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jeudi 16 août 2018

Rendez-vous l'été prochain (2010)



Philip Seymour Hoffman, grand acteur récemment disparu, fut aussi réalisateur. Le seul film qu'il mit en scène "Rendez-vous l'été prochain" (dont le titre original était "Jack goes boating") fut l'adaptation d'une pièce de théâtre dans laquelle il avait joué et qu'il avait mis en scène également. Long métrage à petit budget, ce film ne reçut guère de succès lors de sa sortie en salles (moins de 40 000 entrées en France). Il donne pourtant à voir une autre facette du talent de l'immense artiste, passé au Panthéon pour d'autres rôles.


Chauffeur de limousine, Jack est mal dans sa peau, et inadapté dans la société. Son seul ami, Clyde, est en couple avec Lucy. C'est grâce à eux qu'il rencontre Connie, une femme fragile et maladroite, dont il s'éprend. Pour elle, il veut changer et apprendre à nager, à cuisiner, et l'emmener sur le lac, l'été prochain, parce qu'il lui a promis une balade à Central Park.
Tandis qu'entre Connie et Jack, une amour se construit, celui qui soudait Clyde et Lucy se délite.
Qu'en sera-t-il l'été prochain ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les personnages de "Rendez-vous l'été prochain" ont des problèmes et, surtout, des psychoses. Mal dans leur peau et dans leur monde, les héros de ce film vivent comme en vase clos, enfermés dans leur petit appartement new-yorkais (enfin un film où les protagonistes ne vivent pas dans un logement grand comme un stade, voilà qui est réaliste !) ou dans l'habitacle de leur voiture. Même lorsqu'il tente de se lancer dans le monde extérieur, Jack a besoin de se réfugier dans l'eau de la piscine pour devenir l'homme qu'il aspire à être. Bref, quoi qu'en disent certains sites, "Rendez-vous l'été prochain" n'est pas vraiment une comédie romantique.

L'histoire narrée par Philip Seymour Hoffman l'est à hauteur d'homme et de femme, toute en sensibilité, parfois avec de gros silences qui instillent un léger malaise. En plus d'être un grand acteur, on peut sans conteste dire qu'il était également un talentueux metteur en scène. Et, surtout, Hoffman était aussi un remarquable directeur d'acteurs, sans doute parce qu'acteur lui-même. Les quatre personnages principaux sont incarnés avec grâce par, en plus du metteur en scène, les trop rares John Ortiz, Amy Ryan et Daphne Rubin-Vega, tous épatants dans des rôles loin d'être caricaturaux.
Il est sans doute là, le plus bel atout de "Rendez-vous l'été prochain", dans ses personnages et ceux qui leur donnent vie, dont on sent que le metteur en scène les aime éperdument.

Alors, "Rendez-vous l'été prochain" (titre français finalement pas si désastreux) est certes un petit film, qui parle de "vraies" gens. Mais ce genre de petit film fait parfois du bien, parce qu'il narre une histoire qui peut nous "parler", mais aussi parce qu'il donne la part belle aux acteurs et à ceux qui les aiment. Voir (ou revoir) ce long métrage passé inaperçu à sa sortie peut être un bel hommage à l'immense artiste que fut Philip Seymour Hoffman.

Ce film a été vu dans le cadre du Movie Challenge 2018, pour la catégorie 
"Un film avec une saison dans le titre"

jeudi 27 août 2015

Good morning England (2009)


Il est des films dont on pense, avec le recul, qu'ils ont forcément connu un gros succès lors de leur sortie en salles. En revisionnant tout récemment "Good morning England", il me semblait évident que ce film avait reçu un bel accueil public et critique en 2009. Il n'en fut rien, puisqu'il fut un échec au Royaume-Uni, sa patrie d'origine, et dans le monde, et que les critiques pointèrent nombre de ses défauts. Alors, par la grâce des années passées, "Good morning England" aurait-il gagné la patine qui confère à certaines œuvres une aura si particulière ?

1966 : le rock anglais est à son apogée. Pourtant, bien peu de radios diffusent cette musique nouvelle. Pour l'entendre, les citoyens de Sa Gracieuse Majesté doivent se tourner vers des stations pirates, dont Radio Rock, qui émet depuis un bateau mouillant en Mer du Nord. A son bord, huit animateurs diffusent 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Il y a à bord le Comte, un DJ américain doté d'un énorme ego. le sarcastique et érotomane Dave, Simon le Simple, Angus, Mark le noctambule (l'homme le plus sexy de la planète, à en croire Quentin, qui dirige la radio), Kevin le cerveau, et j'en passe. Tous ont la passion du rock et des femmes. Le jeune Carl, envoyé sur ce bateau par sa mère, va découvrir ici un mode de vie qu'il ne soupçonnait pas. 
Pendant ce temps, Sir Dormandy, représentant la Chambre des Communes, a juré la perte des radios pirates. La lutte sera sans pitié, mais sur le navire Radio Rock, c'est la liberté qui émet.

Richard Curtis, le réalisateur de "Quatre mariages et un enterrements", "Love Actually", et "Il était temps" (pour ne citer que ces films), a chois en 2009, de porter à l'écran une partie de ses souvenirs d'enfance, puisque le film s'inspire en grande partie du périple de Radio Caroline, une station qui émit envers et contre tout depuis la Mer du Nord dans les années 1960. Maîtrisant à merveille la comédie romantique à l'anglaise et les histoires à personnages multiples, Curtis se lance ici dans un film d'où le romantisme est finalement peu présent. Éloge de la subversion, "Good morning England" (titre français pour "The boat that rocked") célèbre la musique rock, l'amour libre et l'amitié : autant dire qu'on est en pleine nostalgie d'un âge d'or. The times, they are changin', comme disait un certain poète.

On pourra reprocher à "Good morning England" de tourner parfois en rond, faute d'une véritable histoire (le prétexte de la lutte entre radios pirates et gouvernement tombe à l'eau), et une dernière demie-heure plutôt faiblarde, en particulier une conclusion bâclée. Mais, malgré ses défauts, ce film continue de porter un gros capital de sympathie, grâce à plusieurs raisons. Tout d'abord, ce film est la peinture enthousiasmante d'une époque révolue, où toutes les générations se retrouvaient pour écouter une musique subversive, en pleine libération sexuelle, dont les apôtres sont ici les joyeux animateurs d'une radio comme on en fait plus (avez-vous déjà tenté d'écouter la soi-disant musique entre deux spots de publicité sur certaines bandes FM ?). Ensuite, ces personnages sont portés par des interprètes remarquables, au point qu'on aimerait passer quelque temps sur ce navire de la liberté. Qu'il s'agisse du regretté Philip Seymour Hoffman, de Nick Frost, du toujours classieux Bill Nighy, de Rhys Ifans (le colocataire gallois de Hugh Grant dans Notting Hill, remarquable), de Tom Sturridge, de Kenneth Brannagh (qui semble bien s'amuser dans le rôle d'un politicien coincé dans sa morale), mais aussi des moins connus, comme Rhys Darby, Chris O'Dowd ou Katherine Parkinson, et j'en oublie. Célébrant la musique, le sexe et la drogue, les héros de "Good morning England" portent le film à eux seuls, exhumant une période qui paraît aujourd'hui bien lointaine, et générant forcément la nostalgie.

J'ajouterais, à titre personnel, le ton so british du film, inimitable, et qui fait toujours mouche, dans le registre de la comédie. Enfin, la bande originale du film est évidemment (et c'était inévitable) de toute beauté, au point qu'elle mériterait d'être remboursée par la Sécurité Sociale. En plus de comporter nombre de standards absolus, elle a le mérite d'exhumer quelques pépites des sixties qui font un bien fou à l'âme.

Au regard des quelques défauts du film (notamment sa dernière partie, qui prend l'eau autant que le navire qui lui tient lieu de décor), ces multiples atouts font que "Good Morning England"(avez-vous remarqué que je vous ai épargné mon habituelle diatribe sur les traductions de titres à la va-comme-je-te-pousse ?) est un chouette feel-good movie, certes un brin boiteux et chaotique, mais diablement enthousiasmant et généreux.