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vendredi 17 janvier 2020

Andy (2019)


De temps en temps, un petit film léger, cela peut être salutaire. Que ce soit pour s'aérer l'esprit ou pour mettre son cerveau de côté, il nous arrive à toutes et tous d'avoir envie de moins de gravité. Aussi, quand une affiche semble promettre de rire, fût-ce aux dépens de son héros, on peut se laisser tenter. Malgré une affiche promettant un film tournant autour du personnage incarné par Vincent Elbaz et restant dans le registre auquel celui-ci nous a habitués, "Andy", qui n'avait pas déplacé les foules lors de sa sortie, allait-il être une de ces pépites oubliées ? 


Mis à la porte pour la énième fois par une ex-petite amie, Thomas se retrouve à la rue, sans le sou. Ses parents, qu'il ne voit pratiquement plus, ne peuvent l'aider et Thomas se trouve contraint de se réfugier dans un centre d'hébergement, où il est accueilli par Margaux, une étrange jeune femme.  Comme il va lui falloir gagner sa vie et qu'il n'est pas fait pour travailler, Thomas se lance dans une drôle d'entreprise : il sera escort-boy et s'appellera Andy. 

Vincent Elbaz a souvent choisi des rôles proches, déclinant ad nauseam un personnage séduisant mais immature, comme on pu le voir (ou le déplorer) dans "Daddy Cool", par exemple. Le héros de "Andy" n'est guère éloigné de ses prestations habituelles : il pourrait s'agir du même homme, ayant échoué à force de nonchalance. Cela dit, il ne tire pas de leçons de ses errements et continue d'aspirer à la même existence, évitant le travail comme la peste bubonique et comptant sur sa bonne étoile et son physique pour se sortir de l'impasse. En ce qui concerne la remise en question, on repassera : "Andy" ne met guère son héros en grand péril et ce dernier continue de voir ses repères s'effondrer sans volonté de changement.

Comédie romantique avant tout, "Andy" se targue ainsi de marcher sur les plates-bandes du cinéma social. Mais, à trop courir de lièvres, on n'en attrape aucun. Les scènes utilisant le décor du foyer d'accueil sont trop peu nombreuses et n'impliquent pas suffisamment les personnages pour évoquer comme il faudrait cette réalité. Et que dire du traitement des parents du héros, incarnés par Brigitte Rouän et Jacques Weber, dont on entrevoit qu'ils auraient pu être mieux exploités, eux aussi ? Et ce n'est pas du côté de l'interprétation qu'il faut se tourner pour trouver de quoi apprécier ce film : Vincent Elbaz limite sa prise de risque à la légère brioche qu'il affiche, mais est sans arrêt rattrapé par le cliché devenu sien, celui de l'homme immature et irresponsable. Face à lui, Alice Taglioni convainc à peine, malgré la richesse potentielle de son personnage. 

Malgré un pitch de base qui, faute de promettre des surprises, pouvait donner lieu à un film agréable, "Andy", par manque de solidité et de fond, déroule paresseusement son fil et paraît plus long qu'il n'est vraiment. Ce n'est pas pour autant qu'il marquera les mémoires.


vendredi 18 janvier 2019

En liberté ! (2018)


L'excès des taglines sur l'affiche peut, dans le cas de "En liberté !", faire office de repoussoir. Les formules, plutôt définitives, qui annonçaient ni plus ni moins que la comédie de l'année, ont sans doute contribué à faire douter le spectateur. Malgré un joli casting et des critiques élogieuses, Pierre Salvadori n'a pas chahuté le box-office français lors de la sortie de son dernier film. Ce n'est pas le premier film de ce réalisateur qui a le droit à un billet dans ces colonnes : faut-il s'en désoler ?

Alors qu'elle pensait qu'il s'agissait d'un héros tombé en faisant son devoir, Yvonne, gendarme, découvre que feu son mari était un ripou. Elle choisit de réparer les fautes de ce dernier. C'est ainsi qu'elle va s'intéresser au cas d'Antoine, injustement emprisonné huit ans durant, pour un casse qu'il n'avait pas commis. Entre eux deux, la rencontre va générer quelques secousses...


On retrouve dans "En liberté !" certains des thèmes de prédilection de Pierre Salvadori : les personnages y sont souvent malmenés par la vie, à côté de la plaque, et se réfugient dans des mensonges, petits ou grands, qui n'arrangent rien à leur situation. Dans "Les apprentis" ou "De vrais mensonges", ces arrangements avec la vérité donnaient lieu à des situations tantôt comiques, tantôt dramatiques. En rêvant plus haut que leur vie, les héros de Salvadori ont souvent tendance à se mettre tous seuls dans des situations rocambolesques, dont ils ne sortent qu'à grand peine.

Mais cette fois, Pierre Salvadori, non content de mélanger toutes ces histoires avec brio, les saupoudre d'un rien de burlesque : ce qui pourrait être dramatique vire souvent à l'absurde. Plus léger (quoiqu'avec le recul, on peut sentir la gravité), "En liberté !" est une vraie comédie, justement parce que ce film ne fait pas qu'accumuler les gags, mais qu'il raconte une histoire digne de ce nom. 

Porté par des interprètes en grande forme, souvent très drôle, assez léger, "En liberté !" est à ranger dans la catégorie des grands films de Pierre Salvadori (pas très loin des "Apprentis", si vous voulez mon avis). Qu'il s'agisse d'Adèle Haene, étonnante et crédible à chaque instant, de Pio Marmaï, de Damien Bonnard ou d'Audrey Tautou, les acteurs choisis par Pierre Salvadori s'en donnent à cœur joie et investissent leurs personnages avec délectation et humanité. Les protagonistes de "En liberté !", humains, faillibles et finalement sûrs de rien, touchent le spectateur. Au passage, Pierre Salvadori rappelle avec justesse qu'une comédie réussie a besoin de personnages crédibles, et pas uniquement de caricatures ambulantes. Les actuels poids lourds de la comédie française feraient bien d'en prendre note (j'ai des noms en tête et les habitués de ce blog savent probablement à qui je fais allusion).

N'en déplaise aux responsables du marketing qui décidèrent de vendre "En liberté !" comme un objet uniquement comique, ce film est bien plus que cela. Aurait-il eu plus de succès s'il avait été promu avec plus d'humilité ? Il est trop tard pour refaire le match, mais pas pour lui redonner sa chance...




mercredi 14 novembre 2018

L'assaut (2011)


Le terrorisme fait désormais partie de nos existences. Nous avons tous en mémoire les événements qui ensanglantèrent telle ou telle ville. Le cinéma s'est évidemment emparé du sujet, à maintes reprises, se plaçant tour à tour dans la peau des victimes (on songe à "Vol 93") ou de ceux qui affrontent les terroristes. Avant que ne s'effondrent les tours jumelles du World Trade Center, d'autres attentats avaient déjà fait marqué les esprits. La prise d'otages de l'Airbus d'Air France en 1994, a fait l'objet d'un film, régulièrement diffusé à la télévision depuis sa sortie en 2011. 


Alger, 24 décembre 1994 : quatre terroristes du GIA prennent en otage les passagers d'un Airbus à destination de Paris. Ils réclament la libération de deux islamistes emprisonnés et le décollage immédiat vers Paris. Après de longues heures et la mort de trois otages, l'avion s'envole vers la France, avant de se poser à Marignage. Là, une équipe du GIGN va donner l'assaut, pour libérer les otages et éliminer les terroristes. Thierry, membre des forces d'élite, va vivre l'opération la plus importante de sa carrière de flic d'élite. 

Ceux qui sont en âge de s'en souvenir n'ont probablement pas oublié les images de ce jour de fin 1994. Devant des millions de téléspectateurs, le GIGN réussit à neutraliser les terroristes sans qu'un seul otage ne perde la vie sur le sol français. L'opération, saluée par les spécialistes, devait-elle faire l'objet d'une fiction ? C'est une question à laquelle je n'ai pas de réponse, d'autant plus que la fiction en question se permet quelques entorses aux faits (pour des besoins scénaristiques) et qu'un documentaire aurait sans doute mieux accompli l'oeuvre de mémoire qu'elle ambitionne. 

La faute en incombe essentiellement à la forme que revêt "L'assaut". Visiblement atteint par le syndrome Paul Greengrass, le réalisateur juge bon de tout filmer caméra à l'épaule. Résultat : il n'y a pas un plan fixe, même lorsque le personnage téléphone. Si cet artifice peut être diablement efficace lorsqu'il s'agit de mettre en scène l'action et l'immédiateté, il s'avère fatigant quand aucune pause n'est offerte au spectateur. L'autre choix esthétique très discutable de "L'assaut" est sa palette de couleurs, extrêmement désaturée, au point qu'on frôle souvent le noir et blanc. L'intérêt de de cette option est très discutable, d'autant plus qu'elle tend à éloigner l'histoire de ces spectateurs. 
Enfin, la balourdise des scènes "familiales" pèse lourdement dans la balance en défaveur du film.

On aurait pu redouter que le choix de Vincent Elbaz, pourtant abonné aux rôles d'éternel adolescent immature, torpille la crédibilité de son personnage. Force est d'avouer qu'il ne s'en sort pas si mal, sans cependant crever l'écran. Adoptant une posture quasi monolithique, l'interprète de "La vérité si je mens" (ce qui reste son plus grand succès) laisse entrevoir un talent qu'on aimerait voir jaillir plus souvent (oui, c'est une suggestion. Derrière lui, la prestation des autres interprètes n'évite pas toujours la caricature. Visiblement très à l'aise pour filmer les scènes d'action et donner l'impression du direct, Julien Leclerq (déjà réalisateur de "Chrysalis") pêche sur la direction d'acteurs.

Si l'histoire que conte "L'assaut" est connue (et fait désormais partie de l'Histoire), le film n'a rien d'incontournable : un documentaire mettant en lumière ces heures tragiques aurait sans doute mieux accompli sa mission.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film se déroulant pendant les fêtes de Noël ou pendant la Saint-Sylvestre"

mardi 3 avril 2018

Tellement proches (2008)


Avant le phénoménal (et plutôt mérité, si vous voulez mon avis) succès de leur "Intouchables" et du récent "Sens de la fête", Eric Toledano et Olivier Nakache avaient proposé aux spectateurs plusieurs longs métrages sans déchaîner l'enthousiasme. Ainsi, "Je préfère qu'on reste amis" ou "Tellement proches", qui sont aujourd'hui archi-diffusés sur les chaînes de la TNT, ne laissaient en rien augurer du futur (et tout proche) triomphe à venir. Alors, sommes-nous passés à côté de films qui méritaient mieux que ça ? Comme j'ai déjà évoqué, il y a quelque temps, le premier des deux films cités, voici venu le tour du deuxième.

Alain et Nathalie ont deux enfants, dont le très turbulent Lucien. Immature, Alain supporte tant bien que mal la famille de Nathalie. Jean-Pierre, le frère de Nathalie est marié à Catherine et leur fille aînée est l'objet de toutes leurs attentions. La sœur cadette de Jean-Pierre et Nathalie,  Roxane, cherche désespérément le père de ses futurs enfants. Ce soir-là, comme chaque samedi, tout le monde se retrouve pour dîner chez Nathalie et Jean-Pierre. Bref, une famille comme les autres, ou presque...

Les histoires de famille (et de belle-famille), tout le monde en a : mais celle-là est particulièrement gratinée et semble avoir concentré tous les travers possibles. Ce sont donc des échanges humains particulièrement intenses auxquels nous avons droit dans "Tellement proches". 
Mais, là où nombre de réalisateurs et scénaristes auraient voulu faire rire aux dépens de leurs personnages, Toledano et Nakache se démarquent par l'affection, pour ne pas dire l'amour, qu'ils portent aux protagonistes de leur film. A l'instar de ce qu'ils livreront par la suite, les héros de "Tellement proches !" ont tous de quoi déclencher l'empathie, malgré leurs défauts (ou à cause d'eux, justement). Même si ce sont ces travers qui alimentent l'histoire et même si ces travers sont parfois poussés à leur maximum, parce que le procédé le veut (on est dans une comédie, après tout).

L'amour, ou au moins le respect, que les deux auteurs portent à leur personnage est sans doute la clé de voûte de ce film, comme de leurs autres opus. C'est également ce qui en fait la réussite : se mettant dans des situations pour le moins compliquées, les protagonistes de "Tellement proches" restent attachants et ne provoquent jamais le rejet de la part du spectateur. Ils sont humains, avant tout, et nous le prouvent par leurs erreurs. Quelque part, c'est rassurant

La mise en scène, pour élégante qu'elle soit, reste discrète et n'est pas le principal atout de ce film (les plans-séquences, par exemple, seront plus tard utilisés avec brio Nakache et Toledano dans "Samba" ou "Le sens de la fête"). Ce sont les personnages, avant tout, qui sont le meilleur de ce film, imparfait mais chaleureux. Pour les incarner, on retrouve Vincent Elbaz (décidément abonné au registre de l'adulte immature, mais qui se fait donner la leçon par plus jeune que lui), François-Xavier Demaison, plus convaincant que d'habitude, ainsi qu'Omar Sy, un des fidèles du duo de réalisateur. C'est toujours un réel plaisir que de retrouver Isabelle Carré, dont la fraîcheur illumine chacune de ses apparitions. Enfin, Joséphine de Meaux et Audrey Dana complètent le sextet en première ligne de ce film. En arrière plan, une ribambelle de seconds rôles assurent la solidité de l'ensemble : là aussi, c'est l'une des marques de fabrique du duo Nakache-Toledano, et une des raisons de leurs réussites. 

Sans atteindre le niveau de leurs films suivants, "Tellement proches", par sa sincérité et surtout le respect qu'il inspire et qu'il suscite, augure de belles choses. Il se voit (ou se revoit) avec plaisir, en grande partie grâce à ses personnages. Nombre de comédies ne peuvent en dire autant.



jeudi 29 mars 2018

Daddy Cool (2017)


Certains acteurs sont prisonniers d'un type personnage, volontairement ou non. A mes yeux, Vincent Elbaz est associé presque systématiquement à celui du jeune homme immature, fuyant ses responsabilités. Certes, il a fait quelques tentatives dans d'autres registres (je songe notamment à "L'assaut"), mais je l'associe à ce type de personnage presque systématiquement. Cela peut aussi s'appliquer à d'autres comédien(ne)s : ainsi Meg Ryan, à sa grande époque, fut elle cantonnée dans une niche très étroite, par exemple.  Pour en revenir à Vincent Elbaz, en visionnant "Daddy Cool", récemment, j'ai retrouvé son personnage habituel dans ce film. Mais, si ça n'était pas si mal, après tout ?

Adrien est en couple avec Maude depuis longtemps et avec tant d'évidence qu'il n'imagine nulle autre femme dans sa vie. Mais, depuis leurs années d'insouciance, le temps a passé et, tandis que Maude aspire à fonder une famille et à avoir une vie rangée, Adrien n'a pas mûri. 
Après l'insouciance de trop, Maude décide de divorcer, lassée de ce grand enfant. Alors, pour prouver à Maude qu'il est responsable, Adrien décide d'ouvrir une crèche parentale, dans leur appartement. On va voir ce qu'on va voir.

Attention, il ne faut pas confondre ce "Daddy Cool" avec le film du même nom sorti en 2015 et mettant en vedette Mark Ruffalo et Zoe Saldana (du moins dans la traduction française de son titre). Il faut croire que la chanson de Boney M a inspiré les producteurs de cinéma. Voilà pour l'anecdote. En ce qui concerne ce "Daddy Cool", aux ambitions simplement hexagonales, c'est évidemment d'une comédie qu'il s'agit, et plus précisément d'une comédie romantique. Bon nombre des ingrédients de base du genre sont aisément identifiables. L'originalité du procédé consiste ici en son inversion. D'ordinaire, dans la romcom, les deux protagonistes principaux se rencontrent, se séduisent, rencontrent une crise majeure (souvent à un quart d'heure de la fin), puis la franchissent pour en sortir renforcés et plus heureux que jamais. Ici, la fameuse crise a lieu dès le début et la situation ne fait que s'aggraver durant le film. 
Pourquoi pas, après tout ? Pour sympathique qu'il soit, le créneau de la comédie romantique mérite bien, de temps en temps, un peu d'audace. En cela, "Daddy Cool" s'avère plutôt réussi.

Ce n'est pas pour autant un grand film, comprenons-nous bien : "Daddy Cool" est parfois drôle, mais pas assez pour être vraiment qualifié de comédie (ses procédés sont trop répétitifs) et sa romance est peu crédible. Mais on ne s'y ennuie pas, c'est déjà un point auquel nombre de comédies "officielles" ne peuvent prétendre (je ne citerais pas de noms, rassurez-vous. Le ressort comique du film, en dehors de l'attitude immature de son héros et des échanges verbaux parfois féroces que le couple échange, repose sur l'affrontement entre le personnage d'Adrien et ses jeunes pensionnaires. Souvent outrancier (je pense à la préparation d'un certain biberon ou d'une balade au parc qui pourrait faire hurler certains parents), le trait comique fonctionne, mais est souvent à sens unique : pour craquants qu'ils soient, les bambins sont présentés sous un jour peu flatteur. Le film aurait sûrement gagné en épaisseur en se mettant plus à leur place, si vous voulez mon avis. 

Du côté de la distribution, la livraison est conforme à l'attendu, comme on dit. Vincent Elbaz, décidément prisonnier (volontaire ?) des rôles d'homme immature, utilise visiblement son image, pour incarner Adrien, ce trentenaire qui veut continuer à s'amuser, comme dit en introduction de cet article. Et, après tout, en assumant cet éternel rôle d'adulescent, il s'en sort plutôt bien. Face à lui, Laurence Arné, dont on aimerait qu'elle fasse montre de son talent dans d'autres registres que celui où le cinéma la cantonne, ne force pas son talent, dont on soupçonne pourtant qu'il va au-delà de cette prestation. 

Malgré un potentiel intéressant et la possibilité de dépoussiérer un peu un registre éculé, "Daddy Cool" donne, en fin de visionnage, l'impression d'avoir manqué d'audace. Son réalisateur, Maxime Govare, n'est finalement pas passé très loin d'une comédie vraiment drôle. Il lui eût fallu un peu plus de causticité, sans doute. A défaut, "Daddy Cool" permet de passer un bon moment, sans rien d'inoubliable...




samedi 30 septembre 2017

Primaire (2017)


De "Ça commence aujourd'hui" au "Maître d'école", ils sont nombreux, les films qui traitèrent de l'éducation, tantôt sur un ton grave, tantôt de façon plus légère. Passeur de savoir et, à ce titre, véritables guides au début de l'existence, les instituteurs et les institutrices n'ont pas toujours bonne presse. Récemment, "Primaire", sorti en début d'année, prenait pour cadre une école primaire (comme le dit le titre, qu'on ne pourra pas, pour une fois, accuser d'être mensonger). Il faut croire que ce sujet n'intéressait pas le grand public, tant l'accueil réservé à ce film fut frileux. 

Florence, jeune institutrice de CM2, tente tant bien que mal de mener de concert sa vie de femme, de mère célibataire et surtout sa vie professionnelle. 
Quand Sacha, jeune garçon à problèmes, débarque dans sa vie, Florence va voir sa vie chamboulée. Bousculée jusque dans sa vocation, la jeune femme doit affronter de nouvelles épreuves et aller jusqu'à se mettre en péril. L'équilibre précaire qui la maintenait vacille : saura-t-elle rester à flot ?

Dès les premières images, on sent dans "Primaire" une véritable sincérité : la réalisatrice, Hélène Angel, surtout connue pour "Rencontre avec le dragon", pose sa caméra à hauteur d'homme (ou plutôt de femme, en l'occurrence) et force le spectateur à accompagner le personnage principal dans son combat quotidien. Florence, héroïne de ce film, est une femme combative, mais n'est pas pour autant exempte de défauts. C'est sans doute une des grandes forces de ce film, d'ailleurs, que de montrer les failles de ses personnages, quitte à les pointer parfois un peu lourdement. Quand le fils de Florence lui balance ses quatre vérités au visage et claironne qu'il préfère rejoindre son père, à l'autre bout du monde, on peut comprendre les blessures du jeune garçon.

C'est essentiellement sur les épaules, a priori frêles, de Sara Forestier, que repose "Primaire". La jeune actrice, déjà remarquée dans "Le nom des gens" ou "Victor" s'est visiblement donnée sans compter pour ce rôle et son énergie force l'admiration. A n'en pas douter, "Primaire" représente d'ores et déjà une étape dans la carrière de cette interprète, plus bel atout du film. Autour d'elle, on saluera les jolies prestations des jeunes acteurs, assez convaincants (et on a vu assez de films où le jeu des jeune enfants était catastrophique), tout comme les seconds rôles. Même Vincent Elbaz, souvent agaçant (mais c'est une opinion qui n'engage que moi), reste dans les limites de son personnage et arrive à y faire croire, ce qui n'était pas chose aisée. 

Réalisé avec un ton aux frontières du documentaire, sincère mais sans sombrer dans l'angélisme, "Primaire" est une vue en coupe d'un système éducatif sur le point d'imploser, tant ses contraintes le menacent. Il ne rassurera ni les parents d'élèves, ni les professeurs des écoles, mais aurait tout à gagner à être visionné par ceux qui décident de son fonctionnement sans en connaître les ressorts les plus humains. On sort de ce film fatigué, mais surtout admiratif de l'énergie dépensé par les professeurs des écoles, que "Primaire" met à l'honneur. Porteurs d'une mission souvent trop lourde pour eux, ces êtres humains méritent souvent plus que ce qu'ils reçoivent. A leur image, "Primaire", tout imparfait qu'il soit, mérite son visionnage.



mercredi 3 avril 2013

Ma vie en l'air (2005)


Premier film de Rémi Bezançon, "Ma vie en l'air" ne reçut pas, à sa sortie, le succès espéré. A le revoir quelques années plus tard, on peut se poser la question de ce qui causa un tel désaveu public à ce premier film, pourtant fort honorable. Il est certain que si ce film ressortait aujourd'hui, il serait plus chaleureusement reçu, ne serait-ce que pour son casting. Pensez donc : les rôles principaux y sont tenus par Vincent Elbaz, Gilles Lellouche et Marion Cotillard. 

Yann Kerbec, fringant trentenaire, multiplie les contradictions. Parce que sa mère est décédée en lui donnant la vie à bord d'un avion, il est terrorisé à l'idée de devoir en prendre un. Il est cependant formateur en sécurité aérienne et intervient auprès des pilotes, via un simulateur de vol. Sa phobie l'a empêché de rejoindre la femme de sa vie à l'autre bout du monde et, depuis, il accumule les conquêtes d'un soir, sans pouvoir oublier celle-ci.

Comédie douce-amère sur la trentaine, "Ma vie en l'air" est  à la fois une comédie romantique et un film choral. Quelques années avant "Le premier jour du reste de ta vie", Rémi Bezançon y affirme déjà son savoir-faire en matière de réalisation, se permettant même quelques jolies audaces qui donnent un ton assez rock'n roll à l'ensemble. On sourit souvent, on rit parfois, on est ému : bref, c'est tout à fait le genre de film qui réussit à faire mouche, pour peu qu'on soit client de ce registre. 

Les interprètes sont exceptionnels et représentent l'intérêt majeur de ce film. Moi qui d'ordinaire trouve Vincent Elbaz assez médiocre, je dois reconnaître qu'il endosse le rôle de Yann Kerbec avec le juste dosage entre désinvolture et amertume. Gilles Lellouche est surprenant en copain parasite (et quelle coiffure !) : c'est sans doute là l'un de ses meilleurs rôles. Marion Cotillard, encore à l'aube de la carrière que l'on sait, est surprenante et délivre là une interprétation à mettre au nombre de ses meilleures. Au passage, c'est toujours agréable de revoir ces acteurs, devenus depuis des poids lourds du cinéma français, à leurs débuts. Je pourrais également évoquer les nombreux seconds rôles qui émaillent la distribution : de Cécile Cassel au trop rare Tom Novembre, en passant par Didier Bezace.

Cerise sur le gâteau, la bande originale est en tous points délectable (c'est devenu une constante chez Rémi Bezançon, d'ailleurs). Vous y retrouverez des compositions de Jeanne Cherhal et de Serge Gainsbourg, entre les plages de la bande originale composée par Sinclair.

Alors, certes, "Ma vie en l'air" comporte quelques passages inutiles, mais il possède un ton tout à fait charmant et on lui pardonnera volontiers ses quelques longueurs et lourdeurs, toutes fort mineures par rapport à ses très grandes qualités. 

Après "Ma vie en l'air", Rémi Bezançon réalisera, comme je disais en introduction, le très beau "Le premier jour du reste de ta vie" qui connaîtra, lui, un véritable succès lors de sa sortie.
Justice fut faite, enfin.




dimanche 1 juillet 2012

(G)rève Party (1998)

(G)rève Party
(1998)

  
Bien avant de connaître le succès populaire avec « Trois zéros », « Jet Set » et autres « Camping », Fabien Onteniente avait débuté dans d’autres territoires cinématographiques. Après « A la vitesse d’un cheval au galop » et « Tom est tout seul », il réalisa « Grève Party », sorti sur les écrans français en 1998.
Indéniablement, ce film est inspiré des mouvements de grève qui paralysèrent (en partie) la France en 1995 (les années Juppé, que les moins de vingt ans peuvent ne pas connaître). Mais ces événements sont vus, dans ce cas, à hauteur d’homme (et de femme). Ce film est à classer dans la catégorie « films de potes » (à l’instar du fabuleux « Mes meilleurs copains », toutes proportions gardées cependant).
  

« Grève Party », c’est avant tout une galerie de personnages plutôt savoureux, même s’ils frôlent la caricature : Monsieur Jean (Daniel Russo), le libraire gauchiste, ancien syndicaliste tendance « dure », bien décidé à utiliser dorénavant les mots et les pensées des plus grands philosophes, Ange (Bruno Solo), le coursier motocycliste, dans tous ses états parce que sa douce et tendre (Aure Atika) a posé dans le plus simple appareil dans un magazine de charme (par souci d’honnêteté intellectuelle et pour compléter ce dossier, je cherche d’ailleurs à me procurer ce numéro), Dan (Vincent Elbaz) nonchalant scénariste d’une sitcom, relancé sans cesse par un producteur « bling-bling » avant l’heure (Gilbert Melki), sans oublier quelques rôles plus secondaires, mais tout aussi savoureux (notamment Micheline Presle, tout de même).
 
Tout ce petit monde va se croiser, pendant une journée particulière (une de celles où tout un pays se trouve paralysé par un mouvement social), se parler, s’engueuler, se perdre, se chercher, manifester son mal-être, se faire charger par les CRS.
 
Si le scénario n’a rien d’exceptionnel (au sens où il ne réserve pas de surprise, de « twist » qui tue), les dialogues sont particulièrement percutants. On sent la patte de Bruno Solo (déjà en partie responsable, dois-je le préciser, de l’excellent « Caméra Café ») dans certaines réparties piquantes et savoureuses.
  
Ajoutez à cela une galerie de personnages sympathiques, incarnés avec sincérité par leurs interprètes (même si Russo fait « du Russo » et qu’on peut faire le même reproche à Vincent Elbaz), et vous obtiendrez un joli petit film, plutôt rafraîchissant.
 
Finalement, on ne peut que regretter le peu de succès que rencontrèrent les premiers films d’Onteniente, dont celui-ci. Le bougre s’est ensuite dirigé vers un style plus lourd, plus facile : si le succès populaire (toujours lui) fut au rendez-vous avec des films comme « Jet Set » ou « Trois zéros », il manque à ces poids lourds la fraîcheur de « Grève party ».

Si ce premier rendez-vous fut manqué, « Grève Party » mérite donc une deuxième séance. Si le DVD vous passe à portée de main ou (ce qui est plus probable) s’il a l’honneur d’une diffusion télévisée, laissez-vous tenter…