mercredi 13 janvier 2021

Avant l'aube (2011)

 

La présence de certains acteurs me suffit parfois à visionner un film. Jean-Pierre Bacri est de ceux-là, les habitués de ce blog n'en seront pas étonnés. Souvent associé à des rôles de râleur, ce comédien ne se cantonne pas pour autant à ce registre. Le film "Avant l'aube", par exemple, lui donna l'occasion de se glisser dans la peau d'un notable quasiment chabrolien, aux côtés de Vincent Rottiers, Ludmila Mikaël et Sylvie Testud, pour ne citer qu'eux. Passé totalement à côté de ce film lors de sa sortie, j'ai sauté sur l'occasion récente de le découvrir. 

En réinsertion après un séjour en prison, Frédéric est employé dans un hôtel de montagne, dirigé par Jacques. L'homme et ses proches ne font pas partie du même monde que celui du jeune garçon. Quand un client de l'hôtel disparaît, Frédéric comprend vite que Jacques cache quelque chose. Pourtant, fasciné par cet homme, il se laisse entraîner dans son sillage et accepte son amitié. Mais la frontière entre leurs mondes est-elle pour autant gommée d'un coup ?

On songe à de multiples reprises à Claude Chabrol, en regardant "Avant l'aube", où l'intrigue policière, quasiment souterraine, est le prétexte au frottement des classes, où les personnages cachent autant qu'ils ne parlent. La disparition, évoquée dans le pitch plus haut, n'est finalement qu'un prétexte à mettre en évidence les relations entre tous les protagonistes et leurs différences. Pour son deuxième long métrage, Raphaël Jacoulot fait preuve d'une belle maîtrise et distille le malaise avec subtilité. 

Qu'il s'agisse des séquences se déroulant dans l'hôtel (qu'on devine peu accessible, étant données les conditions météorologiques) où de celles où le personnage incarné par Vincent Rottiers retrouve son monde d'origine et n'y trouve plus sa place, "Avant l'aube" est de ces films qui examinent en coupe une petite société, de façon élégante et efficace. 

Quant à la distribution, en plus d'être élégante et particulièrement adaptée, elle est irréprochable. Qu'il s'agisse de l'immense Jean-Pierre Bacri, remarquable en homme finalement multiple, de Vincent Rottiers, tout en énergie rentrée et dont on se demande s'il ne va pas exploser d'un instant à l'autre, ou de Sylvie Testud en policière moins superficielle qu'elle n'en a l'air (pour ne citer que ces trois-là), les comédiens qui donnent vie à "Avant l'aube" donnent le meilleur d'eux-mêmes. A l'élégance de la mise en scène vient s'ajouter celle de l'interprétation. 

Pour peu qu'on soit client de ces films où, sous des dehors convenables, l'affrontement est féroce, comme ceux que livra Claude Chabrol (je me répète, mais la filiation semble évidente et est réussie), "Avant l'aube"  fera mouche, à coup sûr. 



6 commentaires:

  1. Salut Laurent. Dis-moi, c'est intéressant, tout ça ! En plus, j'aime tous les acteurs que tu as cités. Bacri est excellent et, effectivement, sait être autre chose que bougon. Disons qu'il aime aussi entretenir ce personnage de vieux mec un peu râleur pour toutes sortes de bonnes et mauvaises raisons...

    Merci pour cette chronique, ami cinéphile !

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    1. Hello Martin, je te conseille ce film et lirai avec plaisir le billet que tu pourrais lui consacrer, pour Bacri et ceux qui l'entourent.

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  2. Oh purée, la résonance de cette chronique, cinq jours plus tard... :(

    Amitiés, Laurent !

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    1. Cruelle ironie du sort !
      Ce grand monsieur va terriblement nous manquer.
      Amitiés, Martin

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  3. Hasard et coïncidences : tu découvres ce film juste au moment où JP s'en va !
    Je l'avais pour ma part beaucoup apprécié en salle. Du Chabrol dans les veines, voire même une dose de Simenon dans ce film de Jacoulot.
    Tu m'as donné envie de le revoir.

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    1. Sinistre coïncidence en effet. Ce film qui présente en effet quelque chose de Simenon fut l'occasion de découvrir une autre facette du grand acteur qui vient de nous quitter. J'ai revisionné plusieurs de ces films récemment et je confirme : il va terriblement nous manquer.

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