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mardi 26 mars 2019

Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour...(2010)


Pascal Thomas tient une place à part dans le paysage cinématographique français. Ses films, souvent marqués d'une certaine fantaisie, touchent parfois du doigt les sentiments profonds de leurs personnages, l'air de rien. Avec leur titre parfois étonnants ("Pleure pas la bouche pleine" ou "Les maris les femmes les amants"), ils sont difficilement classables. En matière de titre, "Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour..." se pose là. En mettant en vedette Julien Doré, le chanteur préféré de nombre de ces dames, cette comédie n'a pas drainé autant de public qu'espéré. 

Quand regard de Nicolas a croisé celui de Dorothée, ça a été le coup de foudre. Qu'importe  si la vie fait tout pour les séparer et empêcher leur amour : ils sont faits l'un pour l'autre et le savent. Alors, malgré les malentendus, les disputes, les errements, ils savent que, tôt ou tard, ils pourront vivre leur amour. D'un festival de danses locales à la vie parisienne, Dorothée et Nicolas vont vivre une très, très grande histoire d'amour...



C'est un drôle de film que celui que nous propose Pascal Thomas. On hésite, au visionnage, à y voir une comédie romantique ou une parodie de ce type de film. Les protagonistes y sont en effet engagés dans une intrigue souvent naïve, parfois digne du théâtre de boulevard, et l'envie vient souvent de les secouer un peu pour les sortir de leur candeur.

Tout semble kitsch, dans "Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour..." (qui gagne au passage le prix du plus long titre depuis longtemps). Des décors aux costumes, en passant par l'intrigue (et c'est là le plus embêtant, finalement). Pascal Thomas, qu'on a connu plus à l'aise, semble avoir bien du mal à faire tenir ce drôle d'assemblage en place. 

Adapté d'un film de Dino Risi de 1969 ("Straziami, ma di baci saziami"), "Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour..." louche en direction de la comédie italienne, mais sans cependant réussir à obtenir l'alchimie qui donna tant de succès de l'autre côté des Alpes. Dans des décors souvent surannés, les acteurs forcent trop souvent le trait pour qu'on continue à croire en ce qu'ils nous proposent. Julien Doré, assez peu convaincant dans le premier rôle, ainsi que Marina Hands, peu crédible, n'arrivent pas à emporter l'adhésion. Quant aux seconds rôles, leur prestation est assez inégale, mais j'avoue avoir peu goûté celle de Guillaume Gallienne (dans le rôle d'un couturier muet) et encore moins celle de Noémie Lvovski, agaçante au possible dans un rôle qui ne sert à rien dans le scénario.

On choisira de trouver ce film assez mignon ou totalement kitsch. Le pas de côté qu'impose sa vision me fait, hélas pour lui, pencher pour la deuxième hypothèse. En forçant le trait, Pascal Thomas délivre ici une caricature qui n'a rien de drôle. Pour une comédie, c'est fâcheux.




jeudi 21 février 2019

Mr Nobody (2010)


Jaco Van Dormael est un cinéaste rare. Son premier film, "Toto le héros", avait connu un succès certain en 1991. Ce n'est que tout récemment qu'est sorti son quatrième long métrage, "Le tout nouveau testament". Si ce dernier mériterait d'être chroniqué dans ces pages, c'est aujourd'hui à "Mr Nobody", datant déjà de presque dix ans, qu'il est question. Cette fresque intime ambitieuse, bien que récompensée ça et là, n'avait pas déchaîné les foules lors de sa sortie. Alors, sommes-nous passés à côté d'un grand film ?

2092 : Nemo Nobody a 120 ans et il est le dernier humain mortel. Alors qu'il est au crépuscule de la vie, Nemo va évoquer son existence, son enfance, la vie avec sa femme Elise, celle avec Anna, et celle avec Jeanne. Ses vies furent multiples et une. A moins que ce ne soit l'inverse. Ce faisant, Nemo Nobody va parcourir toutes les possibilités qui se sont offertes à lui, hier, aujourd'hui ou demain. 


Le gros budget de "Mr Nobody" et son ambition sautent aux yeux, dès les premières images. Pour installer l'histoire de ce héros pas comme les autres, Jaco Van Dormael, après "Le huitième jour", s'est donné les moyens : l'esthétique du film, tout comme la réalisation, sont en tous points remarquables. C'est beau, parfois même trop beau pour sembler totalement honnête, rétorqueront les esprits chagrins. 

En plus de cette redoutable efficacité plastique, "Mr Nobody" est très bien interprété. Qu'il s'agisse du magnétique Jared Leto ou de celles et ceux qui l'entourent (Diane Kruger, Sarah Polley, Lin-Dan Pham dans le rôle de ses femmes, par exemple), les acteurs se glissent avec talent dans les rôles que le réalisateur leur a confié. On notera au passage la très chouette prestation du grand Rhys Ifans, acteur souvent cantonné aux rôles un peu borderline (souvenez-vous de "Coup de foudre à Notting Hill"). 

Mais "Mr Nobody" n'est pas pour autant un film réussi, à mes yeux. Ce déchaînement visuel, ces plans techniquement remarquables ne peuvent faire oublier que son plus grand défaut est majeur : son scénario est comme une baudruche remplie d'air. La forme ne saurait compenser le fond, on l'a souvent vu. En l'occurrence, "Mr Nobody", avec son histoire aux multiples possibilités, tourne vite en rond, patinant sur place à maintes reprises, et donnant souvent l'impression de faire du remplissage. Tout ça pour ça, pourrait-on penser à la fin du visionnage.

Alors, oui, "Mr Nobody" est remarquablement filmé, parfois trop d'ailleurs, au point qu'on se sent par moments en présence d'un clip publicitaire. Oui, ses interprétes, Jarod Leto en tête, sont irréprochables. Mais c'est son scénario, confus à force de trop d'allers et retours, et donnant l'impression finale de sonner creux, qui est son plus grand défaut.


mardi 25 septembre 2018

De vrais mensonges (2010)


Remarqué par nombre de cinéphiles avec "Les apprentis", Pierre Salvadori a continué sa carrière, oscillant entre comédie et tragédie, mais gardant toujours un ton très humain et des personnages typiques. Ceux de ses films, souvent interprétés par des acteurs lui étant fidèles, sont tous un peu cabossés par la vie, mais qui s'en sortent tant bien que mal. L'un de ses films les plus légers, "De vrais mensonges" n'avait pas eu un grand succès, malgré la présence à l'affiche d'Audrey Tautou et de Nathalie Baye. Alors, sommes-nous passés à côté d'un bon film ?

Emilie, qui dirige avec une amie un salon de coiffure, reçoit un jour une lettre d'amour anonyme. Las ! Ne goûtant guère les mots sublimes qu'elle contient, Emilie la jette tout d'abord, avant d'avoir une idée : et si cette lettre, adressée à sa mère, pouvait sauver celle-ci, qui ne s'est toujours pas remise du départ de son mari ? Aux yeux d'Emilie, ce n'est qu'un petit mensonge. Mais il va prendre des proportions qui vont vite la dépasser...

Retrouvant Audrey Tautou après "Hors de prix", Pierre Salvadori s'attaque ici à ce qui s'apparente presque à du théâtre. Peu de lieux d'action, peu de personnages et, surtout, une intrigue que n'aurait pas renié Feydeau. Il ne manque plus que les portes qui claquent. Pourquoi pas, après tout ? Un peu de légèreté est bienvenu, parfois, et pour peu qu'on accepte le contrat, le spectateur peut y prendre grand plaisir.

Mais le fait est qu'on ne retrouve pas dans "De vrais mensonges" l'épaisseur qui faisait toute la saveur d'un film comme "Les apprentis" ou "Cible émouvante". Il n'y a rien de très mémorable dans cette comédie légère qui peine parfois à remplir certains vides. A force de légèreté, Pierre Salvadori frôle parfois le vide avec cette histoire jouant trop souvent sur les quiproquos et les maladresses de ses personnages.

Heureusement, il y a les acteurs. En tête, Audrey Tautou, prouvant qu'elle n'est pas que le personnage d'Amélie Poulain (s'il en était besoin) arrive à être touchante et irritante. Mais c'est surtout la prestation de Sami Bouajila et de Nathalie Baye (particulièrement émouvante dans certaines séquences) qui vaut le visionnage. Ces deux-là s'en sortent avec plus que les honneurs et c'est surtout leurs interprétations qui vaut le détour. 

Une fois, de temps en temps, un film léger fait du bien, même s'il ne laisse guère de souvenirs après son visionnage. S'il est honorable et reste au-dessus du niveau moyen de la comédie française (ce n'est pas très dur, vous en conviendrez), "De vrais mensonges" est à ranger parmi les films "mineurs" de son réalisateur. 


jeudi 16 août 2018

Rendez-vous l'été prochain (2010)



Philip Seymour Hoffman, grand acteur récemment disparu, fut aussi réalisateur. Le seul film qu'il mit en scène "Rendez-vous l'été prochain" (dont le titre original était "Jack goes boating") fut l'adaptation d'une pièce de théâtre dans laquelle il avait joué et qu'il avait mis en scène également. Long métrage à petit budget, ce film ne reçut guère de succès lors de sa sortie en salles (moins de 40 000 entrées en France). Il donne pourtant à voir une autre facette du talent de l'immense artiste, passé au Panthéon pour d'autres rôles.


Chauffeur de limousine, Jack est mal dans sa peau, et inadapté dans la société. Son seul ami, Clyde, est en couple avec Lucy. C'est grâce à eux qu'il rencontre Connie, une femme fragile et maladroite, dont il s'éprend. Pour elle, il veut changer et apprendre à nager, à cuisiner, et l'emmener sur le lac, l'été prochain, parce qu'il lui a promis une balade à Central Park.
Tandis qu'entre Connie et Jack, une amour se construit, celui qui soudait Clyde et Lucy se délite.
Qu'en sera-t-il l'été prochain ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les personnages de "Rendez-vous l'été prochain" ont des problèmes et, surtout, des psychoses. Mal dans leur peau et dans leur monde, les héros de ce film vivent comme en vase clos, enfermés dans leur petit appartement new-yorkais (enfin un film où les protagonistes ne vivent pas dans un logement grand comme un stade, voilà qui est réaliste !) ou dans l'habitacle de leur voiture. Même lorsqu'il tente de se lancer dans le monde extérieur, Jack a besoin de se réfugier dans l'eau de la piscine pour devenir l'homme qu'il aspire à être. Bref, quoi qu'en disent certains sites, "Rendez-vous l'été prochain" n'est pas vraiment une comédie romantique.

L'histoire narrée par Philip Seymour Hoffman l'est à hauteur d'homme et de femme, toute en sensibilité, parfois avec de gros silences qui instillent un léger malaise. En plus d'être un grand acteur, on peut sans conteste dire qu'il était également un talentueux metteur en scène. Et, surtout, Hoffman était aussi un remarquable directeur d'acteurs, sans doute parce qu'acteur lui-même. Les quatre personnages principaux sont incarnés avec grâce par, en plus du metteur en scène, les trop rares John Ortiz, Amy Ryan et Daphne Rubin-Vega, tous épatants dans des rôles loin d'être caricaturaux.
Il est sans doute là, le plus bel atout de "Rendez-vous l'été prochain", dans ses personnages et ceux qui leur donnent vie, dont on sent que le metteur en scène les aime éperdument.

Alors, "Rendez-vous l'été prochain" (titre français finalement pas si désastreux) est certes un petit film, qui parle de "vraies" gens. Mais ce genre de petit film fait parfois du bien, parce qu'il narre une histoire qui peut nous "parler", mais aussi parce qu'il donne la part belle aux acteurs et à ceux qui les aiment. Voir (ou revoir) ce long métrage passé inaperçu à sa sortie peut être un bel hommage à l'immense artiste que fut Philip Seymour Hoffman.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec une saison dans le titre"

vendredi 18 mai 2018

Droit de passage (2010)


Les frontières semblent se fermer, ces temps-ci. Que ce soit en Europe ou de l'autre côté de l'Atlantique, des murs se dressent face à ceux que la misère pousse à tout faire pour une vie meilleure. Naturellement, le cinéma s'empare de cette thématique pour évoquer le sort de ceux qu'on nomme migrants ou réfugiés. Il y a eu, par exemple, le saisissant "Welcome", tout près de nous. Mais c'est fortuitement que j'ai découvert "Droit de passage" (traduction française indigne de "Crossing over"), un film qui avait été snobé à l'époque par pas mal de critiques.

A Los Angeles, les hommes et les femmes se croisent. Venus du Mexique pour tenter de gagner leur vie, résidant ici depuis toujours ou depuis peu, en quête de l'autorisation qui leur assurera la citoyenneté américaine, toutes et tous craignent l'expulsion, parfois arbitraire. Face à eux, l'autorité peut prendre différents visages : il y a de la bienveillance, de la violence, de la corruption.  Il y a ce policier qui veut encore croire en l'humanité, quitte à s'abîmer. Il y a ce fonctionnaire corrompu, qui abuse de ses prérogatives. Il y a tant d'hommes et de femmes qui se croisent, aiment, souffrent...
A la vision de ce film, dont on a parfois décrié le côté bancal (que je reconnais) ou les méthodes racoleuses (mais je préfère lui accorder le bénéfice du doute, les critiques étant parfois de mauvaise foi), on peut frémir : le thème qu'il évoque est devenu mondial et nous touche forcément tous, à des degrés et des modes différents. Même si son traitement peut faire douter le spectateur, "Droit de passage" a au moins le mérite d'aborder de front un thème difficile, et de le faire sans adoucir le trait. Sa production problématique, ses maladresses et son entêtement à faire passer le visa américain pour l'ultime sésame en font un film maladroit, dont les bonnes intentions semblent passées au second plan. Wayne Kramer, le réalisateur de cette mosaïque ayant pour thème les frontières entre les hommes, semble parfois dépassé par l'ampleur de la tâche qui lui est attribuée, mais, filmant à hauteur de femme et d'homme, assure jusqu'au bout et livre un film sans doute sincère. 

Dans un film choral, ce sont les personnages qui sont le ciment de l'ensemble. Dans le cas présent, les acteurs sont remarquables. L'immense Harrison Ford, en flic bienveillant et humaniste, apparaît fatigué et désabusé, comme l'homme qu'il est l'est sans doute. Ray Liotta, particulièrement botoxé, démontre qu'il aurait pu avoir une carrière digne de ce nom s'il avait fait de meilleurs choix. On pourrait aussi évoquer les prestations, plutôt justes, de Cliff Curtiss (désormais connu comme le héros de la série "Fear the walking dead"), Jim Sturgess, Ashley Judd, Alice Eve, donnant vie à cet instantané parfois juste, parfois pataud. S'il avait été moins balourd (parce qu'il l'est, au point, pour certains critiques, d'être contre-productif), "Droit de passage" aurait été un beau et grand film. A défaut, c'est un regard sur ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique (et qui ressemble fort à ce qui se passe pas si loin de chez nous). 

Les Etats-Unis, nation composée à partir d'un beau melting-pot, ont oublié bien vite qu'ils étaient riches de leur diversité. Maladroit, ce film, pour peu qu'on prenne un peu de recul et qu'on ne lui fasse pas de procès d'intention, peut éveiller chez son spectateur une saine colère.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film qui t'a mis en colère" (par son thème)

mercredi 3 janvier 2018

La proie (2011)


En matière de films d'action, le cinéma français souffre, semble-t-il, d'un complexe, vis-à-vis de son cousin hollywoodien. Il aimerait bien faire aussi efficace, et remplir les salles à chaque fois, ou presque. Si certains (je ne citerais pas de noms, mais vous en trouverez sûrement plein) ont décidé de rentrer dans le moule, quitte à répéter peu ou prou le même film, d'autres tentent une déclinaison à la française de ce genre. Cela peut fonctionner et drainer les foules (je songe par exemple à "Ne le dis à personne" ou aux films de Fred Cavayé), comme cela peut déboucher sur un échec. Dans le cas de "La proie", d'Eric Valette, l'insuccès du film à sa sortie mérite d'être étudié.

Ancien braqueur ayant réussi à garder son butin caché, Franck Adrien finit de purger sa peine en prison. Malgré les menaces de ses co-détenus et de ses anciens complices, il a tenu bon, et compte bien profiter de son pécule une fois sorti de prison. Après avoir sauvé son co-détenu, victime d'une erreur judiciaire, d'une sévère correction, il se rend compte que ce dernier lui a menti, et compte s'en prendre aux siens, dès sa sortie. Contraint de s'évader, Franck va tout faire pour récupérer sa fille, et même devoir affronter ce à quoi il ne s'attendait pas. Pendant ce temps, il est traqué par la tenace Claire, policière sagace.

A la lecture du résumé ci-dessus, vous devez vous douter que ce film joue la carte du rebondissement à répétition, quitte à se passer d'un ingrédient indispensable à ce genre de thriller. Pour faire frissonner, il faut, rappelons-le à l'adresse des scénaristes qui sévissent dans le cinéma français, que les péripéties auxquelles on expose le héros soient crédibles. Parce que, dans le cas de "La proie", ça fait quand même beaucoup d'attaques à la crédibilité de l'ensemble. Que le héros ait tenu bon, durant toute sa détention et n'ait pas avoué où il avait caché son gros sac de billets, soit (même si l'endroit choisi est tout à fait improbable et peu crédible). Que celui qui mette la main sur le pactole soir justement son compagnon (provisoire) de cellule, passe encore (on pourrait, en grattant bien, songer à un hommage au fabuleux "La nuit du chasseur", mais je ne suis pas persuadé que ce soit voulu).
Et, enfin, que, pas de bol, ce dernier soit justement un...(roulement de tambour) tueur en série (non ? si !), ça fait beaucoup pour un seul film. Si le scénario est en partie inspirée des méfaits du sinistre Michel Fourniret, y avoir ajouté des intrigues secondaires (notamment autour de l'enfant du héros, qui - ô miracle scénaristique ! - ne parle pas), c'est pêcher par excès.

Pourtant, l'affiche était prometteuse, mais les interprètes semblent englués dans la toile d'araignée qui tient lieu de script : l'immense Albert Dupontel, qui avait jusque là mieux choisi ses rôles, Alice Taglioni, jamais crédible dans son rôle de flic tenace, Sergi Lopez, au rôle proche du deus ex machina totalement artificiel et Natacha Régnier, presque effacée forment un casting de rêve, mais sont bien mal employés. Celui qui tire le mieux son épingle du jeu est sans doute le rare Stéphane Debac, à la fois suave et vénéneux. 

L'esthétique très clippesque et l'empilage de clichés nuit à ce film où tout le monde se court après et où les blessures n'empêchent pas de galoper comme un sprinter après une chute de plusieurs étages. Un thriller qui louche sur certains modèles efficaces à défaut d'innover, mais sans réussir à tenir ses promesses, à force d'accumuler les clichés et les facilités. C'est d'autant plus dommage que le casting se prête au jeu, quitte à être parfois ridicule et (surtout) peu crédible.

Il est sans doute vain de vouloir singer le modèle américain, pour réussir ce genre de film. Dans le cas de "La proie", le décalque est maladroit et contre-productif.








mercredi 18 janvier 2017

Le chasseur de primes (2010)


Je ne vais pas vous faire l'affront d'exposer les composantes inévitables d'une comédie romantique. Souvent abordé dans ces colonnes, le genre connaît parfois quelques variations de forme, à défaut du fond. Malgré un honnête succès outre-Atlantique, "Le chasseur de primes" n'a pas attiré grand monde dans les salles hexagonales. Pourtant, le duo qu'il affichait avait un certain capital sympathie, avec la présence de Jennifer Aniston (la Rachel de "Friends") et de Gerard Butler (le Léonidas de "300").

Milo Boyd, ancien policier reconverti en chasseur de primes, se voit confier une mission inattendue : mettre la main sur Nicole Hurley, une jeune femme qui ne s'est pas présentée à l'audience devant le juge qui l'attendait. Ce serait une mission de routine si Nicole n'était pas l'ex-femme de Milo. Entraînés malgré eux dans une affaire qui les dépasse, tous deux vont évidemment se rapprocher, voire plus si affinités...

Même si j'avoue une faiblesse pour les comédies romantiques, je ne suis pas prêt à toutes les regarder avec bienveillance, au prétexte qu'elles suivent un sentier connu et rassurant. Dans le cas de ce "Chasseur de primes", réalisé par Andy Tennant, jusqu'ici essentiellement connu pour "Hitch, expert en séduction" et "Anna et le roi"), l'abus de faiblesse est évident. Cette romcom ne fonctionne tout simplement pas.

Artificiellement gonflé par des intrigues et des personnages secondaires qui n'apportent rien à
l'histoire, ce film tente de combler ses vides et son manque de matière à grands coups de pseudo-surprises et d'un suspense en carton. Une des échappatoires consiste alors à se réfugier dans la sympathie que peuvent générer les personnages. Dans le cas présent, c'est également peine perdue. A part quelques séquences où ils peuvent se montrer un peu attendrissants, les deux protagonistes, caricatures ambulantes, génèrent plus d'agacement que d'attachement. C'est fâcheux, mais l'on ne peut que comprendre les nombreuses nominations que ce film reçut aux Razzie Awards (pire acteur, pire actrice, pire couple à l'écran et pire film, rien que cela). Mademoiselle Aniston, vous pouvez faire mieux qu'utiliser votre jolie plastique et votre charmant sourire dans de piètres comédies. Monsieur Butler, il faut arrêter avec cette chemisette, merci.

On a beau être en territoire balisé, voire connu, on est en droit d'attendre un minimum d'une comédie romantique. Quand même la sympathie qu'on peut éprouver pour ses interprètes ne suffit pas, force est d'admettre que "Le chasseur de primes" est très oubliable.


lundi 11 avril 2016

Angèle et Tony (2010)



C'est l'ami Martin (dont je ne peux que vous recommander les 1001 bobines) qui m'a incité à écrire un billet sur ce film, une histoire de gens comme les autres. Bien qu'ayant reçu de nombreuses récompenses, ce petit long métrage d'Alix Delaporte est passé sous les radars de nombre de spectateurs. Voici venu le moment d'une séance de rattrapage. 

Angèle, jeune femme perdue au parcours chaotique, fragile et sauvage, arrive à Port-en-Bessin, petit port de pêche normand, frappé par la crise. Là, elle croise le chemin de Tony, patron pêcheur bourru, lui aussi écorché par la vie, qui l'embauche à la débarque. Les mains dans le poisson fraîchement tiré de l'eau, Angèle réapprend la vie.
Tous deux s'observent, se cherchent, se jaugent...se trouveront-ils ?

Une histoire simple, ancrée dans la réalité, voire le quotidien, une fois de temps en temps, c'est plus que salutaire. Se souvenir qu'il existe autre chose que la terreur, la haine et la bêtise, en notre bas monde, a bien des vertus, quand s'évader ne suffit plus. Le premier film d'Alix Delaporte, "Angèle et Tony" revendique ce réalisme, si souvent malmené par le cinéma et dont les plus grandes réussites viennent souvent d'outre-Manche.

Filmé à hauteur d'homme (et de femme), "Angèle et Tony" va au plus près de ses protagonistes, quitte à prendre parfois le docte ton du documentaire. Ce parti-pris, souvent malhabile, se révèle dans le cas présent le meilleur choix qui soit. Guidé par la mise en scène, le spectateur observe tout d'abord le petit monde dans lequel il finit par entrer, comprenant lentement les personnages, avant d'irrémédiablement s'attacher à eux. 

Deux interprètes magnifiques (ils furent d'ailleurs récompensés par César pour ce film) portent cette histoire : la divine Clotilde Hesme, à la fois enfant fragile et animal sauvage, donne vie et épaisseur à Angèle, tandis que Grégory Gadebois réussit la prouesse d'incarner un Tony à la fois bourru et attachant, sans sombrer dans la caricature.  Autour d'eux (qui méritent à eux seuls le visionnage de ce film), gravitent également de nombreux seconds rôles emplis d'humanité.

L'humanité, voilà le moteur principal de ce petit film. Souvent évoquée en vain, rarement ressentie lors d'une projection, elle est là, qui vibre à chaque séquence de "Angèle et Tony". Si vous êtes en quête de cette denrée souvent devenue rare, n’hésitez pas : ce film en regorge.




dimanche 27 décembre 2015

Ao, le dernier Neandertal (2010)


Il m'aura fallu une conférence sur la disparition de l'homme de Neandertal, pour que je m'intéresse à "Ao, le dernier Neandertal", film de Jacques Malaterre, connu pour ses documentaires (notamment "L'odyssée de l'espèce"). Abondamment cité par le conférencier, ce long-métrage n'avait pas, en son temps, séduit les foules. On peut le regretter, d'autant que les tentatives d'offrir au public des films à caractère documentaire, a fortiori s'il s'agit d'évoquer nos lointains ancêtres préhistoriques.

A l'aube de l'humanité, Ao, homme de Neandertal dont la tribu a été massacrée par des homo sapiens, erre seul dans ce qui sera plus tard l'Europe. Hanté par la vision d'Oa, son frère jumeau, il cherche à retrouver le clan de son enfance. En chemin, il est capturé par des homo sapiens et rencontre Aki, une jeune femme elle aussi prisonnière et promise à un funeste destin. Tous deux réussiront à s'évader : commence alors un long périple où les deux hominidés apprendront à se connaître. 


Un film mettant en scène la préhistoire et nos ancêtres, voilà qui est chose rare. Qu'il soit en plus didactique et ne se permette pas (ou peu) de fantaisies sous prétexte d'épicer son scénario, c'est encore plus rare. C'était donc avec une bonne dose d'indulgence que j'abordai "Ao, le dernier Neandertal", inspiré d'un roman de Marc Klapczynski.

La reconstitution est de bonne facture, et l'on saluera le talent de Jacques Malaterre pour ce qui y est de recréer un monde et des personnages disparus. Ao prend vie sous nos yeux, incarné avec foi par Simon Paul Hutton (assez peu remarqué pour sa carrière jusqu'à présent), autant qu'Aki, interprétée par la très dynamique Aruna Shields. Mais, hormis l'aspect documentaire soigné de "Ao, le dernier
Neandertal", force est de constater qu'il reste peu  de chose à se mettre sous la dent. Notre lointain ancêtre (dont la relation très forte avec la nature aurait gagné à être plus exploitée) et ses aventures n'emportent que peu le spectateur. Sans réussir à s'affranchir du genre documentaire et à offrir au public un véritable film d'aventures, pleinement assumé et cependant réaliste.

Enfin, le plus gros défaut du film est la présence horripilante des voix off, sensées décrire les pensées et sentiments des deux protagonistes. Là où une réalisation savante aurait suffi à mettre en évidence leurs états d'âme, la lourdeur de ces commentaires met en évidence le défaut majeur du film : sa narration.

Même avec trente années de plus, le remarquable "La guerre du feu" reste plus convaincant que cette épopée de l'espèce. Ao, lointain ancêtre oublié, aurait mérité mieux que ce film bien en-deçà des espérances qu'il générait.




vendredi 3 juillet 2015

Les chemins de la liberté (2010)



Peter Weir, réalisateur du "Cercle des Poètes disparus" et de "The Truman show" n'a pas toujours rencontré le succès auprès du public. J'ai déjà évoqué dans ces colonnes le destin funeste du très beau "Mosquito Coast". Plus près de nous (dans le temps), "Les chemins de la liberté" ("Way back", en version originale), son dernier film en date, n'a pas fait carton plein, loin s'en faut. Malgré un casting qui avait de quoi faire rêver, il faut croire que le public n'a pas été attiré par le récit de l'incroyable évasion de prisonniers du goulag.

1939 : sous les coups conjugués des deux grandes dictatures du vingtième siècle, la Pologne s'effondre. Janusz, dénoncé pour espionnage et trahison, est envoyé, au nom du Parti Communiste, dans un terrible camp de prisonniers.
Dans cet enfer sur terre, il va rencontrer d'autres prisonniers, venus d'horizons différents. Dès que l'occasion se présente, Janusz et ses camarades vont s'évader et entreprendre une marche longue de 6000 km jusqu'à la liberté. Les épreuves qui les attendent vont dépasser leurs pires cauchemars...

Un film de Peter Weir est souvent un voyage, fût-il intérieur. Celui-là ne déroge pas à la règle. Vendu comme un film d'aventures, "Les chemins de la liberté", tiré d'une histoire vraie, est avant tout un parcours humain, fait d'épreuves et de souffrances telles qu'on ne peut qu'admirer ceux qui la vécurent. Respectueusement, magnifiant tant la nature dans sa pire brutalité que les hommes ravagés par la faim, le froid, la soif ou la chaleur, Peter Weir prouve, s'il en était besoin, son immense talent de cinéaste, même s'il livre sans doute ici son oeuvre la moins personnelle.

Du côté de l'interprétation, le prestigieux casting donne le vertige. Qu'il s'agisse de l'immense Ed Harris, d'un Colin Farell tout en tension, du décidément indispensable Mark Strong (dans un rôle bref, mais marquant), de Saoirse Ronan ou de Jim Sturgess, pour ne citer que les plus connus, tous les interprètes sont remarquables.

Le temps de séquences magnifiquement filmées, on admire le travail magnifique du talentueux Peter Weir. Hélas, ces longues expositions de paysages magnifiques et terribles et des toutes aussi terrifiantes souffrances infligées à ces évadés finissent par lasser le spectateur. Le film s'écoule lentement, comme a du se dérouler la fuite de ces pauvres hères, entre marche forcée, coups du sort, et quête de nourriture et d'eau. Faute d'autres rebondissements (mais c'eût été trahir l'histoire de ces malheureux que d'en inventer), ce long parcours fait de douleur peut laisser le public au bord de la route.



mardi 23 juin 2015

Le village des ombres (2010)


Les incursions françaises dans le cinéma de genre sont suffisamment rares pour qu'on ne se penche pas sur leur sort. Bien souvent synonymes d'échec, ces films ne marquent que rarement les esprits. "Le village des ombres", unique réalisation à ce jour (au format long métrage) de Fouad Benhammou, a été un cruel échec public lors de sa sortie en salles. Pourtant, ce conte fantastique (comme annoncé sur l'affiche) au ton faisant écho à quelques références du genre (notamment des films venus d'Espagne, comme le merveilleux "Labyrinthe de Pan") méritait-il pareil désaveu ?

Ce week-end entre amis n'était pas une bonne idée. Déjà, peu avant Ruiflec, leur destination, ça partait mal puisque les passagers du premier véhicule ont tous disparu. Ceux du deuxième ont atteint le fameux village, totalement désert, pour se rendre compte que les ombres, là-bas, cachent quelque chose.
Et si ce village leur voulait du mal ?
Peu à peu, ceux qui n'ont pas disparu vont découvrir que les lieux sont au cœur d'une étrange malédiction...


Quand j'évoquais, en introduction, d'illustres aînés (et en particulier le très beau "Labyrinthe de Pan"), la référence à ces futurs classiques saute aux yeux lors du visionnage du "Village des ombres". Convoquant donc ces films à l'inimitable ambiance qui marquent la mémoire de leur public, Fouad Benhammou tente l'aventure du fantastique à la française. La scène d'ouverture, situant l'action en 1944, se veut à la fois oppressante et introductive, mais est hélas à l'image du film tout entier. Inutile de tourner autour du pot, ce n'est pas encore cette fois qu'un film fantastique français viendra concurrencer les grands noms du genre.

Malgré les bonnes intentions du réalisateur, malgré les décors et l'ambiance qui s'installe, "Le village des ombres" ne réussit pas à emporter l'adhésion du spectateur. Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d'abord, il n'est pas, dans le groupe de héros, de personnage ayant suffisamment d'épaisseur pour être intéressant. Les jeunes gens qu'on découvre dans les premières scènes ne suscitant aucune empathie, on se moque vite de ce qui leur arrive. Il faut dire également, et c'est le deuxième défaut du film, que les interprètes ne sont guère inspirés et n'insufflent presque jamais l'étincelle de vie nécessaire à leurs personnages. Enfin, le scénario est également fautif, manquant lui aussi d'épaisseur. Multipliant les flash-backs (je crois n'en avoir jamais vu autant), il fait rapidement chuter la pression qu'il avait mis un temps fou à faire monter. N'atteignant jamais le niveau de tension nécessaire, "Le village des ombres" n'est finalement jamais angoissant et on se désintéresse vite du sort de ses protagonistes.

Malgré quelques belles images et sa capacité à installer une ambiance, Fouad Benhammou échoue malheureusement dans son entreprise. Faute d'un scénario solide et maîtrisé (et on ne dira jamais assez l'importance des personnages dans une histoire), "Le village des ombres" tourne vite à vide. Pour qu'un film français donne de réels frissons, il faudra donc attendre encore un peu.










lundi 1 décembre 2014

Simon Werner a disparu (2010)

Les années lycée laissent des souvenirs parfois amers, parfois sucrés. Dans le cinéma, lorsque cet univers est exploité, c'est soit pour des comédies souvent au ras du sol (est-il besoin d'évoquer la navrante saga "American Pie" ?) ou des drames hélas trop ancrés dans l'actualité (le film "Elephant" vient naturellement à l'esprit). Le cinéma hexagonal a rarement franchi les portes des lycées pour aller voir ce qui se passait dans cet univers clos, où entrent des adolescents et dont sortent des adultes. Fabrice Gobert, dont c'est à ce jour la seule réalisation pour le grand écran, présenta en 2010 "Simon Werner a disparu..." au Festival de Cannes (dans la section "Un certain regard"). Malgré cela, et malgré la nomination qu'il obtint pour le César de la première oeuvre, ce film n'eut guère de succès... 


Dans les années 1990, un lycée de la région parisienne est le lieu d'un étrange fait divers : Simon Werner, élève sans histoire, disparaît sans laisser de traces. Alors, parmi ses camarades de classe, chacun y va de son hypothèse. Fugue, enlèvement, meurtre, qui sait ? 

Pendant les jours qui suivent (et ceux qui précèdent, également), le mystère s'épaissit : une jeune fille s'évanouit à son tour, puis vient le tour d'un autre garçon, toujours de la même classe.

Fabrice Gobert, qui a reçu maints lauriers pour sa récente et étonnante série "Les Revenants", est un réalisateur plutôt malin. Entamant son histoire sur le ton du thriller, il n'hésite pas à secouer son spectateur, à plusieurs reprises, en changeant radicalement de direction et de thématique, pour retomber sur ses pattes avec un aplomb que beaucoup pourraient lui envier. Tour à tour teen-movie, chronique des années lycée et thriller en bonne et due forme, "Simon Werner a disparu..." est un film multiforme, qui réussit la prouesse d'être bon sous toutes ses facettes. 



L'une des grandes idées du réalisateur est d'avoir placé son histoire dans le début des années 1990, sans cependant sombrer dans la caricature. Les adolescents de "Simon Werner a disparu..." n'ont rien en commun avec ceux d'aujourd'hui : il y a chez eux plus de neurones que d'hormones. Du coup, on s'attache plus facilement à ces personnages, même si, idéalisés, ils peuvent prendre des allures de personnages de conte. Ajoutez à cela une bande originale alignant des pépites du rock des années 1990 (Noir Désir, Killing Joke, No one is innocent), entre deux plages composées par Sonic Youth (excusez du peu !) et le bonheur sera complet. 

Les jeunes interprètes du film sont, c'est à souligner, remarquablement dirigés et donnent une prestation assez juste, nous épargnant le sur-jeu qu'on pouvait craindre (même si j'émettrais quelques réserves sur la performance de la jolie Ana Girardot). Parmi ces jeunes gens, il y a fort à parier que se trouvent quelques futurs grands noms du cinéma français. 

Jouant avec malice du découpage temporel et du ton de son film, Fabrice Gobert donne ici toute l'étendue de son talent, jusqu'au dénouement, qui peut décevoir après la tension installée durant le reste du film, ou simplement être la conclusion logique de cette histoire. Basé partiellement, paraît-il, sur ses souvenirs de lycée, "Simon Werner a disparu..." est porteur d'une nostalgie de ces années, mais aussi d'une identité propre. A l'heure où l'on n'a de cesse de se lamenter sur l'état actuel du cinéma français, mettre la main sur une vraie réussite est un véritable plaisir. Il était temps !




lundi 29 septembre 2014

Pièce montée (2010)


Non content d'être la première cause de divorce, le mariage est aussi prétexte à quantité de films, pas toujours mémorables. On citera, en vrac et sans préférence, des œuvres aussi variées que "Mariages !", "Quatre mariages et un enterrements" ou "Un grand mariage". Cet événement majeur dans la vie de nombreux de nos semblables peut servir de cristallisoir : en y mettant en exergue les participants à ce jour particulier, on peut obtenir une farce cynique, une belle histoire ou une mise en abyme des travers humains, selon le traitement (et la liste n'est pas exhaustive). C'est la dernière option qu'a choisi Denys Granier-Deferre pour "Pièce Montée", nous promettant un mariage explosif. La déflagration attendue n'eut pas lieu, et ce film bouche désormais les grilles horaires de la TNT. 

Le grand jour est arrivé : Bérengère et Vincent vont enfin se dire "oui" devant Monsieur le Curé. En cette belle journée de printemps, leurs familles (issues d'une certaine bourgeoisie) vont se rencontrer et se confronter, toutes générations confondues. Entre un prêtre extrêmement troublé, un beau-frère d'une incroyable muflerie et j'en passe, la journée va forcément être inattendue, parce que vont se révéler nombre de travers des invités à la fête. Ce jour pas comme les autres restera dans les mémoires...


Denys Granier-Deferre, fils du grand Pierre Granier-Deferre, adapte ici le roman éponyme de Blandine Le Callet, avec l'aide de Jérôme Soubeyrand. Le fait est que le duo de scénaristes es à blâmer, au vu du résultat (même si l'on peut se douter que le matériau d'origine n'était pas de celui dont on pouvait tirer un film miraculeux). Le scénario, outrancièrement prévisible et dont chaque acte semble téléphoné et sans la moindre surprise, est le gros défaut de ce film français. Soyons brefs : "Pièce montée", à l'instar du dessert éponyme, ne surprend personne et, persuadé de pouvoir plaire à tout le monde, est assez insipide

On notera également que la photographie est particulièrement pauvre et que le rendu de l'image est souvent plus moche que celui du premier téléfilm venu, sans avoir d'ailleurs plus d'atouts que lui.

Au vu du résultat, on ne peut que se lamenter de voir la distribution king-size de "Pièce montée" tenter de maintenir à flot un navire qui prend l'eau de toutes parts. Malgré la présence du grand Jean-Pierre Marielle et de la merveilleuse Danielle Darrieux (sans doute les deux qui se sortent le mieux du gâchis), on a pitié des acteurs engagés dans cette pénible entreprise, comme souvent dans les productions françaises, ces dernières années.

Les acteurs jouent poliment la partition médiocre qui leur a été confiée, sans cependant se faire quelque illusion que ce soit sur le résultat final. Quel gâchis que cette indigeste pièce montée : pareil casting ne se rencontre pas deux fois, dans la carrière d'un réalisateur.





dimanche 6 juillet 2014

Flipped (2010)


Rob Reiner a réalisé de grands films, inoubliables pour bon nombre de cinéphiles. Je citerais, dans des registres très variés, "Quand Harry rencontre Sally", "Stand by me", "Princess Bride" ou "Spinal Tap". Qu'un de ses films ait peu de succès a de quoi surprendre. Qu'il ne sorte carrément pas sur nos écrans peut désarçonner. Le récent "Flipped", qui avait pourtant comme cadre les années 50 qui réussirent tant par le passé à ce réalisateur, fut l'un de ses plus gros échecs commerciaux. Ayant rapporté moins de 2 millions de dollars, il n'atteint jamais les salles obscures de l'hexagone. Avoir réalisé quelques-uns des standards du cinéma des années 80 n'est donc en aucun cas le sésame vers le succès.

Julianna Baker est tombée amoureuse de Bryce Loski le jour où ce petit garçon a emménagé de l'autre côté de sa rue. Depuis, elle sait qu'un jour, elle l'embrassera, malgré leurs différences et les obstacles qui se dressent entre eux. 
Bryce, de son côté, voit en Julianna une fille bizarre, qui le poursuit de ses assiduités depuis l'école primaire. Qu'elle s'attache à un vieux sycomore promis au tronçonnage ou qu'elle distribue les oeufs de ses chères poules dans le quartier, rien à faire : la fille bizarre de l'autre côté de la rue lui est indifférente. Enfin, c'est ce qu'il pense, ou aimerait penser. 

A lire ce rapide résumé, on peut se dire qu'on a affaire ici à un nouvel opus dans la catégorie déjà surpeuplée de la comédie romantique, même si l'histoire en question prend ses racines dans le plus jeune âge de ses protagonistes. Tiré d'un roman de Wendlin van Draanen, le scénario (le premier écrit par Reiner depuis le mythique "Spinal tap") prend le parti de situer l'intrigue dans l'Amérique des années 50, chère à ce réalisateur. Il fleure bon sur cette histoire un parfum de "Happy days" et il faut reconnaître qu'en cela, l'adaptation est réussie. L'autre bonne idée est de donner la parole, alternativement, à Bryce, puis à Julianna, permettant au spectateur de revenir sur le point de vue qu'il avait adopté sur telle ou telle situation.

Ce qui pêche le plus dans le film est, cependant, à mettre au débit du scénario et de certains de ses choix malheureux. A plus d'une reprise, l'intrigue s'embourbe, sous couvert d'explication, dans l'ornière du mélodrame, ou dans des séquences inutilement allongées alors que d'autres auraient mérité plus d'ampleur. Je songe notamment au passage concernant les œufs que distribue Julianna, débouchant sur maintes scènes répétitives, alors que le sycomore (auquel le film doit tout de même son affiche) voit son existence rapidement expédiée. 

Rob Reiner a toujours eu une affection particulière pour ses acteurs, en particulier les plus jeunes. On se souviendra avec émotion de l'ode à l'enfance qu'était "Stand by me". Ce"Flipped" ne fait pas exception. Remarquablement dirigées, les enfants interprétant les deux héros de cette romance insufflent la crédibilité qui aurait pu faire défaut à ce film. Face à eux, les revenants Aidan Quinn et Rebecca de Mornay, qui se font décidément bien rares à l'écran, imposent par leur présence et leur talent, sans cependant faire d'ombre à leurs jeunes protagonistes. 

Certes, "Flipped" n'est pas un film à la hauteur des "grands" films de Rob Reiner, mais il méritait mieux que l'accueil glacial qui fut le sien. Les amateurs du genre, s'ils ont l'occasion de le visionner, auraient tort de s'en priver. 












samedi 21 juin 2014

Le secret de Charlie (2010)


Devenue une énorme machine à produire films, séries télévisées et moult produits dérivées, Disney peut inspirer l'admiration, l'inquiétude ou le dégoût. La société aux grandes oreilles, née du rêve de son fondateur, a désormais la main mise sur une bonne partie de la culture populaire. En plus des produits cités plus hauts, on pourrait évoquer les acteurs catalogués "Disney", parce qu'ils ont fait leurs premiers pas dans les films ou téléfilms produits par cette firme (citons, bien évidemment, l'inévitable "High School Musical"). Ces produits étant très ciblés, leurs participants doivent, un jour ou l'autre, se résoudre à en sortir, parce que l'âge les a rattrapés ou qu'ils ont de nouvelles ambitions. Alors, c'est souvent vers le cinéma que ces jeunes pousses se dirigent, avec plus ou moins de succès. Zac Efron, tête d'affiche de "High School Musical", s'est lancé dans des films souvent taillés sur mesure pour lui. "Le secret de Charlie", sorti en 2010, ne lui a pas permis d'accéder au statut d'acteur reconnu, et surtout, de se débarrasser de l'étiquette "Disney" qui lui colle à la peau, faute d'un vrai succès dans les salles...
Depuis que son jeune frère est mort dans un accident de voiture et que lui a survécu, Charlie Saint Cloud, jusque là habitué aux succès en tout genre, a renoncé à tout. Le jeune homme prometteur est devenu gardien de cimetière. 
Lié par un pacte à son petit frère, il discute avec lui chaque soir, au coucher du soleil, ou du moins est convaincu de le faire. 
Un jour, Tess, une ancienne camarade de lycée, débarque dans la petite ville, sur son splendide voilier de compétition. La vie de Charlie, ou ce qui lui en reste, va être bouleversée.

Zac Efron, avec sa gueule d'ange et ses pectoraux à faire se pâmer les midinettes, a voulu, en tournant dans "Le secret de Charlie", changer de registre et d'image. Une louche de mélodrame, une pincée de fantastique et environ deux tonnes de bons sentiments, la recette aurait du fonctionner et offrir à la star de Disney Channel une carrière hollywoodienne digne de ce nom. Hélas, le public ne s'est pas laissé prendre et le film est à peine rentré dans ses frais.


Ne nous mentons pas : "Le secret de Charlie" dégouline de bons sentiments et utilise, dans son scénario, des ficelles (que dis-je, c'est de câble de pont qu'il s'agit) les plus éculées qui soit. A la réalisation, Burr Steers, déjà aux commandes de "17 ans encore" (avec également le petit Zac), met tout cela en boîte sans faire preuve d'audace, en faiseur dévoué, ce qu'il est probablement. 

Du côté de l'interprétation, c'est le pompon. La jeune star aux yeux de biche est sans cesse mise en valeur (y compris dans une scène où il décide, contre tout bon sens, de plonger torse nu dans l'eau glaciale), sans cependant faire montre d'un véritable talent. Si un physique avantageux suffisait à faire un acteur digne de ce nom, cela se saurait. Autour de lui gravitent de jeunes acteurs peu convaincants, mais aussi des revenants, comme Kim Basinger et Ray Liotta.

En résumé, "Le secret de Charlie", avec sa réalisation mollassonne, est à réserver à celles et ceux qui apprécient Zac Efron, la voile, le base-ball et les mélodrames sirupeux.
Cela fait un public bien restreint.


mercredi 26 février 2014

Trop loin pour toi (2010)


La comédie romantique, genre maintes fois abordé dans ces colonnes, est un genre inépuisable, même si les films de ce domaine sont souvent prévisibles. Bien sûr, en utilisant l'inévitable canevas qui prévaut dans cette catégorie, il est possible de sortir un peu du cadre hyper-défini, mais le but de la romcom reste le même : malgré toutes leurs différences et après avoir vaincu les aléas, les deux tourtereaux doivent in fine finir dans les bras l'un de l'autre. Vendu lors de sa sorti en partie sur l'argument que Drew Barrymore et Justin Long étaient (à l'époque) en couple à la ville comme à l'écran, "Trop loin pour toi" utilisait bon nombre des ficelles de la comédie romantique, mais adoptait aussi un ton plus trash, comme le font moult comédies venues d'Amérique. Malgré cela, les recettes du film ne furent pas à la hauteur de ce qu'espéraient les producteurs.

Après leur rencontre dans un bar new-yorkais, Erin et Garrett se sont rendus compte qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. Hélas, Erin a décroché un poste dans une rédaction à Los Angeles, tandis que Garrett travaille pour une maison de disques située à New-York. Ils vont cependant tenter de s'aimer à distance, séparés par plusieurs fuseaux horaires et pas mal d'heures d'avion, sous le regard de leurs amis et familles.
Très vite, Erin et Garrett vont se rendre compte que la distance joue contre eux. 

Premier film de Nanette Burstein, qui avait jusqu'alors essentiellement réalisé des documentaires, "Trop loin pour toi" ("Going the distance", en version originale) donne l'impression de n'être ni réussi ni raté. Ce n'est déjà pas mal, vue la quantité de navets qui envahissent les salles obscures, mais cela reste un brin frustrant. Exploitant sans vergogne les clichés du genre et picorant les recettes qui marchent dans la comédie américaine actuel, "Trop loin pour toi", réalisé sobrement, donne souvent l'impression de sortir de la route avant de reprendre son chemin bon an mal an, quitte à laisser le spectateur perplexe.

Inévitablement, "Trop loin pour toi" glisse à de nombreuses reprises dans l'humour au-dessous de la ceinture (décidément très en vogue outre-Atlantique). A mon goût, ces scènes-là, trop nombreuses, sont l'équivalent d'un "hors-sujet" dans une rédaction. C'est dommage car, en dehors de ces moments là, le film est plutôt réussi et dissimule quelques jolis moments. je songe notamment aux scènes où apparaît le groupe indépendant The boxer rebellion, qui existe réellement et dont les prestations scéniques dans le film sont formidables. 

Du côté de l'interprétation, c'est surtout Drew Barrymore qui tire son épingle du jeu (ce qu'elle a grandi, la petite soeur d'Elliott dans "E.T." !). Justin Long, son partenaire, fait une nouvelle fois (après le quatrième "Die Hard" de sinistre mémoire), fait une nouvelle fois preuve d'un charisme proche du néant (avis sans doute subjectif de ma part). Dans des rôles plus secondaires, on notera l'interprétation déjantée de Charlie Day et de Jason Sudeikis, les deux trublions du film, dont les interventions le font souvent sortir du registre sage de la comédie romantique traditionnelle.

Bancal mais parfois drôle, "Trop loin pour toi" n'est ni une franche réussite, ni un total désastre. C'est un film qui peut, à la grande rigueur, remplir une soirée, si l'on n'est pas trop regardant. Une fois vu, il s'oublie vite et ne laissera pas une trace marquante dans la carrière de son équipe, ni dans la mémoire de son spectateur.