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lundi 15 avril 2019

A deux heures de Paris (2018)


Les plus fidèles et attentifs des lecteurs de ce blog s'en souviendront peut-être : j'avais relayé ici-même l'appel à financement participatif lancé par Virginie Verrier, jeune réalisatrice, pour le film "A deux heures de Paris". Depuis, le projet a abouti et, après quelques cahots, le film a été projeté dans quelques salles obscures, avant de poursuivre sa vie en vidéo (rares furent les cinémas qui l'accueillirent).

Quand Lolo, sa fille de quinze ans, demande à Sidonie, fringante trentenaire, qui est son père, les deux femmes s'embarquent pour la Picardie natale de Sidonie. Là, ils sont cinq hommes qui ont marqué sa vie, tous différents. Lequel d'entre eux est le père de Lolo ? Sidonie le sait-elle, seulement ? En retournant sur les terres de son passé, la mère va se confronter à son vécu. Pour les deux femmes, plus rien ne sera comme avant.

Je vais essayer d'être objectif et d'oublier les désagréments rencontrés lors du financement participatif (milieu dans lequel on rencontre le meilleur, mais surtout le pire). Focalisons-nous sur le film, donc et oublions les aléas et maladresses du projet.

Un road-movie est, d'ordinaire, l'occasion pour les personnages d'un film de se reconstruire ou de découvrir un pan de leur personnalité qu'ils ne connaissaient pas. Cette figure classique du cinéma a été maintes et maintes fois déclinée, avec plus ou moins de bonheur. Dans le cas de "A deux heures de Paris", le peu de route que font les deux héroïnes n'en reste pas moins un voyage intime qui pouvait être riche. La quête du père est ici un prétexte pour emmener les deux héroïnes, la mère et la fille, sur les terres du passé, pour y retrouver ceux qu'elle aima, plus jeune.

C'est surtout la trajectoire à l'envers de Sidonie, qui retrouve sa famille, ses amis, ses amants, qui est l'objet de ce film, tant le personnage de Lolo semble en retrait, comme spectatrice de ce que fait sa mère. Il faut dire qu'Erika Sainte, qui incarne celle-ci, est particulièrement brillante et s'impose d'emblée. Dans son sillage, même si on est content de les retrouver, les seconds rôles paraissent plus pâles.

On songe à Sautet, lors des pérégrinations de l'héroïne, avec ces trajets en voiture et sa façon d'aligner clope sur clope. On y pense d'autant plus fortement que la dite héroïne a sans doute pour modèle la femme libre qu'incarna si souvent la divine Romy Schneider devant la caméra de Claude Sautet. Même si "A deux heures de Paris" est loin des grands classiques réalisés par ce grand monsieur du cinéma français, ce petit film a quelque chose qu'on aurait voulu voir se développer un peu plus. Gageons que sa réalisatrice transformera l'essai.





lundi 5 janvier 2015

Plan de table (2011)



On a tous nos moments de faiblesse. Malgré les nombreuses déceptions qu'elle a causé chez moi, je reviens régulièrement vers la comédie française, espérant que, dans le nombre de films produits sous sa bannière, se trouve une pépite qui m'aurait échappé à sa sortie. Il n'y a pas si longtemps, fut diffusé (sur je ne sais plus quelle chaîne de la TNT) le film "Plan de table", dont je n'avais pas entendu parler lors de sa sortie : son résultat au box-office fut en effet désastreux. Il bénéficia donc du doute et le voici maintenant traité dans ces colonnes.

Pour une fois, tout commence par un mariage, à ceci près que la mariée et son ex s'offrent un dernier moment intense sur la table dressée pour la fête. Le plan de table, bouleversé par leurs ébats, est reconstitué à la va-vite par l'amant. Et, ce faisant, l'homme modifie le destin des convives.
Qu'à cela ne tienne, grâce à plusieurs retours en arrière, il aura l'occasion de corriger le tir, encore et encore.

Le postulat de base du film, s'il louche fortement vers celui du merveilleux "Un jour sans fin", aurait pu être à la base d'une comédie sympathique, voire audacieuse. Après tout, les anglo-saxons n'ont pas le monopole de la comédie (romantique ou pas). Utiliser comme point d'ancrage le grand jour du mariage était également une bonne idée, a priori. Hélas, et pour faire cesser tout suspense, la mécanique ne fonctionne tout simplement pas, dans le cas de "Plan de table". Et j'ai la très nette impression que ce qui cause pareille impression, c'est le scénario, particulièrement déséquilibré.

Allant et venant entre ses personnages, sans prendre le temps de les enraciner dans l'histoire, le scénario en fait des caricatures plus que des protagonistes à part entière. Entre un médecin infidèle interprété par l'agaçant Franck Dubosc, sa nunuche de femme (pauvre Elsa Zylberstein) et une mariée sans épaisseur (Louise Monot, transparente), les invités de ce mariage ne sont que peu crédibles. 
Alors qu'ils devraient être les composants essentiels de pareil exercice de style, ils contribuent au naufrage. Facteur aggravant, les acteurs sont, il faut le reconnaître, plutôt mauvais, la palme revenant à l'exaspérante Audrey Lamy, suivie de peu par Shirley Bousquet (décidément bien mal inspirée dans ses choix), en femme de galeriste alternant entre nymphomanie et désir d'enfant. 

Au bout d'un moment, le spectateur peut se lasser des gesticulations des personnages et renoncer à participer au jeu qui consiste à bouleverser le destin. Loin du célèbre effet-papillon, le pachydermique jeu de dominos mis en scène par Christelle Raynal (également co-scénariste et qui a un petit rôle dans le film) s'avère une pâle déclinaison d'un exercice de style qu'on a vu cent fois plus réussi par ailleurs. On retiendra de "Plan de table" deux leçons (qui, à bien y réfléchir, tombent sous le sens) : ne pas se risquer sur des territoires déjà balisés par d'autres plus talentueux et ne pas inviter son ex à son mariage.