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vendredi 18 janvier 2019

En liberté ! (2018)


L'excès des taglines sur l'affiche peut, dans le cas de "En liberté !", faire office de repoussoir. Les formules, plutôt définitives, qui annonçaient ni plus ni moins que la comédie de l'année, ont sans doute contribué à faire douter le spectateur. Malgré un joli casting et des critiques élogieuses, Pierre Salvadori n'a pas chahuté le box-office français lors de la sortie de son dernier film. Ce n'est pas le premier film de ce réalisateur qui a le droit à un billet dans ces colonnes : faut-il s'en désoler ?

Alors qu'elle pensait qu'il s'agissait d'un héros tombé en faisant son devoir, Yvonne, gendarme, découvre que feu son mari était un ripou. Elle choisit de réparer les fautes de ce dernier. C'est ainsi qu'elle va s'intéresser au cas d'Antoine, injustement emprisonné huit ans durant, pour un casse qu'il n'avait pas commis. Entre eux deux, la rencontre va générer quelques secousses...


On retrouve dans "En liberté !" certains des thèmes de prédilection de Pierre Salvadori : les personnages y sont souvent malmenés par la vie, à côté de la plaque, et se réfugient dans des mensonges, petits ou grands, qui n'arrangent rien à leur situation. Dans "Les apprentis" ou "De vrais mensonges", ces arrangements avec la vérité donnaient lieu à des situations tantôt comiques, tantôt dramatiques. En rêvant plus haut que leur vie, les héros de Salvadori ont souvent tendance à se mettre tous seuls dans des situations rocambolesques, dont ils ne sortent qu'à grand peine.

Mais cette fois, Pierre Salvadori, non content de mélanger toutes ces histoires avec brio, les saupoudre d'un rien de burlesque : ce qui pourrait être dramatique vire souvent à l'absurde. Plus léger (quoiqu'avec le recul, on peut sentir la gravité), "En liberté !" est une vraie comédie, justement parce que ce film ne fait pas qu'accumuler les gags, mais qu'il raconte une histoire digne de ce nom. 

Porté par des interprètes en grande forme, souvent très drôle, assez léger, "En liberté !" est à ranger dans la catégorie des grands films de Pierre Salvadori (pas très loin des "Apprentis", si vous voulez mon avis). Qu'il s'agisse d'Adèle Haene, étonnante et crédible à chaque instant, de Pio Marmaï, de Damien Bonnard ou d'Audrey Tautou, les acteurs choisis par Pierre Salvadori s'en donnent à cœur joie et investissent leurs personnages avec délectation et humanité. Les protagonistes de "En liberté !", humains, faillibles et finalement sûrs de rien, touchent le spectateur. Au passage, Pierre Salvadori rappelle avec justesse qu'une comédie réussie a besoin de personnages crédibles, et pas uniquement de caricatures ambulantes. Les actuels poids lourds de la comédie française feraient bien d'en prendre note (j'ai des noms en tête et les habitués de ce blog savent probablement à qui je fais allusion).

N'en déplaise aux responsables du marketing qui décidèrent de vendre "En liberté !" comme un objet uniquement comique, ce film est bien plus que cela. Aurait-il eu plus de succès s'il avait été promu avec plus d'humilité ? Il est trop tard pour refaire le match, mais pas pour lui redonner sa chance...




mercredi 8 juillet 2015

Les combattants (2014)


Il est des films que la critique assassine et que le public va voir en masse : les cas abondent et je ne vous en ferai pas l'inventaire. A l'autre bout du spectre, certains films encensés par les chroniqueurs n'attirent que peu de spectateurs. C'est à se demander s'il existe une corrélation entre succès critique et public. Salué par la majeure partie des critiques, couvert de récompenses (au Festival de Cannes, ou lors de la cérémonie des César qui lui décerna celui de "meilleur premier film) "Les combattants" n'a été entraîné qu'environ 125 000 spectateurs dans les salles obscures. Au vu du petit budget de ce film, cela pourrait paraître satisfaisant, mais cela reste peu, en comparaison avec d'autres longs métrages.

A la mort de son père, Arnaud apporte son aide à son frère aîné dans l'entreprise familiale de menuiserie. Mais en réalité, Arnaud ne sait pas trop quoi faire de sa vie. Cet été là, entre le travail, ses amis, la plage, il se laisse porter par le courant. Et il croise la troublante Madeleine, une fille toute en muscles et toujours en défense, persuadée que la fin est proche. 
Quand elle s'engage dans l'Armée de Terre pour un stage de survie, Arnaud suit ce drôle de bout de femme.

Voilà un film qui laisse difficilement indifférent et en surprendra plus d'un. On y suit, souvent étonné, le parcours de deux jeunes gens sur le point de basculer dans le monde adulte et qui décident de l'affronter chacun à leur façon.  Inattendu et souvent dérangeant, "Les combattants" brosse sur un ton parfois documentaire, le portrait d'une jeunesse à qui le monde fait peur et qui ne sait trop par quel bout le prendre. Devant les épreuves qui s'annoncent, seront-ils suffisamment prêts ?

Pour un premier long métrage, "Les combattants" est d'une impressionnante maîtrise, du début à la fin. Les deux enfants perdus au centre de cette histoire de survie parleront à de nombreux spectateurs. Nous sommes dans une époque de lutte larvée, et ceux qui entrent dans l'âge adulte, comme Arnaud et Madeleine, basculent d'un seul coup dans un univers qui peut en effrayer plus d'un. Même s'il n'est sans doute pas le chef d'oeuvre annoncé par quelques critiques enthousiastes, ce portrait d'une génération au bord du gouffre aurait pu être l'étendard d'une jeunesse inquiète. 

Les personnages sont bien trempés, loin d'un manichéisme dont le cinéma abuse parfois, tout simplement humains. Et, pour les incarner, Thomas Cailley a choisi de magnifiques acteurs : Kevin Anaïs et Adèle Haenel, qui portent le film à bout de bras et méritent à eux seuls le déplacement. Toute en tension, que ce soit physiquement ou verbalement, Adèle Haenel campe ici un personnage féminin qui fera date, tandis que Kevin Anaïs livre une interprétation toute en nuances. D'ailleurs, l'un et l'autre reçurent un César en début d'année, pour leur performance dans ce film. A mon sens, cette récompense fut des plus méritées.

Sans doute trop inattendu pour séduire un large public, "Les combattants" aurait cependant mérité d'être vu par plus de monde. Si, pour une fois, la reconnaissance du public avait été à la hauteur des critiques, c'eût été justice.