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jeudi 20 septembre 2018

Père et fille (2004)


Kevin Smith, qui se fit remarquer par "Clerks", un de ces petits films qui se font remarquer par leur extrême rentabilité, a suivi son petit bonhomme de chemin, tout en restant fidèle à sa marque de fabrique. S'entourant souvent des mêmes acteurs (Ben Affleck, Matt Damon, ... font partie de sa "bande"), l'homme a ses fans. En s'essayant (à sa manière) à la comédie romantique, avec "Père et fille" (dont le titre original, "Jersey Girl" est largement meilleur que sa traduction, une nouvelle fois), Smith ne connut pas le succès habituel.


Chargé de communication à Manhattan, Ollie a tout pour être heureux, même si son métier passe avant sa vie personnelle. le jour où sa femme meurt en donnant naissance à leur bébé, toute son existence s'écroule. Ollie craque et perd son emploi. Le voilà, avec une petite fille sur les bras, obligé de retourner vivre chez son père, dans une petite ville du New Jersey. 
Découvrant le rôle de père, Ollie doit tout réapprendre. Même l'amour.

Il n'y a pas que de la comédie, dans ce film que Kevin Smith dédie à son père et dont il a puisé l'inspiration dans sa propre expérience de père. La première partie est même dramatique à plusieurs reprises et l'on conçoit mal comment le film va pouvoir se débarrasser de ce passif pour repartir vers des horizons plus clairs. Il y parvient cependant et respecte à peu près les codes de la romcom, même s'il se permet quelques écarts bienvenus. En sortant à plusieurs reprises du chemin balisé que tant d'autres suivent avec application (quitte à lasser leur spectateur), Kevin Smith livre ici un petit film qui fait vibrer plus d'une émotion : on sourit, on s'émeut, on s'agace aussi, parce que les héros de "Père et fille" sont finalement des gens "normaux". Ils ne vivent pas dans un sublime loft de Manhattan ou un appartement cossu de Greenwich Village et n'ont pas un métier de rêve. En éjectant, dès les premières séquences, son personnage principal du cocon douillet où il vivait, Kevin Smith tord le cou aux clichés : Ollie est victime de nombreux aléas, parfois tragiques, mais ça ne le rend pas plus sympathique et c'est avant tout le spectateur qu'il va devoir séduire. 

Une fois de plus, Kevin Smith a fait venir ses copains (même Matt Damon fait un petit passage) pour donner vie à cette comédie pas toujours drôle, mais finalement plutôt réussie. Ben Affleck, dans le rôle d'un yuppie se découvrant père, est plutôt convaincant et la très jolie Liv Tyler s'en sort bien, dans un rôle qui aurait pu se résumer à celui de la belle de service. Notons la très jolie prestation de la petite (à l'époque) Raquel Castro, qui fait, depuis, une jolie carrière à la télévision, ainsi que celle de l'humoriste George Carlin, épatant en père et grand-père comme on en rêve. 
Jennifer Lopez, qui disparaît rapidement du film, avait déjà partagé l'affiche avec Ben Affleck peu avant, avec "Amours troubles"(un des prototypes du four hollywoodien). Lui avoir confié le rôle de l'épouse du héros est sans doute l'une des meilleures idées du film. Avoir fait du personnage principal un père souvent indigne (alors qu'il a une petite fille exceptionnelle) en est une autre : Kevin Smith, ce faisant, évite d'engluer son film dans la guimauve. Le héros se prend des coups dans la figure, mais l'a souvent mérité. Et, si "Père et fille" choisit une résolution imposée par son genre, celle-ci est amenée de façon particulièrement maline. 

Au final, la romcom de Kevin Smith est plutôt plaisante. Si elle n'a rien d'inoubliable, on peut clairement la classer parmi les réussites dans l'exercice. Le pire reproche (en dehors d'une affiche assez hideuse) qu'on puisse faire au film est sans doute son titre, particulièrement passe-partout : lors du générique de fin, la voix du Boss entonne une belle version live de "Jersey Girl".



lundi 13 août 2012

The company men (2010)



Premier film au cinéma de son réalisateur, "The company men", porté par un attrayant casting, n'a pas connu le succès dans les salles obscures. S'il trouve aujourd'hui sa place dans ce blog, on peut cependant s'étonner du peu de spectateurs qu'il séduisit lors de sa sortie. L'heure est venue de lui offrir une séance de rattrappage.

Illustration parfaite de la réussite à l'américaine, Bob Walker est licencié du jour au lendemain, lorsque la compagnie qui l'emploie met en place un plan drastique de réduction des effectifs. Devant renoncer à tous les privilèges auxquels il était habitué, il va apprendre à se battre, à renoncer à ce qu'il pensait acquis, pour finalement changer. Sous la poussée des actionnaires, la compagnie continue de mettre d'autres hommes au chômage, broyant les vies pour maintenir le cours de ses actions.

Réalisé par John Wells, délaissant le temps d'un film ses activités télévisuelles, "The company men" est inscrit dans son époque. A l'heure où la crise économique frappe de plein fouet l'Amérique, cette histoire se penche sur le destin de plusieurs hommes, incarnés à l'écran par des acteurs au meilleur de leur forme : Ben Affleck (qui trouve là l'un de ses meilleurs rôles), Tommy Lee Jones (impérial, comme souvent), Chris Cooper (un acteur à redécouvrir) et Kevin Costner (inattendu, mais épatant). A leurs côtés, les femmes, même si elles ont des rôles plus ingrats, tirent remarquablement leur épingle du jeu. Maria Bello (connue pour son rôle récurrent dans "Urgences") et surtout Rosemarie DeWitt (remarquée dans les séries "Mad Men" et "United States of Tara", mais qui ne devrait tarder à accéder au succès qu'elle mérite) sont tout simplement remarquables.

La crise économique et ses répercussions a fait l'objet de maints longs métrages, plus ou moins dramatiques. A priori à mille lieues du traitement qu'en aurait fait un Ken Loach (par exemple), John Wells décortique à la loupe et à un rythme étonnament humain les trajectoires d'hommes se retrouvant au chômage, alors que leur statut aurait (a priori, toujours) du les épargner. La crise qu'ils affrontent, loin d'être seulement matérielle et financière, est aussi existentielle : que devenir lorsque l'entreprise qu'on a contribué à construire vous rejette ? Porté par des interprètes exemplaires (je me répète), le film ne donne pas une réponse unique à cette question, ni ne se pose en fable morale. A bien des égards, il rappelle "A la recherche du bonheur", mais s'avère finalement plus efficace, parce que plus réaliste : la réussite d'une vie ne se compte pas forcément en billets verts.

Malgré toutes les qualités que je viens de citer, il peut sembler étonnant que "The company men" n'ait pas connu le succès lors de sa sortie. J'y vois plusieurs raisons. En premier lieu, le thème traité n'est pas de ceux qui incitent les spectateurs à se déplacer, fût-ce pour son casting. La crise et ses conséquences étant omniprésentes dans notre quotidien, on peut comprendre qu'aller au cinéma rime plutôt avec détente. De plus, les personnages au centre de ce film ne font pas partie de l'Amérique d'en-bas, mais sont (a priori) des nantis, nullement protégés par leurs stock-options. Si ce choix est au final ce qui rend le film encore plus percutant (et plus démoralisant, peut-être), on peut comprendre qu'il ne soit guère engageant pour le spectateur lambda.

Enfin, et c'est sans doute ce qui joua le plus en défaveur de ce film lors de sa sortie, "The company men", malgré tous ses atouts, a été extrêmement mal vendu. Desservi par une bande-annonce médiocre, voire trompeuse (et je ne parle pas de son affiche !), il n'a pas fait l'objet de la promotion adaptée. Nul doute qu'avec une meilleure présentation, il aurait eu droit à un vrai succès public. Il mérite amplement une deuxième chance, que je vous invite à lui offrir...