Affichage des articles dont le libellé est Audrey Lamy. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Audrey Lamy. Afficher tous les articles

lundi 5 avril 2021

Qui c'est les plus forts ? (2015)

Vous, je ne sais pas, mais j'ai terriblement besoin de me détendre les zygomatiques, en ce moment. Et, pour cela, il m'arrive parfois de m'égarer vers des comédies pour lesquelles, dans le monde d'avant, je n'aurais pas fait le déplacement. C'est ainsi que j'ai visionné récemment "Qui c'est les plus forts ?", réalisé par Charlotte de Turkheim et tiré d'une pièce de théâtre. A sa sortie dans les salles, cependant, ce film fut reçu tièdement, et c'est le moins qu'on puisse dire. Vérifions s'il ne méritait pas mieux.

A Saint-Chamond, dans la Loire, on vibre encore au souvenir de l'A.S. Saint-Etienne, les fameux Verts du ballon rond. Depuis la fermeture de l'usine de découpe de poulets, Samantha vivote comme elle le peut. De peur de perdre la garde de sa jeune sœur, souffrant de forts troubles du comportements, elle va accepter le contrat que Paul, séduisant avocat, lui propose. Et tant pis si Céline, sa meilleure amie, qui arrondit ses fins de mois grâce au téléphone rose, n'est pas d'accord et préfèrerait qu'elle se marie avec le gentil Dylan.

Avec "Qui c'est les plus forts ?", Charlotte de Turkheim louche fortement sur le modèle britannique de la comédie sociale. Hélas, n'est pas Ken Loach qui veut et il faut vite se faire une raison : la tentative n'est pas couronnée de succès, loin s'en faut. Pourtant, les premières séquences augurent d'une relative fidélité au dit modèle : une usine qui ferme, des ouvrières restées sur le carreau et la vie qui tente de continuer, les ingrédients étaient pourtant là. Malheureusement, même avec les composants les plus adaptés, réussir une recette impose un peu de rigueur. A trop ajouter d'éléments, on finit par rendre le plat indigeste. Arrêtons là la métaphore culinaire, c'est sans doute préférable. 

Toujours est-il qu'en multipliant les sous-intrigues et les fardeaux que doivent porter les personnages, mais en leur conférant une énergie souvent artificielle, Charlotte de Turkheim rend son film peu crédible : le sort des héroïnes importe finalement peu au spectateur, alors qu'il eût été souhaitable qu'elles attirent un minimum d'empathie. 

On peut donc incriminer un scénario sans colonne vertébrale, chassant plusieurs lièvres à la fois pour finalement n'en capturer aucun, mais ce n'est pas le seul défaut de "Qui c'est les plus forts ?". L'interprétation est également à mettre dans la colonne du passif de ce film : qu'il s'agisse de l'exaspérante Audrey Lamy, d'Alice Pol ou de Grégory Fitoussi, pour ne citer qu'eux, enfermés dans des rôles plus caricaturaux que crédibles, ils ne sont guère convaincants dans cet alignement de saynètes plus ou moins réussies (et plutôt moins que plus, d'ailleurs).

Le mètre-étalon de la comédie sociale est probablement stocké de l'autre côté de la Manche. Si quelques tentatives hexagonales réussissaient le tour de force de s'aventurer avec succès dans ce registre (je songe notamment au très chouette "Discount"), force est de reconnaître que, la plupart du temps, les réalisateurs français qui s'y frottent échouent. C'est hélas le cas pour ce "Qui c'est les plus forts ?" qui, à force d'en faire trop, n'accomplit rien et, surtout, ne convaincra personne. 



mardi 4 juin 2019

Les invisibles (2019)



Le dernier film de Louis-Julien Petit, qui avait déjà eu droit à un billet dans ces colonnes avec son très chouette "Discount", mérite-t-il sa place ici ? D'ordinaire, se retrouver chroniqué dans ce blog, cela signifie avoir essuyé un échec critique ou public, voire les deux. Si on regarde de plus près les chiffres au box-office et les critiques lues dans la presse lorsqu'est sorti le film "Les invisibles", on peut se dire que sa présence ici relève du hors-sujet. Cependant, au vu du thème évoqué, je considère que son audience aurait sans doute due être plus large.

L'Envol, centre d'accueil de jour dirigé par Manu est pris d'assaut, chaque matin, par des dizaines de femmes sans abri. Mais les temps changent et les politiques décident que ces invisibles aillent se faire loger ailleurs : on les a assez vu, sans doute. Qu'à cela ne tienne, Manu et son équipe vont contourner cette décision et tout faire pour ramener ces femmes vers la lumière.
Le temps leur est compté, mais tous les moyens sont bons pour assurer à ces femmes perdues la réinsertion qu'elles méritent.

Féministe, social, revendicatif, "Les invisibles" se penche sur un sujet rarement exploité au cinéma : le cas des femmes sans domicile fixe, errant d'un centre à un autre, n'a pas vraiment été sous les projecteurs, même dans les journaux télévisés, d'ailleurs. En mettant ces invisibles dans la lumière, Louis-Julien Petit fait donc oeuvre d'utilité publique. Le réalisme, quasi-documentaire, de son film, renforce cette impression, comme c'était déjà le cas pour "Discount" et "Carole Matthieu", les précédents opus du réalisateur. 

On pourrait penser, en visionnant la bande annonce, que "Les invisibles" est une comédie sociale à la française. Ce n'est pas tout à fait vrai. il comporte, certes, des scènes d'une vraie drôlerie, mais a aussi son lot de drames, qui pèsent plus lourd dans la balance que la part de comédie. A l'image de la vie, particulièrement vacharde pour les héroïnes de ce film, "Les invisibles" comporte de vraies tranches de drame. Mais, à l'instar de "Discount" (promis, j'arrête de citer ce film), on ne sort pas anéanti de cette plongée dans la misère humaine. Au contraire, bien que confronté à une réalité que d'aucuns aimeraient garder invisible, le spectateur normalement constitué devrait se sentir regonflé face à l'énergie déployée par les femmes qui défilent à l'écran. N'en déplaise à ceux qui leur font obstacle (la séquence où sont installés des dispositifs anti-sdf sur le mobilier urbain est édifiante, parce que réelle),  "Les invisibles" montre qu'on ne résoud pas un problème de société en le cachant comme la poussière sous le tapis.

Celles qui portent ce film et assurent sa réussite, ce sont ses interprètes, pleines de sincérité et de spontanéité. Souvent poussées à improviser, les actrices, confirmées ou débutantes, sont remarquables. Qu'il s'agisse de la toujours épatante Corinne Masiero (fidèle au réalisateur et dont on devine que le sujet la touche), de l'incandescente Sarah Suco, d'Audrey Lamy (enfin convaincante), de la très énergique Déborah Lukumuena ou de Noémie Lvovski (qui ne m'avait jusque là que rarement touché) et surtout des actrices non professionnelles (formidables de naturel), vous n'êtes pas prêts de les oublier. Trimbalant leurs gros sacs, qui contiennent toute leur vie, ces femmes, pour certaines très en phase avec celles qu'elles interprètent méritent à elles seules le visionnage du film.

Parfois maladroit, mais toujours sincère, "Les invisibles" est un film nécessaire. Lors de sa sortie, il a été projeté en haut lieu (à l'Elysée), ce qui ne fut guère suivi d'effet. Espérons qu'il saura, dans la seconde partie de sa carrière (c'est-à-dire après son passage sur grand écran), interpeller ses spectateurs.



mardi 30 octobre 2018

Tout pour être heureux (2015)


De temps à autre, on a envie de se poser et de visionner, du fond du canapé, une petite comédie toute simple. Ça tombe bien, il y en a pléthore, dans ce registre. Seulement, toutes ne sont pas couronnées de succès et certaines ne valent pas franchement le déplacement (même si, en l'occurrence, le déplacement ne concerne que la main tenant la télécommande). 

Antoine, quarante ans et père de deux petites filles, n'est pas vraiment responsable. Seule la musique, dont il a fait son métier, l'intéresse et Alice, sa femme, n'en peut plus de son immaturité. Un beau jour, elle le met à la porte : voilà Antoine obligé de se prendre en main, voire de se remettre en question. Pire encore, pour lui : Alice lui confie peu après ses deux filles. Voilà Antoine forcé de grandir, d'un seul coup. Et si c'était le meilleur moyen d'être heureux ?

A lire le pitch du film, on peut se dire que c'est le genre de comédie française qu'on a déjà vu, voire revu : l'homme immature, forcé par les événements à prendre ses responsabilités, ça n'est pas sans rappeler "Daddy Cool", par exemple. C'est vrai : on est ici dans une case déjà occupée de la comédie française, à tel point que, quelques semaines plus tard, je vous avoue que je ne me souviens pas intégralement de ce film. Comme je ne pense pas souffrir d'un quelconque syndrome neurodégénératif, et surtout que ce n'est pas la première fois qu'un film (souvent français) me fait cet effet là, j'en conclus que "Tout pour être heureux" n'a rien d'inoubliable.

Le thème était pourtant sympathique, à défaut d'innover grandement, et pouvait parler au public. De même, pour une fois, on évitait le travers habituel qui consiste à utiliser des personnages issus d'une frange aisée de la population, habitant dans d'incroyables appartements (ça, c'est le domaine de la romcom) ou, aux antipodes, des héros peinant à joindre les deux bouts (domaine réservé du film social). Bref, la crédibilité qui aurait pu donner à "Tout pour être heureux" un peu d'épaisseur vole rapidement en éclats.

C'est d'autant plus dommage que la prestation de Manu Payet est convaincante et qu'il porte presque à lui seul le film sur ses épaules. Derrière lui, Audrey Lamy, moins agaçante qu'à l'accoutumée (il était temps) et Aure Atika (mal servie par un rôle assez bancal) font "le job", comme on dit. Enfin, on se régalera du (petit) rôle de Pascal Demolon, un acteur que les réalisateurs devraient engager plus souvent. Enfin, au rayon des éléments positifs, la bande originale est plutôt sympathique (c'était le minimum syndical, puisque le personnage principal travaille dans le milieu de la musique).

Malgré ses quelques qualités, "Tout pour être heureux" souffre d'un scénario souvent défaillant. Ses belles intentions sont vite torpillées, au profit d'un traitement qui en fait un film très oubliable. Tant pis pour lui.





lundi 5 janvier 2015

Plan de table (2011)



On a tous nos moments de faiblesse. Malgré les nombreuses déceptions qu'elle a causé chez moi, je reviens régulièrement vers la comédie française, espérant que, dans le nombre de films produits sous sa bannière, se trouve une pépite qui m'aurait échappé à sa sortie. Il n'y a pas si longtemps, fut diffusé (sur je ne sais plus quelle chaîne de la TNT) le film "Plan de table", dont je n'avais pas entendu parler lors de sa sortie : son résultat au box-office fut en effet désastreux. Il bénéficia donc du doute et le voici maintenant traité dans ces colonnes.

Pour une fois, tout commence par un mariage, à ceci près que la mariée et son ex s'offrent un dernier moment intense sur la table dressée pour la fête. Le plan de table, bouleversé par leurs ébats, est reconstitué à la va-vite par l'amant. Et, ce faisant, l'homme modifie le destin des convives.
Qu'à cela ne tienne, grâce à plusieurs retours en arrière, il aura l'occasion de corriger le tir, encore et encore.

Le postulat de base du film, s'il louche fortement vers celui du merveilleux "Un jour sans fin", aurait pu être à la base d'une comédie sympathique, voire audacieuse. Après tout, les anglo-saxons n'ont pas le monopole de la comédie (romantique ou pas). Utiliser comme point d'ancrage le grand jour du mariage était également une bonne idée, a priori. Hélas, et pour faire cesser tout suspense, la mécanique ne fonctionne tout simplement pas, dans le cas de "Plan de table". Et j'ai la très nette impression que ce qui cause pareille impression, c'est le scénario, particulièrement déséquilibré.

Allant et venant entre ses personnages, sans prendre le temps de les enraciner dans l'histoire, le scénario en fait des caricatures plus que des protagonistes à part entière. Entre un médecin infidèle interprété par l'agaçant Franck Dubosc, sa nunuche de femme (pauvre Elsa Zylberstein) et une mariée sans épaisseur (Louise Monot, transparente), les invités de ce mariage ne sont que peu crédibles. 
Alors qu'ils devraient être les composants essentiels de pareil exercice de style, ils contribuent au naufrage. Facteur aggravant, les acteurs sont, il faut le reconnaître, plutôt mauvais, la palme revenant à l'exaspérante Audrey Lamy, suivie de peu par Shirley Bousquet (décidément bien mal inspirée dans ses choix), en femme de galeriste alternant entre nymphomanie et désir d'enfant. 

Au bout d'un moment, le spectateur peut se lasser des gesticulations des personnages et renoncer à participer au jeu qui consiste à bouleverser le destin. Loin du célèbre effet-papillon, le pachydermique jeu de dominos mis en scène par Christelle Raynal (également co-scénariste et qui a un petit rôle dans le film) s'avère une pâle déclinaison d'un exercice de style qu'on a vu cent fois plus réussi par ailleurs. On retiendra de "Plan de table" deux leçons (qui, à bien y réfléchir, tombent sous le sens) : ne pas se risquer sur des territoires déjà balisés par d'autres plus talentueux et ne pas inviter son ex à son mariage.






vendredi 15 août 2014

La belle et la bête (2014)


On peut parfois se demander pourquoi telle ou telle histoire a la faveur des scénaristes et fait l'objet d'innombrables adaptations au grand écran, de bonne ou de moins bonne facture. A l'instar de Jeanne d'Arc ou de Gozilla, le conte de la Belle et la Bête a connu bien des avatars au cinéma, du grand classique réalisé par Jean Cocteau au dessin animé produit par Disney, en passant par la comédie musicale ou la série télévisée (sous deux moutures, d'ailleurs).
Christophe Gans, ancien critique cinéma, qui fit ses premières armes sur grand écran avec "Crying freeman", avant de décrocher la timbale avec "Le pacte des loups", puis (après une longue absence) de revenir au grand écran avec "Silent hill", a porté sa version de "La belle et la bête" pendant trois ans. Interprétées par Léa Seydoux et Vincent Cassel, ni la Belle, ni la Bête en question n'ont déchaîné la foule lors de la sortie de ce film. 

En 1810, un riche marchand ruiné suite au naufrage de ses trois navires se retrouve forcé de s'exiler à la campagne avec ses six enfants. La plus jeune (et la plus jolie) de ses filles, Belle, est la seule à se contenter de ce sort. Lors d'une tempête de neige, le marchand trouve asile dans un étrange château. Pour y avoir dérobé une rose, il est condamné à mort par le maître des lieux. La jeune Belle choisit de se sacrifier en lieu et place de son père et se constitue alors prisonnière de la Bête qui règne sur le domaine. Elle va découvrir l'histoire qui conduisit un jeune prince arrogant à être maudit et à devenir le monstre du château...

L'histoire est des plus classiques, tant ce conte de fées a été narré de toutes les manières imaginables. On pouvait attendre de Christophe Gans, grand artisan de la forme cinématographique, qu'il fasse subir à cette fable un sérieux lifting. Et il faut le reconnaître : esthétiquement parlant, le film est une réussite...si l'on passe sur le manque de finition des effets spéciaux. C'est en effet là que le bât blesse. Pratiquement toutes les séquences sont l'objet de trucages numériques, dont on constate bien souvent qu'ils auraient mérité un meilleur traitement. Du coup, nombreux sont les moments où l'on se rend compte de la présence des dits effets, alors que leur première vertu devrait être la discrétion. 

Du côté des acteurs, on peut poser le même constat que celui qui prévalait déjà pour "Le pacte des loups" : devant bien souvent réciter des répliques tombant à plat, les interprètes doivent tout miser sur leur présence physique (comme le font les deux acteurs principaux, chacun à leur manière), ou cabotiner à outrance. On notera au passage l'exaspérante Audrey Lamy, à gifler dans le rôle d'une des sœurs de Belle, et qui semble avoir oublié que le monde ne se réduit pas à "Scènes de ménage". 

Pourtant, il y a quantité de bonnes choses dans la retranscription du conte faite par Christophe Gans. L'ambiance générale du film n'est pas sans évoquer le formidable "Labyrinthe de Pan" (sans hélas en avoir la profondeur) et le tout a, malgré les défauts évoqués plus haut, une véritable identité visuelle. Cela n'est pas suffisant, bien entendu, pour assurer l'entière réussite de l'entreprise. Cependant, pour celles et ceux qui cherchent un peu d'enchantement et souhaitent saluer l'ambition du réalisateur, le film peut valoir le détour. Les spectateurs plus exigeants passeront sans doute leur chemin...