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jeudi 21 mars 2019

Middleton (2013)

  

L'entrée à l'université, aux Etats-Unis, est un moment important. C'est en général le premier pas sur le chemin de l'âge adulte et il conditionne bien des vies (à commencer par le coût que représentent certains cursus). Si mon petit doigt me dit que notre système éducatif louche dangereusement sur celui d'outre-Atlantique, "Middleton", film où l'on assistait à une journée portes ouvertes dans l'Université du même nom, est un film typiquement étasunien. Alors, est-il logique que le public français n'y ait pas eu droit, puisqu'il ne sortir qu'en DVD (malgré la présence au casting d'Andy Garcia) ?

Chirurgien de renom, George accompagne son fils Conrad à l'Université de Middleton, pas plus motivé que cela d'y poursuivre ses études. Edith, quant à elle, y amène sa fille Audrey, ravie d'avance de pouvoir y rencontrer le Professeur Emerson, dont elle espère bien suivre les cours. Au cours de cette journée de découverte, les parents vont se rencontrer et se découvrir, tandis que leurs enfants vont devoir décider si cette faculté est faite pour eux. Qui apprendra le plus ?

Un homme et une femme qui paraissent bien différents, mais ont plus de points communs qu'ils ne le croient, se rencontrent, de préférence dans un lieu particulièrement chic. La situation de départ évoque, forcément, la comédie romantique, genre qu'on pourrait penser usé jusqu'à la corde. Quelque chose me dit que nous avons échappé de peu au titre "Coup de foudre à Middleton", d'ailleurs.

Adam Rodgers, scénariste et réalisateur de "Middleton", prend peu de risques pour son premier long-métrage. Sur un territoire très délimité, avec un nombre de personnages limité, il nous propose ici une romance teintée d'amertume, parce qu'elle concerne deux adultes pour qui la vie a déjà tracé son chemin et qu'il leur sera difficile de s'en écarter. Malgré les opportunités offertes par la situation des protagonistes, Rodgers fait montre de bien peu d'audace et se contente de laisser les personnages dans leur zone de confort. Pour ajouter à cette absence de risque, la musique, particulièrement douillette, se montre trop enveloppante et envahissante à plusieurs reprises...

Encore une fois, on peut se consoler avec la performance des acteurs. Andy Garcia cabotine comme rarement, mais il l'air de bien s'amuser. Comme il s'est fait rare et que ses choix de rôles n'ont pas toujours été des meilleurs, on lui pardonnera. Moins crédible dans le rôle de la mère, Vera Farmiga (dont la fille est jouée par...sa jeune sœur !). Quant aux deux jeunes acteurs incarnant la progéniture hésitante (et parfois agaçante) des héros, leur jeu inégal les rend tour à tour énervants et touchants. On appréciera, le temps d'une séquence (trop courte !) le passage de Tom Skerritt, lui aussi trop rare.

L'amertume qui pointe le bout de sa truffe dans les dernières séquences offre sans doute ses plus jolis moments à "Middleton" et lui évite l'étiquette de romcom. Cela n'est finalement pas plus mal. En évitant l'ornière de la guimauve, "Middleton" trouve in extremis son ton. Il est dommage que ce soit dans les dernières scènes que cela se décide.


mercredi 7 mai 2014

Mindscape (2013)


Le cinéma espagnol, et en particulier sa branche fantastique, a généré ces dernières années quelques petits bijoux : on songera avec un frisson à de futurs classiques comme "L'orphelinat" ou "Le labyrinthe de Pan". Afin de mieux promouvoir le septième art ibérique, Jaume Collet-Serra (réalisateur du remarqué "Esther" et de "Sans identité") et Juan Sola ont créé la société de production Ombra Films, dont "Mindscape" est la première production. Réalisé par Jorge Dorado (qui fit ses premières armes en assistant notamment Pedro Almodovar et Guillermo del Toro, et dont c'est ici le premier film), le long métrage, pourtant remarqué dans quelques festivals et nominé à plusieurs cérémonies, n'a pas eu l'honneur de sortir dans les salles françaises. Pire encore, il est introuvable en DVD et il faut avoir la chance de disposer des bonnes chaînes pour le visionner. 

Employé par la société Mindscape, John Washington a un étrange métier : il pénètre dans l'esprit des gens, afin de comprendre ce qui ne va pas chez eux. Alors qu'il vit douloureusement le deuil de son épouse et de leur fils, il sevoit confier par son employeur une mission a priori simple : comprendre pourquoi la jeune Anna refuse de se nourrir. Cette adolescente pose en effet bien des problèmes à sa mère et à son beau-père. 
En étudiant le cas de la jeune fille, John va vite être fasciné : est-elle victime de sévices, ou s'agit-il d'une psychopathe ?


Un héros en proie à un traumatisme, une affaire étrange sur laquelle il doit faire preuve de sa sagacité : on a connu des pitchs plus originaux, certes, mais cette vieille recette a donné aussi quelques perles. Le résumé de "Mindscape" était prometteur : l'esprit humain, surtout lorsqu'il est perturbé, peut donner matière à des histoires passionnantes, souvent complexes, certes, mais souvent accrocheuses. C'est le cas pour ce film, mais en partie seulement, car en refusant de multiplier les rebondissements, "Mindscape" accuse vite quelques longueurs qui pourront décevoir les amateurs du genre. Ceux-là auront tôt fait de se faire leur propre idée sur ce qui se passe, quitte à penser que le film aurait encore gagné en complexité. 

La plus grande réussite du film reste cependant son interprétation, en tout point magistrale. Mark Strong, monolithique, donne ici toute la mesure de son talent, jusqu'ici cantonné aux petites lignes des affiches. Face à lui, la jeune Taissa Farmiga (échappée de la série "American Horror Story") est remarquable, conférant à son personnage une aura d'innocence vénéneuse qui ne laisse pas indifférent. Et que dire du reste du casting, tout à fait somptueux...

Enfin, l'esthétique générale de "Mindscape", qu'il s'agisse des décors, de la lumière et même du rythme imposé par sa réalisation et son montage, joue également en la faveur de cette oeuvre qui aurait décidément mérité d'être mise plus en avant. Cerise sur le gâteau, la bande originale est également de bonne facture.

Porté par une interprétation sans faille et une réalisation qui fait régner la tension du début à la fin, "Mindscape" souffre hélas d'un scénario qui n'est pas à la hauteur de ses promesses. Ayant placé la barre très haut, le film peut donc décevoir, même si, d'un point de vue purement formel, c'est une grande réussite (pour une première fois).