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jeudi 4 mars 2021

L'île aux pirates (1995)


Parmi les films à la sinistre réputation, "L'île aux pirates" pourrait faire figure de mètre-étalon. De sa production à sa réalisation, toute l'entreprise a laissé de mauvais souvenirs à ceux qui y participèrent et, à l'arrivée, ses pertes furent telles que ce film causa la faillite de Carolco, l'une des maisons de productions les plus florissantes de l'époque. Le renouveau du genre arriva plus tard, avec la saga "Pirates des Caraïbes". Pour autant, le film de Renny Harlin méritait-il l'enfer qui fut le sien ?

Jamaïque, XVIIème siécle : Morgan Adams, la fille du célèbre pirate Harry le Noir, a hérité à la mort de celui-ci d'une partie d'une carte indiquant l'emplacement du trésor amassé par son aïeul. Les deux autres morceaux de la carte appartiennent à ses oncles. Si l'un d'entre eux, Mordechai, finit par lui céder sa part de carte, l'autre, Dawg Brown, veut le trésor pour lui seul et n'est pas à un méfait près. Qu'à cela ne tienne et qu'importent les obstacles, Morgan Adams, embarquant avec elle William Shaw, aventurier habile bretteur, se lance dans la chasse au trésor...

Tout porte à croire que Renny Harlin voulut, avec "L'île aux pirates", rendre hommage à un genre qui avait connu son heure de gloire longtemps auparavant. Une chasse au trésor, des adversaires retors, des voiles qui claquent au vent et des duels à la rapière : tous les ingrédients étaient réunis pour convoquer le genre. L'entreprise était louable, mais il eut fallu, pour que le succès soit au rendez-vous, que le réalisateur ne se comporte pas comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. C'est que ça canarde et que ça explose dans tous les sens, souvent en dépit du bon sens (le budget du département pyrotechnie ont du dépasser celui alloué au scénario, si vous voulez mon avis). La crédibilité de l'histoire que tente de nous narrer Harlin (encore qu'il semble plus attaché à nous en mettre plein la vue) est mise à mal à de nombreuses reprises. 

Il faut dire que la production de ce film fut des plus chaotiques. Scénario écrit et ré-écrit maintes et maintes fois, techniciens renvoyés du tournage ou quittant d'eux-mêmes le navire, budget explosé, "L'île aux pirates" accumula très tôt les boulets et reste l'exemple de ce que peut donner une succession de mauvais choix. Financé à perte aux dépens d'autres projets (dont le film consacré aux croisades et porté par Arnold Schwarzenegger). Malgré les millions de dollars mis sur la table, le résultat est, il faut bien le dire, plus navrant qu'enthousiasmant et, même avec l'indulgence qu'on pourrait avoir pour lui, il n'y a pas grand chose à sauver dans "L'île aux pirates".

On peut tenter de se consoler avec le casting, mais force est de constater que ni Geena Davis (pourtant brillante dans certains de ses rôles), ni Matthew Modine n'arrivent à se montrer convaincants. Les mauvaises langues feront remarquer que la première était à l'époque l'épouse du réalisateur qui insista pour qu'elle obtienne le rôle et que le second hérita du sien parce que tout le monde (ou presque) avait décliné l'offre. Frank Langella, en méchant (quoique finalement peu présent, parce que le scénario a cru bon de multiplier les antagonistes, rendant l'intrigue encore plus brouillonne), est peut-être celui qui s'en sort le mieux. 

Le film de pirates aurait pu faire son retour gagnant avec ce film, s'il avait été conçu et réalisé avec un tant soit peu de respect pour le genre et pour le spectateur. Avec "L'île aux pirates", l'autrefois efficace (à défaut d'être talentueux) réalisateur de "58 minutes pour vivre", rate totalement ce rendez-vous. On pourra en tirer une morale simple : les gros moyens ne suffisent pas à assurer la réussite d'un projet. Je doute cependant que l'industrie du cinéma en ait tiré une leçon. 



mardi 12 juin 2018

Un profil pour deux (2017)


Il est certains acteurs à qui l'on pardonne beaucoup, parce qu'on a une histoire avec leur filmographie, parce qu'ils tiennent une place particulière dans notre vie de cinéphile. Pierre Richard est de ceux-là, à mes yeux. Il avait déjà joué devant la caméra de Stéphane Robelin, dans "Et si on vivait tous ensemble ?", assumant son âge et s'en amusant. Les deux hommes se sont récemment retrouvés pour "Un profil pour deux", qui ne connut pas le succès qu'avaient, autrefois, les films du plus célèbre Grand Blond du cinéma français. 

Veuf et amer, Pierre ne sort plus de chez lui : il s'ennuie. Lorsque sa fille lui propose d'apprendre à se servir d'Internet et, pour cela, de recevoir des leçons de la part d'Alex. En fréquentant les sites de rencontre, Pierre tombe sous le charme de Flora, qu'il séduit par sa prose, tout en cachant sa véritable identité. Quand vient l'heure du premier rendez-vous, Pierre envoie Alex à sa place. Ce qui devait arriver arriva : Flora est séduite par Alex. Mais qui aime-t-elle vraiment ?

L'intrigue de base de "Un profil pour deux" est des plus simples : l'amour et l'imposture sont au rendez-vous. Il ne reste plus qu'à la traiter de façon respectable pour en faire un film honnête, voire agréable.  La promesse n'est qu'à moitié tenue, hélas, dans ce long métrage dont le thème, vieux comme le monde, percute l'époque. Tel un Cyrano des temps modernes, pas forcément à l'aise avec un siècle qui va trop vite pour lui, le personnage incarné par Pierre Richard séduit à l'ancienne, alors que les codes ont changé.

Ne nous mentons pas : c'est essentiellement pour Pierre Richard, autrefois clown facétieux, aujourd'hui vieil homme mélancolique, que "Un profil pour deux" mérite d'être vu. Assumant son âge et dispensant sur son passage un charme qu'entame à peine la profonde tristesse de son personnage, celui qui enchanta nombre d'amateurs de comédie est l'atout numéro de ce film. Dans son sillage, les autres comédiens, Yaniss Lespert et Fanny Valette en tête, réussissent à faire croire en leurs personnages et tirent plutôt bien leur épingle du jeu.

C'est cependant au niveau de l'intrigue que le bât blesse. Si l'idée de base était séduisante, elle est vite épuisée et doit, pour remplir totalement la durée attendue, subir ça et là quelques remplissages pas toujours habiles. Il n'y a pas de grandes surprises, dans "Un profil pour deux", il y a simplement le plaisir de revoir Pierre Richard et d'entendre, comme en écho aux comédies d'une autre génération, les mélodies de Vladimir Cosma. C'est peu, mais comparé à certains autres longs métrages du moment, c'est déjà beaucoup.


dimanche 13 mai 2018

Big Game (2014)


Il est des jours où l'on a envie de mettre son cerveau de côté et de regarder un film qui ne nous usera pas les neurones. Il y  a des tas de films qui peuvent répondre à ce besoin et certains le font même très bien, sans donner l'impression d'avoir abêti leur spectateur. D'autres, non. L'autre soir, au vu du pitch de "Big Game", j'ai flairé le Die-Hard-like et ai eu un moment de faiblesse. Allais-je le regretter ?

Quels idiots, ces terroristes ! En voilà un qui a décidé de faire s'écraser Air Force One en pleine Laponie (le pays du Père Noël, autant vous dire qu'il y fait frisquet), pour s'emparer du Président des Etats-Unis. S'il avait su que le jeune Oskari, pour célébrer ses treize ans et respecter un vieux rite de passage de son village, devait faire ses preuves en passant une nuit et une journée dans cette même forêt, il aurait changé son plan. Mais non, le terroriste étant un peu crétin, il s'entête et va au-devant de gros ennuis. Tant pis pour lui, ça va barder.

Si le cadre de l'action nous change des décors habituellement utilisés pour ce genre de film (en général, c'est souvent dans une grande métropole que les terroristes font des leurs), il ne faut que quelques scènes pour se rendre compte que "Big Game" n'a pas grand chose de grand, ni de mémorable. Ecrit et réalisé par Jalmari Helander (qui n'a plus sévi depuis), ce film dispose pourtant d'un casting intéressant : pour épauler le jeune Onni Tommila, on retrouve rien moins que Samuel L. Jackson (capable du meilleur comme du pire dans ses choix de rôles), Ray Stevenson, Ted Levine, Jim Broadbent, Felicity Huffman et Victor Garber. On part donc avec un décor original (à défaut du pitch) et un casting qui a du potentiel. Il manque juste un scénario qui tienne debout. Entre péripéties peu crédibles et punchlines improbables, "Big Game" accumule ce qui se voudrait être des morceaux de bravoure : entre une chute dans un congélateur (c'est le bazar, cette forêt, on vous dit) et une séquence improbable dans un lac finlandais visiblement bien chauffé, on peut se demander si le film se prend lui-même au sérieux. 

Le pire est sans doute que tout ce petit monde donne l'air de se prendre au sérieux, entre le méchant impeccablement coiffé mais vraiment très méchant et le président des Etats-Unis baguenaudant dans la forêt finlandaise, avec une chaussure en moins. Quand ce genre de film est bien fait et qu'il ne prend pas son spectateur pour une andouille, ça peut donner de très bonnes choses : hélas, n'est pas John McTiernan qui veut. En l'occurrence, Jalmari Helander, remarqué auparavant pour "Père Noël Origines" (rien que le titre me fait peur), livre un action-movie qui n'arrive jamais à faire vibrer son public : un comble !

Ce film est soit un nanar, soit un plaisir coupable : tout dépend du recul qu'on prend en le visionnant. J'avoue pencher pour la première hypothèse.


vendredi 15 septembre 2017

Chéri (2009)


En 2009, Stephen Frears et Michelle Pfeiffer faisaient, avec "Chéri", leurs retrouvailles après "Les liaisons dangereuses", autre adaptation littéraire. Cette fois, c'est d'après Colette que le réalisateur britannique nous offrait un film, traitant de la passion et de la raison, produisant au passage la troisième transposition du roman éponyme. Mais le succès de leur précédente collaboration ne se reproduisit pas et ils sont bien peu nombreux, ceux qui se souviennent de "Chéri".

Fils de courtisane, Fred Peloux fut surnommé, dans sa plus tendre enfance, Chéri, par Léa de Lonval, consœur de sa mère. Les élans de la chair et du coeur poussent, contre toute attente, Chéri dans les bras de Léa, dont la carrière est sur le point de finir...
Six ans passent et la mère de Chéri trouve pour son fils une épouse parfaite, celle qui lui donnera les petits-enfants tant attendus. Pour Léa et son jeune amant, la séparation est plus difficile qu'ils ne s'y attendaient et s'y résoudre va s'avérer bien douloureux...

C'est sur un ton léger, voire badin, que commence "Chéri", notamment par la présence de la voix narrative : tout cela est-il bien sérieux ? est-on tenté de se demander lors des premières séquences. Ca l'est, pourtant, parce que le thème que convoque ce film est majeur : la raison et la passion qui s'affrontent ont nourri maints grands drames, par le passé. Il faut croire qu'encombré par le sujet du film, le réalisateur ait eu du mal à l'affronter de face et se soit contenté de le frôler. Passant d'un coup ou presque de la légèreté et de la douceur à la tragédie, c'est un Stephen Frears un peu pataud, sans doute un peu perdu entre le fond et la forme. Car il faut dire que celle-ci est remarquable : "Chéri" est splendide à regarder, qu'il s'agisse des costumes, des décors ou de ses interprètes. 

C'est un plaisir que de retrouver la divine Michelle Pfeiffer à l'écran, qui est sans conteste le plus bel atout de ce film, toute en charme et en sensualité. Derrière elle, la performance de Rupert Friend paraît tout juste honorable, mais pas honteuse. Enfin, on remarquera la présence de la grande Kathy Bates et celle de Felicity Jones dans les rôles de la mère et de l'épouse de Chéri. Mais cette belle interprétation, tout comme le soin apporté au décorum, ne peut nullement suffire à faire de "Chéri" un grand film. La beauté ne suffit pas.

On regrettera pour une fois l'envahissante bande originale, souvent peu adaptée. Alexandre Desplat, visiblement très inspiré par "Chéri" livre une partition surabondante qui saborde parfois l'effet dramatique de certaines scènes et aurait gagné à se faire plus discrète. 

Séduisant sur la forme, "Chéri" n'a cependant pas l'intensité qu'on pouvait attendre d'une telle adaptation, surtout entre les mains de Stephen Frears, d'ordinaire plus habile. Au final, ce film donne l'impression d'être un très bel objet précieux, que l'on regarde sans trop savoir si l'on peut y toucher et qui, finalement, n'émeut guère son spectateur. 






vendredi 28 avril 2017

L'homme bicentenaire (1999)


Les robots sont parmi nous, ou ne sauraient tarder, en tout cas, à nous entourer, pour le meilleur et pour le pire. Quand il adapta "L'homme bicentenaire" d'Isaac Asimov (le romancier qui édicta les trois lois de la robotique), Chris Colombus ne voyait sans doute dans son sujet qu'une théorie, qui depuis a pris corps. Mal reçu lors de sa sortie, malgré la présence à l'affiche de Robin Williams, "L'homme bicentenaire" a-t-il gagné en pertinence ? 

Au début du XXIème siècle, les robots domestiques sont devenus choses courantes. Richard Martin fait l'acquisition d'un modèle ND-R114, bientôt baptisé Andrew. 
Mais, en plus des tâches ménagères dans lesquelles il excelle, Andrew va vite apprendre la créativité et l'analyse, au contact des humains, et envier leur condition. Peu à peu, alors que ceux qui l'entourent vieillissent puis meurent, Andrew se fixe un nouvel objectif : devenir humain et, de fait, mortel. 


Adaptation de la nouvelle éponyme d'Isaac Asimov, "L'homme bicentenaire" a pu désarçonner son public, lors de sa sortie en salles. Présenté comme un film d'anticipation avec dans le premier rôle un acteur réputé pour ses talents d'amuseur (Robin Williams avait déjà collaboré avec Chris Columbus pour "Mrs Doubtfire"), ce film à l'affiche austère donne l'impression, au visionnage, de ne pas savoir sur quel pied danser. Alors qu'il s'aventure sur un territoire où les questionnements sont multiples et pourraient déboucher sur un conte philosophique, "L'homme bicentenaire" prend souvent des allures de comédie familiale, voire de sitcom moyenne. 

Chris Colombus n'était sans doute pas le réalisateur idéal pour mettre en images le périple d'Andrew, curieux androïde en quête d'humanité. Sombrant souvent dans la facilité, celui qui réalisa également "Maman j'ai raté l'avion" donne par moments au film des allures de comédie familiale, alors qu'il avait entre les mains le matériau d'une fable philosophique. Au vu de la filmographie de Columbus, on peut douter du bien-fondé d'un tel choix. Hésitant visiblement quant au ton à adopter pour raconter l'histoire qu'il a en charge, Colombus livre un film tiède, trop long et dont on ne retient que quelques scènes et, surtout, l'impression d'être passé à côté d'un gros potentiel.

On appréciera cependant la performance remarquable du regretté Robin Williams, dont la prestation, sous la carcasse du robot, laisse souvent pantois d'admiration, au point qu'on puisse le trouver meilleur lorsqu'il revêt la carcasse d'Andrew que lorsqu'il prend apparence humaine (dans la deuxième moitié du film). Face à lui, les seconds rôles s'en sortent avec les honneurs, en particulier Embeth Davidz (vue aussi dans "La liste de Schindler"), dans un double rôle.

Reposant essentiellement sur les épaules de son interprète principal, "L'homme bicentenaire" n'a cependant pas l'épaisseur attendue. Avec un metteur en scène moins consensuel et plus incisif, on aurait sans doute eu droit à un grand film. Cet "Homme bicentenaire" n'a hélas rien du long métrage prophétique qu'il aurait pu être.



dimanche 4 décembre 2016

Le contrat (2006)



Il est des acteurs dont la simple présence réussit à bonifier certains films qui, sans eux, passeraient sous le radar de pas mal de monde. Morgan Freeman est de ceux-là. Pourtant, son nom n'est pas forcément synonyme de succès au box-office. J'en veux pour preuve "Le contrat", film réalisé par Bruce Beresford, qui l'avait déjà dirigé dans "Miss Daisy et son chauffeur". L'énorme flop que fut ce long métrage était-il justifié ? C'est une bonne question, chers lecteurs...

Pour renouer les liens avec son fils, Ray Keene, jeune veuf, décide de l'emmener camper en pleine nature. Par le plus grand des hasards, ils vont croiser le chemin de Frank Carden, un tueur au service de la CIA, qui s'est fait arrêter par la police locale et a survécu de peu à un accident de voiture. Poursuivis par les hommes de Carden, Ray et son fils vont devoir se montrer les plus forts. 

J'aurais du me méfier : "Le contrat" est sorti directement en vidéo aux Etats-Unis. Cela n'augure en général rien de bon mais un malentendu est toujours possible. En laissant le bénéfice du doute à ce film, j'ai tenté son visionnage. Qui sait ? Sous son pitch fleurant bon le câble de pont à des kilomètres, pouvait se cacher une bonne surprise.  

Je n'irai pas par quatre chemins : si "Le contrat" n'est pas sorti en salles aux Etats-Unis, ce n'est pas une dramatique erreur de production. Il l'avait bien cherché, ce film, tant il se montre, et ce dès le début, indigne. La réalisation est sans doute le pire défaut de ce film à peine digne d'une audience de deuxième partie de soirée sur une chaînes cachée au fond d'un bouquet satellite. Il faudra bien du courage (ou de l'indulgence, c'est selon) au spectateur pour le visionner jusqu'au bout en résistant au cri de la zappette. 

Que dire des interprètes, si ce n'est qu'on est souvent gêné pour eux de les voir se compromettre dans pareil film ? Ce n'est pas la première des casseroles qu'ils auront sur leur parcours (et John Cusack en a déjà une jolie collection), mais on est toujours peiné de voir des acteurs qu'on apprécie se commettre dans un long mértage laborieux, qui finira sa carrière au fin fond d'une grille de programmes télévisées.

La présence de Morgan Freeman suffit souvent à rehausser le potentiel d'un film. Il faut croire qu'on partait ici de très loin, car ce "Contrat" n'est pas honoré. Se sentant légitimement floué, le spectateur est en droit de demander réparation.



vendredi 10 juin 2016

Terminus (1987)


Le film dit "de genre" à la française est une niche bien peu peuplée. Qu'il s'agisse de l'horreur ou de l'anticipation, bien peu nombreux sont les réalisateurs qui ont eu l'audace d'explorer ces registres avec un budget 100% hexagonal. Il leur faut souvent passer par le système de la coproduction internationale ou, plus souvent, s'expatrier du côté d'Hollywood pour réaliser un long métrage qui sorte des catégories où se cantonne souvent le cinéma français. Et le succès n'est pas toujours au rendez-vous, pour couronner le tout. En 1987, Pierre-William Glenn, chef-opérateur chevronné (il travailla pour Truffaut, Lelouch, Pialat, mais aussi Fuller, par exemple) livra son troisième long métrage, "Terminus", film d'anticipation rempli de véhicules à la Mad Max. Ce curieux objet, malgré la présence au casting de Johnny Halliday, tomba rapidement dans l'oubli.

Dans un futur proche, pour divertir les masses et satisfaire aux buts peu avouables d'un savant inquiétant, une course poursuite a été organisée, dans laquelle un énorme camion, appelé Monstre, très moderne doit échapper à ses poursuivants, les Gris, et parvenir au bout de l'itinéraire établi. Gus, la jeune femme qui pilote Monstre, est arrêtée et torturée par de féroces soldats et doit passer le relais à Manchot. Tous deux vont découvrir ce qui se cache derrière la course...

Le cinéma d'anticipation a donné lieu à maints chefs d'oeuvre cinématographique, qui souvent portaient en leur sein un discours politique fort. On évoquera, dans ce domaine, le déjà cité "Mad Max" ou "Rollerball" (l'original de Jewison, bien entendu). Cette histoire de divertissement de masse avec force manipulations et manigances pouvait donc entrer dans ce registre. On ne va pas se mentir : "Terminus" est un bon vieux nanar. Cela dit, un nanar peut se regarder comme un plaisir coupable, pour peu qu'y soit saupoudré un peu de second degré et que son équipe ne se prenne pas trop au sérieux. Malheureusement, dans le cas de "Terminus", tout ce petit monde semble persuadé de participer à quelque chose de réellement magistral. Cette coproduction franco-allemande, louchant honteusement sur un design madmaxien, malgré des effets spéciaux en carton et des acteurs jouant faux, n'atteint à aucun moment le seuil minimal de crédibilité, dans ses intentions comme dans sa réalisation.

On pourra se réjouir de voir à l'écran la trop rare Karen Allen (la Marion des "Aventuriers de l'Arche perdue", tout de même), tout en se lamentant de la voir se gâcher dans pareille bouse. A ses côtés, Johnny Halliday, monolithique, campe un personnage n'inspirant aucune empathie ni aucune sympathie. Co-production allemande oblige, Jürgen Prochnow, dans trois rôles différents, semble avoir du mal à croire en l'entreprise à laquelle il a été convié. Il faut dire qu'en ce qui concerne l'histoire, elle est tellement tarabiscotée que le spectateur peut rapidement refuser d'y adhérer, sans pouvoir se consoler avec la mise en scène.

Trop boursouflé pour emporter l'adhésion et trop artificiel pour qu'on accepte d'entrer dans l'histoire qu'il nous narre, "Terminus" n'est finalement qu'un nanar à gros budget, qui doit sans doute faire tache dans la filmographie de son équipe.





dimanche 27 mars 2016

Créatures célestes (1994)



Quelques années avant sa magnifique adaptation du "Seigneur des Anneaux", qui restera sans doute comme son oeuvre majeure, Peter Jackson, quittant le registre où il avait débuté (à savoir le gore), surprit son petit monde avec "Créatures célestes", d'après un faits divers qui émut la Nouvelle-Zélande dans les années 1950. Après le sanguinolent "Brain dead", en s'aventurant en territoire de sensibilité adolescente, il essuya un échec public.

L'intense amitié qui unit Pauline et Juliet, deux jeunes filles néo-zélandaises, n'est pas du goût de tout le monde, en 1954. Alors que les deux amies s'enferment plus que de raison dans le monde imaginaire qu'elles se sont créé, leurs familles respectives font tout pour les éloigner l'une de l'autre. Cela ne fera que renforcer le mystérieux lien qui unit Juliet et Pauline, jusqu’à ce qu’elles commettent l’irréparable.

Une chose est sûre, au visionnage de « Créatures célestes » : la mise en scène est un art maîtrisé par Peter Jackson. Démontrant dès les prémisses de sa carrière son talent de conteur d’histoires, celui qu’Hollywood allait célébrer quelques années plus tard livre avec ce film un récit fluide, dont certains passages témoignent de son goût jamais démenti pour le fantastique. Suivant de près l’évolution du lien entre Juliet et Pauline, le film va souvent vite, comme fébrile. Les héroïnes courent, rient, dansent, se précipitent dans le monde encore rigide de la Nouvelle-Zélande des années cinquante. Exubérantes autant qu'exaspérantes, les deux jeunes filles se réfugient dans un imaginaire où s’entrechoquent les contes de fée et les chanteurs de charme.

Pour interpréter Juliet et Pauline, Peter Jackson met ici en scène deux débutantes qui feront leurs preuves par la suite. Bien sûr, c’est surtout Kate Winslet qui attire ici le regard du cinéphile. A l’aube de la grande carrière qui sera la sienne, la future star de « Titanic » qui tient ici son premier rôle au cinéma, incarne celle par qui la vie de Pauline va basculer. A la fois vénéneuse et touchante, elle impose une évidence : la jeune femme à l’écran deviendra rapidement une immense actrice. Face à elle, Melanie Lynskey, dans le rôle plus ingrat de Pauline, ne démérite pas et livre une prestation qui aurait du augurer d'une plus belle carrière par la suite.

L'histoire de ces deux jeunes filles prisonnières d'une époque et sombrant peu à peu dans une psychose dévastatrice aurait pu donner un film sage et raisonnable, qui aurait pris un ton quasiment documentaire pour narrer la chute de Juliet et Pauline. Peter Jackson donne au contraire libre cours à sa créativité et ne s'impose aucune limite. Le résultat est un film qui souffre de ses excès, perdant souvent de son intérêt, quand la forme l'emporte sur le fond. Avec un peu plus de sagesse, on aurait eu droit à un drame puissant et inoubliable. On n'a hélas ici qu'un film mineur, racontant la fuite en avant de deux enfants perdus.

Après "Créatures célestes", Jackson réalisa le sous-estimé "Fantômes contre fantômes" qui, lui non plus, n'eut pas le succès estimé. Fort heureusement, le destin décida par la suite d'être plus généreux avec le néo-zélandais.




mercredi 16 janvier 2013

The good heart (2009)



C'est aujourd'hui d'un film aux multiples nationalités dont je vais parler. "The good heart", sorti en 2009 dans l'indifférence générale, est en effet français, américain, islandais, danois et allemand. Son réalisateur, Dagur Kari, dont c'est le troisième film (et dernier à ce jour) a reçu plusieurs nominations (notamment au Festival de Deauville) pour "The good heart". Porté par deux acteurs reconnus ou en passe de l'être, Brian Cox et Paul Dano, ce film n'a pourtant pas rencontré le succès public.

Jacques, patron d'un modeste bar, dont le coeur a déjà à plusieurs reprises menacé de le lâcher définitivement, voit un jour débarquer Lucas, jeune garçon marginal. Il l'embauche et lui apprend les rudiments de son métier. Un soir, April, une hôtesse de l'air éméchée, franchit la porte du bar. 

C'est de coeur, dont il s'agit, dans "The good heart", qu'il s'agisse du myocarde défaillant de Jacques, ou du siège des émotions de Lucas. Dans ce film atypique, se déroulant presque exclusivement dans un lieu clos, deux personnages qui n'avaient rien en commun vont s'affronter, s'apprivoiser, puis s'apprécier. Interprétés par deux acteurs magnifiques (Brian Cox, plus connu du grand public pour son rôle de méchant dans "X-Men 2" et Paul Dano, repéré dans "Little Miss Sunshine" et vu récemment dans "Cowboys et envahisseurs", par exemple), ces deux personnages justifient à eux seuls le visionnage du film. Au cours de savoureux dialogues et de silences tout aussi éloquents, les deux protagonistes de "The good heart" en disent long sur les rapport humains.

Ce long métrage présente cependant bien d'autres raisons d'être vu. L'ambiance chaleureuse sans être mièvre qui s'en dégage, par exemple, mérite qu'on s'y attarde.Sous le prétexte de discussions autour d'un verre, dans un modeste bar un peu crasseux, on sourit, on rit parfois, on est ému, on verse une larme. S'il peut paraître absurde à bien des spectateurs, "The good heart" est une fable sur les rapports humains qui mérite d'être vue. 
Enfin, cerise sur le gâteau, la bande originale accompagne dignement l'ensemble, sans se montrer envahissante. 

Sans être un véritable chef d'oeuvre, "The good heart" méritait plus que le simple succès d'estime qui lui fut réservé à sa sortie. Ne serait-ce que pour ses deux acteurs principaux, il mérite d'être vu et révélera ses autres qualités...