membre des forces d'élite, va vivre l'opération la plus importante de sa carrière de flic d'élite. 

Ceux qui sont en âge de s'en souvenir n'ont probablement pas oublié les images de ce jour de fin 1994. Devant des millions de téléspectateurs, le GIGN réussit à neutraliser les terroristes sans qu'un seul otage ne perde la vie sur le sol français. L'opération, saluée par les spécialistes, devait-elle faire l'objet d'une fiction ? C'est une question à laquelle je n'ai pas de réponse, d'autant plus que la fiction en question se permet quelques entorses aux faits (pour des besoins scénaristiques) et qu'un documentaire aurait sans doute mieux accompli l'oeuvre de mémoire qu'elle ambitionne. 

La faute en incombe essentiellement à la forme que revêt "L'assaut". Visiblement atteint par le syndrome Paul Greengrass, le réalisateur juge bon de tout filmer caméra à l'épaule. Résultat : il n'y a pas un plan fixe, même lorsque le personnage téléphone. Si cet artifice peut être diablement efficace lorsqu'il s'agit de mettre en scène l'action et l'immédiateté, il s'avère fatigant quand aucune pause n'est offerte au spectateur. L'autre choix esthétique très discutable de "L'assaut" est sa palette de couleurs, extrêmement désaturée, au point qu'on frôle souvent le noir et blanc. L'intérêt de de cette option est très discutable, d'autant plus qu'elle tend à éloigner l'histoire de ces spectateurs. 
Enfin, la balourdise des scènes "familiales" pèse lourdement dans la balance en défaveur du film.

On aurait pu redouter que le choix de Vincent Elbaz, pourtant abonné aux rôles d'éternel adolescent immature, torpille la crédibilité de son personnage. Force est d'avouer qu'il ne s'en sort pas si mal, sans cependant crever l'écran. Adoptant une posture quasi monolithique, l'interprète de "La vérité si je mens" (ce qui reste son plus grand succès) laisse entrevoir un talent qu'on aimerait voir jaillir plus souvent (oui, c'est une suggestion. Derrière lui, la prestation des autres interprètes n'évite pas toujours la caricature. Visiblement très à l'aise pour filmer les scènes d'action et donner l'impression du direct, Julien Leclerq (déjà réalisateur de "Chrysalis") pêche sur la direction d'acteurs.

Si l'histoire que conte "L'assaut" est connue (et fait désormais partie de l'Histoire), le film n'a rien d'incontournable : un documentaire mettant en lumière ces heures tragiques aurait sans doute mieux accompli sa mission.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film se déroulant pendant les fêtes de Noël ou pendant la Saint-Sylvestre"

mardi 21 août 2018

L'amour a ses raisons (2011)




Un petit air d'Italie, ça ne se refuse pas. Revoir, fût-ce sur écran, les rues de Rome, me touche toujours. Aussi, lorsque l'occasion s'en est présentée, j'ai jeté un œil à "L'amour a ses raisons", film en trois chapitres traitant de l'amour et venu de l'autre côté des Alpes. Comme l'affiche annonçait, en plus, la présence de Monica Bellucci, je ne m'étais pas fait prier. Par contre, la question pouvait se poser : pourquoi ce film (comme finalement pas mal de ses homologues italiens) n'avait-il pas franchi la frontière avec succès ?

L'amour, toujours : à trois périodes de la vie, le voilà qui sévit et fait des ravages dans les cœurs. Il retourne celui de jeune avocat ambitieux se retrouvant dans un petit village peuplé d'originaux. C'est aussi lui qui entraîne ce présentateur de télévision dans une histoire qui lui échappe. C'est toujours lui qui rapproche un américain venu se réfugier à Rome et la fille de son ami, envers et contre tout. Il n'a pas fini de sévir, Cupidon, avec son arc et son taxi (ah oui, on ne vous a pas dit, mais il doit boucler ses fins de mois, cet angelot).

C'est beau, l'Italie, que ce soit en bord de mer ou au centre de Rome. Depuis des décennies, les cinéastes y ont posé leur caméra, pour filmer des drames et des comédies, avec plus ou moins de succès et de grâce. Mais un beau décor n'a jamais suffi à faire un film. Il faut, pour cela, conter une histoire et bien s'y prendre. En l'occurrence, "L'amour a ses raisons" prend le risque d'en narrer trois d'un coup, sur le thème le plus universel qui soit : l'amour. Sans doute le réalisateur, Giovanni Veronesi , s'est-il dit que ce serait facile de jouer sur un terrain aussi connu. Ce n'est évidemment pas aussi facile que cela. Pour universel qu'il soit, le thème est évidemment un chausse-trappe et s'y frotter peut donner le meilleur comme le pire. J'ai bien peur que, dans le cas de "L'amour a ses raisons" (dont le titre original "Manuale d'amore 3" suggère qu'il s'agit du troisième volet que Veronesi consacre aux méfaits de Cupidon), la balance penche plutôt du mauvais côté. 

Les décors sont enchanteurs, oui, les actrices sont belles et généreuses. Mais, malheureusement, les histoires racontées ici ne sont pas à la hauteur du décor et des interprètes. Le premier volet, visiblement improvisé, s'égare dans le boulevard avant de retomber péniblement sur ses pattes. Le deuxième est sans doute le moins intéressant, utilisant comme ressort comique la maladie mentale de son héroïne. Enfin, le troisième est le plus touchant et le plus intéressant, sans doute parce qu'il est interprété par Robert de Niro et Monica Bellucci, même si "L'amour a ses raisons" ne doit pas trôner bien haut dans leur filmographie. Et quelle idée stupide que d'avoir utilisé un personnage de chauffeur de taxi (celui que j'évoquais dans le pitch plus haut), censé personnifier l'amour. 

Enfin, si vraiment vous tenez à voir ce film, évitez la version française comme la peste bubonique. Le doublage est une vraie catastrophe, à peine digne de celui des émissions de télé-réalité perdues au fin fond d'obscures chaînes de la TNT.




jeudi 7 juin 2018

Un heureux événement (2011)


Rémi Bezançon, réalisateur du "Premier jour du reste de ta vie", a déjà eu les honneurs (ou pas) de ce blog avec "Ma vie en l'air". J'ai d'ordinaire une réelle sympathie pour ce réalisateur, qui pose généralement sa caméra à une hauteur humaine et photographie avec justesse les fragments de nos vies. En adaptant le roman "Un heureux événement" d'Eliette Abécassis, c'est cette fois au couple qu'il s'intéresse, et plus précisément aux jeunes parents. Avant, pendant et après la naissance, "Un heureux événement" narrait le parcours pas toujours simple de ses héros. Hélas pour ce film, nombre de spectateurs n'ont pas suivi...

Plus qu'un heureux événement, l'arrivée d'un enfant dans un couple, fût-il bâti sur l'amour, est une étape majeure et souvent une épreuve. Pour Barbara et Nicolas, qui filent jusque là le parfait amour, la grossesse, puis la naissance de leur enfant va tout chambouler. Ce grand bouleversement commence dans le corps de Barbara, puis déborde sur la vie de son couple, de sa famille et du monde qui l'entoure. Souvent idéalisé, le passage au statut de parents n'est pas un long fleuve tranquille...


La première chose qui marque, au visionnage de "Un heureux événement", c'est le changement de ton certain adopté par Rémi Bezançon. Alors qu'il régnait sur "Le plus beau jour du reste de ta vie" une certaine bienveillance, l'atmosphère qui règne sur ce long métrage est moins sereine. Très vite, passées les scènes décrivant (d'une façon qui amusera les cinéphiles) la rencontre entre Barbara et Nicolas, une tension se fait sentir, qui ne lâchera plus le spectateur jusqu'à la fin du film. On a connu Rémi Bezançon moins acide sur le genre humain. 


Certes, quelques touches particulièrement bien senties feront résonner un certain vécu chez ceux qui connurent les affres de la parentalité, mais on ressent peu les émotions plus positives. Devenir parent ressemble plus, dans ce film, à une épreuve dont on peut sortir en miettes, qu'à une étape grandissant ceux qui la traversent. Le film de Rémi Bezançon pourrait donc faire réfléchir nombre de futurs parents mais, pour éducatif qu'il soit, il perd de sa valeur en temps qu'objet de cinéma. L'histoire du couple formé par Pio Marmaï (plutôt convaincant) et Louise Bourgoin (qui l'est moins) peut donc laisser sur le bas-côté de la route nombre de spectateurs.

Cette (large) tranche de vie d'un couple, pas toujours en accord avec son titre, est sans doute celui des films de Rémi Bezançon où l'on éprouve le moins de sympathie pour les personnages. Là où une immense tendresse sourdait de chaque plan du "Premier jour du reste de ta vie", on est souvent à deux doigts de l'agacement devant les gesticulations du futur père et les humeurs de la mère en devenir. Si le propos était de démystifier la venue de l'enfant, la mise au point est sans appel, mais le film aurait gagné à un peu plus de douceur et à moins d'amertume.








mercredi 14 mars 2018

Sous le figuier (2011)



Évoquer la mort n'est jamais facile. Le septième art se frotte parfois à ce thème douloureux mais universel, avec plus ou moins de succès. Les films traitant du trépas peuvent prendre la forme de drames dont on sort les yeux rougis, quand ils affrontent le spectre de face, ou choisir de l'aborder de biais. Dans le cas de "Sous le figuier", Anne-Marie Etienne évoquait la mort prochaine d'une vieille dame, qui choisissait de partir entourée de ceux qu'elle aime, en douceur et sans cérémonie. Porté par l'immense Gisèle Casadesus, alors âgée de 97 ans, ce film n'avait pourtant pas attiré beaucoup de spectateurs dans les salles.

Étrange vieille dame que Selma, un peu cartomancienne à ses heures perdues. A 95 ans, se sachant gravement malade, elle n'a qu'un dernier vœu : partir en douceur, entouré de ceux qu'elle apprécie, dans une maison de vacances. 
Alors, Nathalie, cuisinière en colère, Christophe, père célibataire et Joëlle, jeune femme larguée par la vie, se retrouvent autour de Selma, pour ses derniers jours. 
Et si c'était Selma qui, au crépuscule de la vie, leur donnait les clés de leurs vies ?

Malgré un thème des plus dramatiques, "Sous le figuier" tient surtout du film choral, fût-il à effectif réduit. Pourquoi pas, après tout ? Réunir autour d'un thème et, surtout dans ce cas, d'un personnage central, des protagonistes qui ont tout à gagner les uns des autres et qui s'apprécient, cela pourrait être la clé de la réussite. D'autant qu'on a envie de les apprécier, ces personnages, lorsqu'ils entrent en scène. Qu'il s'agisse de Christophe, en père courage, qui mène de front sa vie professionnelle et celle, plus gourmande sans doute, de papa, ou de Nathalie, la chef remarquée qui envoie balader carrière et cuisine moléculaire d'un seul coup, les héros de "Sous le figuier" ont quelque chose qui donnent envie de s'intéresser à eux.

Cela ne suffit cependant pas, il faut le reconnaître. Sans doute parce que leur réunion autour de Selma est improbable et peu crédible, et aussi parce que le scénario pêche par ses nombreuses lacunes, la tragi-comédie qui se joue autour de Selma ne fonctionne qu'à demi. Plus souvent agaçants que réellement attachants, les trois jeunes gens veillant au bien-être de Selma (mais s'occupant plus souvent de leurs petites personnes) se reconstruisent tandis que la douce vieille dame s'éteint, mais on n'y croit guère. Il aurait fallu à ce film un scénario plus solide et cohérent (ou alors, une bonne séance chez un script-doctor, comme on dit). Nombreux sont les moments où on se demande ce que les personnages font là, pourquoi ils agissent ainsi et s'il ne manquerait pas une séquence de transition pour amener telle ou telle scène.

C'est la grande Gisèle Casadesus qui tire le mieux son épingle du jeu, évidemment. Dans un rôle qui fut sans doute difficile pour elle, au vu de son grand âge, elle magnétise l'écran à chacune de ses apparitions. A ses côtés, Jonathan Zaccai, Anne Consigny et Marie Kremer font souvent pâle figure et on se souvient moins de leurs prestations que de celle de la grande dame qui nous quitta, il y a peu, plus que centenaire...

S'il est une raison de visionner "Sous le figuier", c'est la présence de Gisèle Casadesus, en vieille dame digne et douce, prête à un dernier clin d’œil, malgré la proximité de la faucheuse. Merci, mademoiselle. 





dimanche 1 mai 2016

Beur sur la ville (2011)


La mixité, les banlieues, l'intégration : voilà autant de thèmes qui suffisent à déclencher de farouches débats, quel que soit le public. Essayez dans votre prochain dîner, vous m'en direz des nouvelles. Le cinéma a, plus d'une fois, tenter de parler de ces sujets, que ce soit sur un ton sérieux ou avec dérision. Bien sûr, on pense dans ce cas à des comédies savoureuses, de celles qui vous réconcilient avec le septième art et le genre humain, comme "Les aventures de Rabbi Jacob", mais il en est d'autres, plus récentes, réussies ou non, qui prônent l'acceptation de l'autre. Djamel Bensalah, après un "Le ciel, les oiseaux et...ta mère" couronné de succès, eut moins de chance avec "Beur sur la ville".

Khalid Belkacem a multiplié les échecs, depuis sa plus tendre enfance. Qu'il s'agisse de sa scolarité, de son permis de conduire, ou du concours d'entrée dans la Police. Au nom de la discrimination positive, Khalid va cependant se retrouver propulsé aux commandes d'un commissariat, grillant à l'occasion la politesse à son beau-père qui espérait cette promotion.
Les ennuis ne font que commencer pour Khalid, qui doit maintenant participer à l'enquête sur les agissements d'un terrifiant tueur en série. 

Avec "Beur sur la ville" (vous aurez normalement compris la référence), on est dans la comédie burlesque, et la présence dans l'intrigue d'une enquête policière n'est qu'un prétexte, un peu comme l'était celle de "La cité de la peur". Le film de Djamel Bensalah entraîne son public dans des banlieues joyeuses et chaotiques, où la débrouille est souvent la seule façon de s'en sortir. C'est souvent caricatural, mais l'enthousiasme des acteurs fait passer bien des défauts. 

Bien plus que l'histoire, souvent confuse et répétitive, c'est en effet l'énergie des acteurs principaux et le passage de guests parfois inattendus qui maintient l'édifice en place. Avec sa drôle de bouille, Booder, accompagné par Issa Doumbia et Steve Tran, entraîne le spectateur dans des aventures dignes des Pieds Nickelés propulsés par accident dans le sillage du Commissaire Moulin. Pour les épauler, la divine Sandrine Kiberlain (plus ça va, plus j'aime cette actrice) semble parfois se demander ce qu'elle fait là, mais assume (bien avant "Neuf mois ferme") son talent comique. On notera également la présence de Josiane Balasko (qui avait déjà expérimenté ce mélange des genres avec "Les keufs"), de Gérard Jugnot, de Roland Giraud, de François-Xavier Demaison, de Jean-Claude Van Damme, de Ramzi Bedia, de Lionel Abelanski, et j'en passe.

C'est un joyeux bazar, parfois drôle, souvent confus. C'est plein de vie et de chaos, mais ça ne fait pas forcément un film solide et cohérent. Pour les plus indulgents, ou celles et ceux qui ont envie ou besoin d'un peu de rire, cela peut néanmoins être suffisant. 








jeudi 21 avril 2016

Itinéraire Bis (2011)


J'ai eu un moment de faiblesse, l'autre soir et ai allumé la télévision. Paresse intellectuelle ou véritable curiosité ? C'est sur "Itinéraire Bis", une petite comédie romantique totalement passée inaperçue lors de sa sortie que ma zapette m'a dirigé. Avec pour décors les paysages corses et comme acteurs principaux Leïla Bekhti et Fred Testot, ce film semblait disposer de quelques éléments intéressants : allais-je me réconcilier avec la comédie romantique à la française ?

Jean, 35 ans, dirige laborieusement le restaurant que lui a offert sa mère, chez qui il vit toujours. Timoré, le jeune homme n'a jamais vraiment pris les commandes de sa vie. Lorsqu'au volant de la Porsche confiée par un client, il secourt Nora, qui vient de se faire jeter du bateau de son petit ami (à l'instar de tout ce qui est encombrant), commence une drôle d'histoire. Elle est colérique, souvent superficielle, mais diablement charmante, il est réservé et trop gentil pour être honnête : tout les oppose, mais le destin en a décidé autrement.

La comédie romantique est un genre balisé dont on connaît les passages obligatoires. "Itinéraire Bis", première incursion de son réalisateur dans ce domaine, respecte ces jalons, mais n'y ajoute rien qui mérite le déplacement. Pire encore, alors qu'on pourrait suivre ce road-trip dans l'île de Beauté avec plaisir, le scénario comporte tant d'incohérences et d'hésitations sur l'allure à adopter qu'il gâche tout le voyage. Plutôt que de profiter du voyage, on se surprend à en espérer la fin. C'est d'autant plus dommage que le metteur en scène, Jean-Luc Perréard, dont c'est le premier film à sortir dans les salles obscures, avait à sa disposition deux acteurs dotés d'un fort potentiel de charme, dont on sent qu'ils auraient pu donner vie à une belle histoire.

On portera au crédit de cet "Itinéraire Bis" le charme et le talent de ses deux interprètes principaux, ainsi que les très beaux décors naturels (j'ai très envie d'une balade en Corse, maintenant, c'est malin) et une bande originale faite de tubes entraînants qu'on a plaisir à entendre. Hélas, tout cela ressemble trop à du remplissage destiné à boucher les trous dans un scénario plein de failles et d'incongruités.

Quand arrive laborieusement la scène finale, éminemment prévisible, on s'interroge : que reste-t-il à sauver de cette poussive comédie romantique ? Les sublimes paysages de Corse, le charme des deux interprètes principaux et une belle bande originale : la carte postale est jolie, mais ne raconte rien qui vaille la peine.


lundi 1 février 2016

Forces spéciales (2011)


Les hommes des forces spéciales, qui interviennent dans les pires situations, au péril de leur vie, furent plus d'une fois à l'actualité, ces derniers mois. La vie qui est la leur, en service ou en civil, mériterait qu'on leur consacre un film digne de ce nom. C'est sans doute ce que s'est dit Stéphane Rybojad, pour son premier (et dernier à ce jour) long-métrage de fiction, "Forces spéciales". Totalement passé sous mes radars lors de sa sortie, ce film a été récemment télédiffusé. Méritait-il son triste sort ?

En mission en Afghanistan, la reporter Elsa Casanova est prise en otage par les Talibans. Très vite, le gouvernement français organise une expédition destinée à la sauver du sinistre destin qui est promis. Si on n'agit pas rapidement, la jeune femme sera décapitée et les seuls à pouvoir agir sont les hommes des Forces Spéciales. 
Alors, un groupe d'entre eux est parachuté au Pakistan, avec pour mission de sauver la jeune femme.


Le réalisateur de "Forces spéciales" est issu du monde du documentaire et, dès les premières séquences, on peut constater qu'il a gardé quelques habitudes venues de cet univers, en particulier celle d'indiquer à l'écran le nom des personnages qui apparaissent, ainsi que les lieux de l'action. Dans un film bien écrit, le scénario est assez habile pour faire en sorte que pareil procédé nous soit épargné. Autant dire que "Forces spéciales" commençait mal. 

La suite n'arrange rien : les premiers échanges entre personnages, à coup de punchlines plus ridicules qu'efficaces, annonce que "Forces spéciales" se prend très au sérieux, mais n'est pas crédible, hélas. Ressemblant très vite à une publicité à la gloire des forces militaires françaises, le film s'enfonce très vite en territoire de nanardise, et remplit son vide à l'aide de scènes d'action souvent peu crédibles, reliées entre elles en dépit du bon sens.

Les personnages de "Forces spéciales" sont une impressionnante collection de clichés. Les interprètes jouent sans conviction, voire faux pour certains. Diane Kruger, Djimon Hounson, Denis Ménochet, Benoît Magimel, Raphaël Personnaz, veillez à ne pas faire figurer "Forces spéciales" sur votre curriculum vitae, cela vaut mieux.

Visiblement, Stéphane Rybojad n'a pas eu assez d'argent pour s'acheter un trépied. Ayant visiblement peur d’attraper des escarres, il ne s'offre jamais le temps d'un plan fixe et filme tout caméra à l'épaule, épuisant son spectateur et n'exploitant jamais les magnifiques décors où son film a été tourné.

Cerise sur le gâteau, la bande-son achève de transformer le film en un immense vidéo-clip à la gloire de l'Armée Française. Au vu du résultat, celle-ci a bien mal été récompensée des moyens qu'elle mit à la disposition de la production.  



mercredi 16 septembre 2015

Nuit blanche (2011)


Un vrai film d'action à la française, ça vaut le coup d'oeil, non ? Attention, je ne vous parle pas ici des pseudo-blockbusters produits à la chaîne par EuropaCorp et qui louchent tant sur leurs modèles d'outre-Atlantique qu'on a peine à les croire hexagonaux. J'évoque aujourd'hui le film de genre tel qu'en produisit parfois le cinéma français, à sa grande époque. Les réalisateurs d'alors s'appelaient Melville ou, plus proche de nous, Alain Corneau, voire Olivier Marchal. On me rétorquera peut-être que ce genre n'est pas totalement mort : ses derniers soubresauts s'observe surtout sur le petit écran ou, plus rarement, avec quelques films assumant leur ascendance (on pourrait évoquer les films de Fred Cazayé, par exemple).

Infiltré dans un gang de narco-trafiquants, Vincent, un policier, leur dérobe un gros sac de cocaïne, mais a le malheur d'être repéré par les gangsters. Ceux-ci prennent son fils en otage et le retiennent dans une immense boîte de nuit, qui appartient à un clan mafieux. la nuit qui s'annonce va être haletante : Vincent doit récupérer son fils, sans se faire éliminer par les trafiquants. Et c'est sans compter la présence de ses collègues, pas forcément au fait de son identité réelle, et pas tous du bon côté...


Un héros, seul contre tous, dans un lieu quasiment clos : la filiation avec "Die hard", pierre angulaire du cinéma d'action, saute aux yeux. Malgré une apparente économie de moyens, c'est une réelle ambition qu'affichait Frédéric Jardin (frère d'Alexandre Jardin, soit dit en passant). Bien mal récompensé en matière d'audience, "Nuit blanche" (quel titre affligeant de banalité, aussi), s'il ne méritait pas un triomphe public, n'avait rien fait pour recevoir une telle déculottée lors de sa sortie. Il faut le reconnaître : la tentative, pour maladroit qu'elle est parfois, est sincère et parfois réussie. 

Tomer Sisley, ancien humoriste reconverti dans le cinéma d'action (on se souviendra, ou pas, des deux opus de "Largo Winch"), montre ici qu'il est capable d'être le héros d'un film fonctionnant uniquement à l'adrénaline, même s'il échoue souvent à solliciter le cortex de son spectateur. Face à lui, ses partenaires se montrent à la hauteur et donnent de belles prestations, qu'il s'agisse de Joey Starr, de Serge Riaboukine (qu'on désespère de voir obtenir autre chose que des seconds rôles), de l'étonnant Julien Boisselier ou de la remarquable Lizzie Brocheré (vue récemment dans la série "The Strain"), pour ne citer qu'eux. 

Louchant fortement sur "Die Hard", avec son héros qui en prend plein la tête et continue, martel en tête, à se faufiler entre les clubbers, progressant dans les faux-plafonds, défonçant les portes et dévastant une cuisine lors d'une scène mémorable, "Nuit blanche" permet de passer un bon moment, même s'il perd souvent son spectateur dans le labyrinthe artificiel qui lui tient lieu de décor.

On regrettera un scénario assez maigre et avare d'autre chose que d'action. La mise en scène efficace de Frédéric Jardin, qui fit ses preuves avec la série "Braquo" est pour beaucoup dans l'appréciation globalement positive de cette "Nuit blanche". Pour une fois qu'un film français assume son genre jusqu'au bout sans se dégonfler comme une baudruche, saluons le geste. 




samedi 13 juin 2015

Conan (2011)


Robert Howard, romancier tourmenté (il se suicida à l'âge de 30 ans, en 1936), est l'un des pères fondateurs de la fantasy. Son personnage le plus connu, Conan, a déjà donné lieu à des adaptations cinématographiques, en plus d'avoir inspiré des comics, des jeux de plateau (la dernière création en date a pulvérisé les records de souscription sur Kickstarter), des dessins animés et plus encore. Pourtant, les aventures de Conan au cinéma n'ont pas toujours rencontré le succès. La dernière en date, réalisée par Marcus Nispel (à qui l'on devait déjà "Pathfinder") a été un bel échec commercial et critique. 

Conan, le Cimmérien, est né sur un champ de bataille, où a péri sa mère. Élevé par son chef de clan de père, il est devenu un garçon solide. Quand les troupes de Khalar Zym, venu chercher le dernier morceau d'un masque qui lui donnera la toute-puissane, envahissent son village et le déciment, Conan, devenu orphelin, n'a plus qu'un but : venger son père.
Khalar, de son côté, n'aspire qu'à réassembler le masque et à procéder à la cérémonie qui fera de lui l'égal d'un dieu. Lorsque Conan atteint l'âge d'homme, il est sur le point d'y parvenir (et on se demande pourquoi il a attendu autant, d'ailleurs).

En visionnant ce film, étant amateur des écrits originaux et considérant le film de John Milius comme une adaptation finalement réussie, j'avais un pressentiment. Ce "Conan", cuvée 2011, ne pouvait être qu'un ratage. J'aurais aimé me tromper.
Le premier problème de ce film est son réalisateur, Marcus Nispel, visiblement persuadé qu'énervement est synonyme de dynamisme. Sur l'écran, ça bouge dans tous les sens et les scènes perdent souvent toute lisibilité et tout sens. Le montage quasiment frénétique (les plans font rarement plus de quelques secondes) rendent nombre de séquences épuisantes en plus d'être brouillées. Et pourtant, malgré cette rapidité qui leur nuit, nombre de scènes réussissent à paraître trop longues. Marcus Nispel, le réalisateur, avait déjà fait montre de son style avec "Pathfinder", il récidive ici au point qu'on aimerait lui offrir un trépied, afin qu'il nous offre une fois de temps en temps un plan fixe.

Du côté de l'interprétation, il va sans dire que Jason Momoa (le Khal Drogo de "Game of Thrones") n'a pas l'épaisseur d'Arnold Schwarzenegger. On pourra se consoler avec la présence de Ron Perlman (visiblement venu pour le chèque et dont le rôle est presque trop important, surtout si on compare avec le Conan de 1982), de Stephen Lang (le méchant de "Avatar" et de "Terra Nova", visiblement abonné aux rôles de bad guy), de  la très jolie Rachel Nichols, de Saïd Taghmaoui (il semblerait qu'on ait perdu définitivement cet acteur, pourtant bouleversant à ses débuts dans "La haine") ou de Rose McGowan. 

Cependant, le plus grand reproche qu'on peut faire à ce "Conan" reste son scénario et le peu d'intelligence avec laquelle le personnage du Cimmérien est exploité. Celui décrit dans les romans comme un homme hanté par son destin, qui ne rechigne pas à se faire voleur quand le besoin s'en fait sentir, devient ici une brute épaisse qui fonce tête baissée et donne de l'épée avant de discuter, quand il en prend la peine. On entrevoit de temps à autre, qu'il s'agisse du décor ou du contexte, les ombres ou les fantômes de l'oeuvre originelle, mais les espoirs qu'ils suscitent sont rapidement torpillés par la réalisation outrancière de Nispel. 

Etait-il bien utile de produire un remake du film de John Milius (avec, a fortiori, un scénariste bien moins talentueux qu'Oliver Stone) ? La réponse est clairement négative. Ce n'est pas encore cette fois qu'un film rendra hommage à l'oeuvre du grand Robert Howard.





mardi 31 mars 2015

L'amour dure trois ans (2011)


Écrivain, chroniqueur, personnage public, Frédéric Beigbeder s'est fait remarquer par ses romans et ses nombreux éclats. Pour sa première (et, à ce jour, unique) réalisation, ce personnage haut en couleur a choisi d'adapter l'un de ses romans teinté d'autobiographie. Avec son titre provocateur, "L'amour dure trois ans" ne connut pourtant pas le succès qu'on pouvait attendre de lui. Au regard du beau succès (y compris à l'international, comme on dit) qu'avait été "99 francs", mis en scène par Jan Kounen, on pouvait en attendre plus.

Marc Marronier, écrivain, divorce, après trois ans de vie commune. Désabusé, le romancier écrit (sous un pseudonyme) un violent pamphlet qu'il titre "L'amour dure trois ans", et qui finit par rencontrer le succès. Pendant ce temps, Marc croise le chemin d'Alice, l'épouse de son cousin, et tombe sous son charme. 
Peu à peu, tous deux deviennent amants, puis amoureux. Quand Alice découvre que Marc est l'auteur de "L'amour dure trois ans", livre qu'elle considère comme une infâmie, elle se sent trahie.

Ce qui saute aux yeux de prime abord, lorsqu'on visionne "L'amour dure trois ans", c'est l'omniprésence de la galaxie Beigbeder dans ce long métrage. Tous ses amis semblent s'être donné rendez-vous pour évoquer les souvenirs sentimentaux de l'écrivain. Mais, après tout, pourquoi pas ? Le casting ne préjuge pas forcément de la réussite de l'entreprise, pour peu que le talent soit au rendez-vous. Hélas, ce n'est pas franchement le cas, surtout en ce qui concerne les deux acteurs principaux. Gaspard Proust, dont l'humour a ses adeptes, porte bien mal le costume de Marc et semble mal à l'aise dans ce personnage tantôt cynique, tantôt naïf. Louise Bourgoin, quant à elle, prouve une nouvelle fois que le passage par la case "Miss Météo de Canal" n'est pas suffisant pour devenir actrice. Aussi charmante soit-elle, elle n'est guère convaincante dans le rôle d'Alice. 

Il faut dire que ces personnages évoluent dans une curieuse dimension où, à l'instar du spectateur, ils ne savent pas forcément sur quel pied danser. Alors qu'on pouvait s'attendre à une farce virulente, on se retrouve souvent sur les sentiers de la comédie romantique, L'équilibre entre les deux genres est délicat et, s'il atteint parfois son objectif, le réalisateur déconcerte plus qu'il ne convainc. 

Trop loin du ton qu'on avait pu apprécier dans "99 francs" pour être véritablement caustique, "L'amour dure trois ans" n'assume pas non plus la naïveté nécessaire à la réussite de sa part romantique. Le résultat est un film plus bancal qu'autre chose. Étonnamment, c'est sans doute le générique d'ouverture qui constitue la plus belle scène du film, tant par sa forme que par son ton. Hélas, les promesses qu'elle fait au spectateur ne sont que rarement tenues. "L'amour dure trois ans", qu'on pouvait espérer acide, est souvent tout sucre tout miel. 


lundi 5 janvier 2015

Plan de table (2011)



On a tous nos moments de faiblesse. Malgré les nombreuses déceptions qu'elle a causé chez moi, je reviens régulièrement vers la comédie française, espérant que, dans le nombre de films produits sous sa bannière, se trouve une pépite qui m'aurait échappé à sa sortie. Il n'y a pas si longtemps, fut diffusé (sur je ne sais plus quelle chaîne de la TNT) le film "Plan de table", dont je n'avais pas entendu parler lors de sa sortie : son résultat au box-office fut en effet désastreux. Il bénéficia donc du doute et le voici maintenant traité dans ces colonnes.

Pour une fois, tout commence par un mariage, à ceci près que la mariée et son ex s'offrent un dernier moment intense sur la table dressée pour la fête. Le plan de table, bouleversé par leurs ébats, est reconstitué à la va-vite par l'amant. Et, ce faisant, l'homme modifie le destin des convives.
Qu'à cela ne tienne, grâce à plusieurs retours en arrière, il aura l'occasion de corriger le tir, encore et encore.

Le postulat de base du film, s'il louche fortement vers celui du merveilleux "Un jour sans fin", aurait pu être à la base d'une comédie sympathique, voire audacieuse. Après tout, les anglo-saxons n'ont pas le monopole de la comédie (romantique ou pas). Utiliser comme point d'ancrage le grand jour du mariage était également une bonne idée, a priori. Hélas, et pour faire cesser tout suspense, la mécanique ne fonctionne tout simplement pas, dans le cas de "Plan de table". Et j'ai la très nette impression que ce qui cause pareille impression, c'est le scénario, particulièrement déséquilibré.

Allant et venant entre ses personnages, sans prendre le temps de les enraciner dans l'histoire, le scénario en fait des caricatures plus que des protagonistes à part entière. Entre un médecin infidèle interprété par l'agaçant Franck Dubosc, sa nunuche de femme (pauvre Elsa Zylberstein) et une mariée sans épaisseur (Louise Monot, transparente), les invités de ce mariage ne sont que peu crédibles. 
Alors qu'ils devraient être les composants essentiels de pareil exercice de style, ils contribuent au naufrage. Facteur aggravant, les acteurs sont, il faut le reconnaître, plutôt mauvais, la palme revenant à l'exaspérante Audrey Lamy, suivie de peu par Shirley Bousquet (décidément bien mal inspirée dans ses choix), en femme de galeriste alternant entre nymphomanie et désir d'enfant. 

Au bout d'un moment, le spectateur peut se lasser des gesticulations des personnages et renoncer à participer au jeu qui consiste à bouleverser le destin. Loin du célèbre effet-papillon, le pachydermique jeu de dominos mis en scène par Christelle Raynal (également co-scénariste et qui a un petit rôle dans le film) s'avère une pâle déclinaison d'un exercice de style qu'on a vu cent fois plus réussi par ailleurs. On retiendra de "Plan de table" deux leçons (qui, à bien y réfléchir, tombent sous le sens) : ne pas se risquer sur des territoires déjà balisés par d'autres plus talentueux et ne pas inviter son ex à son mariage.






jeudi 11 décembre 2014

David et Madame Hansen (2011)




Alors qu'il rencontre en ce moment le succès public avec "Le domaine des Dieux", il m'a semblé pertinent de jeter un coup d’œil au film précédent d'Alexandre Astier, créateur de "Kaamelott". A l'opposé de sa récente adaptation des aventures du Gaulois le plus célèbre du monde, "David et Madame Hansen", malgré la présence à l'écran d'Isabelle Adjani, sortit presque en catimini et fut un échec commercial. En méritait-il autant (ou si peu, d'ailleurs) ?

David, ergothérapeute dans une clinique suisse, se voit, à la faveur d'un remplacement, confier une étrange patiente, Madame Hansen-Bergmann. Cachée derrières ses lunettes noires et ses longs cheveux blancs, cette femme étrange et visiblement fortement perturbée (elle peut être violemment provocante puis sombrer dans une profonde détresse) doit être accompagnée par David pour une promenade en ville. Entre le soignant, encore plein des idéaux de sa mission et la patiente, que la vie a abîmée plus qu'on ne peut l'imaginer, une étrange relation va se construire.

Alexandre Astier est un véritable homme-orchestre, comme on a déjà pu le voir sur sa déjà culte série "Kaamelott". Réalisateur, acteur, scénariste et compositeur, il a porté ce film du début à la fin, avec une foi qui force le respect, tant elle se respire du début à la fin. Traitant du traumatisme avec finesse, cette oeuvre n'est clairement pas ce qu'on pouvait attendre du réalisateur pour son premier film, jusqu'ici catalogué dans le registre des comiques. Si quelques dialogues affichent la saveur et le piquant qu'Alexandre Astier sait leur imprimer. L'homme affirme ici, une fois de plus, son talent de dialoguiste et son amour des mots. Il faut dire que la distribution est au diapason de la belle partition préparée pour elle. Hormis le réalisateur-scénariste, qui s'est réservé l'un des rôles-titres (ce qui ne veut pas dire pour autant que la tâche soit aisée), la prestation exceptionnelle d'Isabelle Adjani démontre, s'il en était besoin, que l'actrice n'a rien perdu de son talent. Capable d'agacer comme d'émouvoir aux larmes, celle qui est un monument du cinéma français fait montre de sa grâce, intacte après toutes ses années où elle fut trop rare. Il ne faut cependant pas occulter le reste du casting : mêmes les rôles les plus secondaires sont remarquablement bien tenus, et on saluera les performances de Julie-Anne Roth et de Victor Chambon, notamment. 

Après les lauriers que je viens de tresser à ce petit film, souligner ses quelques défauts peut paraître délicat. Pour un coup d'essai, "David et Madame Hansen" n'en est pas pour autant un coup de maître. On pourra lui reprocher quelques facilités, mais c'est sans doute parce que ce film cherche la lumière dans les ténèbres de l'âme, au fin fond de la détresse. Est-ce pour autant une erreur que de vouloir tendre vers l'optimisme ? Idéaliser parfois trop ses personnages et leurs intentions peut être vu comme un excès de candeur, mais les spectateurs les plus indulgents y verront une envie d'espoir, gageons-le.

Traitant d'un sujet difficile et douloureux, "David et Madame Hansen", avec son fabuleux duo d'acteurs (en particulier la merveilleuse Isabelle Adjani) aurait mérité plus d'égards lors de sa sortie. Réalisé avec talent, écrit avec finesse, ce film vaut plus que le tiède accueil qui fut le sien. Alors qu'Alexandre Astier rencontre le succès populaire, ceux qui se pencheront sur son premier long métrage risquent une belle et émouvante surprise...