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jeudi 12 mars 2020

Space Station 76 (2014)


Si l'on se fie uniquement à son affiche, "Space Station 76" peut passer pour un film de science-fiction des années 70. Son décor et ses costumes font tout pour évoquer la vision du futur qui avait cours il y a une cinquantaine d'années (déjà). Voilà une proposition inattendue, n'est-ce pas ? Cette (unique à ce jour) réalisation de Jack Plotnick, essentiellement connu en tant qu'acteur allait-elle nous emmener dans un futur hypothétique pour y rencontrer les habitants de cette station spatiale, quelque part dans un futur un peu (dé)passé ? Faute de sortie en salles, c'est sur les petits écrans que cette curiosité peut se découvrir. En vaut-elle la peine ?

Quelque part dans le futur, la station spatiale de ravitaillement Omega 76, dirigée par le Capitaine Glenn, abrite une micro-société humaine, avec ses bonheurs, ses malheurs, ses traits et ses travers.  C'est une station comme des dizaines d'autres, et finalement sans grand intérêt. Lorsque Jessica accoste sur Omega 76 pour seconder le Capitaine Glenn, elle fait de son mieux pour s'intégrer parmi ceux qui vivent là. Elle va découvrir que tous, ou presque, ont leurs problèmes et leurs secrets.

Si vous êtes tombés sur "Space Station 76" en espérant voir un film explorant l'espace infini et déployant des technologies futuristes, vous faites fausse route et la désillusion pourrait bien être douloureuse. Il ne faut décidément pas se fier aux affiches : le film de Jack Plotnick n'a rien d'une oeuvre de science-fiction. Le classer dans cette catégorie, utilisée maintes fois avec talent (ou pas) pour mettre en évidence tel ou tel travers de notre société, peut même relever d'une certaine malhonnêteté intellectuelle.

Les tourments et les travers des habitants de la station Omega 76 n'ont rien à envier à ceux de leurs semblables d'aujourd'hui. On peut légitimement se poser la question du procédé employé dans ce film.

Si c'est uniquement pour traiter des problèmes quotidiens de desperate housewives, quel est l'intérêt d'utiliser le cadre d'une station spatiale ? Le pas de côté qu'autorise pareil postulat de base n'est presque jamais exploité et on se dit rapidement que "Space Station 76" dilapide bêtement son budget "effets spéciaux", alors qu'il aurait pu être tourné dans un immeuble.

Cet échantillon d'humanité, bien que capable de vivre dans une station futuriste, continue d'avoir ses tourments et ses défauts. On pourrait se consoler en regardant évoluer les comédiens de ce pseudo-drame en huis clos, mais il est difficile d'apprécier leurs prestations, tant la suspension d'incrédulité (pour reprendre un concept cher aux narrateurs de tout poil) ne fonctionne pas.

Alors, on m'objectera probablement que tout ceci est à prendre au second, voire au troisième degré (ou avec encore plus de recul) et qu'il s'agit d'une comédie particulièrement bien sentie, pour qui veut bien (ou peut) y adhérer. Ce postulat de base n'étant pas rempli, le contrat ne l'est pas : c'est dommage pour "Space Station 76", mais il n'est pas utile d'y faire halte.











jeudi 20 septembre 2018

Père et fille (2004)


Kevin Smith, qui se fit remarquer par "Clerks", un de ces petits films qui se font remarquer par leur extrême rentabilité, a suivi son petit bonhomme de chemin, tout en restant fidèle à sa marque de fabrique. S'entourant souvent des mêmes acteurs (Ben Affleck, Matt Damon, ... font partie de sa "bande"), l'homme a ses fans. En s'essayant (à sa manière) à la comédie romantique, avec "Père et fille" (dont le titre original, "Jersey Girl" est largement meilleur que sa traduction, une nouvelle fois), Smith ne connut pas le succès habituel.


Chargé de communication à Manhattan, Ollie a tout pour être heureux, même si son métier passe avant sa vie personnelle. le jour où sa femme meurt en donnant naissance à leur bébé, toute son existence s'écroule. Ollie craque et perd son emploi. Le voilà, avec une petite fille sur les bras, obligé de retourner vivre chez son père, dans une petite ville du New Jersey. 
Découvrant le rôle de père, Ollie doit tout réapprendre. Même l'amour.

Il n'y a pas que de la comédie, dans ce film que Kevin Smith dédie à son père et dont il a puisé l'inspiration dans sa propre expérience de père. La première partie est même dramatique à plusieurs reprises et l'on conçoit mal comment le film va pouvoir se débarrasser de ce passif pour repartir vers des horizons plus clairs. Il y parvient cependant et respecte à peu près les codes de la romcom, même s'il se permet quelques écarts bienvenus. En sortant à plusieurs reprises du chemin balisé que tant d'autres suivent avec application (quitte à lasser leur spectateur), Kevin Smith livre ici un petit film qui fait vibrer plus d'une émotion : on sourit, on s'émeut, on s'agace aussi, parce que les héros de "Père et fille" sont finalement des gens "normaux". Ils ne vivent pas dans un sublime loft de Manhattan ou un appartement cossu de Greenwich Village et n'ont pas un métier de rêve. En éjectant, dès les premières séquences, son personnage principal du cocon douillet où il vivait, Kevin Smith tord le cou aux clichés : Ollie est victime de nombreux aléas, parfois tragiques, mais ça ne le rend pas plus sympathique et c'est avant tout le spectateur qu'il va devoir séduire. 

Une fois de plus, Kevin Smith a fait venir ses copains (même Matt Damon fait un petit passage) pour donner vie à cette comédie pas toujours drôle, mais finalement plutôt réussie. Ben Affleck, dans le rôle d'un yuppie se découvrant père, est plutôt convaincant et la très jolie Liv Tyler s'en sort bien, dans un rôle qui aurait pu se résumer à celui de la belle de service. Notons la très jolie prestation de la petite (à l'époque) Raquel Castro, qui fait, depuis, une jolie carrière à la télévision, ainsi que celle de l'humoriste George Carlin, épatant en père et grand-père comme on en rêve. 
Jennifer Lopez, qui disparaît rapidement du film, avait déjà partagé l'affiche avec Ben Affleck peu avant, avec "Amours troubles"(un des prototypes du four hollywoodien). Lui avoir confié le rôle de l'épouse du héros est sans doute l'une des meilleures idées du film. Avoir fait du personnage principal un père souvent indigne (alors qu'il a une petite fille exceptionnelle) en est une autre : Kevin Smith, ce faisant, évite d'engluer son film dans la guimauve. Le héros se prend des coups dans la figure, mais l'a souvent mérité. Et, si "Père et fille" choisit une résolution imposée par son genre, celle-ci est amenée de façon particulièrement maline. 

Au final, la romcom de Kevin Smith est plutôt plaisante. Si elle n'a rien d'inoubliable, on peut clairement la classer parmi les réussites dans l'exercice. Le pire reproche (en dehors d'une affiche assez hideuse) qu'on puisse faire au film est sans doute son titre, particulièrement passe-partout : lors du générique de fin, la voix du Boss entonne une belle version live de "Jersey Girl".



mardi 21 août 2012

Super (2010)



Frank n'a pas de chance. Doté d'un physique banal, pour ne pas dire ingrat, il gagne tant bien que mal sa vie en travaillant dans un fast-food, tandis que sa seule raison de vivre, sa femme, le quitte brutalement après avoir replongé dans la drogue. C'est à ce moment précis de sa vie, où il touche le fond, qu'il a une révélation : Frank va devenir un super-héros. 

Le pitch de « Super » repose, à l'instar du très réussi « Kick-Ass », sur une bonne idée de départ. C'est vrai, quoi : on pourrait se demander pourquoi personne n'a jamais, un jour, franchi le pas, et enfilé un costume flashy, slip par dessus son pantalon, pour ambitionner de devenir super-héros et tenter de lutter à sa manière contre le crime. 

Avec un petit budget, mais un casting plus qu'honorable (Rainn Wilson en tête d'affiche, Kevin Bacon, Liv Tyler et Ellen Page dans des rôles significatifs, tout de même), « Super » aurait pu recevoir le même succès critique et public que le déjà cité « Kick-Ass », qui valut à son réalisateur de reprendre les manettes de la franchise « X-Men » pour le très bon « X-men : le commencement ». Il n'en fut rien, car « Super » fit un flop lors de sa sortie et n'est connu que des plus curieux des amateurs de films de super-héros. 

Ce bide fut-il justifié ? J'ai bien peur de devoir répondre par l'affirmative à cette question, après avoir visionné récemment ce film. Là où « Kick-Ass » réussissait, « Super » échoue, en grande raison à cause d'un manque évident d'ambition. 

C'est tout d'abord la réalisation qui pêche. Filmé à hauteur d'homme, « Super » donne souvent l'impression d'une vidéo amateur. Certes, cette façon de filmer est en vogue (notamment dans le film fantastique et l'horreur, comme « Le projet Blair Witch » ou « Cloverfield »), mais est particulièrement peu adaptée au thème du super-héros. Considérons que c'est un parti-pris audacieux, renforcé par des couleurs particulièrement réalistes (le ciel est toujours gris, les décors souvents sales). 

On sera moins indulgent face au manque de rythme dont fait preuve le film à maintes reprises. Dans le cadre d'un film d'action, c'est nettement moins pardonnable. Sujet à de violentes accélérations (des pics étant parfois atteints lors de scènes presque « gore »), « Super » voit son rythme chuter lors de longues séquences où le héros, d'une placidité digne d'un parpaing, entraîne le spectateur dans l'ennui. 

Enfin, la direction d'acteurs est un des défauts majeurs du film : laissés à eux-mêmes, ceux-ci en font partant des  tonnes et partent parfois en vrille (Ellen Page, notamment, qui étonnera ceux qui l'ont vu précédemment dans « Inception » ou « Juno »). Pour parachever le tout, la version française calamiteuse est la cerise de trop sur l'indigeste gateau. 

J'émettrais également quelques réserves sur le scénario, qui joue maladroitement de thèmes forts (la religion, la justice, la place du héros dans la société). La fin du film, en justifiant les choix pourtant discutables du héros, m'a laissé un drôle de goût. A en croire l'histoire de « Super », qu'importe sa façon expéditive de rendre la justice (et le qualificatif est parfois faible), la fin justifie les moyens. Il y aurait matière à discussion, mais n'attaquons pas « Super » sur ce terrain-là : il ne s'agit clairement pas d'un film à message. 

Enfin, j'espère.