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dimanche 22 mars 2020

Un français (2014)


Certains films, en s'emparant de sujets sensibles, donnent un coup de projecteur souvent utile dans leur direction. Parfois maladroite, parfois efficace, la démarche n'est pas toujours couronnée de succès. Dans le cas de "Un français", qui suivait sur plusieurs années la vie d'un jeune skin-head, malgré un buzz certain lors de la sortie (chaotique) en salles du film, le succès ne fut pas celui espéré, au grand désarroi de son réalisateur, Diastème, dont c'était le deuxième long métrage, après "Le bruit des gens autour".

Marco est skin-head et ne connaît que la violence, comme réponse à ce qu'il hait viscéralement : noirs, arabes, punks, redskins sont l'objet de ses coups, et il ne fait pas bon croiser son chemin lorsqu'il colle des affiches ça et là, dans Paris. Tandis que ses anciens amis se font un chemin dans la vie politique, fiers de leur passé violent et radical, Marco change et renonce à ce qu'il fut. Les années passant, il trouve son chemin vers la rédemption. Mais peut-on tourner le dos à son passé ?

L'image du skin-head, méconnue du grand public, a peu souvent été utilisée par le septième art et, quand ces hommes ne connaissant que la haine et la violence apparaissent, c'est souvent en second plan (dans "La Haine" ou "Chez nous", par exemple), comme si le cinéma n'osait affronter cette mouvance directement. Diastème choisit l'approche frontale, avec tous les risques que comprend pareille démarche, et n'évite pas les écueils, comme on pouvait s'y attendre.

Remarquable sur bien des points, notamment dans sa première partie, "Un français", film nécessaire, pêche néanmoins par facilité. Le passage parfois abrupt d'une époque à une autre, ponctuée uniquement par la longueur des cheveux de son héros, peut désarçonner et on se serait bien passé d'ellipses si soudaines qu'elle font passer les explications et les motivations à la trappe. La rédemption de Marco, sans doute motivée par quelque ressort intérieur, peut également paraître inattendue et peu crédible. Que se passe-t-il sous le crâne rasé du jeune homme pour qu'il change ainsi et trace son chemin jusqu'à la lumière ? En comparaison avec son comparse américain de " American History X", le skin-head incarné par Alban Lenoir obéit à une injonction bien peu évidente pour quitter la sphère haineuse où il gravitait jusque là.

Mené par un casting impeccable, tant dans ses rôles principaux que dans les secondaires, "Un français", remarquablement documenté et d'une belle précision, aurait gagné en impact s'il avait été plus solide. Pour autant, c'est un film utile, parce qu'il met en lumière une mouvance non négligeable et jamais anodine.


vendredi 14 juin 2019

L'intervention (2019)


A la (dé)faveur d'actualités tragiques, le grand public a une image héroïque du G.I.G.N.. Déjà évoqué dans "L'assaut", ce groupe d'élite, né dans les années 1970, est finalement mal connu. Avec "L'intervention", le réalisateur Fred Grivois proposa, pour son deuxième long métrage après "La résistance de l'air", de revenir sur la genèse de cette unité. Malheureusement, malgré la cote d'amour dont le G.I.G.N. est doté, ce film ne fut pas le succès attendu. 

1976 : à Djibouti, colonie française, un groupe armé prend en otage les enfants passagers d'un bus scolaire, avant de s'échouer dans le no man's land qui sépare ce pays de la Somalie. Pour éviter le carnage, Paris envoie sur place un tout jeune officier, à la tête d'une unité de tireurs d'élite. 
Ils n'ont que quelques heures pour agir...

En choisissant volontairement une mise en scène tenant du documentaire, des couleurs souvent froides, un ton très réaliste, Fred Grivois opte, dès les premières minutes pour l'authenticité et la reconstitution. Le film est, on le sent, le fruit d'un travail d'enquête minutieux et représente sans doute la synthèse d'énormes recherches de la part du réalisateur. L'histoire qui se joua, lors de ces heures particulières, est mal connue et méritait d'être mise en lumière. En cela, "L'intervention" est une démarche louable et qui mérite d'être saluée.


Sur la forme, "L'intervention" tient en partie ses promesses. La mise en scène est nerveuse et réussit à tenir le spectateur en haleine durant toute la durée (courte) du film. Cependant, alors que certaines scènes séduisent par leur efficacité sobre (je songe, par exemple, à celle du tir simultané), d'autres plombent le film, telles le gunfight final, fusillade que n'aurait pas renié Peckinpah. Paradoxalement, ces séquences sont les moins convaincantes du film. 

Au nombre des écueils contre lesquels le film s'échoue, il y a également les personnages, tenant plus de la caricature que du portrait. Le groupe de tireurs est un assemblage de stéréotypes, comme s'il fallait absolument respecter cette recette qui semble être universelle dès qu'il s'agit de décrire un groupe d'hommes en armes. C'est d'autant plus dommage que la distribution est plus qu'honnête, les prestations des acteurs étant particulièrement justes.


On soulignera l'efficacité de la démarche qui, tout en rendant hommage à l'équipe qui sera à l'origine du GIGN, n'en fait pas pour autant des surhommes. A titre de comparaison, le médiocre "Forces spéciales" devenait contre-productif, tant il relevait du clip promotionnel. Malgré quelques fautes de réalisation et l'utilisation de clichés embarrassants, "L'intervention" est un film plutôt efficace.