mercredi 22 janvier 2014

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet (2013)


Qui aurait cru, il y a une quinzaine d'années, que Jean-Pierre Jeunet, auréolé du triomphe de son film "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain", aurait du mal à trouver son public ? Pourtant, les deux derniers films du réalisateur d'"Un long dimanche de fiancailles" sont loin d'avoir atteint les espoirs mis en eux : "Mics-macs à Tire-Larigot" et, plus récemment, "L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet" ont déçu lors de leur sortie. 

Dans son Montana natal, le petit T.S. Spivet a une drôle de famille. Son père, un cow-boy bourru pur et dur, n'a que peu de chose en commun avec sa mère, passionnée d'insectes . Quant à sa sœur aînée, Gracie, elle ne rêve que de devenir actrice. Le petit T.S., surdoué de surcroît, est donc bien peu à son aise dans pareille tribu. Sur cette famille, pèse l'ombre du frère (faux) jumeau de T.S., qui était tout son contraire et a été tué suite à un tragique accident. 
Quand T.S. apprend qu'il va recevoir un prix pour l'une de ses inventions (qui met en oeuvre rien moins que le mouvement perpétuel !), il entreprend, tout seul, de partir pour Washington, malgré les dangers qui attendent un enfant de 10 ans.

Une chose est sûre : Jean-Pierre Jeunet a une touche et un univers bien à lui, qui rendent reconnaissables entre mille les images qu'il nous délivre. Dans "L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet", la Jeunet Touch est intacte : techniquement irréprochable, bourré des petits détails qui charment les admirateurs du réalisateur (et agacent ses détracteurs), son dernier opus a pour lui sa forme, irréprochable (hormis, quitte à me répéter, par ceux qui ne supportent pas le papa d'Amélie Poulain).

Si le film s'était effectivement contenté de décrire le voyage que fait T.S. Spivet jusqu'à Washington, la mission de Jean-Pierre Jeunet aurait été remplie avec brio.
Seulement, il y a un hic.
Contrairement à ce qu'annonce le titre, le voyage qu'entreprend le jeune héros du film ne remplit pas la totalité du long métrage, loin s'en faut. Arrivé assez tôt à destination (alors que ce périple aurait pu être l'occasion de maintes rencontres hors du commun), T.S. Spivet devient, dès qu'il arrive à Washington, le centre d'intérêt d'un film qui n'a plus rien à voir avec ce que promettait l'affiche (et le titre, et la bande-annonce, et nos espoirs déçus, d'ailleurs). C'en est rapidement fini du voyage, de la chaleur humaine et du brin de folie que véhiculait le film, au passage. Sur ce qui reste du film, le scénario pédale souvent dans le vide et l'on a hâte que T.S. Spivet puisse retourner chez lui, pour en finir avec le mélodrame dans lequel s'est embourbé Jeunet.

Malgré le talent des acteurs qui donnent vie à ses personnages, et son immense maîtrise technique, le metteur en scène peine à retrouver la grâce qui l'habitait dans ses premiers films. Il nous livre, une fois de plus après le faiblard "Micmacs à Tire-Larigot" une oeuvre où la forme ne suffit pas à sauver le fond. 

Le voyage auquel nous convie Jean-Pierre Jeunet est finalement assez court, au regard de la durée du film et sa dernière demie-heure (à ranger plutôt dans la catégorie "mélo") accuse quelques passages à vide qui nuisent à l'ensemble, avant un dénouement pour le peu hâtif. Certes, le film regorge de belles images, mais la forme ne peut se substituer à un fond souvent creux. 



14 commentaires:

  1. Un petit foutage de gueule si je comprends bien. De toute façon, je ne suis pas fan du cinéma de Jeunet.

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    1. Il est clair que, si l'on est pas fan de Jeunet, on ne peut pas accrocher à ce film, sauf à lui trouver des qualités techniques indéniables. Si les premiers films du cinéaste m'avaient emballé, j'ai peine à trouver beaucoup d'intérêt dans celui-là.

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  2. Pareil. Pas trop fan du cinéma de Jeunet même je reconnais qu'à l'époque de Caro, j'avais plutôt été conquis par la dinguerie de "Delicatessen". Suivirent une "cité des enfants perdus" qui, déjà pour moi, sentait un peu trop la naphtaline et l'insupportable massacre de la saga Alien. Depuis que la sympathique "Amélie" (Jeunet joli, comme dirait un compatriote) a eu fini d'arrondir les angles d'un cinéma sans aspérité, j'avoue que la sortie d'un nouveau Jeunet m'en touche une sans faire bouger l'autre comme on dit.

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    1. Comme je le dis dans le commentaire précédent, il faut, je crois, être un ultra-fan de Jeunet pour admirer ce dernier film sans réserves. Certes, c'est joli, mais derrière, il n'y a pas grand chose à retenir.

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  3. Autant j'aimais bien à l'adolescence, autant plus je revois ses films, plus je me dis qu'on est très loin de ses premiers films. Quand j'ai vu Delicatessen, cela a été l'illumination. Cela s'est renforcé en revoyant (enfin disons plutôt essayé de revoir vu que je me suis rapidement endormi) Amélie Poulain. Autant j'avais adoré la première fois, autant je me suis fait chier comme un rat mort la seconde (d'où l'endormissement). Et les bandes-annonces de ce film-ci m'ont confirmé cela: c'est peut être très beau mais cela peut être aussi très chiant et inintéressant.

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    1. Il faudrait que je revoie "Delicatessen", qui m'avait littéralement emballé par sa loufoquerie et son inventivité. Les derniers opus de Jeunet m'inspirent plus d'ennui que d'enthousiasme. Je pense que celui-ci est le dernier pour lequel je fais le déplacement dans une salle obscure.

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    2. En tous cas, on est loin de la carte postale Amélie Poulain avec un Paris merveilleux où tout est beau, tout le monde il est gentil... Agaçant au point de vous endormir. J'ai tenu devant des navets plus longtemps que ça. Disons que pour celui-là il y avait au moins la 3D mais pour le reste...

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    3. Il est clair qu'on s'ennuie pas mal devant ce Jeunet là. J'avoue garder une certaine tendresse pour la petite Amélie, mais le jeune T.S. Spivet ne me laissera pas un grand souvenir.

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    4. Bah là pour le coup la Amélie m'a bien fait chier!lol Je voudrais bien voir La cité des enfants perdus histoire de me fixer sur sa dernière collaboration avec Marc Caro. Ensuite j'ai l'impression que depuis Amélie Poulain et en dehors d'Un long dimanche de fiançailles (que je trouve pas mal encore et bien réalisé en tant que film de guerre), c'est toujours la même chose.

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    5. Le fait est que, dans ses derniers films, Jeunet donne l'impression de courir après l'enfance, sans cependant avancer dans sa démarche. Dans celui-ci, la forme ne suffit pas à cacher la maigreur du fond.

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  4. Tient...ce film me semblait sympa au vu de la bande-annonce. Mais si c'est pour me farcir une dernière demi-heure qui ne me plaira guère je vais peut-être éviter.

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    1. Qui sait ? Tu auras peut-être une indulgence que je n'ai pas eu (pas jusqu'au bout, en tout cas).
      Merci de ton passage !

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  5. Serais-je donc la seule à avoir aimé Micmacs à Tire Larigot ??? :(

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    1. Je te rassure : je n'ai pas détesté le précédent opus de Jeunet, mais l'ai simplement trouvé assez moyen, surtout au regard de ses premières oeuvres.

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