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samedi 11 août 2018

Denis (2013)


A peine 44 000 entrées durant une exploitation d'une semaine : voilà ce qu'on appelle un four. Pour nombre de réalisateurs, pareille sanction équivaut à la fin d'une carrière. Lionel Bailliu, aux manettes de l'accident industriel que fut "Denis", officie depuis à la télévision. Ce qui fut à l'époque son second long métrage méritait-il cependant un pareil désastre ? 

Technicien de police scientifique, Vincent n'a pas de chance avec les femmes. Par deux fois, celle qu'il pensait être la femme de sa vie l'a quitté. Pire encore, c'est pour le même homme, un certain Denis, professeur de catch, motard et fêtard qu'elles sont parties. Alors qu'il vit une belle histoire avec Anna, Vincent voit resurgir Denis.
Il veut en avoir le cœur net : qu'a-t-il de plus, ce Denis, avec ses chemises voyantes, pour faire chavirer le cœur des femmes de sa vie ?

Avec une idée de base pareille, on pouvait s'attendre, avec "Denis", à une comédie où deux personnages radicalement différents, après s'être affrontés, apprennent au cours du film à s'apprécier l'un et l'autre. L'opposition entre deux personnages est l'un des ressorts les plus connus et les plus éculés de la comédie, qu'elle soit française ou pas. Pour usé qu'il soit, ce mécanisme peut cependant fonctionner, s'il est au service d'un scénario riche et si l'interprétation le nourrit. Dans le cas de "Denis", il faut bien reconnaître qu'aucune de ces deux conditions n'est remplie. Passé le postulat de base, on a vite l'impression que le scénario est rempli de trous, comblés à la va-vite par le passage de personnages secondaires ou par des séquences de pure comédie. Quelques étincelles parsèment bien le film, laissant augurer de ce qu'il aurait pu être, mais ne suffisent pas à enflammer l'ensemble.

Et, malgré ce remplissage, "Denis" est un film très court (1 heure 10), qui s'arrête faute d'avoir plus à dire (ce qui serait bienvenu dans nombre de cas, si vous voulez mon avis, mais ce n'est pas le propos). Il serait de mauvais goût de reprocher à un film sa courte durée mais, dans le cas de "Denis", une chose est sûre : il aurait vraiment été difficile d'en faire plus, la matière étant rapidement épuisée.

Au service des personnages, les deux acteurs principaux, Fabrice Eboué et Jean-Paul Rouve, sont assez peu convaincants, dans leurs personnages d'hommes antagonistes. Il faut se tourner vers la part féminine du casting pour être plus convaincu, notamment par la fraîcheur apportée par Sara Giraudeau, qui trouvera plus tard des rôles à la mesure de son talent. 

Quelques moments vraiment drôles ne suffisent pas à rendre un film. "Denis" comporte quelques-uns de ces instants, mais, faute de savoir les lier solidement, pêche à tenir ses promesses. Faute de remplir le minimum syndical, ce film, sans mériter l'échec cuisant qui fut le sien, n'a rien d'indispensable.





mardi 3 avril 2018

Tellement proches (2008)


Avant le phénoménal (et plutôt mérité, si vous voulez mon avis) succès de leur "Intouchables" et du récent "Sens de la fête", Eric Toledano et Olivier Nakache avaient proposé aux spectateurs plusieurs longs métrages sans déchaîner l'enthousiasme. Ainsi, "Je préfère qu'on reste amis" ou "Tellement proches", qui sont aujourd'hui archi-diffusés sur les chaînes de la TNT, ne laissaient en rien augurer du futur (et tout proche) triomphe à venir. Alors, sommes-nous passés à côté de films qui méritaient mieux que ça ? Comme j'ai déjà évoqué, il y a quelque temps, le premier des deux films cités, voici venu le tour du deuxième.

Alain et Nathalie ont deux enfants, dont le très turbulent Lucien. Immature, Alain supporte tant bien que mal la famille de Nathalie. Jean-Pierre, le frère de Nathalie est marié à Catherine et leur fille aînée est l'objet de toutes leurs attentions. La sœur cadette de Jean-Pierre et Nathalie,  Roxane, cherche désespérément le père de ses futurs enfants. Ce soir-là, comme chaque samedi, tout le monde se retrouve pour dîner chez Nathalie et Jean-Pierre. Bref, une famille comme les autres, ou presque...

Les histoires de famille (et de belle-famille), tout le monde en a : mais celle-là est particulièrement gratinée et semble avoir concentré tous les travers possibles. Ce sont donc des échanges humains particulièrement intenses auxquels nous avons droit dans "Tellement proches". 
Mais, là où nombre de réalisateurs et scénaristes auraient voulu faire rire aux dépens de leurs personnages, Toledano et Nakache se démarquent par l'affection, pour ne pas dire l'amour, qu'ils portent aux protagonistes de leur film. A l'instar de ce qu'ils livreront par la suite, les héros de "Tellement proches !" ont tous de quoi déclencher l'empathie, malgré leurs défauts (ou à cause d'eux, justement). Même si ce sont ces travers qui alimentent l'histoire et même si ces travers sont parfois poussés à leur maximum, parce que le procédé le veut (on est dans une comédie, après tout).

L'amour, ou au moins le respect, que les deux auteurs portent à leur personnage est sans doute la clé de voûte de ce film, comme de leurs autres opus. C'est également ce qui en fait la réussite : se mettant dans des situations pour le moins compliquées, les protagonistes de "Tellement proches" restent attachants et ne provoquent jamais le rejet de la part du spectateur. Ils sont humains, avant tout, et nous le prouvent par leurs erreurs. Quelque part, c'est rassurant

La mise en scène, pour élégante qu'elle soit, reste discrète et n'est pas le principal atout de ce film (les plans-séquences, par exemple, seront plus tard utilisés avec brio Nakache et Toledano dans "Samba" ou "Le sens de la fête"). Ce sont les personnages, avant tout, qui sont le meilleur de ce film, imparfait mais chaleureux. Pour les incarner, on retrouve Vincent Elbaz (décidément abonné au registre de l'adulte immature, mais qui se fait donner la leçon par plus jeune que lui), François-Xavier Demaison, plus convaincant que d'habitude, ainsi qu'Omar Sy, un des fidèles du duo de réalisateur. C'est toujours un réel plaisir que de retrouver Isabelle Carré, dont la fraîcheur illumine chacune de ses apparitions. Enfin, Joséphine de Meaux et Audrey Dana complètent le sextet en première ligne de ce film. En arrière plan, une ribambelle de seconds rôles assurent la solidité de l'ensemble : là aussi, c'est l'une des marques de fabrique du duo Nakache-Toledano, et une des raisons de leurs réussites. 

Sans atteindre le niveau de leurs films suivants, "Tellement proches", par sa sincérité et surtout le respect qu'il inspire et qu'il suscite, augure de belles choses. Il se voit (ou se revoit) avec plaisir, en grande partie grâce à ses personnages. Nombre de comédies ne peuvent en dire autant.



mercredi 4 février 2015

600 kilos d'or pur (2009)


Le film d'aventures français est une denrée rare. Les cinéastes français qui donnèrent ses lettres d'or à ce genre, qu'ils se nomment Verneuil, Enrico ou Clouzot, n'ont pas trouvé de successeurs dignes d'eux. Pourtant, ils sont nombreux, ceux qui se frottent à l'exercice du film de genre, mais il est bien rare que la réussite ou le succès (et je ne vous parle pas de la combinaison des deux) soit  au rendez-vous. Dans le cas récent de "600 kilos d'or pur", ni la critique, ni le public ne suivirent. 

Un groupe d'aventuriers décide de braquer une mine d'or située en Guyane, et exploitée par des entrepreneurs sans scrupules. Le butin, 600 kilogrammes d'or pur, tout juste extrait des filons voisins, a de quoi faire des envieux.
Mais l'affaire ne tourne pas aussi bien qu'espéré. Quand leur hélicoptère les lâche, la petite troupe se voit contrainte de s'enfoncer dans la jungle, tout en étant poursuivie par les hommes au service de l'exploitation minière. Les fuyards vont devoir affronter la nature, ceux qui les poursuivent, et aussi la fièvre de l'or, qui va vite gagner les membres du groupe.

Eric Besnard a fait ses premières armes en tant que scénariste, notamment sur le très réussi "Le convoyeur". On avait tout lieu d'espérer que son expérience donnerait un film de genre digne de ce nom. Hélas, après "Ca$h" et "Le sourire du clown", son troisième film confirme les craintes qu'on pouvait avoir. Ce n'est pas encore cette fois qu'un film d'aventures français entraînera son spectateur dans des péripéties mémorables. Pourtant, les premières scènes, en jetant un regard intéressant sur l'exploitation des ressources aurifères, "600 kilos d'or pur" disposait d'atouts qu'il n'exploite hélas pas. Une fois expédiée la séquence du casse, c'est la maladresse qui prend les commandes de la réalisation. Les scènes sont souvent répétitives, les symboles assénés avec la délicatesse d'un bulldozer, tandis qu'une bande originale agaçante vient ponctuer les étapes souvent téléphonées d'un scénario plat. 

Du côté de l'interprétation, c'est le pompon. Chargés de donner vie à des personnages caricaturaux auxquels il est difficile de croire, les acteurs en font souvent des tonnes, pour alimenter un scénario désespérant de clichés et de facilités. Pataugeant dans l'intrigue autant que dans le fleuve dans lequel ils passent la majeure partie du film, les acteurs donnent l'impression de ne pas croire en l'histoire à laquelle ils participent. De Clovis Cornillac (en baroudeur désabusé mais qui, au fond, a un cœur gros comme ça) à Audrey Dana (en veuve éplorée qui reprend pied en quelques scènes), en passant par Bruno Solo (sans doute le pire personnage du film), tous alignent les pires clichés, incarnant des caricatures d'aventuriers. Même Patrick Chesnais, dont le personnage disposait d'un potentiel intéressant, n'arrive pas à relever le niveau de l'ensemble.

Il y aurait matière à alimenter le propos de ce film, notamment sur l'exploitation brutale et sauvage des ressources et des natifs guyanais par ceux qui exploitent les filons aurifères. Évacué en deux temps trois mouvements, ce thème laisse vite le champ libre à ce qui se veut un périple en territoire de sueur, mais ressemble plus à un parcours du combattant (pour le spectateur). Là où "Blood diamond" réussissait à mixer aventures et discours politique, "600 kilos d'or pur" échoue de façon pataude sur les deux tableaux. Film d'aventure poussif, bourré de longueurs et dont les personnages sont caricaturaux, "600 kilos d'or" est - hélas ! - un échec. 
C'est lourd, 600 kilos : ce film est tout aussi pesant.