Bienvenue sur "Deuxième Séance", blog consacré au cinéma, et plus précisément aux films n'ayant pas connu le succès (critique ou public) lors de leur sortie (à tort ou à raison)...
Après dix années à incarner l'un des six amis de "Friends", Davis Schwimmer a eu une carrière plus discrète. On le sait peu, mais il est passé à plusieurs reprises derrière la caméra, d'abord à la télévision (ayant fait ses armes sur la série qui fit sa gloire), puis au cinéma : son premier film, "Cours toujours Dennis", est passé sous les radars de pas mal de monde, lors de sa sortie en 2007. Avec en vedette Simon Pegg, et prenant pour décor la capitale britannique, ce film méritait-il mieux ?
Il y a cinq ans, Dennis a pris peur, peu avant d'épouser Libby, qui attendait leur enfant. Le jour du mariage, il est parti en courant. Depuis, il mène une petite vie médiocre qui ne le satisfait pas. Quand Libby rencontre Whit, homme d'affaires qui a jeté son dévolu sur elle, Dennis comprend qu'elle est l'amour de sa vie et veut la reconquérir. Pour cela, il décide de battre Whit sur son terrain et s'inscrit à un marathon. Dennis n'a pas fini de courir.
Avec pareil pitch, il reste peu de place à la surprise : la comédie romantique qui se cache derrière "Run, Fatboy, Run" (le titre original du film), coscénarisé par Simon Pegg, respecte nombre des balises qui façonnent le genre. Il faut, pour l'apprécier, accepter ce postulat et se contenter de profiter du voyage, dans divers endroits de Londres. Tourné en peu de temps, efficace à défaut d'être original, "Cours toujours Dennis" met ses décors en valeur avec efficacité et utilise sans faille le charme infaillible de ses interprètes. En tête, Simon Pegg semble s'être fait plaisir avec son personnage de faux-loser immature, face à la sublime Thandie Newton. Les seconds rôles sont eux aussi fort savoureux et apportent à leur manière le petit supplément qui manque tant à nombre de films du même registre.
De jolis décors, des personnages savoureux, quelques situations drôles et des dialogues parfois piquants : les ingrédients nécessaires sont réunis et il ne restait plus qu'à les assembler correctement pour que la recette soit réussie. Fort heureusement, c'est le cas avec "Cours toujours Dennis", certes pas inoubliable, mais suffisamment réussi pour satisfaire son spectateur.
Même s'il s'agit d'un film léger, "Cours toujours Dennis" aurait sans doute mérité mieux qu'une sortie à la sauvette. Même si c'est un film qu'on oublie rapidement, il a le mérite de faire passer un moment plaisant. En ces temps compliqués, c'est toujours bon à prendre, vous ne trouvez pas ?
Si on se fie à son affiche, "Pas son genre", de Lucas Belvaux, ressemble fort à une comédie romantique. Ce serait mal connaître ce cinéaste venu du nord, plus habitué à explorer les âmes qu'à se réfugier dans la facilité de la romcom. Avec, en tête d'affiche, la trop rare Emilie Dequenne, ce film eut un succès d'estime (comprenez par là qu'il ne déchaîna pas les foules). Histoire de vérifier que nous ne sommes pas passés à côté d'un joli film, voire d'une grande œuvre, penchons-nous un instant sur "Pas son genre".
Parisien dans l'âme, Clément, professeur de philosophie reconnu est affecté à Arras, où il ne connaît personne. Là-bas, alors qu'il erre, il tombe sous le charme de Jennifer, coiffeuse de profession, dont les affinités sont à mille lieues des siennes. Elle aime le karaoké et les journaux people, il s'intéresse à Kant et participe à des conférences de haut niveau. Les deux amants ont-ils un avenir ensemble ? Ou leurs différences sont-elles trop fortes ?
En adaptant le roman éponyme de Philippe Vilain, Lucas Belvaux n'ambitionnait sans doute pas de répondre à ces questions, mais avait l'immense mérite de les poser. Si "Pas son genre" était une véritable comédie romantique et respectait le cahier des charges du genre, les deux protagonistes finiraient pas vaincre leurs différences, au nom de l'Amour, celui qui met à bas les barrières et vainc tout. Seulement, comme je le disais en exergue, nous ne sommes pas, malgré ce que pourrait laisser penser l'affiche, dans une romcom. Loin de moi l'idée de vouloir déflorer la fin de l'histoire, mais vous aurez peu l'occasion de rire, ni même de sourire, en visionnant "Pas son genre". Lucas Belvaux, l'air de rien, pose de véritables questions, avec ce petit film plus malin qu'il n'y paraît. Peut-on aimer quelqu'un qui n'appartient pas à notre milieu social ? A-t-on un futur quand on vient de milieux diamétralement opposés ?
Questionnant sans torturer (on l'en remercie au passage), le réalisateur belge donne surtout à ses acteurs l'occasion de livrer deux jolis numéros, chacun dans leur style. Avant de la mettre en scène dans le très militant "Chez nous", Lucas Belvaux offre ici un beau rôle, souvent poignant, à Emilie Dequenne, qui n'était pourtant pas le premier choix du réalisateur. On imagine cependant mal le personnage central de "Pas son genre" incarné par une autre interprète, tant elle est spontanée et donne à son rôle l'épaisseur nécessaire. Face à elle, Loïc Corbery, tout en retenue et en intériorité, est également une belle surprise.
On pourra regretter que "Pas son genre" fasse un peu de sur-place dans sa dernière partie, laissant l'impression qu'il s'agit de remplissage. Le film aurait probablement gagné à être un peu plus court, mais produit cependant son petit effet, à base de charme et d'amertume à la fois.
La réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, qui triompha avec "La leçon de piano" est connue pour l'esthétique remarquable de ses longs métrages et l'intelligence de ceux-ci. Pour autant, ses films sont souvent catalogués et échappent, à leur corps défendant, au grand succès public. il y a une dizaine d'années, "Bright Star", réalisé par elle, narrait l'histoire d'amour du poète John Keats. Amateurs d'histoires romantiques, de films en costumes et de belles images, ce film est-il pour vous ?
Londres, début du XIXème siècle : le jeune poète John Keats n'est pas encore reconnu et loge chez son ami Brown. Ils ont pour voisine Fanny Brawne, une jeune fille élégante que la poésie ne semble pas impressionner. Pourtant, peu à peu, entre Keats et elle, va naître un étrange sentiment, auquel ils ne s'attendaient pas. Entre amour, désir et bientôt passion indéfectible, les deux jeunes gens vont devoir vaincre maints obstacles avant de pouvoir s'aimer.
A l'instar de ce que Jane Campion nous avait déjà offert dans le superbe "La leçon de piano", elle livre ici un film d'une très grande beauté formelle. C'est ce qui saute aux yeux lors du visionnage de "Bright star" : chaque plan est remarquablement travaillé, à l'image de ces toiles dans lesquelles l'œil pourrait se perdre durant des heures. L'écrin que la réalisatrice offre à l'histoire romantique et dramatique de Fanny et John est de ceux qui s'apprécient sur un grand écran et évoque quelques-unes des plus belles réussites du genre (je songe notamment à "Barry Lyndon", l'un des mètres-étalon dans la catégorie).
Comme souvent quand la forme est sublime, le fond peut sembler moins convaincant. Dans le cas, présent, ce déséquilibre est vérifié (mais dans une moindre mesure, comparé à certains films). S'il fallait en pointer les défauts, c'est du côté du scénario que "Bright star" montre ses (rares) faiblesses. La passion amoureuse, rarement aussi bien décrite au cinéma que dans cette romance pré-victorienne, est de celle qui s'installent lentement et se déroulent avec une langueur qui peut agacer.
Alors, oui, "Bright star" est un beau film sur l'amour romantique et rarement le désir a été filmé avec autant de grâce. Mais son rythme, particulièrement lent, et sa longueur pourront décontenancer certains spectateurs et les laisser sur le bord du chemin. D'autres se réjouiront de suivre cette histoire, d'autant plus qu'on y est guidé par Abbie Cornish, lumineuse dans le rôle de Fanny et dont la prestation éclipse bien souvent celle de Ben Wishaw.
De "Bright star", on retiendra surtout l'impeccable maîtrise de son art dont Jane Campion fait ici la démonstration. Le seul regret qu'on peut émettre après le visionnage de "Bright star" est sans doute que sa beauté plastique éclipse presque tout le reste.
En ces temps compliqués, on peut légitimement s'accorder une petite pause et avoir envie de légèreté. Il y a des tas de films qui peuvent répondre à cette demande. Certains rempliront leur mission avec efficacité et d'autres échoueront. Au rayon des comédies romantiques, il est des pépites sucrées qui tomberaient à pic. Le méconnu "L'ex de ma vie", avec en vedette la pétillante Géraldine Nakache, pourrait-il faire partie de ces friandises bienvenues ? Lors de sa sortie, il passa presque inaperçu, en tout cas. C'est le moment de lui offrir une deuxième séance !
Parce que Christen, chef d'orchestre réputé, veut l'épouser, Ariane, violoniste de renom, doit régler un tout petit problème : elle doit d'abord divorcer de Nino. Son futur ex-mari, un instituteur italien, est tout l'opposé de Christen et, bien qu'encore épris de la belle, consent à la suivre à Paris où ils pourront divorcer en huit jours. Ce séjour dans la ville-lumière va s'avérer rempli de péripéties et pourrait bien changer la donne entre les deux ex-futurs époux : entre eux deux, tout est-il vraiment terminé ?
Deuxième long métrage de Dorothée Sebbagh, sa réalisatrice (après "Chercher le garçon"), ce film est également son dernier à ce jour. En visionnant "L'ex de ma vie", on peut comprendre qu'elle ait modifié son parcours. Cette comédie romantique à la française a beau respecter pas mal des critères du genre, elle ne peut satisfaire les amateurs du genre.
Alors, oui, les protagonistes sont charmants, oui, ils ont des métiers qui font rêver, oui, ils évoluent dans un Paris de carte postale, oui, on sait comment ce petit jeu va se terminer (à quelques détails près), mais il ne suffit pas de remplir quelques-unes des cases pour qu'un romcom fonctionne. En l'occurrence, "L'ex de ma vie" manque singulièrement de charme et de drôlerie. L'énergie dilapidée par les personnages à se courir après et à claquer des portes aurait été mieux employée si elle se communiquait au film.
C'est embêtant pour les acteurs qui tiennent l'affiche (Géraldine Nakache en particulier) et font de leur mieux avec un scénario qui part dans tous les sens et une mise à scène sans queue ni tête. Mais quand il n'y a rien à sauver, hormis de jolies images assemblées tant bien que mal, toute la bonne volonté du monde n'y peut rien : le bateau coule. Rarement drôle et excessivement prévisible, "L'ex de ma vie" a aussi contre lui d'être plutôt mal fichu, tant de ce qui est de sa réalisation que de son montage, pour ne citer que deux de ses défauts. Ce n'est pas encore cette fois qu'on trouvera matière à réconfort dans une comédie française (et aussi italienne, dans le cas de ce film).
Si le public connaît Laura Morante, c'est essentiellement pour son rôle dans "La chambre du fils" de Nanni Moretti, Palme d'Or à Cannes en 2001. Cependant, la belle Italienne a une impressionnante filmographie et a tourné avec nombre de réalisateurs renommés. Ce que l'on sait moins, c'est qu'elle s'est essayée à la réalisation, avec "La cerise sur le gâteau", comédie plutôt romantique qu'elle avait coscénarisée et interprétée, sans cependant attirer le succès. Avec comme complices sur l'affiche Pascal Elbé et Isabelle Carré, ce film avait pourtant quelques beaux atouts dans sa manche...
Amanda devrait être heureuse, mais s'efforce malgré elle de ruiner toute histoire d'amour qui s'offre à elle. Son mal a un nom : c'est l'androphobie. Florence, sa meilleure amie, veut la voir heureuse, malgré elle. A l'occasion du Nouvel An, Florence invite donc Amanda, en lui promettant que tous les hommes présents seront mariés, mis à part Maxime, qui est gay. Au dernier moment, ce dernier renonce à la soirée. De son côté, Antoine se rend à cette soirée seul, sa femme et lui ayant rompu...
Comme vous l'aurez compris en lisant le pitch, il y a de la comédie romantique dans l'air, et du quiproquo comme déclencheur. Effectivement, c'est le postulat de base que Laura Morante a choisi pour évoquer la difficulté des relations entre femmes et hommes. Basée sur un malentendu (qu'aucun des protagonistes ne cherche cependant à dissiper, contre toute vraisemblance), l'histoire qui se construit entre les deux personnages principaux est extrêmement prévisible et suit grosso modo la trame classique de la romcom. Le film n'oublie pas, au passage, de cocher quelques cases du cahier des charges de ce registre : les protagonistes ont un train de vie confortable (même si on ne sait pas trop comment ils gagnent leur vie), évoluent dans un décor parfait (Paris a rarement été aussi joli) et sont vraiment charmants.
Mais, le charme des interprètes et de belles images ne suffisent pas à faire un bon film. En l'occurrence, "La cerise sur le gâteau" est même plutôt raté. En empilant les clichés les uns sur les autres et en se souciant comme d'une guigne de la solidité de son scénario (même dans le registre de la romcom, l'édifice doit tenir debout), Laura Morante livre une succession de scènes parfois touchantes, souvent ennuyeuses et même gênantes pour certaines. On a souvent le sentiment de se trouver face à une pièce de théâtre de boulevard et non devant un film. Si on ajoute à cela une direction d'acteurs assez moyenne, tout est dit. Aussi charmants soient les acteurs et actrices de cette drôle de comédie romantique, prétendant taquiner le genre tout en l'assumant, on a vite l'impression de tourner en rond.
Il est des films dont on attend peu, si ce n'est qu'ils puissent être une bonne surprise. Dans le cas de "La cerise sur le gâteau", cette dernière n'est pas au rendez-vous. Il ne reste à l'arrivée qu'un petit film très oubliable.
On ne compte plus les déclinaisons de comédie romantique, plus ou moins réussies. C'est, je crois, l'un des registres les plus représentés sur ce blog, d'ailleurs. Après avoir longtemps méprisé le genre, le cinéma français s'en est emparé, avec plus ou moins de bonheur et plus ou moins de succès. L'an dernier, Hugo Gélin (déjà repéré pour le très touchant "Comme des frères" et ayant reçu un vrai succès public avec "Demain tout commence") proposa "Mon inconnue", porté par François Civil et Joséphine Japy. Cette fois, ils furent peu nombreux dans les salles.
Raphaël, lycéen, est timide et se réfugie dans son imaginaire, écrivant des romans en secret. Un soir, il entend la musique que joue Olivia au piano. Le coup de foudre est immédiat.
Quelques années de mariage plus tard, alors que Raphaël est devenue romancier à succès, une violente dispute éclate entre Olivia et Raphaël. Lorsque, le lendemain, ce dernier se réveille, il découvre avec effroi qu'il n'a jamais rencontré Olivia. Avec l'aide de son collègue et ami Félix, le seul à le croire, Raphaël va tout faire pour (re)conquérir celle qui est la femme de sa vie, cette inconnue.
S'il est un mot qui peut définir rapidement "Mon inconnue", après visionnage, et le distinguer de la masse des romcoms produites par les studios, d'un côté ou de l'autre de l'Atlantique, c'est l'élégance. Qu'il s'agisse des décors, des dialogues ou de la réalisation, il émane de ce film une sorte de classe, un soupçon de grâce, qui le caractérise et s'avère plutôt agréable.
Cela dit, "Mon inconnue" reste une comédie romantique respectant les critères imposés du genre et, en cela, ne bousculant pas trop son spectateur. L'apport du fantastique, élément déjà utilisé avec succès dans certains canons du genre, se fait en douceur et c'est plus du côté de l’interprétation qu'on peut juger de sa réussite (car c'en est une, indéniablement).
Élégante comédie romantique avec un soupçon de fantastique, "Mon inconnue" vaut surtout pour la qualité de son interprétation et, en particulier pour la prestation ébouriffante de Benjamin Lavernhe, dans un second rôle, mais qui irradie les scènes où il intervient. Auréolé d'une nomination (méritée) au César pour ce rôle, il vole souvent la vedette à François Civil, pourtant très convaincant, et à la pétillante Joséphine Japy, formant le couple vedette de ce bonbon doux et sucré, fort agréable en bouche. On notera également la présence, dans son ultime rôle d'Edith Scob, l'héroïne des "Yeux sans visage" de Franju.
Il est des comédies romantiques mémorables, devenues les références du genre. Il en est des mineures, qu'on regarde et qu'on oublie. Avec ce troisième film, Hugo Gélin pourrait bien avoir réussi à se classer pas très loin de la première catégorie. Chapeau !
On pourrait croire, en regardant l'affiche de "Les dents, pipi et au lit", qu'on a affaire à une comédie dont le héros serait pris à parti par de terribles bambins. Même son titre, légèrement régressif, peut laisser penser qu'en visionnant ce film, ce sont les zygomatiques qui vont être sollicités. On ne sait que ce ne sera pas forcément très fin, mais on devrait rire. Enfin, on l'espère, et c'est toujours ça de pris. En l'occurrence, lorsque sortit ce film, l'affiche ne suffit pas à attirer les spectateurs dans les salles et le premier (et dernier à ce jour) long métrage d'Emmanuel Gillibert
Célibataire endurci, fêtard et dragueur invétéré, quadragénaire immature, Antoine est en colocation avec son ami Thomas. Quand ce dernier doit partir, Antoine voit débarquer une nouvelle colocataire : la jolie Jeanne. Mais, rapidement, Antoine déchante : la belle, récemment divorcée, est suivie par ses deux enfants. D'abord pris au dépourvu, il décide rapidement de réagir et de se débarrasser des intrus pour retrouver sa vie d'avant. Mais c'est sans compter Cupidon, qui pourrait bien mettre son grain de sel dans cette histoire...
Comme je le signifiais en introduction à ce billet, si l'affiche laisse penser que "Les dents, pipi et au lit" est une comédie basée sur la rencontre problématique entre deux modes de vie (le choc des cultures, rien de tel pour générer le comique, depuis toujours ou presque), le pitch sollicite un autre genre, tout aussi éculé : la comédie romantique (eh oui, la revoilà !). Comme s'il avait consommé prématurément tout le carburant comique de son postulat de base (le célibataire irresponsable aux prises avec deux enfants en jeune âge), Emmanuel Gillibert change rapidement de braquet et s'aventure sur un autre registre. Cela dit, pourquoi pas ?
Faisons rapidement le tour du propriétaire : les principaux ingrédients de la comédie romantique sont là, qu'il s'agisse des deux protagonistes que tout oppose a priori, de l'appartement qui fait rêver (ou en tout cas qui dépasse de loin la moyenne), ainsi que les multiples obstacles s'opposant à la romance (sans oublier la rupture provisoire, ultime épreuve incontournable du genre). Après ces checks, vient le constat, plutôt amer : "Les dents pipi, et au lit", avec son titre crétin, ne fonctionne pas, mais alors pas du tout.
Le duo choisi pour donner corps à cette romcom qui se voulait acide ne joue pas non plus en sa faveur. Tous deux échappés du petit écran, Louise Bourgoin et Arnaud Ducret ne parviennent pas à convaincre, engoncés qu'ils sont dans des rôles caricaturaux, écrits pour alimenter les situations pseudo-comiques, mais sans profondeur et, surtout, bourrés de clichés.
Rarement drôle, souvent gênant, "Les dents, pipi et au lit" donne plus l'impression d'être une succession de gags où les pires clichés s'accumulent. C'est comme si on avait tenté de faire un film avec un échantillonnage de sketchs pas forcément du meilleur niveau. Pire encore, les dits sketchs semblent avoir été coupés au montage d'une des pastilles télévisées (vous savez, ces productions qui permettent aux chaînes de nous faire ingurgiter un peu plus publicité). Inutile alors de s'étonner du piètre résultat que pareille démarche donne sur grand écran.
De temps en temps, un petit film léger, cela peut être salutaire. Que ce soit pour s'aérer l'esprit ou pour mettre son cerveau de côté, il nous arrive à toutes et tous d'avoir envie de moins de gravité. Aussi, quand une affiche semble promettre de rire, fût-ce aux dépens de son héros, on peut se laisser tenter. Malgré une affiche promettant un film tournant autour du personnage incarné par Vincent Elbaz et restant dans le registre auquel celui-ci nous a habitués, "Andy", qui n'avait pas déplacé les foules lors de sa sortie, allait-il être une de ces pépites oubliées ?
Mis à la porte pour la énième fois par une ex-petite amie, Thomas se retrouve à la rue, sans le sou. Ses parents, qu'il ne voit pratiquement plus, ne peuvent l'aider et Thomas se trouve contraint de se réfugier dans un centre d'hébergement, où il est accueilli par Margaux, une étrange jeune femme. Comme il va lui falloir gagner sa vie et qu'il n'est pas fait pour travailler, Thomas se lance dans une drôle d'entreprise : il sera escort-boy et s'appellera Andy.
Vincent Elbaz a souvent choisi des rôles proches, déclinant ad nauseam un personnage séduisant mais immature, comme on pu le voir (ou le déplorer) dans "Daddy Cool", par exemple. Le héros de "Andy" n'est guère éloigné de ses prestations habituelles : il pourrait s'agir du même homme, ayant échoué à force de nonchalance. Cela dit, il ne tire pas de leçons de ses errements et continue d'aspirer à la même existence, évitant le travail comme la peste bubonique et comptant sur sa bonne étoile et son physique pour se sortir de l'impasse. En ce qui concerne la remise en question, on repassera : "Andy" ne met guère son héros en grand péril et ce dernier continue de voir ses repères s'effondrer sans volonté de changement.
Comédie romantique avant tout, "Andy" se targue ainsi de marcher sur les plates-bandes du cinéma social. Mais, à trop courir de lièvres, on n'en attrape aucun. Les scènes utilisant le décor du foyer d'accueil sont trop peu nombreuses et n'impliquent pas suffisamment les personnages pour évoquer comme il faudrait cette réalité. Et que dire du traitement des parents du héros, incarnés par Brigitte Rouän et Jacques Weber, dont on entrevoit qu'ils auraient pu être mieux exploités, eux aussi ? Et ce n'est pas du côté de l'interprétation qu'il faut se tourner pour trouver de quoi apprécier ce film : Vincent Elbaz limite sa prise de risque à la légère brioche qu'il affiche, mais est sans arrêt rattrapé par le cliché devenu sien, celui de l'homme immature et irresponsable. Face à lui, Alice Taglioni convainc à peine, malgré la richesse potentielle de son personnage.
Malgré un pitch de base qui, faute de promettre des surprises, pouvait donner lieu à un film agréable, "Andy", par manque de solidité et de fond, déroule paresseusement son fil et paraît plus long qu'il n'est vraiment. Ce n'est pas pour autant qu'il marquera les mémoires.
Un acteur ne meurt jamais tout à fait. Quand il quitte ce monde, il laisse derrière lui tous les personnages qu'il a incarné et la possibilité de passer à nouveau un moment en compagnie de son talent. Robin Williams, trop tôt disparu, manque à nombre de cinéphiles. Voir ou revoir certains de ses films est parfois salutaire. Le méconnu "Permis de mariage", où il exerçait ses talents comiques dans le rôle d'un prêtre un peu particulier, fut récemment l'occasion pour moi de retrouver ce grand acteur. Ce film faisait-il honneur à Robin Williams ?
Ben et Sadie s'aiment et souhaitent se marier. Afin de préparer au mieux ce grand saut dans l'inconnu, Sadie choisit de suivre les cours de préparation du Révérend Frank. Les deux tourtereaux n'ont plus que trois semaines pour prouver à ce prêtre hors du commun que leur couple est fait pour durer et que leur engagement est sérieux. Mais cette préparation est constituée d'épreuves surprenants préparées par le Révérend. Obtiendront-ils leur permis de mariage ?
Je vous rassure tout de suite : puisqu'on est dans la comédie romantique, genre extrêmement codifié, l'issue de l'intrigue ne fait guère de doutes. Ce qui peut présenter un intérêt, dans ce registre, c'est le chemin qu'emprunte le film pour atteindre son objectif. Dans le cas de "Permis de mariage", on a affaire à un pitch de base plutôt amusant, quoique peu réaliste, qui présente un vrai potentiel comique, fait de décalages et d'inattendu. Seulement, pareil potentiel n'est pas infini et, à force de tirer sur la corde, il se pourrait qu'elle casse : c'est malheureusement ce qui se produit assez rapidement avec "Permis de mariage" qui, à force d'exagération, finit par lasser et agacer le spectateur. Malgré un dernier quart d'heure qui rentre sagement dans le rang (devant bien respecter le cahier des charges de la romcom), ce film de Ken Kwapis (déjà épinglé dans ces colonnes pour "Randonneurs amateurs") ne tient que grâce à ses interprètes.
Si le duo vedette est interprété sans faille par la charmante Mandy Moore et John Krasinski ("The Office"), c'est évidemment la prestation de Robin Williams qui est le plus grand atout (si ce n'est le seul) de "Permis de mariage". Dans le rôle du Révérend Frank, avec sa façon bien à lui de tester les apprentis mariés, l'acteur se fait plaisir et magnétise les scènes où il apparaît, quand il n'est pas parasité par son jeune acolyte. Ce personnage, incarné par le jeune Josh Flitter, est sans doute le plus agaçant du casting, en plus de ne servir à rien dans le scénario.
retrouve Kwapis, qui le dirigea sur "
Vous l'aurez compris, "Permis de mariage" est une comédie romantique louchant fort du côté du versant comique de son ascendance, mais ne parvenant pas à faire rire, sauf lors de quelques scènes où brille le regretté Robin Williams. C'est probablement un des films les plus oubliables de sa carrière et ce doit être réservé à ceux qui cherchent à tout prix à revoir leur acteur chéri, quitte à visionner certains films qui n'en méritaient pas tant.
La recette de la comédie romantique est connue : une femme et un homme qui, a priori, n'avaient rien en commun, se rencontrent, se rendent compte qu'ils sont fait l'un pour l'autre et, après avoir déjoué les coups du sort (le dernier aléa marquant généralement le dernier quart d'heure du film), finissent par aboutir à un happy end bien mérité. Genre très anglo-saxon, la romcom a donné le meilleur (nous avons tous des noms en tête) et le pire (là aussi, chacun a sa liste). Le cinéma hexagonal s'est frotté plus d'une fois à l'exercice, avec plus ou moins de bonheur. Déjà remarqué pour "Les émotifs anonymes" où il mettait Isabelle Carré face à Benoît Poelvoorde, Jean-Pierre Améris a retrouvé ce dernier pour "Une famille à louer". Cette fois, le succès fut moindre.
Paul-André a tout : il a fait fortune et vit désormais seul, dans une immense maison, en proie à un gigantesque cafard. En fait, il n'a rien : il lui manque une famille.
Violette, mère célibataire de deux enfants pleins de vie, peine à joindre les deux bouts et n'hésite pas à voler pour qu'ils puissent manger. Quand il voit Violette à la télévision, sortant du tribunal où elle est jugée pour avoir frappé un vigile, Paul-André a une idée : et s'il louait Violette.et sa famille, comme ça, juste pour voir si l'immense trou dans son existence, ne viendrait pas de là ?
Le pitch de "Une famille à louer" aurait pu donner un traitement basé uniquement sur la comédie et le contraste entre les deux mondes qu'incarnent les personnages principaux. Rétrospectivement, on peut frissonner en imaginant ce que certains acteurs majeurs (hélas) de la comédie française en auraient fait.
Heureusement, Jean-Pierre Améris prend le parti d'aimer ses personnages (ce que ne font pas ceux que j'évoquais plus haut). Malgré leurs défauts, Violette et Pierre-André sont profondément humains, aussi agaçants soient-ils parfois. C'est d'eux et du choix de traitement qui leur est réservé que vient le sentiment général de réussite du film.
Étonnamment, le couple formé à l'écran par Benoît Poelvoorde, qu'on a connu bien moins inspiré, et la délicieuse Virginie Efira (qui maltraite son image avec délectation), fonctionne parfaitement. En opposés qui s'attirent, tous deux jouent la partition que leur confie Jean-Pierre Améris avec un naturel qui entraîne le spectateur. Derrière eux, dans des rôles plus importants qu'on l'aurait cru, les deux jeunes acteurs incarnant les enfants du personnage de la ravissante (oui, je me répète, mais c'est plus fort que moi) Virgine Efira crèvent l'écran : ce n'est pas tous les jours qu'on peut saluer le jeu des enfants, souvent excessif et peu naturel.
Après "Les émotifs anonymes", c'est une nouvelle fois à la rencontre de deux mondes, incarnés par deux personnages bien différents, que Jean-Pierre Améris nous entraîne avec "Une famille à louer". Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce petit film est plus malin qu'il n'en a l'air et que, pour mineur qu'il soit, il permet de passer un joli moment. C'est toujours ça de pris.
Si j'ai un sujet de lamentation régulière, dans ces colonnes, c'est sans conteste la comédie française, autrefois motif de fierté, aujourd'hui bête machine à fabriquer des films souvent identiques et formatés pour finir leur carrière le dimanche soir sur TF1. Si les spectateurs sont souvent nombreux à se rendre dans les salles obscures pour aller voir le dernier opus de tel ou tel comédien (coucou Dany Boon !), parfois, ça ne fonctionne pas. En l'occurrence, la comédie "Situation amoureuse : c'est compliqué", avec en tête d'affiche Manu Payet (également co-réalisateur), porteur d'un beau capital de sympathie auprès du public, n'a pas, comme on dit, rencontré son public. La faute à qui ?
Ben, trentenaire bien dans sa peau et dans petite vie tranquille, est sur le point d'épouser Juliette. C'est le moment que choisit Vanessa pour ré-apparaître. Vanessa, c'est la fille dont Ben était fou amoureux, au collège, celle à laquelle il ne peut s'empêcher de penser malgré les années. Et si le destin lui donnait enfin la chance qu'il n'avait pu saisir, autrefois ? Ben doit-il saisir cette chance ? Ou laisser passer Vanessa, définitivement ?
Le voilà bien embarrassé.
Le pitch est maigre mais, qu'à cela ne tienne : on a vu des films tenir sur des intrigues moins épaisses et certains n'avaient rien de honteux, après tout. On peut comprendre que les producteurs aient choisi de se lancer dans l'aventure, comptant sans doute sur l'abattage et le charme des interprètes pour faire passer la pilule d'un scénario maigrichon.
Et c'était bien vu car, s'il est quelque chose à sauver de "Situation amoureuse : c'est compliqué", c'est son casting, à qui on pardonne beaucoup de chose. Manu Payet se met en scène avec une vraie drôlerie et parfois pas une pointe d'émotion tandis que, face à lui, Anaïs Demoustier change de registre avec bonheur et qu'Emmanuelle Chriqui, plus habituée au petit écran qu'au grand, s'impose avec charme et énergie.
C'est du côté du scénario que le film pêche le plus, tant on est peu surpris par ce qui arrive au héros. La réalisation, assurée par l'acteur principal et Rodolphe Lauga (à qui l'on doit, depuis, "La source") n'a rien de transcendant et donne souvent l'impression d'avoir affaire à un spot publicitaire, où tout est lisse et propre, mais en rien réaliste. S'il est, finalement, une situation préoccupante, c'est celle de la comédie française, décidément mal en point, tant elle est bloquée à un stade où facilités, paresse et clichés règnent.
Voilà donc un film sans grande surprise, et surfant plus ou moins sur l'air du temps que ce "Situation amoureuse : c'est compliqué". Vite vu, il est également vite oublié. Passer à côté est donc envisageable et fort pardonnable.
Une fois de temps en temps, on a le droit d'avoir un moment de faiblesse : il m'arrive de visionner des films très prévisibles, dont la fin ne fait aucun doute, juste parce que leur réalisateur est dans mes bonnes grâces ou parce que les acteurs et actrices qui y jouent font partie de mes préférés, par exemple. Dans le cas de "Irène", c'est essentiellement la présente souriante de Cécile de France qui m'a fait pencher sur ce film, le premier réalisé par Ivan Calbérac (essentiellement connu pour "L'étudiante et Monsieur Henry").
Irène a trente ans, un métier intéressant à Paris, des parents qui l'aiment en province. Mais Irène a un problème : elle est toujours célibataire et, selon elle, il est temps que ça change. Alors qu'elle s'installe dans son nouvel appartement et acquiert enfin sa liberté, elle se lance dans sa quête de l'homme idéal. Terminées, pour elle, les histoires qui ne durent pas... Alors qu'elle engage François pour repeindre son logement, elle se lance dans cette quête, cherchant partout, s'y prenant souvent mal. Et si l'amour était pourtant sous ses yeux ?
Vous l'aurez aisément deviné : nous sommes, avec "Irène", sur le terrain très balisé et rarement surprenant de la comédie romantique, qui plus est dans sa catégorie "française" (celle qui peut rarement se targuer d'audace). Les protagonistes, mis en scène dès les premières séquences, doivent franchir quelques obstacles pour parvenir à la conclusion imposée. En l’occurrence, les obstacles qui se présentent aux deux tourtereaux sont surtout le fait même de l'héroïne : le caractère d'Irène, pas franchement facile, ses aspirations et exigences, tout conspire à la faire échouer dans sa recherche du prince charmant. Cela dit, rien de neuf sous le soleil de la romcom. Tant pis, ou tant mieux, c'est selon les attentes du spectateur.
C'est surtout la divine Cécile de France qui est le plus bel atout de "Irène", comédie romantique à la française, très prévisible. Tour à tour boudeuse ou enthousiaste, l'héroïne de ce petit film entraîne dans son sillage le spectateur (qui, de son côté, est tour à tour agacé ou attendri par elle). Face à elle, les seconds rôles, essentiellement masculins, s'en tirent avec les honneurs, leurs rôles fussent-ils parfois caricaturaux. Qu'il s'agisse de Bruno Putzulu, en faux naïf, d'Olivier Sitruk, en amant mystificateur, ou de Patrick Chesnais, dans le rôle d'un boss dépassé, pour ne citer qu'eux, font "le job", comme on dit, et servent un scénario parfois à la limite du minimalisme, oscillant entre charme et légèreté.
Bref, "Irène", petit film léger et souvent sucré, est de ceux qui se regardent sans peine et s'oublient rapidement. N'eut été le charme de ses interprètes, il serait fort dispensable.
Je ne vous cache pas que Jean-Paul Salomé ne jouit pas dans mon esprit d'une très bonne réputation, en tant que réalisateur. Entre le sinistre "Bélphégor, le fantôme du Louvre" et le très moyen "Arsène Lupin" qu'il réalisa (et qui mériteraient de passer sur le gril de ce blog), celui qui est devenu il y a quelques années président d'UniFrance (et n'est donc plus derrière la caméra) n'a pas vraiment de grands films à son palmarès, à mes yeux. Son dernier long métrage, "Je fais le mort", lorgnait du côté de la comédie policière (et romantique, au passage) et est passé presque inaperçu lors de sa sortie. Revenons sur ce dernier, si vous le voulez bien.
Jean Renault remporta, plus jeune, le César du meilleur espoir masculin. Depuis, sa carrière n'a jamais décollé et il vivote en cachetonnant ça et là, de téléfilms en spots publicitaires, son perfectionnisme agaçant les metteurs en scène.
Contraint d'accepter une dernière proposition, Renault est engagé pour "faire le mort" : il va tenir le rôle de la victime dans la reconstitution d'un meurtre, dans une station alpine. Entre les autorités locales et la juge qui supervise les opérations, c'est un public différent qui va le voir à l'oeuvre.
Autant le dire tout de suite : ne cherchez pas du côté de l'intrigue policière, si vous voulez être surpris. Cette dernière est, en effet, plutôt téléphonée et artificielle. C'est bien évidemment le versant "comédie romantique" de ce film qui est le plus exploré. Sortant, pour une fois, des décors habituels du genre (ici, point d'appartement luxueux ou de quartier huppé), "Je fais le mort" est de ces comédies jouant essentiellement sur les caractères des personnages pour fonctionner et, pour cela, grossit chacun de leurs traits. La caricature est parfois tout sauf drôle au cinéma : encore une fois, ce procédé ne fonctionne pas vraiment, dans le cas présent.
En effet, Jean-Paul Salomé n'y va pas de main morte pour faire comprendre que son héros, sous couvert de professionnalisme, a un caractère épouvantable, ni que la juge qui lui fait face a une conception bien à elle de la justice. Les personnages, même s'ils se montrent attachants dans quelques jolies scènes (trop rares, hélas), sont souvent de simples caricatures ambulantes auxquelles on finit par ne plus trop croire. Alors qu'ils auraient du porter le film, dont l'intrigue est bien légère, les personnages l'handicapent plus qu'autre chose. Dommage.
Dans l'inventaire des points positifs du film, on saluera l'interprétation de François Damiens (qui évite d'en faire trop, ce que l'on aurait pu craindre) et de la charmante Géraldine Nakache, ainsi que la très bonne idée d'avoir placé l'histoire dans le décor d'une station alpine hors-saison. Cela confère à l'histoire une atmosphère particulièrement réussie.
Hélas, l'atmosphère ne fait pas tout : pour fonctionner, un film nécessite une histoire solide et des personnages crédibles. Dans le cas de "Je fais le mort", même si on a le sentiment de n'être pas passé loin d'une vraie réussite, ces deux composantes majeures font défaut.
L'entrée à l'université, aux Etats-Unis, est un moment important. C'est en général le premier pas sur le chemin de l'âge adulte et il conditionne bien des vies (à commencer par le coût que représentent certains cursus). Si mon petit doigt me dit que notre système éducatif louche dangereusement sur celui d'outre-Atlantique, "Middleton", film où l'on assistait à une journée portes ouvertes dans l'Université du même nom, est un film typiquement étasunien. Alors, est-il logique que le public français n'y ait pas eu droit, puisqu'il ne sortir qu'en DVD (malgré la présence au casting d'Andy Garcia) ?
Chirurgien de renom, George accompagne son fils Conrad à l'Université de Middleton, pas plus motivé que cela d'y poursuivre ses études. Edith, quant à elle, y amène sa fille Audrey, ravie d'avance de pouvoir y rencontrer le Professeur Emerson, dont elle espère bien suivre les cours. Au cours de cette journée de découverte, les parents vont se rencontrer et se découvrir, tandis que leurs enfants vont devoir décider si cette faculté est faite pour eux. Qui apprendra le plus ?
Un homme et une femme qui paraissent bien différents, mais ont plus de points communs qu'ils ne le croient, se rencontrent, de préférence dans un lieu particulièrement chic. La situation de départ évoque, forcément, la comédie romantique, genre qu'on pourrait penser usé jusqu'à la corde. Quelque chose me dit que nous avons échappé de peu au titre "Coup de foudre à Middleton", d'ailleurs.
Adam Rodgers, scénariste et réalisateur de "Middleton", prend peu de risques pour son premier long-métrage. Sur un territoire très délimité, avec un nombre de personnages limité, il nous propose ici une romance teintée d'amertume, parce qu'elle concerne deux adultes pour qui la vie a déjà tracé son chemin et qu'il leur sera difficile de s'en écarter. Malgré les opportunités offertes par la situation des protagonistes, Rodgers fait montre de bien peu d'audace et se contente de laisser les personnages dans leur zone de confort. Pour ajouter à cette absence de risque, la musique, particulièrement douillette, se montre trop enveloppante et envahissante à plusieurs reprises...
Encore une fois, on peut se consoler avec la performance des acteurs. Andy Garcia cabotine comme rarement, mais il l'air de bien s'amuser. Comme il s'est fait rare et que ses choix de rôles n'ont pas toujours été des meilleurs, on lui pardonnera. Moins crédible dans le rôle de la mère, Vera Farmiga (dont la fille est jouée par...sa jeune sœur !). Quant aux deux jeunes acteurs incarnant la progéniture hésitante (et parfois agaçante) des héros, leur jeu inégal les rend tour à tour énervants et touchants. On appréciera, le temps d'une séquence (trop courte !) le passage de Tom Skerritt, lui aussi trop rare.
L'amertume qui pointe le bout de sa truffe dans les dernières séquences offre sans doute ses plus jolis moments à "Middleton" et lui évite l'étiquette de romcom. Cela n'est finalement pas plus mal. En évitant l'ornière de la guimauve, "Middleton" trouve in extremis son ton. Il est dommage que ce soit dans les dernières scènes que cela se décide.
Si mes sources sont correctes, "Le jour où je l'ai rencontrée" ("The art of getting by", dans sa version originale) de Gavin Wiesen a été vu dans les salles françaises par... 252 spectateurs ! C'est sans doute un record (hors direct-to-video, bien sûr). Pourtant, les films estampillés "Fox-Searchlight" ont souvent été de belles surprises. Serions-nous totalement passés à côté d'un joli petit film ? Avec, en tête d'affiche le jeune Freddie Highmore, vedette de la saga "Arthur et les Minimoys" et de la série "Bates Motel", ce film a droit à une session de rattrappage.
George est un lycéen doué, mais totalement dépourvu de motivation. C'est bien simple, depuis qu'il a pris conscience qu'un jour il va mourir, comme tout un chacun, il ne voit pas la nécessité de se donner du mal à étudier et se contente de vivre chaque jour, l'un après l'autre, en solitaire cynique et désabusé. Quand son chemin croise celui de Sally, une jolie jeune fille de son établissement, il se demande si, finalement, la vie n'en vaudrait pas la peine. Mais les affaires de cœur ne sont jamais simples, surtout quand on ne s'y attend pas...
Curieux film, que ce "Le jour où je l'ai rencontrée" (titre français déplorable, une fois de plus, si vous voulez mon avis). Dans sa première partie, Gavin Wiesen évoque la trajectoire d'un adolescent trop lucide pour son âge. On est alors presque dans un drame philosophique, et ce n'est la partie la moins intéressante de l'histoire.Suivant le lumineux Freddie Highmore, convaincant dans le rôle de George.
Puis vient la rencontre avec Sally, et la construction d'une relation particulière entre ces deux enfants : jusqu'ici, tout va bien. On sent venir l'arsenal traditionnel de la romcom, mais après tout, avec un titre pareil on pouvait s'y attendre. D'autant plus qu'Emma Roberts, vue dans la série "American Horror Story", apporte un peu de fraîcheur bienvenue. Et puis, c'est le drame : le scénario vire dans la bluette (contrariée pour créer un peu de suspense, j'imagine) et perd presque tout intérêt.
Pour son premier long métrage (on attend toujours la sortie du deuxième, "Mon ex beau-père et moi"), Gavin Wiesen rate son coup. Là où il y avait matière à un teen-movie pertinent et creusant plus profond que la surface, il se contente d'un rom-com mollassonne et finalement sans grand intérêt. Vous pouvez, à l'instar du public français, passer votre chemin sans trop de regrets...
De temps à autre, on a envie de se poser et de visionner, du fond du canapé, une petite comédie toute simple. Ça tombe bien, il y en a pléthore, dans ce registre. Seulement, toutes ne sont pas couronnées de succès et certaines ne valent pas franchement le déplacement (même si, en l'occurrence, le déplacement ne concerne que la main tenant la télécommande).
Antoine, quarante ans et père de deux petites filles, n'est pas vraiment responsable. Seule la musique, dont il a fait son métier, l'intéresse et Alice, sa femme, n'en peut plus de son immaturité. Un beau jour, elle le met à la porte : voilà Antoine obligé de se prendre en main, voire de se remettre en question. Pire encore, pour lui : Alice lui confie peu après ses deux filles. Voilà Antoine forcé de grandir, d'un seul coup. Et si c'était le meilleur moyen d'être heureux ?
A lire le pitch du film, on peut se dire que c'est le genre de comédie française qu'on a déjà vu, voire revu : l'homme immature, forcé par les événements à prendre ses responsabilités, ça n'est pas sans rappeler "Daddy Cool", par exemple. C'est vrai : on est ici dans une case déjà occupée de la comédie française, à tel point que, quelques semaines plus tard, je vous avoue que je ne me souviens pas intégralement de ce film. Comme je ne pense pas souffrir d'un quelconque syndrome neurodégénératif, et surtout que ce n'est pas la première fois qu'un film (souvent français) me fait cet effet là, j'en conclus que "Tout pour être heureux" n'a rien d'inoubliable.
Le thème était pourtant sympathique, à défaut d'innover grandement, et pouvait parler au public. De même, pour une fois, on évitait le travers habituel qui consiste à utiliser des personnages issus d'une frange aisée de la population, habitant dans d'incroyables appartements (ça, c'est le domaine de la romcom) ou, aux antipodes, des héros peinant à joindre les deux bouts (domaine réservé du film social). Bref, la crédibilité qui aurait pu donner à "Tout pour être heureux" un peu d'épaisseur vole rapidement en éclats.
C'est d'autant plus dommage que la prestation de Manu Payet est convaincante et qu'il porte presque à lui seul le film sur ses épaules. Derrière lui, Audrey Lamy, moins agaçante qu'à l'accoutumée (il était temps) et Aure Atika (mal servie par un rôle assez bancal) font "le job", comme on dit. Enfin, on se régalera du (petit) rôle de Pascal Demolon, un acteur que les réalisateurs devraient engager plus souvent. Enfin, au rayon des éléments positifs, la bande originale est plutôt sympathique (c'était le minimum syndical, puisque le personnage principal travaille dans le milieu de la musique).
Malgré ses quelques qualités, "Tout pour être heureux" souffre d'un scénario souvent défaillant. Ses belles intentions sont vite torpillées, au profit d'un traitement qui en fait un film très oubliable. Tant pis pour lui.
Kevin Smith, qui se fit remarquer par "Clerks", un de ces petits films qui se font remarquer par leur extrême rentabilité, a suivi son petit bonhomme de chemin, tout en restant fidèle à sa marque de fabrique. S'entourant souvent des mêmes acteurs (Ben Affleck, Matt Damon, ... font partie de sa "bande"), l'homme a ses fans. En s'essayant (à sa manière) à la comédie romantique, avec "Père et fille" (dont le titre original, "Jersey Girl" est largement meilleur que sa traduction, une nouvelle fois), Smith ne connut pas le succès habituel.
Chargé de communication à Manhattan, Ollie a tout pour être heureux, même si son métier passe avant sa vie personnelle. le jour où sa femme meurt en donnant naissance à leur bébé, toute son existence s'écroule. Ollie craque et perd son emploi. Le voilà, avec une petite fille sur les bras, obligé de retourner vivre chez son père, dans une petite ville du New Jersey.
Découvrant le rôle de père, Ollie doit tout réapprendre. Même l'amour.
Il n'y a pas que de la comédie, dans ce film que Kevin Smith dédie à son père et dont il a puisé l'inspiration dans sa propre expérience de père. La première partie est même dramatique à plusieurs reprises et l'on conçoit mal comment le film va pouvoir se débarrasser de ce passif pour repartir vers des horizons plus clairs. Il y parvient cependant et respecte à peu près les codes de la romcom, même s'il se permet quelques écarts bienvenus. En sortant à plusieurs reprises du chemin balisé que tant d'autres suivent avec application (quitte à lasser leur spectateur), Kevin Smith livre ici un petit film qui fait vibrer plus d'une émotion : on sourit, on s'émeut, on s'agace aussi, parce que les héros de "Père et fille" sont finalement des gens "normaux". Ils ne vivent pas dans un sublime loft de Manhattan ou un appartement cossu de Greenwich Village et n'ont pas un métier de rêve. En éjectant, dès les premières séquences, son personnage principal du cocon douillet où il vivait, Kevin Smith tord le cou aux clichés : Ollie est victime de nombreux aléas, parfois tragiques, mais ça ne le rend pas plus sympathique et c'est avant tout le spectateur qu'il va devoir séduire.
Une fois de plus, Kevin Smith a fait venir ses copains (même Matt Damon fait un petit passage) pour donner vie à cette comédie pas toujours drôle, mais finalement plutôt réussie. Ben Affleck, dans le rôle d'un yuppie se découvrant père, est plutôt convaincant et la très jolie Liv Tyler s'en sort bien, dans un rôle qui aurait pu se résumer à celui de la belle de service. Notons la très jolie prestation de la petite (à l'époque) Raquel Castro, qui fait, depuis, une jolie carrière à la télévision, ainsi que celle de l'humoriste George Carlin, épatant en père et grand-père comme on en rêve.
Jennifer Lopez, qui disparaît rapidement du film, avait déjà partagé l'affiche avec Ben Affleck peu avant, avec "Amours troubles"(un des prototypes du four hollywoodien). Lui avoir confié le rôle de l'épouse du héros est sans doute l'une des meilleures idées du film. Avoir fait du personnage principal un père souvent indigne (alors qu'il a une petite fille exceptionnelle) en est une autre : Kevin Smith, ce faisant, évite d'engluer son film dans la guimauve. Le héros se prend des coups dans la figure, mais l'a souvent mérité. Et, si "Père et fille" choisit une résolution imposée par son genre, celle-ci est amenée de façon particulièrement maline.
Au final, la romcom de Kevin Smith est plutôt plaisante. Si elle n'a rien d'inoubliable, on peut clairement la classer parmi les réussites dans l'exercice. Le pire reproche (en dehors d'une affiche assez hideuse) qu'on puisse faire au film est sans doute son titre, particulièrement passe-partout : lors du générique de fin, la voix du Boss entonne une belle version live de "Jersey Girl".