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vendredi 23 avril 2021

La traque (1975)


Une fois n'est pas coutume, plongeons aujourd'hui dans le cinéma français du millénaire passé pour exhumer un film oublié de tous ou presque. Réalisé par Serge Leroy, "La Traque" présentait un casting remarquable, mais ne fut pas pour autant le succès espéré. Comment se fait-il qu'un film où se côtoyaient Jean-Pierre Marielle, Michael Lonsdale et Jean-Luc Bideau, pour ne citer qu'eux, n'ait marqué personne ou presque ? Sorti en 1975, ce film n'a bénéficié d'une sortie vidéo que cette année : en matière de visibilité, il y a de quoi s'interroger.

Jeune universitaire nommée à Caen, Helen Wells vient visiter une maison qui l'intéresse, dans la campagne normande. Le destin va vouloir qu'elle croise le chemin d'une bande d'amis, partis à la chasse au sanglier dans les bois qu'ils connaissent bien : il y a là toutes les couches de la société, ou presque. Quand l'un d'eux la viole, Helen se venge en lui tirant dessus. Ses compagnons vont alors tout faire pour empêcher Helen de raconter ce qui s'est passé. Commence une traque éprouvante pour la jeune femme.

Sur une trame classique, celle du rape and revenge, et avec une esthétique proche du documentaire, Serge Leroy, issu de la télévision, propose ici un film rare, dérangeant, âpre et sans doute en avance sur son temps. On pourrait sans mal classer "La traque" dans la catégorie des "films de genre" ou le comparer à des monuments du même registre (comme "Les chiens de paille", par exemple). Tout en tension, ce long métrage est éprouvant à plus d'un titre et fait partie des films qu'on n'oublie pas. En le visionnant, quarante-cinq ans après sa sortie, on se demande comment pareil film n'est pas devenu culte. 

En empruntant maintes fois au style documentaire, dans lequel il avait fait ses armes et où il puisa une partie de son inspiration pour "La traque", Serge Leroy, cinéaste français méconnu, livre sans doute ici son opus le plus percutant. Le portrait qu'il dresse des hommes, dans une activité à haute teneur en testostérone, n'épargne personne, mais n'est pas pour autant primaire. Face aux monstres ordinaires joués par des acteurs au diapason, il dresse la formidable et fragile Mimsy Farmer, brandissant bien des années en avance, l'étendard féministe. La meute derrière la proie, incarnée par une brochette d'acteurs au meilleur de leur forme, fera frémir, dans sa cruauté autant que son humanité. Face à l'étrangère, ces locaux, au statut de notables, n'ont rien à voir avec ceux de "Delivrance", mais ne s'avèrent pas meilleurs, finalement. 

Il est dommage que "La traque", malgré un casting épatant, soit tombé dans l'oubli. Sa récente (après quarante ans dans les limbes) sortie en vidéo est l'occasion de (re)découvrir ce film audacieux, sans doute trop pour son époque. Il ne serait que justice qu'il accède enfin à la reconnaissance qui lui est due. 



samedi 17 avril 2021

47 meters down (2017)

 

Dans le registre des films à sensation, voire d'horreur, le film "de requin" est une catégorie à part entière, au sommet de laquelle trône l'indépassable "Les dents de la mer". De ses (trop) nombreuses séquelles à des tentatives plus honnêtes comme "Peur bleue" ou "Instinct de survie", les requins, et plus spécifiquement le Carchardon carcharias, ou grand requin blanc, a terrorisé des millions de spectateurs, à tort, d'ailleurs. Récemment, "47 meters down" a connu un joli succès outre-Atlantique, au point d'avoir droit à une suite. Néanmoins, il n'eut pas l'honneur d'une sortie en salles en France. A tort ou à raison.

Lisa et Kate, deux sœurs, sont en vacances ensemble au Mexique. Quand l'opportunité leur est offerte d'observer les grands requins blancs, enfermées dans une cage de protection, elles tentent l'aventure, malgré les réticences de Lisa. Mal leur en prend puisque la cage va chuter jusqu'au fonds marins, à 47 mètres de profondeur. Voilà les deux sœurs en grand péril : le temps leur est compté et les requins rôdent. 

Le postulat de base de "47 meters down" est simple et on ne saurait lui reprocher d'être malhonnête.  Il va s'agir pour les protagonistes du film de se sortir du mauvais pas où elle se sont fourrées, alors que les difficultés s'accumulent. Sur ce schéma classique, nombre de réalisateurs ont fait des propositions et les échecs furent nombreux, notamment pour cause de surenchère : même improbable, les péripéties se doivent de maintenir un certain équilibre, faute de rompre le fil du suspense. Bien que se permettant pas mal de facilités, "47 meters down" se sort plutôt bien de cet exercice et Johannes Roberts, son réalisateur, joue de façon maline avec les nerfs des spectateurs. 

Sans disposer de moyens faramineux, "47 meters down" maintient la plupart du temps la tension et n'offre que peu de temps morts. Les deux actrices principales, Mandy Moore et Claire Holt, dans des rôles qui auraient pu tourner à ceux de potiches prises au piège, offrent une prestation honorable, même si la psychologie de leurs personnages reste peu approfondie (mais le genre empêche pareille introspection). 

Si l'on passe sur les nombreuses incohérences et invraisemblances du scénario, l'exercice de style s'avère plutôt réussi et on se surprend à appréhender ce qui va tomber sur les deux malheureuses, au fond de l'eau, alors qu'autour d'elles rôdent les dents de la mer. Initialement prévu pour une sortie en vidéo uniquement, le film fut finalement projeté en salles aux USA, et connut un succès tel qu'une suite fut tournée. Le destin de "47 meters down" fut tout autre, de ce côté-ci de l'Atlantique : on pourra s'en lamenter, pour peu qu'on goûte ce genre de cinéma. 






vendredi 5 juin 2020

Paranoïa (2013)



Le monde des affaires est impitoyable et certains films se sont attachés à en décrire les mécanismes destructeurs, dans des thrillers parfois réussis, parfois moins. Dans "Paranoïa", Robert Luketic, réalisateur de "La revanche d'une blonde" ou de "Kiss and kill" s'aventurait dans ce registre, nouveau pour lui. Avec un casting royal, on pouvait penser que ce film attirerait forcément des cohortes de spectateurs. Il n'en fut rien et "Paranoia" sortit en VOD dans bien des pays (dont l'hexagone). Depuis, la plupart des films de Luketic (dont le reboot de "Barbarella") sont restés dans les cartons. Cet échec, sanctionné par le gel d'une carrière de réalisateur, était-il mérité ?

Jeune employé sûr de lui, Adam Cassidy est employé par Wyatt Telecom et est persuadé qu'une grande carrière s'offre à lui. Hélas, il commet une erreur, extrêmement coûteuse pour son employeur. Ce dernier, ne reculant devant rien pour réussir, lui propose alors un marché qu'il ne pourra refuser : en échange de l'indulgence de Nicholas Wyatt, Adam va devoir infiltrer le concurrent de celui-ci, Jock Goddard, qui fut aussi son associé, autrefois. 
N'ayant pas le choix, Adam cède et met le doigt dans un engrenage dont il aura du mal à se sortir indemne. 

Adaptation du ramona de Joseph Finder, "Paranoia" est de ces films dont le héros est, dans un premier temps, soumis à des événements, avant de reprendre le contrôle de sa vie et d'en sortir grandi. Le parcours est classique et ici agrémenté de nombreux retournements. Faux semblants, mensonges et intérêts divergents viennent également enrichir l'intrigue ou la rendre, si le dosage est maladroit, illisible. C'est malheureusement la deuxième option que choisit Luketic, héritant probablement d'un scénario dense et passablement bancal. 

Se perdant dans un décorum où luxe et haute technologie écrasent tout, intrigue et personnages, le film devient vite une vitrine pour produits de luxe et gadgets high-tech. Navigant dans les hautes sphères des affaires, le jeune héros fait souvent preuve d'une naïveté confondante, aidé en cela par un scénario multipliant les invraisemblances et les failles. Oubliant le fond au profit de la forme, Robert Luketic signe ici un pseudo-thriller dont l'intérêt (déjà limité au départ) fond comme neige au soleil. Et ce n'est pas la présence d'énormes stars au casting qui peut sauver le film, au contraire. Qu'il s'agisse de Liam Hemsworth (jamais crédible dans son rôle), du grand Harrison Ford (dont on se demande comment il a pu aller jusqu'à se donner pareil look pour ce film), de Gary Oldman (nous ayant habitués à mieux), d'Amber Heard (dans un rôle plus esthétique qu'autre chose), c'est la perplexité qui règne devant ce film portant les tares des années 90 et les ambitions des années 2000. 

Très vite, on décroche et on perd tout intérêt à visionner "Paranoïa", malgré sa cohorte de stars et ses décors sortis de catalogues haut-de-gamme. Au delà des belles images et d'acteurs qu'on aime d'ordinaire retrouver à l'écran, les producteurs et le réalisateur de ce jouet coûteux ont oublié qu'il faut, accessoirement, raconter une histoire digne d'intérêt au spectateur.




mercredi 27 novembre 2019

Celle que vous croyez (2018)




Il est difficile de catégoriser certains films : ainsi, nombre de longs métrages sont étiquetés "comédie dramatiques", ce qui, vous en conviendrez, ne veut pas dire grand chose. Le film "Celle que vous croyez" était catalogué dans ce registre et je ne savais guère à quoi m'attendre en le visionnant. La présence au casting de Juliette Binoche et de François Civil pouvait suffire à éveiller l'intérêt de nombreux cinéphiles, cela dit. Ne sachant cependant si j'allais rire ou pleurer, c'est à ce film qui fut bien peu visible que je consacre un article. Malgré une sélection à la Berlinale, "Celle que vous croyez" n'eut que peu de succès dans les salles.

Quinquagénaire divorcée, professeure de littérature, Claire décide un jour de créer un faux profil sur un célèbre réseau social. Alors qu'elle voulait au départ espionner son ex-amant, et sous l'identité de Clara, superbe jeune femme sortie de son imagination, elle va séduire Alex, un jeune photographe, et être séduite par lui. Mais, tôt ou tard, le virtuel ne suffit plus et Claire va devoir affronter les conséquences de ce qui était, initialement, un petit mensonge.


Adapté du roman homonyme de Camille Laurens, "Celle que vous croyez", réalisé par Say Nebbou, déjà remarqué pour "Dans les forêts de Sibérie" n'est pas une comédie, que cela soit clair une fois pour toutes. La spirale dans laquelle Claire s'engage prête plus à l'inquiétude qu'au rire. Se prenant au jeu en même temps qu'elle se prend au piège, l'héroïne de "Celle que vous croyez", remarquablement interprétée par Juliette Binoche, est à la fois coupable et victime et, si elle est de tous les plans ou presque, la réalisation n'en fait par pour autant l'unique objet du film. C'est plutôt une belle surprise que ce film, qui évoque les dangers du virtuel en même temps que l'importance de l'âge et la difficulté d'aimer, tout en conservant une vraie dose de suspense.

C'est bien d'un thriller romantique qu'il s'agit là, qui joue habilement de son époque et met en avant ses personnages, ancrés dans leur époque, la nôtre. Réaliste en même temps que surprenant, "Celle que vous croyez" réussit presque son coup, puisque seule sa dernière partie pêche un peu. Servis par une mise en scène efficace, qui évite d'être tapageuse, les acteurs incarnent avec conviction ces deux égarés, s'aimant sans se connaître. Si François Civil confirme tout le bien qu'on pouvait déjà penser de son talent et laisse augurer du meilleur pour la suite de sa carrière, Juliette Binoche, inattendue dans pareil rôle, est parfaite en assumant son âge et son statut. Derrière eux, on remarquera les jolies prestations de Guillaume Gouix et de Nicole Garcia, en psychiatre attentionnée.

Malgré une conclusion pas forcément à la hauteur, "Celle que vous croyez" est une belle tentative de thriller, abordant des thèmes d'actualité et les traitant plutôt habilement. Filmé avec talent et interprété par des acteurs impeccables, ce film français aurait mérité mieux lors de sa sortie en salles. Il n'est peut-être pas trop tard pour lui donner une deuxième chance.


mardi 3 septembre 2019

Le nouveau protocole (2008)




Les scandales pharmaceutiques ont fait la une des journaux à plusieurs reprises, ces dernières années. Alors, forcément, ce sujet a pu inspirer les cinéastes. On se rappelle, notamment, de "La fille de Brest", mais pas forcément du film "Le nouveau protocole", réalisé par Thomas Vincent. Avec en tête d'affiche Clovis Cornillac et Marie-Josée Croze, ce long métrage annonçait la couleur : il s'agissait d'une quête de la vérité. Peu nombreux furent celles et ceux qui répondirent à l'invitation. 


Parce que son fils est mort, dans un accident de voiture, Raoul Kraft est en colère. Ce père divorcé connaissait mal son enfant et découvre à sa mort qu'il faisait partie d'un essai thérapeutique, non sans risques. Quand surgit Diane, une jeune femme qui a elle aussi perdu un proche inclus dans un essai clinique, Raoul décide de remonter la piste. Tous deux en sont convaincus : à servir de cobayes, ceux qu'ils aimaient l'ont payé de leur vie. 
Mais, face à eux, l'adversité est puissante et omniprésente. 

Un soupçon de paranoïa, pas mal de poursuites et beaucoup de nervosité. Thomas Vincent, avec ce film, s'essaie au thriller sur les chapeaux de roues, en répondant aux nombreuses contraintes du genre.  Pour compliquer un peu plus l'exercice, c'est en s'attaquant à un sujet sensible qu'il le fait. L'idée était louable, c'est son traitement qui pêche. Rapidement, le scénario semble tourner en rond et doit, pour avancer, utiliser des ficelles un peu trop visibles. La crédibilité de l'ensemble en prend un vilain coup, malgré un ton et une image très ancrées dans un réalisme bienvenu. 

Malgré de nombreuses incohérences et pas mal de maladresses, le film a quelques beaux atouts dans sa manche, notamment parce qu'il explore un sujet des plus intéressants et que son interprète principal est étonnamment convaincant. Si Clovis Cornillac, omniprésent dans le cinéma français d'il y a quelques années, avait pu agacer (moi le premier, je le reconnais), il se montre ici en phase avec son personnage et livre une prestation de qualité. Face à lui, Marie-Josée Croze, d'ordinaire appréciable, en fait souvent trop, s'égarant dans la composition d'une pasionaria militante prête à tout, mais finalement pas très organisée (on se demande comment elle a pu échapper à ses poursuivants jusque là). 

Partant d'une intention louable, "Le nouveau protocole" ne remplit (hélas) pas sa part du contrat, faute d'une vraie cohérence et, surtout, d'une conclusion tenant debout. Sans divulgâcher sa fin, cette dernière n'est pas à la hauteur de ses promesses, comme si le scénariste n'arrivait pas à traiter complètement son sujet. En se prenant les pieds dans le tapis, il bâcle sa dernière partie et, du coup, plombe lourdement l'ensemble du film.


vendredi 5 octobre 2018

Les fantômes du passé (2017)



J'avoue un petit faible pour la littérature policière venue d'Islande. Alors, quand l'occasion s'est présentée de visionner un film venue de ce morceau de terre, je n'ai guère hésité. Sous le titre français de "Les fantômes du passé" (alias "Eg man pig" en Islandais, ou "I remember you" pour les pays anglo-saxons, allez vous y retrouver avec ces titres), se profilait donc l'adaptation d'un roman d'Yrsa Sigurðardóttir, mêlant thriller et épouvante. Pourquoi pas, après tout ?

Quelque part, en Islande, une femme se pend dans une église. En enquêtant sur son passé, Freyr, psychiatre, dont le fils a disparu trois ans plus tôt, découvre que cette suicidée n'était pas étrangère à cette disparition.
Non loin de là, trois jeunes gens décident de rénover une vieille maison abandonnée, située dans un village déserté faute d'activité industrielle, avant de se rendre compte que les lieux abritent une présence. Et si ces faits étaient liés entre eux ? 

Au bout de quelques scènes, on comprend que "Les fantômes du passé" utilise deux intrigues qui finiront par se croiser mais que la route sera faite de douleurs, parce que les personnages charrient tous un passé compliqué. Il est question de deuil, surtout, dans ce film froid comme le vent qui souffle sur les paysages islandais (remarquables décors de film, soit dit en passant). 

Hélas, dans son traitement, "Les fantômes du passé" est souvent peu clair et déséquilibré. Les
motivations du psychiatre qui accompagne les enquêteurs, par exemple, sont mieux explicitées que celle des jeunes gens venus restaurer une maison, envers et contre tout, malgré les multiples fêlures existantes dans leurs existences. Óskar Thór Axelsson, réalisateur et coscénariste du film, a un véritable talent de mise en scène, mais livre un long métrage parfois bancal. C'est d'autant plus dommage que les acteurs sont souvent très convaincants, Jóhannes Haukur Jóhannesson en tête.

Par ses maladresses, "Les fantômes du passé", s'il peut séduire par ses décors, son ton et son casting, échoue à réussir dans l'exercice de style qu'il s'impose. Pas franchement désagréable, mais sans rien de surprenant, ce film venu d'une contrée à la production cinématographique rare peut laisser froid.




lundi 19 mars 2018

Corporate (2016)


Ressources humaines : ces deux mots sont souvent mal associés, dans le monde de l'entreprise, si vous voulez mon avis. Évoquer au cinéma la gestion de l'humain, c'est souvent prendre parti et dénoncer, sous couvert de fiction, des situations bien réelles. C'est aussi prendre le risque de n'intéresser que peu de spectateurs qui, on peut le comprendre, préfèrent aller dans les salles obscures pour oublier durant deux heures le monde du travail. Avec "Corporate", Nicolas Silhol avait choisi d'examiner de l'intérieur la gestion des ressources humaines dans une grande multinationale. Mal lui en prit, car le public ne le suivit pas.

En charge des ressources humaines au siège parisien d'un grand groupe alimentaire, Emilie est la meilleure dans son domaine. Lorsqu'un des employés, qu'elle a refusé maintes fois de recevoir, se suicide sur son lieu de travail, tout l'univers d'Emilie s'effondre. Alors qu'elle était missionnée pour se débarrasser de certains éléments, la voilà lâchée par ses supérieurs et menacée par l'inspection du travail.
Alors Emilie décide de tout dire à l'inspectrice qui enquête sur l'affaire, et tant pis si sa carrière en pâtit. 

Est-on dans un film aux vocations documentaires ou dans un thriller dramatique ? La question peut se poser, lorsqu'on visionne "Corporate" et que l'on découvre les méthodes employées et enseignées aux représentants des ressources humaines. A ce titre, le film est édifiant, du moins dans sa première moitié, lorsqu'il décrit avec précision la mécanique à broyer les humains et le fait avec un réalisme qui fait froid dans le dos. Certaines scènes, certains comportements, certaines expressions évoqueront forcément quelque chose à celles et ceux qui ont travaillé ou travaillent encore dans ces grands groupes où les ressources comptent plus que l'humain. A ce titre, "Corporate" est édifiant et pourrait être nécessaire, s'il allait plus loin dans la dissection d'un système malade de ses profits. 

C'est en effet la voie qu'il choisit, celle de la facilité, qui lui cause du tort, dans sa dernière partie. Il est dommage que le scénario se termine avec une certaine facilité, alors qu'il ne ménageait pas sa peine pour installer son intrigue, ses personnages et ses enjeux. Il aurait fallu un peu plus de rigueur, ce qui, j'en conviens, aurait pu faire basculer le film vers un ton docte pas forcément vendeur.

Les interprètes de ce drame pourtant si réaliste sont remarquables : qu'il s'agisse de Céline Sallette, qu'on se prend tour à tour à comprendre et à détester, de Lambert Wilson, plutôt convaincant (ce ne fut pas toujours le cas), de Stéphane De Groodt ou de la lumineuse Violaine Fumeau, en inspectrice du travail pugnace, ils donnent corps aux personnages de ce thriller qui n'en est pas un, finalement. 

N'eût été une conclusion bâclée, "Corporate" aurait pu être un film nécessaire : il ne s'agit, à défaut, que d'un film intéressant. C'est déjà ça.



Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film engagé"

jeudi 31 août 2017

Deux soeurs (2003)


Depuis quelques années, le cinéma sud-coréen fait preuve d'une créativité sans bornes, en particulier lorsqu'il s'agit de donner des frissons au spectateur, que ces frissons soient générés par la peur, le suspense ou le simple plaisir de goûter un film bien fait. Jee-Woon Kim, surtout connu pour "A bittersweet life" ou "Le bon, la brute et le cinglé" réalisa quelques années plus tôt un thriller lorgnant sur le film d'épouvante, "Deux soeurs", qui est loin d'être aussi connu que ses derniers opus. 

Après une longue absence, Su-Mi et Su-Yeon reviennent dans leur maison, accompagnées de leur père. Là, les attend Jung-Ha, leur belle-mère, avec laquelle les rapports sont tendus. Cette dernière terrifie Su-Yeon et Su-Mi fait tout pour éviter sa marâtre. Peu à peu, dans la grande maison familiale, l'ambiance devient de plus en plus étrange. Entre apparitions fantomatiques et tentatives de meurtres, c'est à se demander qui est sain d'esprit...

Curieux film, que ce "Deux sœurs", se baladant tantôt sur le terrain du thriller psychologique (qui plus est, avec comme champ d'exploration l'adolescence féminine), tantôt dans les contrées du film fantastique. Imbriqués l'un dans l'autre, les thèmes qu'aborde ce film sont difficiles à démêler l'un de l'autre. Cela rend le visionnage du film d'autant plus troublant que le spectateur ne sait pas très bien ce qui est réel ou ce qui ne l'est pas. 

Doté d'une véritable identité visuelle, souvent très beau, mais tout aussi oppressant et angoissant, "Deux sœurs", lauréat du grand prix du festival de Gerardmer, témoigne aussi d'une réelle maestria de la part de son réalisateur. Techniquement très maîtrisé, mais sans cependant faire étalage de ses qualités, "Deux sœurs" vaut aussi pour l'interprétation toute en finesse de ses acteurs, et surtout ses actrices : des deux jeunes Im Soo-jeong et Moon Geun-young, incarnant deux facettes de l'adolescence au féminin à l'inquiétante mais superbe Yeom Jeong-a, le trio féminin donnant vie à ce conte est tout simplement remarquable. 

Adaptation d'un conte populaire coréen, "Deux soeurs" vaut tant pour sa réussite plastique que pour son scénario. Il n'est certes pas exempt de défauts (et aurait notamment gagné à être plus court), mais est une belle démonstration du talent de son réalisateur et un bel exemple de la richesse du cinéma coréen. Ce dernier mérite qu'on se penche plus sur ce qu'il a à nous proposer : "Deux sœurs" est une belle entrée en matière, aussi troublant soit ce film.


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, dans la catégorie "Un film d'un réalisateur asiatique".




dimanche 4 décembre 2016

Le contrat (2006)



Il est des acteurs dont la simple présence réussit à bonifier certains films qui, sans eux, passeraient sous le radar de pas mal de monde. Morgan Freeman est de ceux-là. Pourtant, son nom n'est pas forcément synonyme de succès au box-office. J'en veux pour preuve "Le contrat", film réalisé par Bruce Beresford, qui l'avait déjà dirigé dans "Miss Daisy et son chauffeur". L'énorme flop que fut ce long métrage était-il justifié ? C'est une bonne question, chers lecteurs...

Pour renouer les liens avec son fils, Ray Keene, jeune veuf, décide de l'emmener camper en pleine nature. Par le plus grand des hasards, ils vont croiser le chemin de Frank Carden, un tueur au service de la CIA, qui s'est fait arrêter par la police locale et a survécu de peu à un accident de voiture. Poursuivis par les hommes de Carden, Ray et son fils vont devoir se montrer les plus forts. 

J'aurais du me méfier : "Le contrat" est sorti directement en vidéo aux Etats-Unis. Cela n'augure en général rien de bon mais un malentendu est toujours possible. En laissant le bénéfice du doute à ce film, j'ai tenté son visionnage. Qui sait ? Sous son pitch fleurant bon le câble de pont à des kilomètres, pouvait se cacher une bonne surprise.  

Je n'irai pas par quatre chemins : si "Le contrat" n'est pas sorti en salles aux Etats-Unis, ce n'est pas une dramatique erreur de production. Il l'avait bien cherché, ce film, tant il se montre, et ce dès le début, indigne. La réalisation est sans doute le pire défaut de ce film à peine digne d'une audience de deuxième partie de soirée sur une chaînes cachée au fond d'un bouquet satellite. Il faudra bien du courage (ou de l'indulgence, c'est selon) au spectateur pour le visionner jusqu'au bout en résistant au cri de la zappette. 

Que dire des interprètes, si ce n'est qu'on est souvent gêné pour eux de les voir se compromettre dans pareil film ? Ce n'est pas la première des casseroles qu'ils auront sur leur parcours (et John Cusack en a déjà une jolie collection), mais on est toujours peiné de voir des acteurs qu'on apprécie se commettre dans un long mértage laborieux, qui finira sa carrière au fin fond d'une grille de programmes télévisées.

La présence de Morgan Freeman suffit souvent à rehausser le potentiel d'un film. Il faut croire qu'on partait ici de très loin, car ce "Contrat" n'est pas honoré. Se sentant légitimement floué, le spectateur est en droit de demander réparation.



mercredi 6 avril 2016

Suspect zéro (2004)


Le tueur en série fascine les cinéastes depuis l'invention du septième art, ou peu s'en faut. De "M le maudit" au "Silence des agneaux", en passant par "Se7en", nombreux sont les chefs d'oeuvre s'étant penché sur ce personnage fascinant de monstruosité. Dans l'inventaire des films traitant du serial-killer, il y a également maintes tentatives vaines, voire purement mercantiles, d 'exploiter un juteux filon. Échec injuste ou bide bien mérité ? Le cas de "Suspect Zéro", réalisé par E. Elias Merige mérite qu'on se penche sur lui.

L'enquêteur Thomas MacKelway, du FBI, après une longue traversée du désert, enquête sur des meurtres, a priori sans lien entre eux. Mais lorsqu'un mystérieux message revendique les assassinats, se profile la présence d'un tueur en série, qui chasse lui-même d'autres tueurs en série. MacKelway, accablé par ses démons, et sa collègue Fran, vont remonter la piste, jusqu'à une mystérieuse expérience de vision à distance...


Repéré pour son précédent film, "L'ombre du vampire", E. Elias Merige s'est emparé, pour "Suspect zéro", d'un scénario cherchant preneur depuis plusieurs années à Hollywood. Lorsqu'on découvre l'histoire dont il est question, on comprend mieux pourquoi ce script a mis tant de temps à être choisi pour donner lieu à un film. Tarabiscotée à outrance, ce pseudo-thriller traitant d'un tueur de tueurs laisse le spectateur interloqué : et puis quoi, encore ? La surenchère relative aux motivations du méchant du film semble assez vaine, surtout au regard du résultat.

On serait bien mal inspiré de reprocher son manque de moyens à un film, mais le fait est qu'on a vu de tous petits budgets donner de grandes choses. Cependant, dans le cas de "Suspect zéro", force est de constater que, bien souvent, le manque d'ambition se ressent à l'écran. C'est d'autant plus flagrant que le metteur en scène use et abuse de techniques "clipesques" (notamment d'agaçants passages usant de filtres rouges pour signifier la "présence" du tueur). 

La psychologie des personnages est dessinée à traits épais, voire caricaturaux, sans aucun souci de crédibilité. C'est là un des points (très) faibles du film, le réalisme des protagonistes étant pour beaucoup dans la réussite d'un film de ce genre (les exemples abondent). Endossant des rôles mal fichus, les acteurs ne donnent pas, c'est un euphémisme, le meilleur d'eux-mêmes. Aaron Eckhart n'est guère convaincant en enquêteur torturé et Ben Kingsley en fait des tonnes dans le rôle du tueur plus intelligent que celui qui le pourchasse. Il n'y a guère que la lumineuse Carie-Anne Moss pour sauver l'interprétation de ce médiocre thriller.

Exploitant sans inspiration un thème déjà essoré, "Suspect zéro" n'est pas de ces films qui transcendent un genre pour devenir une oeuvre mémorable. Il est préférable de l'oublier...


vendredi 1 avril 2016

The two faces of January (2014)


On ne compte plus les romans de Patricia Highsmith qui furent adaptés au grand écran, avec plus ou moins de bonheur. De "L'inconnu du Nord Express" à "L'ami américain", en passant par "Plein soleil", certains films tirés de ses romans font aujourd'hui figure de classiques. D'autres sont tombés dans l'oubli ou presque. Lorsque Hossein Amini, pour sa première réalisation, s'empara de "The two faces of January", il ne rencontra pas le succès espéré. Porté par un trio d'acteurs qui avait tout pour attirer le public (Viggo Mortensen, Kirsten Dunst et Oscar Isaac), le film passa sous les radars de bon nombre de spectateurs.

1952 : un couple d'Américains, Chester et Colette, visitent l'Europe et se sont arrêtés en Grèce où ils découvrent le Parthénon. Ils attirent l'attention de Rydal, jeune Américain séjournant à Athènes et se proposant d'y être leur guide. Quand Chester est rattrapé par ses malversations financières et qu'il tue accidentellement l'homme chargé de le retrouver, Rydal va se retrouver pris dans un engrenage meurtrier, en étant sous l'emprise de Chester et le charme de Colette



On songe à Hitchcock, à la lecture du pitch de "The two faces of January". Il faut, hélas, constater que la comparaison ne va pas plus loin. Faute de savoir instaurer une véritable tension et d'utiliser habilement les superbes décors offerts par la Grèce, Hossein Amini, déjà repéré pour ses talents de scénariste, démontre qu'on ne s'improvise pas metteur en scène. Filmant son histoire platement, il n'arrive presque jamais à faire décoller son intrigue et à susciter l'intérêt du spectateur. Les mésaventures de Rydal et la relation trouble qu'il entretient avec ses deux "amis" auraient gagné être filmé sur un mode plus fébrile et entraînant. Faute d'énergie communicative, "The two faces of January" manque cruellement d'intensité et a souvent des allures de mauvais téléfilm.

La direction d'acteurs est sans doute l'un des autres grands défauts de ce film : qu'il s'agisse du magnétique Viggo Mortensen (dont le talent n'est plus à démontrer), de Kirsten Dunst ou du très prometteur Oscar Isaac, les interprétes de "The two faces of January" peinent à convaincre, comme s'ils étaient peu persuadés de l'entreprise dans laquelle ils se sont embarqués. C'est d'autant plus regrettable qu'on sait que ces acteurs sont remarquables lorsqu'ils sont bien dirigés et qu'on leur offre une partition digne de leur talent.

Filmé platement, et joué sans conviction, "The two faces of January" est - hélas ! - un thriller où l'on ne frissonne guère et où l'on s'ennuie. C'est d'autant plus dommage qu'on sent, au visionnage, qu'il y a avait là matière à un grand film à suspense, digne de ceux que nous offrit le grand Hitch à son époque. Celui dont l'ombre plane sur "The two faces of January" aurait probablement fait de cette histoire un long métrage mémorable.


vendredi 26 février 2016

Made in France (2016)



Il est des films maudits, dans la carrière d'un réalisateur. Qu'ils soient nés à la faveur d'une production calamiteuse ou simplement qu'ils arrivent dans un fâcheux timing, ces longs métrages passent à côté du succès qui leur était promis. Parce qu'il aurait du sortir durant cette sinistre année 2015 et qu'il évoque la formation d'une cellule djihadiste se destinant à préparer un attentat à Paris, "Made in France", le dernier film de Nicolas Boukhrief, ne sortira jamais en salles. Il est cependant disponible en VOD depuis peu. 

Musulman pratiquant, journaliste, Sam décide d'enquêter sur les mosquées radicales de la région parisienne et sur les mouvances intégristes qui les gangrène. Il réussit à approcher un groupe de quatre jeunes hommes qui, sous le commandement du charismatique Hassan, revenu du Pakistan, se prépare à commettre un attentat sur le sol français. Très vite, Sam va se rendre compte qu'il est impossible de faire marche arrière...


On a forcément la gorge serrée en visionnant "Made in France", tant on a présent à l'esprit le souvenir de ces journées sinistres de janvier et de novembre 2015, faites de barbarie et de souffrance. Pour oser s'attaquer à ce phénomène, il a sans doute fallu de longs mois de recherche et de documentation au méticuleux Nicolas Boukhrief. Voir l'actualité percuter violemment l'oeuvre de fiction (tourné avant les événements de janvier) fut sans doute pour lui un choc dont il est difficile de se remettre. Cette collision est d'autant plus regrettable qu'elle met dans l'ombre les grandes qualités de "Made in France". 

C'est un grand cru que ce film de Nicolas Boukhrief, tout en tension du début à la fin. La mise en scène et la direction d'acteurs sont, une nouvelle fois, de grande qualité, et servies par une interprétation remarquable, réussissant à éviter la caricature. Les cinq acteurs principaux (Maliz Zidi, Dimitri Storoge, François Civil, Nassim Si Ahmed et Ahmed Dramé) livrent des personnages tout à la fois terrifiants et terriblement humains (ce qui les rend finalement plus inquiétants encore). N'eût été une conclusion presque décevante, on aurait pu parler de chef d'oeuvre (maudit, certes).

Prophétique, réaliste, inoubliable, ce film risque fort d'être celui qui marquera la carrière de Nicolas Boukhrief. Espérons cependant que ce soit pour ses immenses qualités, tant sur le fond que sur la forme, plutôt que pour la polémique qu'il engendra lors de sa non-sortie.



jeudi 5 novembre 2015

Return to sender (2015)




Dans la carrière de certains acteurs, il suffit d'un film pour passer de l'ombre à la lumière. Reste alors à gérer la suite. On en a vu des étoiles filantes s'éteindre après avoir intensément brillé dans une oeuvre. Lors de la sortie récente de "Gone girl", la belle Rosamund Pike eut l'honneur des tapis rouges et de la presse spécialisée. Le rôle offert par David Fincher lui avait donné l'occasion d'exprimer une facette méconnue de son talent. Il était donc logique qu'on lui propose des rôles similaires, sans doute dans l'espoir de profiter du filon. "Return to sender" de Fouad Mikati, toujours inédit dans nos salles obscures (comprenez par là qu'il sera cantonné au marché vidéo), est un bel exemple de cette tentative.

Miranda, une belle infirmière, vit seule ou presque, entre deux visites de son père. Quand elle accepte un rendez-vous d'un inconnu, chez elle qui plus est, sa vie bascule. Dès lors, elle va tenter de se reconstruire, tandis que l'homme qui l'a violée croupit en prison. 
Contre toute attente, Miranda va tenter de retrouver la trace de ce monstre, afin de communiquer avec lui. Commence alors une étrange correspondance entre la victime et son bourreau, sous le regard effrayé de l'entourage de Miranda.

Croyez-le ou non, en écrivant le pitch ci-dessous (et c'est parfois un exercice délicat), je me suis rendu compte à quel point l'intrigue de "Return to sender" manquait d'épaisseur. Il s'en est, en effet, fallu de peu que les quelques lignes de présentation (censées donner l'envie de visionner le film, le cas échéant) ne résume l'intégralité de l'histoire. Vous conviendrez donc que ce billet commence plutôt mal. Pour son deuxième long-métrage, après "Opération : Endgame", Fouad Mikati livre un film vendu comme un thriller psychologique, mais dont l'emballage est hélas trompeur. Il n'y a pas grand chose dans la boîte et l'on est en droit de râler, une fois le visionnage terminé. 

Partant d'une idée qui aurait pu donner quelque chose d'intéressant, le scénario arrive rapidement au bout de son discours et doit, pour remplir le format réglementaire, faire du remplissage. On a donc droit à de nombreuses scènes inutiles, afin de patienter jusqu'au dénouement et au twist final, amené avec une maladresse telle qu'on ne peut y croire un instant.


Pour donner vie à cette histoire invraisemblable, c'est essentiellement sur les épaules de trois acteurs que repose la tâche. En premier lieu, Rosamund Pike, certes très belle, mais semblant ici peu convaincue de l'histoire (on la comprend), livre le minimum syndical. En face d'elle, en psychopathe repenti (ou pas), Shiloh Fernandez, jusque là surtout remarqué dans les séries télévisées, en fait mille fois trop. Enfin, le vétéran Nick Nolte, dans les quelques scènes où il apparaît, a souvent l'impression de se demander ce qu'il fait là. 
Le spectateur aussi, d'ailleurs. 

Certes, Rosamund Pike est très belle, mais cela ne suffit en rien à assurer la réussite d'un film. Pour ce faire, il faut quelques ingrédients indispensables : un scénario digne de ce nom et un réalisateur capable de mettre ce dernier en images. Faute de disposer de l'un ou de l'autre, "Return to sender" s'oublie très vite.





dimanche 19 avril 2015

Avant d'aller dormir (2014)


Rowan Joffé, fils de Roland Joffé (réalisateur des sublimes "La déchirure" et "Mission", dans les années 1980) a entrepris de suivre les traces de son père, qu'on a un peu perdu de vue ces dernières années. Après s'être essayé à l'écriture de scénario, Rowan Joffé est passé à la réalisation, avec plus ou moins de bonheur. "Avant d'aller dormir" est son troisième long métrage. Malgré la présence au casting de Nicole Kidman et de Colin Firth, il convoqua environ 100 000 spectateurs dans les salles françaises. Autant dire que c'est ridicule, avec pareil casting.

Suite à un accident, quatorze ans plus tôt, Christine est amnésique. Ce qu'elle vit chaque jour, elle l’oublie durant la nuit. Chaque matin, au réveil, elle redécouvre sa vie : son identité, son mari, sa maison, le médecin qui l'appelle pour lui rappeler son état. 
Un jour, ce dernier lui conseille de tenir un journal vidéo de ce qu'elle découvre. Lentement, elle va reconstruire le puzzle qu'est sa vie et découvrir ce qu'on veut lui dissimuler : le doute s'insinue, au fur et à mesure de ses découvertes.


Le thème de l'amnésie a déjà fait l'objet de longs métrages, avec plus ou moins de bonheur. J'évoquerais ici le mémorable (désolé, le jeu de mots était facile) "Memento" ou "Amour et amnésie", pour citer deux extrêmes. A en croire les déclarations de Rowan Joffé, son ambition était ici de réaliser un thriller psychologique de grande envergure, à la manière d'Alfred Hitchcock. Hélas, faute de s'être donné les moyens de réussir ou de disposer du talent nécessaire à pareille entreprise, il faut reconnaître que l'on est loin, très loin du compte. 

Comme on pouvait s'y attendre, le scénario accumule les rebondissements artificiels et (surtout) les répétitions, mais aussi les invraisemblances. Rowan Joffé a beau revendiquer l'influence de Hitchcock, des frères Dardenne ou de Joel et Etan Coen, on est loin, très loin d'atteindre le niveau de ces grands du cinéma. Adapté d'unbest-seller international (comme l'annonce l'affiche), "Avant d'aller dormir" nécessitait pour être réussi deux éléments majeurs (ceux que le grand Hitch maîtrisait à la perfection) : un scénario en béton armé et une mise en scène impeccable. Si Rowan Joffé fait preuve d'un académisme qu'on pourrait pardonner par bienveillance, le scénario est visiblement en carton et ne réussit pas à convaincre, perdant même le spectateur qui a envie d'y adhérer.

Hormis le très bon Mark Strong (qu'on pourrait croire abonné aux rôles de thérapeutes, après "Mindscape"), les interprètes ne sont pas le meilleur atout de "Avant d'aller dormir" : Nicole Kidman n'est visiblement plus que l'ombre d'elle même et Colin Firth est quasiment apathique dans le rôle du mari jouant un trouble jeu. Il n'y a donc finalement que très peu de raisons de visionner ce film, fût -ce avant d'aller dormir, même s'il s'avère finalement plus soporifique que passionnant. 


dimanche 25 janvier 2015

Open Windows (2014)


Je l'évoquais récemment : nous vivons dans un monde hyper-connecté, pour le pire et le le meilleur. Fatalement, le cinéma s'empare de ce thème, parce qu'il est dans l'air du temps, parce que notre art préféré est sans doute le plus adapté pour l'évoquer. "Open Windows", première du réalisateur espagnol Nacho Vigalondo en territoire hollywoodien, a choisi d'aborder ce thème et d'en faire un thriller à la fois technologique et basé sur la fascination. Malgré la présence au casting d'Elijah Wood et de Sasha Grey, ce film a atterri, dans nos contrées, directement au rayon direct-to-video.

Webmestre d'un site consacré à l'actrice Jill Goddard, Nick Chambers a gagné un dîner avec son idole et se prépare à cette belle soirée, tandis que la vedette présente son prochain film à l'occasion d'une conférence. C'est alors qu'un mystérieux individu contacte Nick : Jill Goddard a annulé le rendez-vous. Qu'à cela ne tienne, l'inconnu propose au jeune homme d'espionner l'actrice, via son téléphone portable. Nick accepte, sans savoir où va l'entraîner cette histoire.

Entièrement basé sur les écrans au point que toutes ses images sont filmées et retranscrites comme sur ceux des téléphones portables et des écrans, "Open Windows" portait, dans son idée de base, une promesse : évoquer la fascination et les dangers de l'hyper-connexion. Passée l'introduction, on est fixé sur l'entreprise : c'est un échec, ni plus ni moins. Prouvant une fois de plus qu'une idée de base, aussi originale soit-elle, ne fait pas un film, Nacho Vigalondo s'empêtre tout seul dans une intrigue tarabiscotée et vite incompréhensible et sans intérêt. Premier film "hollywoodien" de son réalisateur (remarqué avec "Timecrimes"), « Open Windows » tente d'imposer sa forme, mais ne dispose pas du fond nécessaire à son ambition. Torpillé par un scénario cachant ses failles derrière une complexité artificielle, "Open Windows" donne vite envie au spectateur de laisser tomber le visionnage, devant l'histoire invraisemblable qu'on nous conte là.

On peut se poser maintes questions quant au casting de ce film. Elijah Wood, dont la carrière semble prendre de plus en plus l'eau, ces dernières années, aurait-il laissé derrière lui ses meilleurs rôles. Celui qui incarna avec tant de talent le Frodon du « Seigneur des Anneaux » semble piégé dans un film auquel il ne comprend pas grand-chose, comme le spectateur, d'ailleurs. Face à lui, Sasha Grey, ex-star du cinéma pornographique, prouve qu'il y a bien du chemin entre son ancien domaine de prédilection et le statut d'actrice, tant elle est fade, parce que sans doute guère convaincue du jeu auquel on veut la faire jouer. 

Cependant, comme je l'ai déjà dit, le plus grand coupable de cette entreprise reste le scénario, qu'on aurait pu croire basé sur la fascination et l'image, mais n'est qu'un énième thriller à multiples retournements de situations, tous moins crédibles les uns que les autres. Échouant à convaincre le spectateur, "Open Windows" devient vite lassant, à cause de sa forme, en plus d'être sans intérêt sur le fond. Il est des fenêtres qu'il vaut mieux laisser fermées...



samedi 22 novembre 2014

Le dernier Cheyenne (1995)


L'immense (et mérité) succès de "Danse avec les loups" a, dans les années 1990, donné des idées aux scénaristes d'Hollywood. Après des décennies à jouer les mauvais sauvages (à de rares exceptions près), les Amérindiens avaient enfin des rôles dignes d'eux et, surtout, entrevoyaient le repentir de ceux qui avaient tout fait pour les chasser de leurs terres. Nous eûmes ainsi droit à des films souvent inégaux, parfois emplis de bonnes intentions : je citerais, par exemple, le "Géronimo" de Walter Hill, "Le dernier des Mohicans" de Michael Mann ou "Coeur de Tonnerre" de Michael Apted. Mais il existe aussi d'autres films moins remarqués qui s'aventuraient en terre indienne. J'ai récemment découvert fortuitement "Le dernier Cheyenne" et, dans un moment de faiblesse, me suis laissé tenter, espérant trouver une pépite oublié digne d'être redécouverte. Après tout, c'est la vocation première de ce blog, même si elle est souvent cause de déconvenues.


Après l'évasion de trois dangereux détenus durant leur transfert, le shérif Deegan missionne Lewis Gates pour les retrouver : ce redoutable chasseur de primes, habitué à la vie en pleine nature, fut également son gendre et Deegan le tient pour responsable de la mort accidentelle de sa fille. Après avoir remonté la piste des fuyards, Gates découvre, là où il pense qu'ils ont été attaqués, une flèche indienne. Après avoir rencontré la charmante mais opiniâtre Lilian Sloan, archéologue spécialisée dans les civilisations amérindiennes, Lewis va l'entraîner dans un périple que ni l'un ni l'autre ne pourront oublier. 

A la lecture de ce pitch, on peut s'attendre à tout, y compris à une bonne surprise. Hélas, je n'irai pas par quatre chemins, c'est hélas le pire qui est au rendez-vous. Malgré des décors sublimes et des acteurs qui ont prouvé par le passé qu'ils pouvaient donner le meilleur, "Le dernier Cheyenne", après les premières scènes, perd vite le bénéfice du doute qu'on avait pu lui accorder. 

Une fois qu'on connaît le passif de Tab Murphy, réalisateur de ce "Dernier Cheyenne", l'indigence du scénario se comprend mieux. L'homme est un ancien de chez Disney et pour sa première (et unique à ce jour) réalisation, n'a visiblement pu s'empêcher de filmer une histoire où tout finit par s'arranger, contre toute vraisemblance. Son scénario donne souvent l'impression d'avoir été écrit au fil du tournage, en dépit du bon sens. Si l'on ajoute à cela un montage visiblement commis sous l'emprise de la boisson, le désastre narratif est complet. 

Les comédiens, malgré tout le respect que j'ai pour eux, surjouent et n'arrivent pas à rendre leurs
personnages crédibles (mais sans doute n'y croient-ils pas eux-mêmes). Qu'il s'agisse de Tom Berenger (l'une des "gueules" du cinéma des années 1990), de Barbara Hershey ou de Kurtwood Smith, aucun n'arrive à inspirer l'indulgence pour ce film. 

Enfin, cerise sur le gâteau, la bande originale (pourtant composée par David Arnold, qui sait être inspiré, j'en veux pour preuve les très belles partitions qui accompagnent les épisodes de "Sherlock", pour ne citer que celles-ci), extrêmement envahissante et déboulant souvent comme un cheveu sur la soupe, n'étant que rarement en phase avec les scènes qu'elle illustre, donne une seule envie : couper le son et se contenter d'admirer les paysages. Car il est là, le seul atout du "Dernier Cheyenne" : les panoramas à couper le souffle du Montana. Mais, jusqu'à preuve du contraire, de beaux décors n'ont jamais suffi à faire un bon film.



vendredi 19 septembre 2014

La marque des anges (2013)


Jean-Christophe Grangé, véritable locomotive du thriller français, est une référence en la matière. Chacun de ses romans cartonne et plusieurs d'entre eux ont déjà fait l'objet d'une transposition au grand écran (je ne citerais que "Les rivières pourpres", sans doute le plus mémorable). Mais ce n'est pas parce que ses romans se vendent bien que les films qui en sont adaptés sont couronnés de succès. Le dernier en date, "La marque des anges" (basé sur le roman "Miserere") a même été l'un des gros échecs de l'an dernier, malgré la présence sur l'affiche de deux "noms" : Gérard Depardieu et Joey Starr. 

Paris : le commissaire Kasdan, bien qu'étant à la retraite, décide d'enquêter sur le meurtre d'un chef de chœur, dont les tympans ont été percés par son assassin. De son côté, Frank Salek, un agent d'Interpol enquêtant sur un trafic d'enfants, est suspendu par sa supérieure, après un nouvel éclat de violence.
Découvrant que les deux affaires sont liés, les deux hommes vont faire alliance et découvrir tant bien que mal que cette sale histoire a commencé longtemps auparavant, et qu'elle tire ses racines dans la Seconde Guerre Mondiale. 

Je vais faire bref : "La marque des anges", s'il a réussi à attirer quelques milliers de spectateurs en salle, n'en méritait pas tant. Ce prétendu thriller n'est, en effet, ni fait ni à faire. Voilà, c'est dit. 
Tout au long du film, on a l'impression d'assister à une succession de scènes n'ayant pas forcément de lien entre elles, collées tant bien que mal par un scénario bricolé à la va-vite. Sylvain White, le réalisateur (associé au projet à venir d'adaptation de "Castlevania") a, sans doute, fait ses preuves dans le milieu de la publicité et les clips, mais une évidence s'impose vite au visionnage de "La marque des anges" : le bonhomme ne tient pas la distance. La réalisation d'un long métrage ne se limite pas au collage de séquences, fussent-elles bien tournées. Il faut que les éléments du puzzle aient leur cohérence, que tout s'enchaîne de façon lisible et attractive. Il n'en est rien ici.

Du côté de l'interprétation, c'est une véritable catastrophe. Qu'il s'agisse de Depardieu, dont on peine à croire qu'il fut le plus grand acteur français au vu de la prestation qu'il livre ici, ou de Joey Starr, alternant scènes mutiques et éclats auxquels on ne croit pas un instant, le duo de tête est affligeant. Livrés à eux-mêmes et partant en roue libre, les acteurs (et j'inclus ici les seconds rôles) font leur petit numéro dans leur coin, ajoutant au chaos qui semble avoir gouverné à la genèse de ce film.

A aucun moment, le film ne réussit à convaincre et à entraîner le spectateur. Ne croyant pas à l'histoire qu'il essaie de conter laborieusement, Sylvain White s'englue rapidement dans une ornière dont jamais il ne sort. Il ne reste plus qu'à contempler le désastre ou, mieux, à s'en épargner le visionnage...