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vendredi 19 mars 2021

Showgirls (1995)

Couvert de Razzie Awards lors de sa sortie, "Showgirls" est, avec les années, passé du statut de navet à celui de film-culte pour nombre de spectateurs. Cas d'école pour ce blog, et premier gros échec de Paul Verhoeven, "Showgirls" torpilla la carrière d'Elisabeth Berkley et participa avec "L'île aux pirates", au naufrage de Carolco. Pourtant, avec les années, ce film a connu un certain retour en grâce. Conspué jadis, il se voit célébré par nombre d'amateurs. A tort ou à raison ?

Nomi veut réussir et, pour cela, part à Las Vegas, la ville où tout est possible, pour peu qu'on oublie ses principes et qu'on soit prêt à y risquer son âme. Passionnée par la danse, elle a un atout, en plus de son courage : son corps, qu'elle est prête à montrer sous toutes ses coutures. Alors, elle débute en tant que strip-teaseuse, mais elle ira loin. Si Nomi n'a aucune pudeur, elle ne manque pas d'ambition. Et, dans la ville qui ne dort jamais, tout est possible...pour peu qu'on soit prêt à en payer le prix.

Trop occupés à tenter de sauver "L'île aux pirates", qui allait causer la faillite de Carolco, les producteurs de "Showgirls" lâchèrent la bride à Paul Verhoeven. Le hollandais le plus célèbre du cinéma en profita, c'est le moins que l'on puisse dire. Rarement un film à si gros budget put afficher autant de nudité et de langage cru. Sans pudibonderie, on peut cependant considérer que, si le fond de "Showgirls" reste pertinent, sa forme est souvent outrancière et fait du tort à l'ensemble. Sous dehors d'une virulente critique du rêve américain (en situant son action là où ce rêve est caricatural), Paul Verhoeven livre un film où les corps sont objets de commerce.

Le coup du énième degré nécessaire pour apprécier un film à sa juste valeur est un classique, surtout chez Paul Verhoeven. S'il le pratiquera avec plus d'efficacité avec "Starship Troopers", son film suivant, force est de constater que le message de "Showgirls" est assez facilement lisible, mais que son emballage donne plus l'impression d'un prétexte à un déballage de chair. Là où "Basic Instinct" était déjà sulfureux, cet opus franchit des limites qui jouèrent clairement en sa défaveur chez nos prudes amis étasuniens. Le retour en grâce de "Showgirls" et le revirement de certains critiques qui l'avaient descendu en flammes lors de sa sortie peut donc surprendre : il s'agit du même film, porteur du même message au sujet de l'Amérique et de l'occident en général. Il aura fallu que quelques voix reconnues (dont un certain Quentin Tarantino) clament haut et fort qu'ils avaient goûté ce "Showgirls" pour que nombre de critiques reviennent sur leur position initiale et fassent leur mea culpa. 

La quantité de (jolie) chair dénudée avait conduit le film à être interdit, lors de sa sortie, aux moins de 17 ans aux Etats-Unis (et au moins de 12 ans en France). Il y a fort à parier que, s'il sortait aujourd'hui, il déclencherait la polémique, voire pire. Gouffre financier et échec critique, "Showgirls" fut le début de la fin de l'aventure hollywoodienne pour Paul Verhoeven. Il y réalisa encore "Starship Troopers" et "Hollow man, l'homme sans ombre", avant de retraverser l'Atlantique. Elisabeth Berkley vit ses espoirs de grande carrière douchés. Les mauvaises langues ajouteront que sa prestation dans "Showgirls" était bien peu flatteuse et qu'on jugea plus de sa plastique parfaite que de ses talents d'actrice. D'autres, plus lucides, pourront remarquer que ce parcours était annoncé dans le film : à tout vendre, y compris soi-même, on se retrouve sans rien.

Voir certains critiques changer d'avis du tout au tout pour un film peut s'avérer réjouissant, dans certains cas. Néanmoins, dans ce "Showgirls", le passage de la crucifixion à la résurrection (pour reprendre la formule utilisée lors de la ressortie du film) peut paraître étonnant. Il ne s'agit pas du meilleur film de son auteur, loin s'en faut, même si ce dernier a souvent été méjugé. 



vendredi 30 septembre 2016

Starship Troopers (1997)



S'il est un film de science-fiction voué aux gémonies lors de sa sortie et, depuis, réhabilité par ses amateurs, c'est bien "Starship Troopers". Tiré du roman "Etoiles, garde à vous !" de Robert Heinlein (qui comportait une bonne dose de militarisme), ce film de Paul Verhoeven, à qui l'on devait déjà (à l'époque) le sulfureux "Basic Instinct" ou les très musclés (mais néanmoins non dépourvus de sens) "Total Recall" et "Robocop" a valu à son réalisateur des volées de bois vert lors de sa sortie. Depuis, l'eau a coulé sous les ponts et nombreux sont ses admirateurs. Et si on en parlait ?

Au XXIVème siècle, la Terre, dont les états sont regroupés en une Fédération, comporte deux catégories d'individus : les citoyens, qui consacrent leur existence à la défense de la civilisation, et les autres. Et, justement, cette civilisation est menacée par des arachnides féroces venus du système Klendathu. La Terre est en guerre et ses forces armées sont le dernier rempart contre l'annihilation.

La Terre du futur, vue par Paul Verhoeven a de quoi faire frémir : seuls ceux qui s'engagent pour la défense de la planète ont droit au titre de citoyen, ils sont tous jeunes, beaux et musclés et paradent dans des uniformes qui ne sont pas sans rappeler les heures les plus sombres de notre histoire. Tandis que les spots de publicité scandent leurs hauts faits de gloire, on leur apprend que seule la violence peut résoudre les crises. Evidemment, pris au premier degré, un tel discours peut susciter la levée de quelques sourcils, normalement suivie (pour peu qu'on actionne quelques neurones) d'un regard plus attentif sur le fond, plutôt que sur la forme. Nous sommes devant un film de Paul Verhoeven, pas de Michael Bay, je le rappelle.

De la même façon que son "Robocop" attaquait les problèmes de sécurité de front, "Starship troopers", loin de glorifier la dictature qui règne sur Terre,n'y allait pas avec le dos de la cuillère. Entrecoupant son récit de messages de propagande en faveur d'un régime fasciste, Verhoeven assumait sa réputation, mais fut mal compris, lors de la sortie du film. Encore une fois, avec "Starship Troopers", Paul Verhoeven s'attira les foudres des bien-pensants, de ceux incapables de discerner le fond de la forme, ceux qui ne virent sans doute dans "Fight Club" qu'une apologie de la violence urbaine (ne riez pas, c'est du vécu) et restèrent incapables de regarder plus loin que la surface des choses. Que de jeunes gens aux physiques dignes des feuilletons les plus calibrés que produise la télévision portent haut le flambeau d'une Fédération maniant la manière forte face à un péril mortel est sans doute inconcevable pour certains critiques.

Pourtant, avec les années, on ne peut que constater l'efficacité de "Starship Troopers" (qui a d'ailleurs donné lieu à de suites, notamment au petit écran). A mille lieues du matériau d'origine, le film de Verhoeven reste franchement délectable, tant sur le fond que sur la forme, même s'il accuse quelques longueurs. Ses effets spéciaux n'ont pas trop vieilli (je ne suis pas sûr qu'on puisse en dire autant de tous les films en abusant ces derniers temps) et son propos reste pertinent. On peut le prendre comme un simple divertissement un peu bas de plafond, et dans ce cas passer à côté de la virulent diatribe anti-militariste qu'il est, finalement.

Peu à peu, "Starship Troopers", avec la patine des ans, retrouve la grâce d'un certain public, et représente un sacré pied-de-nez à tous ceux qui le conspuèrent à sa sortie. Rien que pour cela, il mérite d'être revu.


dimanche 16 février 2014

Hollow man, l'homme sans ombre (2000)




Après "Starship Troopers", l'un des plus grands malentendus de l'histoire du cinéma de science-fiction, Paul Verhoeven s'attaqua à sa version des aventures de l'homme invisible. Né de l'imagination du prolifique auteur H.G. Wells, ce personnage mythique du fantastique connut maintes vies, sur papier ou sur pellicule. On se souviendra notamment de la série télévisée qui lui était consacrée (mettant en vedette le jeune David McCallum) ou du film de James Whale (le réalisateur du mythique "Frankenstein" de 1931).

Dans un laboratoire oeuvrant pour le compte de l'armée américaine, et dissimulé aux yeux de tous, le Professeur Sebastian Caine et son équipe travaillent d'arrache-pied sur l'invisibilité. Impulsif malgré son génie, Caine décide de tester sur lui-même la dernière formule mise au point. Il devient donc invisible, mais doit vite s'apercevoir que le procédé est irréversible. Alors que ses collègues cherchent une solution, Caine laisse libre cours à ses instincts, maintenant qu'il bénéficie de son nouveau pouvoir. Très vite, il devient incontrôlable.  

Paul Verhoeven eut son heure de gloire durant les années 1990, en livrant coup sur coup quelques films majeurs de cette décennie : "Robocop", "Total Recall" et "Basic Instinct", pour ne citer que les plus connus. Avant de tomber en disgrâce avec "Showgirls", il a su imposer une façon de filmer parfois brutale et sans ambages. Bousculant les conventions, Verhoeven avait sa touche, faite d'impertinence, de violence, de sexualité. Fable sur les apparences et les limites qu'impose la société, le concept de l'homme invisible aurait pu donner lieu à un film de science-fiction au propos corrosif et pertinent. Il n'en est hélas rien, ou presque. 

Le plus grand défaut du film, et il est majeur, c'est son scénario. Basé sur des personnages à la psychologie maigrelette, ce dernier se réfugie derrière des effets spéciaux remarquables (pour l'époque) et des scènes-choc (Verhoeven se fait clairement plaisir à plusieurs reprises) qui ne suffisent pas à cacher le vide de l'ensemble. La dernière partie du film, qui louche fortement du côté du slasher, donne l'impression d'une conclusion bâclée, comme si cette portion du scénario avait été écrite au moment du tournage et tournée à la va-vite, sans grand souci de réalisme.

Kevin Bacon, dans le rôle principal, joue sur le registre de l'excès, à tel point qu'il en fait souvent "trop". La charmante Elizabeth Shue (remarquée quelques années plus tôt dans les deux derniers volets de "Retour vers le futur"), mais aussi Josh Brolin ou Greg Grunberg (qui aura son heure de gloire dans la série "Heroes"), poussent le curseur un peu loin dans leur interprétation de chercheurs dépassés pas leur créature, n'étant jamais crédibles ou presque.

Il n'y a donc pas grand chose à retenir de ce "Hollow man", mis à part quelques effets spéciaux remarquables pour leur époque. Ce film sonna le glas de la carrière américaine de Paul Verhoeven : on peut aisément le comprendre et le déplorer. Assez étonnamment, malgré des critiques négatives, une suite fut tournée, qui sortit directement en vidéo. Pour un peu, c'est le sort qu'on aurait pu envier au premier volet, malgré toute l'estime qu'on peut avoir pour Paul Verhoeven.