Affichage des articles dont le libellé est Nathalie baye. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nathalie baye. Afficher tous les articles

dimanche 13 janvier 2019

Moka (2016)


La vengeance est le moteur de nombre d'intrigues, depuis la création du cinéma (pour ne citer que cet art). On  ne compte plus les films utilisant ce ressort, de "Taken" à "La mariée était en noir". En adaptant le roman éponyme de Tatiana de Rosnay, Frédéric Mermoud, cinéaste suisse, nous a récemment proposé "Moka". Malgré la présence en tête d'affiche d'un duo d'actrices renommées (Emmanuelle Devos et Nathalie Baye), ce film n'a pas rencontré le succès escompté. Jetons un œil dans le rétroviseur, si vous le voulez bien. 

La vie de Diane a basculé : son fils est mort, percuté par un chauffard qui a pris la fuite. Alors que l'enquête piétine, elle mène sa propre enquête. Ainsi, elle apprend que le véhicule en question était une Mercedes de couleur moka et que le conducteur était une femme blonde. Quand elle rencontre Marlène, propriétaire de la voiture, Diane découvre que sa vengeance ne sera pas aussi simple qu'elle l'avait imaginé. 


On pense évidemment à "Que la bête meure", l'un des chefs d'oeuvre de Claude Chabrol, en lisant le pitch de "Moka". Il est vrai que le ton général du film et que sa réalisation font fortement penser aux longs métrages du réalisateur de "La cérémonie". Sous ses aspects de thriller, "Moka" examine de près ses deux héroïnes, les confrontant lors de scènes où le malaise s'installe parfois. On songe aussi à Hitchcock, maître incontesté du suspense, lors de certaines séquences jouant du décor comme d'un personnage à part entière. Frédéric Mermoud, réalisateur de plusieurs épisodes de la série "Les revenants", s'aventure donc pour son premier long métrage sur un chemin déjà maintes fois balisé.

Si le film est globalement réussi et remplit la mission qu'il s'était assigné, il souffre de l'inévitable comparaison avec ses illustres modèles. Bien qu'on prenne plaisir à suivre le cheminent de Diane en territoire de reconstruction, l'impression de déjà vu est omniprésente. Pour l'effet de surprise, on repassera, donc. 


C'est essentiellement la prestation d'Emmanuelle Devos qui donne son intérêt au film. Avec l'énergie d'une "Gloria", son personnage est de quasiment toutes les scènes et donne l'occasion à l'actrice de montrer presque toute l'étendue de sa palette. Face à elle, Nathalie Baye se montre moins persuasive (mais j'avoue avoir rarement été convaincu par cette actrice, cela vient peut-être de moi). 

S'il n'apporte rien de neuf, "Moka" relate le cheminement d'une femme brisée et joue plutôt finement de la psychologie de ses personnages. Porté par une interprète remarquable, ce film de vengeance, s'il n'a rien d'inoubliable, remplit honnêtement son cahier des charges, tout en gardant une touche personnelle. C'est déjà ça de pris. 



mardi 25 septembre 2018

De vrais mensonges (2010)


Remarqué par nombre de cinéphiles avec "Les apprentis", Pierre Salvadori a continué sa carrière, oscillant entre comédie et tragédie, mais gardant toujours un ton très humain et des personnages typiques. Ceux de ses films, souvent interprétés par des acteurs lui étant fidèles, sont tous un peu cabossés par la vie, mais qui s'en sortent tant bien que mal. L'un de ses films les plus légers, "De vrais mensonges" n'avait pas eu un grand succès, malgré la présence à l'affiche d'Audrey Tautou et de Nathalie Baye. Alors, sommes-nous passés à côté d'un bon film ?

Emilie, qui dirige avec une amie un salon de coiffure, reçoit un jour une lettre d'amour anonyme. Las ! Ne goûtant guère les mots sublimes qu'elle contient, Emilie la jette tout d'abord, avant d'avoir une idée : et si cette lettre, adressée à sa mère, pouvait sauver celle-ci, qui ne s'est toujours pas remise du départ de son mari ? Aux yeux d'Emilie, ce n'est qu'un petit mensonge. Mais il va prendre des proportions qui vont vite la dépasser...

Retrouvant Audrey Tautou après "Hors de prix", Pierre Salvadori s'attaque ici à ce qui s'apparente presque à du théâtre. Peu de lieux d'action, peu de personnages et, surtout, une intrigue que n'aurait pas renié Feydeau. Il ne manque plus que les portes qui claquent. Pourquoi pas, après tout ? Un peu de légèreté est bienvenu, parfois, et pour peu qu'on accepte le contrat, le spectateur peut y prendre grand plaisir.

Mais le fait est qu'on ne retrouve pas dans "De vrais mensonges" l'épaisseur qui faisait toute la saveur d'un film comme "Les apprentis" ou "Cible émouvante". Il n'y a rien de très mémorable dans cette comédie légère qui peine parfois à remplir certains vides. A force de légèreté, Pierre Salvadori frôle parfois le vide avec cette histoire jouant trop souvent sur les quiproquos et les maladresses de ses personnages.

Heureusement, il y a les acteurs. En tête, Audrey Tautou, prouvant qu'elle n'est pas que le personnage d'Amélie Poulain (s'il en était besoin) arrive à être touchante et irritante. Mais c'est surtout la prestation de Sami Bouajila et de Nathalie Baye (particulièrement émouvante dans certaines séquences) qui vaut le visionnage. Ces deux-là s'en sortent avec plus que les honneurs et c'est surtout leurs interprétations qui vaut le détour. 

Une fois, de temps en temps, un film léger fait du bien, même s'il ne laisse guère de souvenirs après son visionnage. S'il est honorable et reste au-dessus du niveau moyen de la comédie française (ce n'est pas très dur, vous en conviendrez), "De vrais mensonges" est à ranger parmi les films "mineurs" de son réalisateur. 


mercredi 3 juin 2015

L'affaire SK1 (2014)



Les tueurs en série, incarnations du Mal absolu, ont de longue date fasciné les cinéastes. De "M le maudit" à "Zodiac", nombre de réalisateurs se sont même emparés de l'histoire véridique de certains de ces monstres, quand d'autres filmaient les méfaits de criminels de fiction. Mais, pour fascinants qu'ils soient, ces personnages n'attirent pas forcément les foules dans les salles obscures. Ce fut le cas de "L'affaire SK1", film français relatant l'enquête et le procès de Guy Georges, le tueur de l'Est parisien.

1991, au 36 quai des Orfèvres : un jeune policier, Franck Magne, entre à la Brigade Criminelle et prend en charge l'assassinat d'une jeune femme, auquel il va vite relier d'autres meurtres restés sans suite. Année après année, se heurtant parfois à l'institution pour laquelle il travaille, Magne va mettre au jour les agissements d'un tueur en série. Tout en traquant le monstre, le jeune homme met en place une des enquêtes les plus complexes que la police française ait connu : c'est l'affaire du tueur de l'Est parisien.
2001 : Guy Georges est jugé et défendu par deux avocats, sous le regard de Magne et des policiers qui l'ont accompagné dans sa traque...

Issu du milieu de la télévision (on lui doit quelques épisodes des "Hommes de l'ombre"), Frédéric Tellier, réalisateur de "L'affaire SK1" livre ici un film qui lui tenait à cœur et auquel il consacra de nombreuses années de travail. Et le résultat est, reconnaissons-le d'emblée, à la hauteur de l'investissement. Convoquant ses illustres aînés (on pensera évidemment à des réalisateurs tels que Corneau, Melville ou Fincher), Tellier, tout en racontant une histoire dont on connait les grands traits et dont la fin n'est un secret pour personne, réussit à captiver le spectateur et à le tenir en haleine du début à la fin. Le mérite en revient à une mise en scène efficace, d'une précision chirurgicale et au ton évoquant souvent le genre documentaire. Utilisant à bon escient les lieux des drames comme décor et allant jusqu'à optimiser le grain de l'image en fonction de l'époque filmée, Frédéric Tellier, remarquablement documenté livre un véritable "Zodiac" à la française.

Face à la caméra, les interprètes de ce voyage dans le pire de ce que peut produire l'âme humaine
livrent une prestation impeccable. Raphaël Personnaz a rarement été aussi bon que dans le rôle de l'Inspecteur Magne, tandis qu'à ses côtés, l'indispensable Olivier Gourmet, à la fois figure paternelle et guide en territoire d'horreur, prouve, s'il en était besoin, l'immense talent qui l'habite.
On pourrait d'ailleurs utiliser les mêmes mots au sujet du grand Michel Vuillermoz. Le reste du casting est à l'avenant, même si j'ai quelques réserves concernant l'interprétation des deux avocats de Guy Georges (incarnés par Nathalie Baye et William Nadylam).

Alors, comment "L'affaire SK1" a-t-il pu passer à côté de son public, pour dire les choses pudiquement ? C'est une bonne question, et j'avoue peiner à y trouver des éléments de réponse. On pourra incriminer l'absence de suspense apparent de l'histoire qui nous est contée, les apparences de documentaire dont se drape parfois le film, mais ce serait lui faire un mauvais procès. Réussissant le délicat exercice d'équilibriste dans lequel bon nombre de réalisateurs auraient échoué, Frédéric Tellier livre ici un remarquable film policier, au réalisme glaçant, qui laisse un souvenir marquant à son public, aussi peu nombreux fût-il.