vendredi 10 juin 2016

Terminus (1987)


Le film dit "de genre" à la française est une niche bien peu peuplée. Qu'il s'agisse de l'horreur ou de l'anticipation, bien peu nombreux sont les réalisateurs qui ont eu l'audace d'explorer ces registres avec un budget 100% hexagonal. Il leur faut souvent passer par le système de la coproduction internationale ou, plus souvent, s'expatrier du côté d'Hollywood pour réaliser un long métrage qui sorte des catégories où se cantonne souvent le cinéma français. Et le succès n'est pas toujours au rendez-vous, pour couronner le tout. En 1987, Pierre-William Glenn, chef-opérateur chevronné (il travailla pour Truffaut, Lelouch, Pialat, mais aussi Fuller, par exemple) livra son troisième long métrage, "Terminus", film d'anticipation rempli de véhicules à la Mad Max. Ce curieux objet, malgré la présence au casting de Johnny Halliday, tomba rapidement dans l'oubli.

Dans un futur proche, pour divertir les masses et satisfaire aux buts peu avouables d'un savant inquiétant, une course poursuite a été organisée, dans laquelle un énorme camion, appelé Monstre, très moderne doit échapper à ses poursuivants, les Gris, et parvenir au bout de l'itinéraire établi. Gus, la jeune femme qui pilote Monstre, est arrêtée et torturée par de féroces soldats et doit passer le relais à Manchot. Tous deux vont découvrir ce qui se cache derrière la course...

Le cinéma d'anticipation a donné lieu à maints chefs d'oeuvre cinématographique, qui souvent portaient en leur sein un discours politique fort. On évoquera, dans ce domaine, le déjà cité "Mad Max" ou "Rollerball" (l'original de Jewison, bien entendu). Cette histoire de divertissement de masse avec force manipulations et manigances pouvait donc entrer dans ce registre. On ne va pas se mentir : "Terminus" est un bon vieux nanar. Cela dit, un nanar peut se regarder comme un plaisir coupable, pour peu qu'y soit saupoudré un peu de second degré et que son équipe ne se prenne pas trop au sérieux. Malheureusement, dans le cas de "Terminus", tout ce petit monde semble persuadé de participer à quelque chose de réellement magistral. Cette coproduction franco-allemande, louchant honteusement sur un design madmaxien, malgré des effets spéciaux en carton et des acteurs jouant faux, n'atteint à aucun moment le seuil minimal de crédibilité, dans ses intentions comme dans sa réalisation.

On pourra se réjouir de voir à l'écran la trop rare Karen Allen (la Marion des "Aventuriers de l'Arche perdue", tout de même), tout en se lamentant de la voir se gâcher dans pareille bouse. A ses côtés, Johnny Halliday, monolithique, campe un personnage n'inspirant aucune empathie ni aucune sympathie. Co-production allemande oblige, Jürgen Prochnow, dans trois rôles différents, semble avoir du mal à croire en l'entreprise à laquelle il a été convié. Il faut dire qu'en ce qui concerne l'histoire, elle est tellement tarabiscotée que le spectateur peut rapidement refuser d'y adhérer, sans pouvoir se consoler avec la mise en scène.

Trop boursouflé pour emporter l'adhésion et trop artificiel pour qu'on accepte d'entrer dans l'histoire qu'il nous narre, "Terminus" n'est finalement qu'un nanar à gros budget, qui doit sans doute faire tache dans la filmographie de son équipe.





7 commentaires:

  1. Un sacré film que Terminus! Mad Max en France, il y a eu Diesel (je rêve de voir un jour Gérard Klein avec sa coupe punk) et Terminus. Autant dire que les amateurs de bis les connaissent bien. Un film étrange où l'on ne comprend pas grand chose, avec à peu près tout et n'importe quoi allant des gosses télépathes à un camion qui parle façon Krank des Tortues Ninja avant l'heure. Puis visuellement ça ressemble à rien. Ah si pardon à un Mad Max du pauvre. Johnny est monolithique au possible au point qu'il paraissait plus chaud sur sa série de concerts aussi inspirés de Mad Max. Nancy Allen passe puis disparaît et Jurgen Prochnow cabotinne dans trois rôles pour le prix d'un.

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    1. Quel prototype, ce film, non ?
      J'avoue n'être pas prêt pour "Diesel", là...après "Terminus", il faut que je me remette :)

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    2. Voir Gérard Klein en mode camionneur avec Agnès Soral à ses côtés, ça a le mérite de m'extasier un petit peu.

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  2. Ça fait longtemps que je voulais le voir, par curiosité (CB en avait parlé à l'époque, mais ça avait déjà tout l'air d'être une croûte et je n'étais pas allé le voir au cinéma) ; mais je n'ai jamais réussi à le trouver.

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    1. A mon humble avis, tu peux passer ton chemin, parce que c'est du grand n'importe quoi (surtout vu avec des yeux d'aujourd'hui)...

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  3. Ah mais c'est un vrai poids lourd que tu nous as sorti du garage là ! Un film que j'ai eu le privilège de voir en salle, à sa sortie en l'an de grâce 1987 ! Jeune et pourtant bon public à l'époque, je garde le souvenir de m'y être emm.... (y a pas d'autre mot) comme un rat crevé. Je dois admettre n'avoir jamais osé reprendre le volant de ce "Terminus" de prétentieux, et c'est peu dire qu'en te lisant, l'objet n'a pas gagné en qualité avec l'âge.

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    1. J'ai mis du temps à le voir...et à en parler ici, mais le fait est qu'il fait partie des poids lourds, effectivement.
      Joli, le "Terminus des prétentieux"...les amateurs apprécieront ;-)
      Merci du passage, Prince

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