Affichage des articles dont le libellé est Fantastique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Fantastique. Afficher tous les articles

mercredi 24 mars 2021

Highlander, le retour (1990)


En 1986, le film "Highlander" propulsait notre Christophe Lambert national au statut de star. En quelques films (de "Greystoke" à "Subway"), l'acteur devint le chouchou du cinéma français et pouvait afficher des ambitions internationales. La suite est connue : le deuxième volet de la franchise dédiée aux immortels fut un four monumental et se fit étriller par la critique. Si cela n'empêcha pas l'arrivée de nouveaux films et plusieurs déclinaisons télévisées (dont une en dessin animé), ce fut le début de la fin pour l'un des acteurs les plus prometteurs de sa génération. Cette suite fut-elle l'origine de tous les maux pour Christophe Lambert ?

2024 : Connor McLeod, le dernier des immortels, a vieilli. Il a sauvé l'humanité d'une fin terrible en supervisant la construction d'un bouclier palliant à la disparition de la couche d'ozone. Pourtant, dans l'obscurité, le monde ne va pas mieux. Comme si cela ne suffisait pas, débarquent sur Terre d'étranges combattants, immortels eux aussi, envoyés par le Général Katana, venu de la planète Zeist. McLeod va devoir se battre de nouveau, et l'aide de son ami Ramirez sera la bienvenue.

Dès le début de "Highlander, le retour", on comprend que l'entreprise est mal engagée. Alors que le premier film se suffisait à lui-même, les scénaristes ont cru bon d'inventer (ou plutôt de bricoler) une origine à la légende des immortels, puis de monter de toutes pièces des justifications au retour du personnage de Sean Connery et à la présence d'autres immortels (alors qu'à la fin du premier film, il n'en restait qu'un, comme promis). En se passant du créateur de la franchise (Gregory Widen, qu'on retrouvera au scénario de "Backdraft") et en tentant de justifier la suite d'un film se suffisant à lui-même, l'équipe en charge de cette séquelle (au sens premier du terme) livre une histoire à laquelle ceux qui ont aimé le premier film ne peuvent adhérer. 

Tel qu'il sortit dans les salles, le film fut désavoué par Mulcahy, qui ne put cependant pas empêcher son nom de figurer au générique. La mise en scène dynamique (et innovante, à l'époque du premier volet) souffre d'un montage fait dans son dos, torpillant presque tous ses effets. Il existe un director's cut de cette séquelle, qui tente de corriger quelques-unes des incohérences du scénario. La tâche est cependant immense, au regard des dégâts infligés à ce qui aurait du rester un film unique et non une franchise saccagée. 

Obligé par contrat de participer à cette suite, Christophe Lambert (qui insista pour que Sean Connery soit lui aussi de retour) fait cependant le job, au point que je le soupçonne d'avoir suffisamment de conscience professionnelle pour aller jusqu'au bout de l'entreprise, aussi bancale soit-elle. On l'excusera moins d'avoir participé à la suite de la saga (même si les films suivants s'avèrent moins infidèles au volet fondateur). A ses côtés, moins présent que ne le suggère la bande-annonce, Sean Connery, venu par amitié pour Lambert (et aussi pour un gros chèque) semble moins convaincu. Face à eux, Michael Ironside, l'un des méchants les plus emblématiques du cinéma des années 80, se fait plaisir, mais peine à faire croire en son personnage. Comment le pourrait-il, d'ailleurs ?

Même en ayant envie d'aimer ce film, il est difficile de lui trouver suffisamment de qualités pour le sauver. A de nombreuses reprises, on a l'impression qu'il se parodie lui-même (je songe notamment à la scène où Ramirez débarque sur Terre).   La richesse du film fondateur rendait tentante l'idée d'une suite, mais tout était pourtant dit dans le premier opus : "Il ne peut en rester qu'un". 






dimanche 3 janvier 2021

Jack le chasseur de géants (2013)

Le conte pour enfants "Jack et le haricot magique" n'est pas le plus célèbre des livres de chevets de nos chères têtes blondes. Il put paraître surprenant qu'il soit choisi pour faire l'objet d'une adaptation cinématographique. Mais, après tout, Blanche-Neige eut droit, elle aussi, à une transposition inattendue, non ? Après une production chaotique et un changement de réalisateur en cours de projet, "Jack le chasseur de géants" fut, lorsqu'il arriva enfin dans les salles obscures, fut un four monumental, souvent comparé à celui de "John Carter" (qui semble faire figure de mètre-étalon en la matière).

Autrefois, les géants affrontèrent les hommes et furent vaincus par le pouvoir de la couronne magique brandie par le roi de l'époque. ils vivent désormais dans leur monde, loin dans le ciel. Quand Jack, jeune paysan, entre en possession de haricots magiques, il ne sait pas encore qu'il va, bien malgré lui, créer un passage entre le monde des humains et celui des géants. Mais ces derniers ayant enlevé la princesse Isabella, Jack n'hésite plus et part à sa recherche, même si la guerre entre hommes et géants gronde. 

Quand on exploite un monde imaginaire, tiré ou non d'une œuvre littéraire, l'un des prérequis indispensables est de mettre en place la fameuse suspension d'incrédulité. Et, pour faire adhérer le spectateur, il faut avant tout croire en ce que l'on raconte. Lorsqu'il réalisa l'indépassable trilogie "Le Seigneur des Anneaux", Peter Jackson croyait en l'histoire qu'il racontait et au monde qu'il décrivait : la réussite de l'entreprise devait beaucoup à sa crédibilité. Nombre de créations désireuses d'exploiter des mondes imaginaires ne peuvent se targuer d'avoir rempli ce critère vital. Au visionnage de "Jack le tueur de géants", c'est flagrant : personne ne croit en ce monde et en cette histoire. 

Souffrant sans doute d'une production chaotique (Bryan Singer ne voulait pas faire le film, mais y fut contraint), "Jack le chasseur de géants", hésitant entre spectacle grandiloquent en 3D et contes de fée léger, peine aussi à convaincre parce qu'il ne sait pas trop sur quel pied danser : la légèreté alterne avec le drame, l'aventure avec la romance sans un véritable liant entre tous les ingrédients de la recette.

Déséquilibré, parce qu'il opte pour la noirceur tout en s'ancrant dans une fantasy peu réaliste, "Jack le
chasseur de géants" souffre aussi de graves défauts de production. A l'image des très vilains géants que le héros combat, ce film n'est pas très beau, esthétiquement parlant. Et puis, il faut bien admettre que le casting de "Jack le chasseur de géants" n'attire guère la lumière. Nicholas Hoult fait bien pâle figure dans le premier rôle et se fait voler la vedette par Ewan McGregor chaque fois que ce dernier est à l'écran. 

Depuis la sortie de ce film, réalisé presque contre son gré par Bryan Singer, le réalisateur de "Usual Suspects" est revenu à la licence qui fit sa gloire avec "X-Men : Days of future past" et sa suite, avant de diriger (en partie) "Bohemian Rhapsody", avec le succès que l'on sait, avant de se retrouver empêtré dans une sordide affaire de mœurs. Retrouvera-t-il un jour le statut qui fut le sien ? Une chose est sûre, en tout cas : "Jack le chasseur de géants" n'est pas au nombre des films glorieux de sa filmographie...


 


jeudi 12 novembre 2020

Docteur Frankenstein (2015)

 

Au palmarès des œuvres littéraires les plus souvent adaptées au cinéma, "Frankenstein" est assez bien placé. Le roman gothique de Mary Shelley eut droit à des traitements hétéroclites, affrontant aussi bien le Professeur Van Helsing que des Chimpmunks. On peut donc légitimement frissonner quand un long métrage s'empare une nouvelle fois du sujet. Affublé d'un "Docteur", histoire qu'on comprenne une fois pour toutes que le Frankenstein du titre est le savant et non sa créature, "Docteur Frankenstein" peina à rembourser son budget lors de sa sortie. 

Londres, au dix-neuvième siècle : ayant recueilli l'étrange Igor Straussman, clown bossu mais féru d'anatomie, dans un cirque, le Docteur Victor Frankenstein l'entraîne avec lui dans ses recherches. Dans sa quête pour percer les mystères de la vie, quitte à la créer lui-même, tous les moyens sont bons, y compris ceux qui défient la morale. 
Jusqu'où ira Frankenstein ? Et son ami Igor pourra-t-il le sauver de ses démons ?

Ce qui saute aux yeux, au visionnage de "Docteur Frankenstein", c'est l'esthétique, quelque part entre steampunk et réalisme. C'est aussi la frénésie de la mise en scène, qui va crescendo, comme si la folie qui dévorait le Docteur Frankenstein grignotait aussi le film tout entier. 

Paul McGuigan, repéré avec "Slevin" et "Push", a un parcours taillé pour le cinéma qui va vite et pour des histoires de gangsters modernes. L'avoir choisi pour "Docteur Frankenstein" peut sembler une erreur de casting ou (si l'on reste optimiste) un sacré défi. Hélas, il apparaît rapidement que ce challenge est relevé d'une drôle de manière, et que ce film est sans doute à ranger aux côtés d'un "Van Helsing", de par son traitement. Pour s'emparer d'un sujet déjà traité de maintes manières, souvent dévoyé, et dont on se demande si c'est bien la peine de s'acharner, Paul McGuigan cède aux sirènes de l'entertainment. Le fond le cède à la forme et, si celle-ci est réussie, elle ne parvient pas à cacher la vacuité de l'ensemble. 

Une direction d'acteurs défaillante, voire absente, alliée à une réalisation pas toujours maîtrisée et qui fait la part (trop) belle aux effets spéciaux et aux scènes d'action. Par moments, le film se prend même à être plus lyrique que la tentative de Brannagh, qui poussait le curseur du baroque un peu loin par moments. McGuigan, le pied à fond sur l'accélérateur, fait traverser à ses personnages leur époque sans prendre le temps de regarder le paysage, ni de s'interroger sur leurs motivations profondes. 

Daniel Radcliffe, dans une de ses nombreuses (et louables) tentatives d'échapper enfin à Harry Potter, fait la démonstration de son talent, dans un rôle pas toujours facile, mais passe rapidement dans l'ombre dès que James McAvoy est présent dans une scène. Ce dernier, gesticulant et envahissant, incarne un Victor Frankenstein à qui sa raison échappe autant que ses créatures, et peut agacer le spectateur, si ce dernier ne tient pas la distance. 

Fallait-il adapter encore une fois le roman de Mary Shelley, après qu'il eut subi tant de transpositions, pas toujours heureuses, sur le grand écran ? Le choix fait par Paul McGuigan pourra peut-être séduire des spectateurs indulgents ou peu exigeants, mais ceux qui attendaient de ce "Docteur Frankenstein" autre chose qu'une démonstration fébrile en seront pour leur frais. Nul doute que le célèbre docteur et sa créature reviendront, tôt ou tard, sur les écrans de cinéma, pour une meilleure (ou une pire, après tout) adaptation.





mercredi 1 juillet 2020

Le prince oublié (2019)

 

Réussir un film capable de réunir plusieurs générations n'est pas chose aisée. Dans la catégorie "cinéma familial", on trouve bien souvent des films (d'animation ou pas) ciblant les enfants et faisant en sorte que les parents y trouvent aussi (un peu) leur compte. Mais l'équilibre n'est pas toujours atteint et souvent, seule une partie du public trouve satisfaction. En réalisant "Le prince oublié", Michel Hazanavicus (qu'on ne présente plus, après le triomphal "The artist", récompensé à plusieurs reprises) tentait l'exercice. Avec au casting les très bankables Omar Sy et François Damiens, il mettait toutes les chances de son côté. Cependant, ce ne fut pas le triomphe espéré. la faute à qui ?

Élevant seul sa fille Sofia, Djibi lui raconte chaque soir une histoire dont le héros est un prince ayant son apparence.  Lorsque Sofia, ayant grandi, entre au collège, elle ne réclame plus à son père l'histoire du soir. Le prince auquel elle rêve est un de ses camarades de classe, Max. C'est le drame pour Djibi, qui voit sa fille lui échapper et pour le prince des contes, qui risque l'oubli. 
Avec l'assistance de Clotilde, sa voisine, Djibi décide de redevenir le héros de Sofia. Mais le temps des histoires est passé, pour cette dernière.

Le thème porté par le scénario de Bruno Merle est à la fois simple et riche et c'est de ce matériau qu'on peut faire de grands films. On pense évidemment à "Vice-versa", le joyau animé proposé par Pixar il y a quelques années, dans lequel les émotions avaient fort à faire dans l'univers intérieur de la petite fille au centre de l'histoire. Ici, le film multiplie les allers-et-retours entre le monde réel et le pays imaginaire où sont mis en scène les contes narrés par Djibi. C'est la partie la plus ambitieuse du film, qui témoigne d'une véritable ambition visuelle et d'un vrai talent de réalisateur de la part de Michel Hazanavicius. Il y a longtemps qu'on n'avait pas vu pareille tentative d'emmener le spectateur hors des sentiers battus, en se donnant les moyens d'être à la hauteur du rêve. 

C'est dans la partie la plus terre-à-terre du film que "Le prince oublié" s'enlise un peu. L'affrontement entre Djibi et sa pré-ado de fille est un parcours sans surprises, jalonné de scènes auxquelles on s'attend et dont la résolution ne surprend finalement personne. Sans doute la catégorie "familiale" dont se revendique le long métrage empêche-t-elle tout bouleversement inattendu, cela dit et on peut facilement être magnanime, tant l'enthousiasme de l'équipe, Omar Sy en tête, est communicatif. Se prêtant de bonne grâce au jeu, les comédiens prennent parfois le spectateur par la main pour l'emmener sur un chemin très balisé, mais plutôt agréable à parcourir. 

Le jeu d'équilibriste que joue "Le prince oublié", consistant à capter à la fois l'enfant et l'adulte, tout en n'oubliant pas le pré-ado, joue sans doute en sa défaveur. Il ne s'agit ni d'un film pour enfants, ni d'un conte pour les parents. C'est un film familial qui permet de passer un bon moment, même s'il ne marquera pas les mémoires. 


lundi 2 mars 2020

Mon inconnue (2019)

 

On ne compte plus les déclinaisons de comédie romantique, plus ou moins réussies. C'est, je crois, l'un des registres les plus représentés sur ce blog, d'ailleurs. Après avoir longtemps méprisé le genre, le cinéma français s'en est emparé, avec plus ou moins de bonheur et plus ou moins de succès. L'an dernier, Hugo Gélin (déjà repéré pour le très touchant "Comme des frères" et ayant reçu un vrai succès public avec "Demain tout commence") proposa "Mon inconnue", porté par François Civil et Joséphine Japy. Cette fois, ils furent peu nombreux dans les salles. 

Raphaël, lycéen, est timide et se réfugie dans son imaginaire, écrivant des romans en secret. Un soir, il entend la musique que joue Olivia au piano. Le coup de foudre est immédiat. 
Quelques années de mariage plus tard, alors que Raphaël est devenue romancier à succès, une violente dispute éclate entre Olivia et Raphaël. Lorsque, le lendemain, ce dernier se réveille, il découvre avec effroi qu'il n'a jamais rencontré Olivia. Avec l'aide de son collègue et ami Félix, le seul à le croire, Raphaël va tout faire pour (re)conquérir celle qui est la femme de sa vie, cette inconnue. 

S'il est un mot qui peut définir rapidement "Mon inconnue", après visionnage, et le distinguer de la masse des romcoms produites par les studios, d'un côté ou de l'autre de l'Atlantique, c'est l'élégance. Qu'il s'agisse des décors, des dialogues ou de la réalisation, il émane de ce film une sorte de classe, un soupçon de grâce, qui le caractérise et s'avère plutôt agréable.

Cela dit, "Mon inconnue" reste une comédie romantique respectant les critères imposés du genre et, en cela, ne bousculant pas trop son spectateur. L'apport du fantastique, élément déjà utilisé avec succès dans certains canons du genre, se fait en douceur et c'est plus du côté de l’interprétation qu'on peut juger de sa réussite (car c'en est une, indéniablement).

Élégante comédie romantique avec un soupçon de fantastique, "Mon inconnue" vaut surtout pour la qualité de son interprétation et, en particulier pour la prestation ébouriffante de Benjamin Lavernhe, dans un second rôle, mais qui irradie les scènes où il intervient. Auréolé d'une nomination (méritée) au César pour ce rôle, il vole souvent la vedette à François Civil, pourtant très convaincant, et à la pétillante Joséphine Japy, formant le couple vedette de ce bonbon doux et sucré, fort agréable en bouche. On notera également la présence, dans son ultime rôle d'Edith Scob, l'héroïne des "Yeux sans visage" de Franju.

Il est des comédies romantiques mémorables, devenues les références du genre. Il en est des mineures, qu'on regarde et qu'on oublie. Avec ce troisième film, Hugo Gélin pourrait bien avoir réussi à se classer pas très loin de la première catégorie. Chapeau !



lundi 27 janvier 2020

Mortal Engines (2018)



Il y eu des ricanements, l'an dernier, quand la grosse production "Mortal Engines" cala au démarrage, malgré la présence, à la production et au scénario, de Peter Jackson, Fran Walsh et Philippa Boyens, le trio qui avait conçu l"adaptation cinéma du "Seigneur des Anneaux" avec le succès que l'on sait. En choisissant d'adapter une saga littéraire plus récente, les producteurs ont sans doute voulu renouer avec la réussite. Mal leur en prit, car "Mortal Engines" fit un four, comme on dit. En méritait-il autant (ou si peu, en l'occurrence) ?

Le monde s'est écroulé et l'humanité vit désormais dans de gigantesques villes qui se déplacent, s'affrontant les unes les autres : les plus grandes cités s'emparent des plus petites et les digèrent, pièce par pièce. Londres, la plus grande, règne sans pitié et dévore tout sur son chemin. Mais tous n'acceptent pas cette hégémonie...

Adapté d'un roman à succès, "Mortal Engines" cible  a priori un jeune public. A l'instar des sagas "Le labyrinthe" ou "Hunger games", son adaptation avait sans doute l'intention de donner lieu à plusieurs volets, drainant dans les salles un public jeune (ou moins jeune). Pour le coup, ça n'a pas fonctionné.
Malgré une esthétique steampunk plutôt réussie, "Mortal Engines" ne réussit pas à faire croire à son univers. A qui la faute ? A la fin du visionnage de ce qui aurait pu être un blockbuster, on peut pointer du doigt plusieurs éléments, sans cependant en trouver un qui lui fut fatal.

Le scénario, tout d'abord, est finalement assez pauvre et reprend pour la énième fois des clichés usés jusqu'à la corde. Dès le début du film, on comprend quelles sont les véritables intentions de tel ou tel personnage et il n'y aura guère de surprises à l'arrivée. Quelques intrigues secondaires, plus ou moins efficaces et pas toujours utiles (je songe notamment au "protecteur" de l'héroïne dont le personnage ne sert pas à grand chose), sans doute greffées là pour enrichir l'intrigue, font office de rustines maladroites. J'avoue ne pas avoir lu le roman dont est tiré le film, mais on a connu le trio Jackson-Walsh-Boyens plus inspiré dans l'exercice d'adaptation.

L'absence de personnages auxquels on puisse réellement s'attacher est pour beaucoup dans le sentiment d'échec que l'on peut ressentir : que ce soit l'héroïne (incarnée par l'Islandaise Hera Hilmar) ou de ceux qui l'aident et l'affrontent, les protagonistes, malgré une interprétation correcte, ne suscitent aucune empathie et le spectateur se contente de les regarder courir et sauter dans tous les sens, se battre et lâcher régulièrement des punchlines, sans véritablement construire quelque lien émotionnel avec le public. Christian Rivers, le réalisateur, pour son premier film après qu'il ait fait ses preuves dans les effets spéciaux, était sans doute trop concentré sur l'aspect technique de "Mortal Engines", au point qu'il en délaissa l'intrigue et les personnages.

La forme l'emportant sur le fond, la machine tourne vite à vide. On assiste, deux heures durant, à une démonstration de maîtrise des effets spéciaux et de mise en scène. On aurait cependant apprécié de voir un plus de vie dans cet univers.



jeudi 2 janvier 2020

Le Tout Nouveau Testament (2015)

Avant tout, je souhaite aux lecteurs (habitués ou non) de ce blog, une très belle année 2020. Qu'elle soit pleine de bonheur(s), petit(s) et grand(s) !


Jaco Van Dormael, connu surtout pour "Toto le héros" et "Le huitième jour", a montré plus d'une fois une véritable ambition, notamment avec "Mr Nobody", qui n'avait pas connu un franc succès. Son dernier opus, "Le Tout Nouveau Testament", dont le pitch était des plus prometteurs, mais également très risqué, fait également partie des films qui passèrent à côté de leur public. Malgré un casting remarquable, avons-nous laissé filer un grand film ? Aurions-nous dû nous presser dans les salles pour y rencontrer ce Dieu qui habite à Bruxelles ?


Dieu est un sale type, omnipotent qui plus est. Il passe son temps à créer des catastrophes et à nuire à l'humanité, sa création. Tandis que sa femme est cantonnée aux tâches ménagères, la fille de Dieu, Ea décide d'intervenir. Elle choisit d'envoyer à chaque être humain, par SMS, la date de sa mort. Ce mystère majeur levé, les hommes perdent la foi en Dieu. Puis, suivant les conseils de son frère aîné, J.-C., Ea décide de se rendre parmi les hommes, pour trouver les apôtres qui rédigeront un Tout Nouveau Testament. 

Comme vous aurez pu le comprendre, le pitch du "Tout Nouveau Testament" est plutôt gonflé et joue habilement du sacrilège (salvateur), tout en se permettant de vraies séquences burlesques (savamment dosées). Souvent absurde, parfois touchant, ce dérapage reste cependant sous contrôle du début à la fin. Corrosif et humaniste, le scénario, s'il s'égare parfois en chemin, impose un ton et une identité indéniable (c'est du belge, dirons certains). 

La mise en scène et l'image, particulièrement soignées. A l'instar de ce qu'il avait montré dans "Mr Nobody", par exemple, Jaco Van Dormael livre ici un film techniquement irréprochable, dont la mise en scène est au service de l'histoire et non l'inverse.  
L'interprétation est également de haute volée. Qu'il s'agisse de Benoît Poelvoorde, en démiurge infect, ou de ceux qui incarnent les êtres humains croisés par Ea (incarnée par la jeune Pili Groyne, qui crève l'écran), les acteurs et actrices sont convaincants, et ce n'était pas gagné d'avance, au vu du scénario. 

Si quelques séquences dispensables émaillent encore, ça et là, "Le Tout Nouveau Testament", ce long métrage est sans conteste une réussite. Si, avec "Mr Nobody", Jaco van Dormael avait fait montre (à mes yeux en tout cas) de prétention, ce film m'a permis de me réconcilier avec lui.


dimanche 13 octobre 2019

Belphégor, le fantôme du Louvre (2001)


Dans les années 1960, la série "Belphégor" fit frissonner la France. A l'époque, l'audience fut telle que n'importe quel directeur de chaîne se damnerait pour approcher le retentissement de cette fiction. Quarante ans plus tard, avant que la série télévisée n'entre dans son âge d'or, le cinéma français tenta l'adaptation de plusieurs fleurons de son patrimoine. Nous vîmes ainsi, avec divers degrés de réussite, des transpositions de "Vidocq", des "Brigades du Tigre" ou des aventures d'Arsène Lupin. Dans la foulée, Jean-Paul Salomé fut aux commandes de l'adaptation de "Belphégor", avec Sophie Marceau en tête d'affiche. Les critiques ne furent pas tendres avec ce film : à tort ou à raison ?

Paris, 2000 : au Louvre, sous la toute récente pyramide de verre, l'examen d'une momie oubliée fait apparaître Belphégor, une entité maléfique. Ce fantôme hante les couloirs du grand musée, la nuit. 
Lisa, qui habite en face du Louvre va, en compagnie de Martin, un électricien intrépide, tenter de percer le mystère qui, la nuit, terrifie les gardiens du musée.
Mais le démon ne compte pas se laisser faire. Que cherche-t-il et, surtout, comment le vaincre ?
Drôle d'idée que celle de vouloir adapter une série mythique, pourrait-on se demander ? Qu'y avait-il à ajouter à ce qui avait déjà été dit ? Qu'allait pouvoir apporter un passage au grand écran ? La série se suffisait déjà à elle-même et, quand bien même elle accusait le poids des années, conservait son pouvoir de fascination et de mystère. C'est donc en altérant profondément l'intrigue de base que ce film fut préparé : si vous avez vu (et aimé) le Belphégor de 1965, celui-ci n'a pas grand-chose à voir (mis à part son décor). Hélas pour le présent long métrage, la qualité n'est pas du tout au niveau du matériau originel. 

Filmé n'importe comment, au point qu'on se demande souvent si on n'a pas affaire à un téléfilm, oscillant entre comédie, intrigue policière et clip musical, "Belphégor, le fantôme du Louvre" peine à maintenir le spectateur en éveil. Entre les atermoiements de son héroïne, visiblement en proie à des sautes d'humeur incompréhensibles, les incohérences du scénario et les raccourcis que celui-ci se permet, le film semble ne pas savoir sur quel pied danser, comme s'il se demandait ce que la scène suivante lui réserve. 
Jamais crédibles, les personnages sont dotés d'une psychologie en carton et oscillent sans cesse entre inquiétude et légèreté, comme si eux aussi ne savaient pas s'ils font partie d'un film d'aventure ou d'un film d'horreur. Qu'il s'agisse de Sophie Marceau, particulièrement peu convaincante (mais j'ai peine à trouver un film où elle le fut à mes yeux, j'avoue), de Frédéric Diefenthal, en permanence à côté de la plaque, ou même du regretté Michel Serrault (le seul à tirer son épingle du jeu, mais pour lequel on éprouve rapidement de l'embarras), ce ne sont pas eux qui sauvent le film de l'échec. Et ce n'est pas l'apparition fugace de Juliette Gréco (le seul, le vrai Belphégor) qui sauvera ce film. Il faudrait pour cela une plus grande magie. 

Cette composante est totalement absente du film, malgré les nombreux effets spéciaux (novateurs pour l'époque, mais ayant eux aussi très mal vieilli), ou à cause d'eux, justement. En oubliant la magie et en ne croyant guère à ce qu'il raconte, Jean-Paul Salomé, qui devait ensuite saccager un autre pilier de la culture télévisuelle, à savoir Arsène Lupin, réussit à donner envie de revoir la série originale et d'oublier ce film. 


mardi 8 octobre 2019

Voisins du troisième type (2012)

 

La comédie américaine, dans la foulée de quelques gros succès populaires, joue souvent la carte de l'outrance, à coups de gags "hénaurmes" et pas toujours très fins. Servie à toutes les sauces, cette recette est souvent synonyme de succès. Dans le cas de "Voisins du troisième type" ("The Watch", en version originale), produit par Shwan Levy (l'homme derrière "La nuit au musée" et en partie de "Stranger Things"), ça n'a pas donné les résultats espérés : ni le public, ni la critique ne suivirent et ce mix de comédie et de fantastique fut oublié par la plupart des spectateurs. 

Glenview est une petite ville paisible de l'Ohio et, pour Evan, c'est la plus belle ville du monde. Il dirige plusieurs clubs, en plus d'être le gérant du centre commercial. Quand le vigile qui y assure la ronde meurt d'atroce façon, Evan décide de fonder une brigade de surveillance de la ville. 
L'équipe de bras cassés formée par Evan va faire une découverte extraordinaire : des aliens sont dans les parages et se préparent à envahir la planète, à commercer par Glenview. 


Hésitant entre plusieurs registres (la comédie, l'action, le fantastique, voire le gore), "Voisins du troisième type" n'arrive jamais à choisir un terrain de prédilection. C'est sans doute son plus grand défaut, et il est rédhibitoire, tant il condamne le film à l'échec. N'allons pas par quatre chemins : ce film n'est réussi ni en tant que comédie, ni en tant que film fantastique. La faute en incombe principalement à un scénario indigent, à des gags la plupart du temps sous la ceinture et à réalisation souvent bâclée (les maladresses et les faux raccords y sont légion). Akiva Schaffer, qui devrait réaliser sous peu un film consacré à Tic et Tac, les deux célèbres chipmunks (voilà pour l'information inutile du jour), met en scène cette histoire sans ambition ni souci du rythme.

Dans les quatre rôles principaux, les acteurs jouent chacun leur participation, souvent en roue libre, sans souci de cohésion. Qu'il s'agisse de Ben Stiller, de Jonah Hill, de Vince Vaughn ou de Richard Ayoade, aucun d'eux ne réussit à convaincre. Leurs personnages n'attirent jamais la sympathie et, même si on peut avoir quelque faiblesse pour l'un ou l'autre, c'est plus la gêne que le plaisir qui l'emporte devant la situation où ils se retrouvent. Au final, et assez ironiquement, c'est sans doute la prestation de Doug Jones (l'homme derrière le faune du "Labyrinthe de Pan" et qui endosse ici la panoplie de l'alien) qui est la plus pertinente. 

Bancal, mais surtout jamais drôle, "Voisins du troisième type" ne mérite guère qu'on consacre deux heures de son temps à le visionner. En matière de comédie fantastique, il existe quantité d'autres films présentant plus d'intérêt et assez peu de films en ayant moins. 


mercredi 15 mai 2019

Souvenirs de Marnie (2014)



Il y a quelque temps, un joli billet de l'ami Martin m'a donné envie de revoir "Souvenirs de Marnie", dessin animé qui m'avait fait belle impression lors de son premier visionnage. Quel ne fut pas ma surprise lorsque, par acquis de conscience, j'allai m'informer sur le sort de ce film : son peu de succès, dans son pays d'origine ou en France, avait conduit le célèbre studio Ghibli à marquer une pause dans la production de films d'animation.

Anna, jeune fille timide et maladive, vit avec ses parents adoptifs depuis le décès de son père et de sa mère. Quand elle est envoyée pour l'été à la campagne, Anna ne sait pas encore qu'une étrange aventure commence pour elle. Une étrange maison, située sur la plage, et dont il est dit qu'elle est hantée. Quand la jeune fille, habituée à se réfugier dans son imaginaire et ses dessins, rencontre là l'étrange Marnie, c'est le premier pas d'un voyage inattendu.

Ceux qui considéraient encore que l'animation japonaise ne produit que des films simplistes en seront pour leurs frais. Le très subtil "Souvenirs de Marnie", loin d'être un dessin animé destiné aux seuls enfants, est une oeuvre à ranger aux côtés de plusieurs autres produites par les studios Ghibli, comme "Arriety, le petit monde des chapardeurs" (du même réalisateur) ou "La colline aux coquelicots". 

Encore une fois, c'est à un  petit bijou de l'animation japonaise que nous avons affaire, venu tout droit d'un des meilleurs créateurs du genre, Hiromasa Yonebayashi, dont la "patte" se sent dans chaque séquence, faite de sensibilité. 
Rarement un film d'animation aura su autant me toucher, je l'avoue. Pour son deuxième long métrage (après le déjà cité "Arrietty, le petit monde des chapardeurs"), le réalisateur affirme son style et les explications quant au peu de succès de "Souvenirs de Marnie" m'échappent. Fut-il mal vendu ? Mal distribué ? Son thème, nimbé de mystère, joua-t-il contre lui ? Au (re)visionnage de ce film d'animation, on ne peut qu'être surpris qu'il ait failli causer le naufrage des studios Ghibli, tant il est pourtant réussi, techniquement ou narrativement parlant. 

Amateurs (ou non) d'animation (japonaise ou non), je ne peux que vous engager à suivre Anna dans les "Souvenirs de Marnie". L'histoire qui vous y sera contée mérite d'être suivie et la façon dont elle est narrée ne fait qu'ajouter au charme de ce dessin animé.


mercredi 10 avril 2019

Madame Hyde (2017)



Il est des classiques de la littérature qui font régulièrement l'objet d'une nouvelle relecture au cinéma. On ne compte plus les avatars de Dracula, par exemple. Le romande Robert Louis Stevenson, "Le cas étrange du Dr Jekyll et de Mr Hyde", également au nombre de ces classiques, a fait récemment l'objet d'une nouvelle adaptation, en toute discrétion. Serge Bozon, qui m'avait déjà laissé perplexe avec "Tip top", retrouve ici Isabelle Huppert, lui offrant le rôle titre de "Madame Hyde". Cela ne suffit pas à assurer le succès du film. 

Madame Géquill, timide et peu sûre d'elle, est professeur de physique dans un lycée professionnel et n'a aucune autorité sur ses élèves, qui ne la ménagent pas. Si son mari la soutient, son encadrement professionnel ne lui est d'aucune aide et chaque cours est pour elle un échec. Lors d'une expérience, la pauvre est frappée par un éclair. Dès lors, va se développer chez elle une nouvelle personnalité, tandis que rôde alentour une étrange femme de lumière.

Point n'est besoin d'être expert en littérature pour comprendre que "Madame Hyde" est une énième adaptation du roman de Robert Louis Stevenson, qui fit les beaux jours du cinéma fantastique (souvenons-nous de Spencer Tracy dans ce rôle mémorable, pour n'en citer qu'un exemple). En l'occurrence, c'est plutôt avec de gros sabots que Serge Bozon y va. La frêle Madame Géquill, effacée et timorée, s'illumine lorsqu'elle devient Madame Hyde, quitte à provoquer le pire.
So what, comme disait l'autre ?
Que nous raconte le film de Serge Bozon, que les autres n'ont pas dit ? En s'aventurant sur le terrain social (puisqu'il évoque le parcours scolaire de jeunes en difficulté), on pouvait penser qu'il apporterait une pointe de nouveauté et qu'il ferait de ce matériau quelque chose de neuf. Il n'en est rien, hélas : l'assemblage ne fonctionne pas. Si la faute en incombe essentiellement à un scénario qui tourne en rond et est souvent plein de vide, la mise en scène est aussi à pointer du doigt. 
Quelque chose sonne "faux" chez "Madame Hyde", tant dans la réalisation que dans l'interprétation. Cette impression, plutôt désagréable, d'artificialité laisse le spectateur sur le côté et l'empêche d'embarquer dans l'histoire proposée. Les comédiens donnent l'étrange impression d'être livrés à eux-mêmes, et de ne pas adhérer à l'histoire qu'ils interprètent. Malgré son immense talent, j'avoue avoir été surpris qu'Isabelle Huppert soit récompensée à Locarno pour ce rôle, tant il en est d'autres ou elle fut brillante. Derrière elle, il faut se rabattre sur les plus jeunes acteurs de la distribution pour trouver un (petit) motif de satisfaction, tant les seconds rôles sont peu crédibles (la palme du jeu "à côté de la plaque" revient sans conteste à Romain Duris, pour le coup).

Errant entre le désarroi d'une professeure en détresse, les difficultés de la cité et la touche de fantastique (qui finalement n'apporte pas grand chose), "Madame Hyde" est un film bancal, auquel on ne croit guère. Ce n'est pas avec lui que je vais me réconcilier avec le cinéma de Serge Bozon. D'ailleurs, je ne suis pas sûr d'en avoir envie.






dimanche 3 mars 2019

Overlord (2018)


Mêler faits historiques et fantastique, ça peut être très délicat, mais le cinéma n'a peur de rien : on a vu Abraham Lincoln s'attaquer aux vampires, tout comme "Iron Sky" envoyait les nazis sur la Lune. En parlant de ces derniers, ils ont une nouvelle fois été exploité dans "Overlord", film utilisant la franchise "Cloverfield", à savoir celle d'un monde identique au nôtre, à la différence près que de terribles horreurs venues d'on ne sait où s'y déchaînent parfois. Sous l'égide du très prolifique J.J. Abrams, qu'on ne présente plus, "Overlord" promettait de confronter les GIs du Débarquement aux nazis et à des créatures terrifiantes. Le mélange audacieux a-t-il fonctionné ?

6 juin 1944, quelques heures avant le Débarquement : les parachutistes de la 101ème division aéroportée sautent sur la Normandie, pour préparer l'assaut. Parmi eux, une escouade est chargée d'une mission importante : neutraliser une antenne radio située dans un petit village normand qui, si elle émet encore, compromettra le succès de l'opération Overlord. Les combattants vont vite se rendre compte que les soldats nazis sont le moindre des dangers qui les attend là-bas. 

Dès les premières images, le ton est donné : on est plongé dans l'action et les protagonistes ne sont pas épargnés. Dotées d'un certain réalisme, les scènes secouent, et pas seulement les passagers des avions prêts à larguer leurs passagers sur le Cotentin. Julius Avery, le réalisateur australien de cet "Overlord", est adepte du cinéma qui bouge. Celui qui devrait diriger le reboot de "Flash Gordon" s'avère plutôt doué lorsqu'il s'agit de mettre en scène l'action et de donner du rythme. Paradoxalement, c'est aussi sa faiblesse parce que, passé la première séquence, le rythme retombe d'un cran.

C'est une fois que les héros posent le pied à terre que les choses se gâtent, ou plutôt qu'on accuse la première chute de rythme, justement. La cadence infernale imposée dans les premiers plans ne sera jamais retrouvée. Si la tension est parfois palpable, elle ne suffit pas à faire frissonner le spectateur. Alors que l'angoisse devrait prendre le pas, ce n'est que rarement le cas.  En tout cas, avec moi, ça n'a pas pris (mais c'est peut-être un ressenti tout personnel). Les acteurs ont beau faire de leur mieux, les scènes de "pause" et d'explication torpillent à chaque fois 

J'ai beau admirer le talent de conteur (et parfois d'embobineur professionnel) de J.J. Abrams, cette fois-ci, ça n'a pas pris. Malgré un pitch qui aurait pu donner le meilleur, il faut, avec "Overlord", se contenter de ce qui ressemble plus à un jeu vidéo (y compris l'affrontement avec le boss final) qu'à un vrai spectacle cinématographique. 

Entrant plus dans la catégorie des plaisirs coupables que celle des spectacles qui font vibrer le public, ce petit film d'horreur aurait pu marquer les mémoires de aficionados du genre. Il ne laissera, j'ai peur, pas de traces.





samedi 24 novembre 2018

La belle et la belle (2018)


Le cinéma français donne lieu à nombre de critiques, souvent justifiées. Entre les comédies prévisibles et les films d'action louchant vers le modèle américain, certains producteurs choisissent parfois la facilité. D'autres œuvres, plus confidentielles, ne se livrent qu'à un public restreint. Le dernier film de Sophie Fillières, "La belle et la belle", qui mettait en scène Sandrine Kiberlain, n'a pas rempli les salles des multiplexes à sa sortie. Choix délibéré ou maladresse de distribution ? Sommes-nous passés à côté d'un grand film français.

Margaux, quarante-cinq ans, est professeur d'histoire-géographie à Lyon et n'a pas fait grand-chose de sa vie. En se rendant à Paris pour l'inhumation d'Esther, qui fut sa meilleure amie autrefois, elle rencontre, à la faveur d'une soirée, Margaux, vingt ans. Très vite, elle va comprendre que la jeune fille et elle ne sont qu'une seule et même personne, à vingt ans d'écart. 
Voilà pour elle(s) l'occasion de changer ce qui peut l'être encore. 
Ou pas.

Avec un pitch pareil, qui peut mêler comédie, drame et fantastique, on pouvait espérer un traitement ambitieux. La réussite, sur un sujet pareil, devrait être à la hauteur de la prise de risque. Inutile de se leurrer plus longtemps : "La belle et la belle" se dégonfle très vite. 

D'une idée de base prometteuse, Sophie Fillières ("Arrête ou je continue") ne livre finalement qu'un film qui tourne en rond et ne va pas plus loin que le bout de son nez. La rencontre entre les deux Margaux ne donne pas grand-chose sur leurs parcours, en dehors d'un subtil échange de leurs couleurs vestimentaires. 

C'est d'autant plus rageant qu'il y avait maintes façons de traiter le pitch original, mais que le scénario s'enlise dans les tourments amoureux (ou pas, d'ailleurs) de Margaux et pédale souvent dans la semoule. Et si (ce n'est qu'un exemple, qui m'a traversé l'esprit lors du visionnage) tout ce voyage n'était qu'un délire dans l'esprit de l'héroïne, une psychose née de ses regrets, de ses remords ? Mais Sophie Fillières préfère raconter l'histoire de deux femmes qui n'en sont (peut-être) qu'une seule, gravitant autour d'un même homme (dont on se demande ce qu'elles lui trouvent, soit dit en passant) et dont les dialogues sont parfois totalement farfelus (le coup des "crachats", par exemple, est éloquent).

On pourrait se consoler avec l'interprétation des acteurs, mais il faut bien avouer que, pour une fois, cet argument ne fonctionnera pas. Sandrine Kiberlain n'est pas toujours convaincante (parce que, peut-être, pas toujours convaincue), tandis qu'Agathe Bonitzer (la fille de la réalisatrice) se contente de faire la tête la plupart du temps. Entre elles, Melvil Poupaud, autour de qui ces deux femmes pivotent, fait le minimum syndical. 

J'aurais aimé aimer ce film, pour son idée de base. Il aurait cependant fallu que son traitement soit suffisamment ambitieux et audacieux pour qu'il tienne ses promesses. Tournant en rond et se regardant souvent le nombril, "La belle et la belle" n'est finalement qu'un de ces films français, qui semble mépriser l'histoire qu'il raconte au public. Dommage...










mercredi 5 septembre 2018

Quelque part dans le temps (1980)




Le voyage temporel, voilà un registre des plus casse-gueule. On l'a vu traité de bien des façons, tant en littérature qu'au cinéma. Richard Matheson, inspirateur de bien des films (de "Je suis une légende" à "Duel", en passant par "L'homme qui rétrécit", traita de ce sujet dans "Le jeune homme, la mort et le temps", dont il tira le scénario de "Quelque part dans le temps", réalisé par Jeannot Szwarc. Peu connu en France, ce film de 1980 mérite-t-il de sortir de l'oubli ? 

Lors de la représentation de sa première pièce de théâtre, Richard Collier vient venir vers lui une vieille dame inconnue. Après avoir prononcé "Reviens-moi", la mystérieuse vieillarde disparaît, laissant une montre dans la main de Richard. Huit ans plus tard, devenu célèbre, il n'a pas oublié cette étrange rencontre. Alors qu'il séjourne au Grand Hôtel, il est captivé par le portrait affiché d'une belle jeune femme, une actrice ayant séjourné là en 1912....et découvre qu'elle est Elise McKenna, la vieille dame venue à sa rencontre. Richard va tenter de remonter dans le temps pour rencontrer Elise, en 1912.

Avec les années, "Quelque part dans le temps" a conquis des fans, un peu partout dans le monde. On peut les comprendre : le mélange de romantisme et de fantastique (penchant fortement du côté de la romance, cela dit) peut séduire. Mais cette patine peut aussi agacer : esthétiquement, le film est daté et souffre de la comparaison avec d'autres œuvres plus récentes, tant pour sa photographie que son montage, pour ne citer que deux aspects techniques.

Hélas, pour les amateurs de ce registre du fantastique, il faut faire avec la forte dose de romance, à la limite d'un traitement à l'eau de rose. La réalisation de Jeannot Szwarc, surtout connu pour la suite médiocre des "Dents de la mer" et quelques navets plus récents comme "Hercule et Sherlock" ou "La vengeance d'une blonde", alterne les défauts évidents avec quelques belles trouvailles. 

On se réjouira de retrouver le regretté Christopher Reeve, à l'époque prisonnier du collant de Superman, démontrant un évident talent trop peu exploité durant sa carrière. Face à lui, Jane Seymour, évadée (pour un temps) du petit écran, et Christophe Plummer livrent une belle prestation, hélas gâchée par un doublage français médiocre. La bande originale de John Barry, particulièrement mélancolique, est également à mettre au crédit de ce film.

Il peut sembler étonnant que des admirateurs de "Quelque part dans le temps" se réunissent chaque année dans l'hôtel qui tient lieu de décor à ce film. Culte pour une poignée de spectateurs, cette histoire romantique franchissant les décennies, accuse pourtant (un comble !) le poids du temps qui passe. 




mercredi 23 mai 2018

The monster squad (1987)


Evidemment, lorsque des gamins doivent affronter les ténèbres, quelque part aux Etats-Unis, dans les années 1980, on pense aux créations de Steven Spielberg et de sa bande. Pour le coup, l'affiche de "The monster squad" revendiquait haut et fort cette parenté. Force est cependant d'avouer que ce film ne traversa pas les années aussi bien que certains de ses voisins de rayon. Pourtant, il semblait, sur )le papier, promettre sa dose de frissons. Quand, en plus, les magiciens des effets spéciaux Stan Winston (créateur de bien des monstres de cinéma) et Robert Endlund sont de la partie, on peut se frotter les mains. La nostalgie a souvent un goût agréable pour les amateurs de cinéma : ce film a-t-il bien vieilli ?

Ils sont venus, ils sont tous là : Dracula débarque et, avec lui, tous ses copains les monstres, qu'il s'agisse de la Momie, du Monstre de Frankenstein, du Loup-Garou ou de la Créature du Lac Noir. Ce qu'ils veulent ? Dominer le monde, évidemment. Mais, tous puissants qu'ils soient, ces monstres ignorent qu'une bande de gosses vont se dresser contre eux et qu'en matière de monstres, Sean, Patrick et leur bande en connaissent un rayon. 

L'inconvénient, avec "The Monster Squad", c'est qu'on ne sait pas très bien ce qu'on doit penser. S'agit-il d'un film d'horreur ? D'une parodie ? Fait-il oeuvre d'hommage ou de pillage ? Qu'il s'agisse de ses emprunts évidents aux classiques de l'horreur ou aux procédés scénaristiques déjà vus par ailleurs, et avec plus de talent (par exemple, le personnage de la petite sœur agaçante, mais qui s'attache plus que de raison à un personnage monstrueux), "The monster squad" ne se montre pas digne de ses modèles.

Scénarisé par Fred Dekker, le réalisateur (surtout connu pour avoir commis un "Robocop 3" fort oubliable) et Shane Black qui, la même année, fit le carton que l'on sait avec le script de "L'arme fatale", ce film n'a pas grand chose de mémorable, il faut l'avouer. Et la patine des ans n'a, semble-t-il, pas eu d'effet positif sur lui. En le visionnant, on songe évidemment aux "Goonies" ou à "Explorers", mais il manque quelque chose à "The monster squad" et il se pourrait bien que ce quelque chose soit la foi. Ne croyant visiblement pas trop en ce qu'il raconte, le réalisateur n'arrive pas à faire adhérer le spectateur à son univers et torpillant lui-même les effets du scénario par un manque évident d'ambition. De même, les acteurs, grands et petits, faute d'une direction digne de ce nom, n'insufflent pas à leurs personnages l'étincelle qui fait qu'on croit en eux. 

Ajoutez à cela une version française totalement déplorable, et le tableau sera complet. Au final, alors qu'il aurait pu être un hommage touchant aux grands films auxquels il fait référence, "The monster squad" est le cousin contrefait des films de la même niche, celle qui nous offrit tant de joies cinéphiliques. Parfois, la nostalgie se teinte d'indulgence. Parfois, non. 


dimanche 8 avril 2018

Zombillénium (2017)


Elles sont rares, les incursions hexagonales dans le territoire de l'animation, et plus rares encore celles qui réussissent à faire de l'ombre aux géants du secteur. Alors, quand une bande dessinée à succès est adaptée au grand écran, on peut se prendre à croire au miracle. Quand le film d'animation tiré de "Zombillénium" sortit, on aurait pu penser qu'il allait entraîner nombre de ses adeptes dans les salles obscures. Il n'en fut rien, ou presque et le dessin animé tiré des albums d'Arthur de Pins disparut rapidement de l'affiche. Caramba, encore raté, comme disait l'autre. 


Hector n'est pas le père idéal pour la petite Lucie, qu'il confie chaque semaine aux bons soins d'une pension où elle s'ennuie ferme. Ce qu'elle aimerait, c'est que son papa s'occupe plus d'elle et l'emmène, par exemple, au parc d'attraction Zombillénium. Arrivé dans ce fameux parc pour y contrôler que toutes les normes y sont bien respectées, Hector y découvre que les monstres y sont bien réels...et c'est loin d'être fini, pour lui.

Arthur de Pins, avec sa série "Zombillénium", parue dans Spirou (et comptant à ce jour trois tomes), s'est fait un nom avec son graphisme très particulier et ses albums "Péchés mignons" (qui visent un tout autre public, cela dit). Aux manettes (avec Alexis Ducord) de l'adaptation à l'écran de cette série plutôt savoureuse, il nous livre une histoire indépendante de ce qui a été publié jusque là. C'est sans doute une bonne idée, en plus d'être nécessaire, afin de pouvoir, en un seul film, présenter l'univers et développer une intrigue complète. Mais, en procédant ainsi, il lisse le ton si caractéristique de ses albums, qui hésitent moins à utiliser le concept de base (pourtant novateur) pour traiter de thèmes sociaux. 

L'humour n'est finalement pas si sinistre qu'on aurait pu l'espérer, sans totalement tomber dans le mièvre. C'est le plus grand défaut de ce film d'animation, finalement : "Zombillénium", à force de viser trop large, loupe sa cible. Trop sombre pour les plus jeunes, pas assez noir pour les plus grands, il reste entre deux chaises et ne séduit finalement personne.


On pourra déplorer les trop nombreux morceaux musicaux, certes de grande qualité, mais cassant le rythme de l'histoire et ses enjeux, puisqu'on a parfois l'impression d'être tombé dans une comédie musicale (ce qui n'enlève rien à l'excellence des morceaux de Skip the Use, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit).  

L'impression générale reste donc très mitigée et bien en-deçà des espoirs qu'on pouvait avoir au regard du matériau originel. En gommant les aspérités de l'oeuvre originale, Arthur de Pins et son comparse livrent un film bien trop lisse. A vouloir ne choquer personne pour séduire tout le monde, "Zombillénium" n'emballera que peu de spectateurs. 


Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film d'animation"

mardi 27 février 2018

L'un dans l'autre (2017)


La substitution des personnages (qui peut aller jusqu'au body swap), voilà un sujet classique en comédie. Qu'il s'agisse de "Un fauteuil pour deux" ou "Echange standard", le septième art a déjà maintes fois utilisé ce ressort pour faire rire son public, avec des réussites souvent variables. En reprenant le canevas de "Dans la peau d'une blonde" (de Blake Edwards), Bruno Chiche nous a proposé l'an dernier "L'un dans l'autre", où Louise Bourgoin et Stéphane De Groodt subissaient un échange de corps. Il faut croire que le public n'a pas été intéressé. Alors, sommes-nous passés à côté d'une bonne comédie française ?

Pierre, Aimée, Eric et Pénélope sont deux couples d'amis, très proches, trop proches peut-être. Alors que Pierre emploie Eric dans son entreprise, il est aussi l'amant de Pénélope. Mais le couple illégitime décide de cesser sa relation adultère : Pénélope et Eric comptent adopter bientôt, et passer également par la case "mariage".
Après une dernière étreinte, les deux amants se réveillent avec une drôle de surprise. Pierre se retrouve dans le corps de Pénélope et vice-versa. En voilà une histoire...

L'inconvénient, avec un postulat de base aussi gros, c'est qu'il faut, derrière, un scénario en béton armé, capable de mener jusqu'au bout l'histoire et, si possible, de retomber sur ses pattes. Pour le coup, c'est raté. Le traitement de "L'un dans l'autre" est surtout prétexte à une accumulation de clichés qui ne sont pas vraiment à son honneur : "possédé" par Pénélope, Pierre se met à être vegan et à faire le ménage, ce qu'il ne pratiquer nullement jusque là. De l'autre côté, Pénélope fume, boit et ce n'est pas tout. C'est fâcheux : en permutant les personnages, qui plus est de sexe opposé, il y avait tant à dire, ne serait-ce qu'au sujet de la féminité et de la masculinité.

A visionner "L'un dans l'autre", on a souvent l'impression d'être tombé sur le premier téléfilm venu, tant son traitement est pauvre et sans ambition : Partant d'une situation de départ qui avait quelques atouts dans sa manche, Bruno Chiche, qui avait fait parler de lui avec son premier long métrage, "Barnie et ses petites contrariétés" échoue complètement à l'exploiter et ne fait jamais rire. Ses comédiens, visiblement mal dirigés, sont entraînés avec lui dans le naufrage. Le défi de jouer "à la manière de" était pourtant un sacré challenge, dans lequel Louise Bourgoin et Stéphane De Groodt échouent. A l'arrière-garde, Pierre-François Martin-Laval et Aure Atika sont condamnés à assister au désastre sans rien n'y pouvoir faire. 

Accumulant les clichés et les situations outrancières, "L'un dans l'autre" n'est finalement jamais drôle et est souvent embarrassant. Voilà encore une comédie française à ranger au rayon des ratages, une de plus.