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vendredi 15 septembre 2017

Chéri (2009)


En 2009, Stephen Frears et Michelle Pfeiffer faisaient, avec "Chéri", leurs retrouvailles après "Les liaisons dangereuses", autre adaptation littéraire. Cette fois, c'est d'après Colette que le réalisateur britannique nous offrait un film, traitant de la passion et de la raison, produisant au passage la troisième transposition du roman éponyme. Mais le succès de leur précédente collaboration ne se reproduisit pas et ils sont bien peu nombreux, ceux qui se souviennent de "Chéri".

Fils de courtisane, Fred Peloux fut surnommé, dans sa plus tendre enfance, Chéri, par Léa de Lonval, consœur de sa mère. Les élans de la chair et du coeur poussent, contre toute attente, Chéri dans les bras de Léa, dont la carrière est sur le point de finir...
Six ans passent et la mère de Chéri trouve pour son fils une épouse parfaite, celle qui lui donnera les petits-enfants tant attendus. Pour Léa et son jeune amant, la séparation est plus difficile qu'ils ne s'y attendaient et s'y résoudre va s'avérer bien douloureux...

C'est sur un ton léger, voire badin, que commence "Chéri", notamment par la présence de la voix narrative : tout cela est-il bien sérieux ? est-on tenté de se demander lors des premières séquences. Ca l'est, pourtant, parce que le thème que convoque ce film est majeur : la raison et la passion qui s'affrontent ont nourri maints grands drames, par le passé. Il faut croire qu'encombré par le sujet du film, le réalisateur ait eu du mal à l'affronter de face et se soit contenté de le frôler. Passant d'un coup ou presque de la légèreté et de la douceur à la tragédie, c'est un Stephen Frears un peu pataud, sans doute un peu perdu entre le fond et la forme. Car il faut dire que celle-ci est remarquable : "Chéri" est splendide à regarder, qu'il s'agisse des costumes, des décors ou de ses interprètes. 

C'est un plaisir que de retrouver la divine Michelle Pfeiffer à l'écran, qui est sans conteste le plus bel atout de ce film, toute en charme et en sensualité. Derrière elle, la performance de Rupert Friend paraît tout juste honorable, mais pas honteuse. Enfin, on remarquera la présence de la grande Kathy Bates et celle de Felicity Jones dans les rôles de la mère et de l'épouse de Chéri. Mais cette belle interprétation, tout comme le soin apporté au décorum, ne peut nullement suffire à faire de "Chéri" un grand film. La beauté ne suffit pas.

On regrettera pour une fois l'envahissante bande originale, souvent peu adaptée. Alexandre Desplat, visiblement très inspiré par "Chéri" livre une partition surabondante qui saborde parfois l'effet dramatique de certaines scènes et aurait gagné à se faire plus discrète. 

Séduisant sur la forme, "Chéri" n'a cependant pas l'intensité qu'on pouvait attendre d'une telle adaptation, surtout entre les mains de Stephen Frears, d'ordinaire plus habile. Au final, ce film donne l'impression d'être un très bel objet précieux, que l'on regarde sans trop savoir si l'on peut y toucher et qui, finalement, n'émeut guère son spectateur. 






dimanche 12 février 2017

Quelques minutes après minuit (2016)



La distribution des films est un mystère. Comment un long métrage réunissant Sigourney Weaver, Felicity Jones et Liam Neeson (certes, derrière la motion-capture), adapté d'un roman à succès, doté d'une réelle ambition visuelle et narrative, peut-il sortir, à la sauvette, et ainsi passer sous le radar de pas mal de spectateurs ? Ils sont nombreux, en effet, ceux qui n'ont même pas entendu parler de "A monster calls", (maladroitement) renommé en France "Quelques minutes après minuit", dernière réalisation de Juan Antonio Bayona, qui nous avait offert il y a quelques années "L'orphelinat" et mettra en scène la suite de "Jurassic World". 

Conor, dix ans, n'a pas une vie facile, loin s'en faut. Entre sa mère qui lutte contre une longue maladie, le contraignant à faire tourner la maison comme un adulte, sa grand-mère qui lui fait la vie dure et ses camarades d'école qui le maltraitent, il n'a plus que son imaginaire pour se réfugier. C'est de là que sort un monstre impressionnant, créature issue d'un arbre, qui vient, en pleine nuit, terroriser le jeune garçon. 
A moins qu'il ne soit là pour l'aider. 

Adapté du roman de Patrick Ness (qui signe d'ailleurs le scénario), "Quelques minutes après minuit" n'est clairement pas un film pour les enfants, si vous voulez mon avis. Sombre, intense et souvent très dur, il s'agit d'un conte initiatique, où le jeune héros découvre la vie sous sa facette la plus douloureuse. La dose de fantastique qu'il contient n'est pas là pour adoucir le propos et rendre plus acceptables les épreuves que subit Conor.

On s'en doutait dès son premier long métrage ("L'orphelinat"), Juan Antonio Bayona, chaperonné alors par Guillermo del Toro, sait raconter une histoire et y faire adhérer son spectateur. Avec cette adaptation ambitieuse et réussie, il confirme son statut de réalisateur avec lequel il faut compter, tout en affirmant une vraie identité, tant visuelle que narrative. Il ne reste qu'à espérer qu'il ne se fasse pas étouffer lors de son prochain tournage (on peut en douter).

Le casting de "Quelques minutes après minuit" est impeccable. Dans le rôle de la mère de Conor, rongée par le cancer, Felicity Jones, à mille lieues de sa performance de "Rogue One", fait montre d'un talent indéniable, dans le rôle d'une femme à la fois forte et fragile. Sigourney Weaver, impériale comme toujours, livre une prestation tout aussi remarquable, et la performance de Liam Neeson derrière le monstre nocturne est tout aussi notable, mais celui qui est le plus formidable est le jeune Lewis MacDougall, qui incarne Conor. Quand on sait à quel point les personnages enfantins peuvent donner lieu à des interprétations caricaturales, on ne peut qu'être admiratif du jeu tout en colère rentrée du jeune garçon (son histoire personnelle fort douloureuse a pu résonner en écho dans ce rôle). Gageons qu'on le retrouvera bientôt sur grand écran.

Graphiquement superbe (et c'est encore plus vrai lors des séquences animées), "Quelques minutes après minuit" aurait mérité une meilleure distribution, même s'il représente un vrai casse-tête, dès lors que se pose la question de son public. Sans doute trop dur et trop complexe pour un jeune public, il peut également dérouter les adultes. Là se trouve sans doute l'un des handicaps du film, coincé entre deux publics, au risque de n'en finalement trouver aucun. Et, pendant qu'on évoque les faiblesses du film, la seule que je soulignerais réside dans son dernier quart d'heure, qui s'englue inutilement dans un procédé "tire-larmes" inutile et perd un peu de sa force à cette occasion.

Sans l'excès de pathos de la dernière partie, "Quelques minutes après minuit" aurait été un chef
d'oeuvre. C'est déjà un grand film, de ceux qu'on n'oublie pas et, à ce titre, aurait mérité d'être distribué dignement.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2017, catégorie "Film qui m'a fait pleurer".