Il est des réalisateurs dont le passif est tel que leur seul nom sur l'affiche peut faire frémir le cinéphile. Uwe Boll, par exemple, est une des références de cette sinistre catégorie. Paul W.S. Anderson, connu pour ses "Resident Evil" ou, plus récemment, "Les trois mousquetaires", s'est récemment attaqué à l'histoire de Pompéi, ville romaine célèbre pour avoir été détruite lors de l'éruption du Vésuve en 79 de notre ère. Avec environ 16 000 victimes, cette catastrophe a déjà inspiré des auteurs : on évoquera, par exemple, le roman "Les derniers jours de Pompéi", maintes fois adaptée à l'écran (sa version de 1959, pour ne citer qu'elle, fut co-réalisée par Sergio Leone).
Alors que le Vésuve gronde, Pompéi, ville romaine de province voit se croiser plusieurs destins : celui de Milo, gladiateur celte en quête de vengeance, le Sénateur Corvus qui anéantit la révolte celte et passa par les armes la famille de Milo, Cassia, fille de Severus et Aurelia , revenue de Rome pour échapper aux ardeurs de Corvus, justement. Alors que le celte Milo se fait un nom parmi la cohorte de gladiateurs destinés à mourir en l'honneur de l'empereur Titus, sous les yeux des habitants de Pompéi, commence la plus grande catastrophe que connut l'époque romaine.
L'ampleur de la catastrophe qui anéantit Pompéi et le contexte dans lequel cet événement se produisit auraient pu donner un film à la fois flamboyant et riche de sens. Se focalisant sur la forme à défaut du fond, le réalisateur rate son coup. Paul W.S. Anderson, au casier pourtant déjà chargé (il a déjà réussi à massacrer deux licences d'un coup avec "Aliens vs Predator"), lorgne fortement du côté de Roland Emmerich, pour les scènes de destruction massive, visiblement calibrées pour la 3D.
Comme la seule éruption du Vésuve ne suffisait pas à remplir le scénario, s'y voient ajoutées la quête de vengeance d'un esclave devenu gladiateur et la romance prévisible avec la fille de notables locaux. Pour ce qui est des combats, Anderson n'a pas réussi, hélas, à changer de façon de filmer : la caméra semble toujours fixée à un élastique, et le montage fait à la débroussailleuse achève de les rendre peu lisibles. S'inspirant sans vergogne des scènes comparables de "Gladiator", le réalisateur fait cependant pâle figure devant son modèle. En ce qui concerne l'intrigue amoureuse (superposée à la catastrophe en cours de déroulement comme l'était celle de "Titanic"), elle n'émeut que peu. Ajoutons à cela une multitude d'erreurs, d'incohérences et de faux raccords et la note finale sera sans appel : en histoire antique, Paul W.S. Anderson fait preuve d'un cruel manque de talent.
Ce n'est pas du côté de la distribution qu'il faudra chercher la rédemption : Kit Harington, une des stars de la série "Game of Thrones" livre une prestation monolithique, face à un Kiefer Sutherland caricatural et une Emily Browning agaçante. Le reste du casting n'est guère meilleur.
Il est à noter que le film ne s'attarde à aucun moment sur la vie quotidienne à Pompéi, alors qu'il aurait pu se pencher, ne serait-ce qu'un instant, sur les nombreuses victimes du volcan. Les traitant par le mépris, le scénario, à peine digne d'un téléfilm de deuxième partie de soirée sur une chaîne de la TNT, se focalise sur l'invincible Milo, seul homme à ma connaissance capable de subir une séance de coups de fouet et d'enchaîner, l'air de rien, sur un combat contre une trentaine de guerriers, tout en étant enchaîné, avant de filer au secours de sa douce au triple galop sous une pluie de cendres.
Un film catastrophe, donc, à tous les sens du terme. Si Paul W.S. Anderson pouvait arrêter le massacre, le Septième Art s'en porterait mieux, à n'en pas douter.

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